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Hugo l'Africain

De
335 pages
Hugo est un vrai mec ! un type sur qui l'on peut compter. Il a vécu l'afrique et ses démons. Aujourdh'ui , il ne peut qu'accepter la mission que va lui confier Antoine, le seigneur de Marseille. Hugo est embarqué dans une drôle d'histoire. Un histoire qui finira dans le marigot au millieu des crocodiles. C'était son destin. Sans plus.Hugo l'Africain n'est plus ni moins qu'un pauvre type, mais c'est le seul à pouvoir régler le probléme.Ce pauvre Hugo finira comme il a vécu. Les bottes en peau de crocodiles aux pieds et les yeux brillants.
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de le-seuil

2 Titre
Hugo l'Africain

3Titre
Michel Correard
Hugo l'Africain

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02480-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304024807 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02481-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304024814 (livre numérique)

6 8 Petite biographie de l’auteur

REMERCIEMENTS
Mes plus vifs et sincères remerciements à
ceux qui ont cru en moi et plus particulièrement
à Nicole pour ses corrections
9 Petite biographie de l’auteur

AVERTISSEMENT
Toute ressemblance avec des personnages
existants ou ayant existés ne peut qu’être for-
tuite.
De même, la similitude avec des situations où
des lieux connus du lecteur, est issue de
l’imagination de l’auteur et ne saurait en aucun
cas constituer la réalité.
11 Petite biographie de l’auteur

MARSEILLE …
Le hangar était plongé dans la pénombre. Si-
tué près des docks du port de Marseille,
l’endroit était protégé de toute intrusion par une
cohorte de vigiles, tous plus ou moins redeva-
bles aux personnes qui avaient sollicité la mise à
disposition de ce lieu discret. Une table trônait
au milieu d’une pièce immense dépourvue de
mobilier. Une lampe au sodium répandait sa
lumière orangée au dessus de la grande table et
donnait un aspect irréel au décor occupant
l’espace. Sur des coursives, des hommes surveil-
laient la scène se déroulant sous leurs pieds. La
main sur une arme chargée, ils avaient pour
mission d’éviter les surprises. Le comparant
avait été fouillé, il valait mieux prendre des pré-
cautions. Marseille se préparait à passer une
nouvelle nuit, faite de trafics, de violences et de
drames.

Ce soir n’allait pas être un moment de fête
pour celui qui avait eu la désagréable surprise
d’être convoqué un peu ‘’manu’’ mais surtout
‘’militari’’ devant le conseil des Juges. Il était as-
13 Hugo l'Africain
sis sur une chaise inconfortable et se tortillait
maladroitement. Ses mains moites allaient et
venaient sur ses jambes. Il regardait autour de
lui, il restait attentif à tous gestes brusques des
hommes de mains. Il avait peur. Il n’était pas en
position de force. On venait de lui faire com-
prendre l’énormité de sa faute. Non seulement,
il avait failli mais il avait placé des personnalités
importantes dans un embarras de taille.

L’Africain allait devoir répondre de ses er-
reurs. Il vivait une situation délicate, une de
celle où l’on en sort rarement vivant.

– Vous êtes devenus fous ?
– Tais-toi Hugo ! Tu n’es plus dans les clous.
Non seulement, tu te plantes sur le boulot que
nous t’avons confié, mais en plus tu oses nous
traiter de fous ! Tu ne penses pas que tu exagè-
res un peu ?
– Comment ça ?
– Tu nous as trahis sur la dernière livraison.
Et le Vieux veut ta peau !
– Vous délirez les gars ! Je n’ai jamais fait
une entourloupe ! Je ne suis pas responsable de
ce coup tordu, il faut me croire sur parole ! Ja-
mais je ne garderais une livraison pour moi ! Je
suis tombé dans un traquenard organisé ! Voila
la vérité !
14 Marseille …
– Hugo ! Tais-toi ! Tu as mis dans des diffi-
cultés de premier ordre un nombre incalculable
d’hommes de ce pays et de cette ville ! Quel-
qu’un doit payer tes erreurs ! En es-tu conscient
au moins ? Tu as un culot monstre ! Tu te plan-
tes et c’est nous qui sommes fous !
– D’accord ! Mais je ne suis pas responsable
de tout ! Je me suis fait avoir par une autre or-
ganisation ! N’importe qui à ma place aurait eu
le même résultat !

Le regard des membres du conseil devenait
suspicieux. Hugo n’en menait pas large. Il était
devant les plus dangereux et les plus impitoya-
bles des juges de paix du sud de la France.

Il avait échoué lamentablement dans la der-
nière mission montée par les gens d’ici, dans le
sud du pays.

Cet échec avait bouleversé, et pour long-
temps, le paysage politique français, et les affai-
res plus ou moins légales connaissaient de gra-
ves difficultés. Impossible de réaliser un inves-
tissement ou de rentrer des devises dont les
membres de ce tribunal secret avaient grand be-
soin. On ne pardonne pas dans ce milieu. C’est
la mort assurée. Une voix grave se fit entendre
dans le fond de la salle.

15 Hugo l'Africain
– Hugo, tu as un mois pour rembourser ta
dette… ou pour trouver la marchandise. Nous
te laissons le choix. Mais passé ce délai, jour
pour jour, tu répondras de ton échec devant
nous, et nous serons dans l’obligation de pren-
dre les décisions indispensables pour sauver no-
tre honneur et retrouver ici un semblant de
tranquillité.

La voix ne s’embarrassait pas de fioritures.
Cette voix n’avait pas hésité à couler dans
l’acide ses plus farouches opposants.

Tout le Sud savait.

Quand l’homme à la voix grave entrait, rare-
ment, dans un bistrot, les piliers de comptoir
taisaient leurs divergences.
Une chape de plomb s’abattait sur le lieu. Le
Vieux entrait. Rien et nul ne pouvaient s’y op-
poser.

Membre des équipes les plus violentes de
France, il avait tout connu, le trafic de piastres à
l’époque de l’Indochine française, les filles faci-
les et le jeu. Surtout le jeu.

On disait de lui qu’il avait fréquenté la célè-
bre bande des trois canards de Montmartre. Sa
réputation dépassait les frontières. Associé avec
16 Marseille …
les plus durs de la camorra, un pied chez les
Corléone, un pied chez les descendants des
Genovese, il avait parfaitement su jouer avec les
diverses composantes du gratin mafieux euro-
péen, plus particulièrement la branche méditer-
ranéenne. Le Vieux n’avait jamais connu la pri-
son.

Il était le roi du non-lieu. Peu de témoins
osaient se présenter à la barre de ses divers pro-
cès, ou alors ils perdaient la mémoire. De bons
avocats, un politicien véreux dans la poche …
Et voilà le travail.

Quand le Vieux parlait, c’était parole
d’évangile. Lui qui n’était pas croyant en riait.
Les grands flics de Marseille n’arrivaient pas
à le coincer. Il possédait un petit restaurant der-
rière la Mairie. Cela lui permettait de justifier
quelques revenus. Il n’avait pas de goût de luxe,
sa maison, située du côté de St Menet était or-
dinaire, sans luxe tapageur. Il conduisait lui-
même sa vielle Renault, et entretenait avec pas-
sion les fleurs de son jardin.

Rien qui ne justifiait une enquête approfon-
die des services fiscaux. Il était passé au travers
des règlements de comptes sanglants entre ban-
des rivales. D’aucun affirmait, en catimini, qu’il
était à l’origine de l’affaire du ‘’ Combinatie ‘’
17 Hugo l'Africain
Cette cargaison de cigarettes jamais arrivée à
bon port et qui avait allumé une longue et tragi-
que guerre entre les clans.

Des menaces il en avait eues, des coups de
feu évités, des explosions dans quelques un des
estaminets placés sous sa divine protection…
Mais lui n’avait jamais été touché.

Toujours au fait des entourloupes, il savait
composer avec les dirigeants en place au gré des
élections. Mais il restait avant tout un gaulliste
convaincu. Résistant de la première heure, le
vieux avait choisi le bon cheval et la bonne di-
rection.

Malin comme un singe, il avait judicieuse-
ment anticipé la fin de l’occupation allemande.
Ses pions étaient bien positionnés.

Son action héroïque durant les heures som-
bres de la France lui avait valu la reconnaissance
de la Nation et une flopée de médailles. Il aurait
bien voulu être ‘’Compagnon de la Libération’’,
mais en haut lieu, on trouva la ficelle un peu
grosse. C’était la plus grande déception de sa
vie. Ses relations politiques donnèrent au Vieux,
l’assise et l’aura nécessaires dans ses affaires.

18 Marseille …
On le disait dangereux, détenteur de dossiers
compromettants sur tel ou tel personnage de
l’État et du monde politique local. Sans être in-
vité aux tables des grands, il savait se rappeler à
leur bon souvenir si d’aventure une affaire ne
pouvait se conclure.

Le Vieux rendait beaucoup de services, Il
n’hésitait pas, à forcer la porte d’un responsable
de l’urbanisme du coin afin d’arracher un per-
mis de construire pour un ami ou un proche. Et
ce genre d’action était une poussière dans le
monde de ses possibilités.

Ses équipes alimentaient régulièrement les
cohortes de colleurs d’affiches et de perturba-
teurs de meetings électoraux. Il savait faire. Il
savait comment faire voter les plus faibles dans
le bon sens, trafiquer les urnes et porter au
pouvoir celui qui aurait, plus tard, l’occasion de
lui rendre la pareille.

Né à Marseille, rue St Pierre, il était descendu
très tôt sur le vieux port, lieu stratégique pour
les affaires et le reste. Très jeune, il abandonna
l’école. Sans être illettré, il avait quelques diffi-
cultés et l’âge aidant, il aimait à s’entourer
d’érudits toujours prompts à s’encanailler. Et
Dieu sait le nombre d’artistes de la chanson ou
du cinéma aimant la compagnie des voyous. Le
19 Hugo l'Africain
Vieux rendait également des services lorsqu’un
producteur n’avait pas la main assez souple
pour le versement du cachet d’un acteur.

Traînant dans les bistrots du vieux port, il
rendait de menus services aux beaux messieurs
en costumes croisés et chaussures bicolores qui
jouaient aux cartes en attendant la comptée de
leur protégée. C’était une belle époque !

Discrètement, le Vieux observait à cette épo-
que le va et vient des filles vers le quartier de
l’Opéra et les clandés de la rue Tubano. Sa jeu-
nesse ne l'empêchait de faire, quelquefois, le
coup de poing avec des militaires éméchés qui
importunaient les filles des beaux messieurs.
Ces derniers lui rendaient le service en lui
confiant, de temps à autres une mission digne
d’intérêt. Il se lia d’amitié avec une bande de
jeunes garçons comme lui, fréquentant assidû-
ment le même troquet.

De cette amitié naîtra la plus farouche asso-
ciation de malfaiteurs du Sud de la France. Sur-
veillé de très près par les flics de l’Évêché, ils
étaient tous passés aux travers des mailles du
filet.

L’équipe usa ses fonds de culottes dans les
casses sur le port de commerce et dans le racket
20 Marseille …
organisé des riches commerçants. Tout ceci
sous l’œil bienveillant des beaux messieurs, qui
percevaient une modeste dîme sur les coups ré-
alisés par la bande du Vieux.

Il fut, dans sa jeunesse, un peu embêté par
les flics de Marseille. Il passa du temps en mai-
son de correction.

Et comme beaucoup de ses copains, il dut
accomplir son service militaire dans les batail-
lons d’Afrique, au cœur du désert saharien.
Agréable séjour qui endurcit les hommes et les
rend encore plus insensibles à la douleur.

En ce moment, il était anxieux. De jeunes
loups aux dents trop longues disputaient les ter-
ritoires aux notables en place sur le pavé de
Marseille. Le Vieux n’aimait pas donner la cor-
rection mais ces jours derniers, il y avait du tra-
vail. Les réunions tardives le fatiguaient et il
n’était pas de bonne humeur.

Le Vieux allait donner des ordres. Hugo
n’était pas un mauvais bougre. Juste un peu taré
et incontrôlable quand il croisait des filles.
Il fallait remettre Hugo dans le droit chemin
et surtout récupérer le fric évaporé au cours de
la dernière affaire.

21 Hugo l'Africain
La réputation du Vieux, au delà du scandale
de l’échec, risquait de souffrir de l’erreur du
pauvre Hugo.

Les associés ne manqueraient pas de rire à
gorges déployées de cette pantalonnade marseil-
laise. Comment voulez-vous après ça être en
position de force pour traiter des affaires. Le
Vieux était en rogne.

Pour l’instant, l’Africain se demandait s’il
n’allait pas finir avec les poissons, au large du
Frioul, les pieds dans le béton. Un frisson lui
parcouru l’échine. A force de faire des bêtises, il
allait payer.

La sentence tomba durant la nuit.

– Hugo ! Tu vas repartir à ton point de dé-
part en Afrique et tu remonteras le parcours
que tu as effectué avant de te faire avoir.
Trouve où est passé le colis et ramène la mar-
chandise ici !
22 Petite biographie de l’auteur

ABIDJAN … CÔTE D’IVOIRE…
Peu de lumière entrait dans ce bar d’habitués.
Les chaises, d’un autre âge, occupées par des
européens parsemaient la salle. Un bar refuge
des petites frappes en délicatesse avec la justice
française, où l’on y trouvait aussi quelques gros-
ses pointures, en vacances dans le secteur. Ou
en affaires.

Un ventilateur collé au plafond brassait un air
surchauffé. Le patron, Alphonse, vieux cheval
de retour installé ici depuis la fin de la guerre
d’Algérie, se tenait accoudé au comptoir surveil-
lant d’un œil distrait les filles placées sous sa
protection.

Maquereau dans l’âme, trafiquant de tout ce
qui peut être trafiqué, solide comme un roc, Al-
phonse était une sacrée personnalité en Afrique
de l’Ouest. Les jeunes voyous le tenaient pour
un vrai baroudeur.

L’Indochine lui avait permis de se dévelop-
per, au temps où les grandes familles corses te-
23 Hugo l'Africain
naient le haut du pavé à Hanoi et à Saigon. Ses
relations politiques l’avaient toujours protégé.
Aujourd’hui, son bar servait un peu de couver-
ture. Les flics gardaient toujours un oeil sur lui.
Au cas où…

Les filles traînaient dans le fond de la salle,
venues de tous les pays du monde vendre leurs
corps à des marins de passage ou à des militai-
res des forces françaises, stationnées ici, suivant
les accords de défense.

Quelquefois, les jours de soldes, une bagarre
éclatait entre quelques clients avinés. Le patron
calmait les ardeurs en élevant simplement la
voix. Chacun savait qu’il était aussi un redouta-
ble tireur avec un 11.43 dans la main. Sous le
bar, un Riot Gun toujours prêt à cracher la
poudre, pour les cas les plus difficiles.

Le marigot n’était pas très loin et il savait
pouvoir compter sur des jeunes avides de pou-
voir et de reconnaissance pour évacuer et faire
disparaître en douceur un récalcitrant. Les cro-
codiles adoraient la chair fraiche.

Pour l’heure, il sirotait doucement son ani-
sette qu’il faisait venir de Marseille. Il attendait
un coup de fil du Vieux, son compagnon de ga-
lère des temps ou l’argent coulait à flots.
24 Abidjan … Côte d’Ivoire…
Le Vieux était dans la mouïse et il fallait re-
mettre de l’ordre. On ne refuse pas un appel du
Vieux. Jamais.

Abidjan est la plaque tournante de tous les
trafics et la base arrière des équipes chargés de
collecter les fonds pour les partis politiques, Al-
phonse se demanda si le coup de fil du vieux et
l’argent sale étaient liés. Quelqu’un avait, semble
t-il, fait une grosse bêtise. Hugo était-il dans le
coup ? Un chargement jamais arrivé ? Une va-
lise égarée entre deux avions, ça fait désordre.
Mais qui est derrière ça ?

Alphonse ne chercha pas trop à comprendre,
il faudrait peut-être nettoyer la place avant que
tout explose ! Il avait organisé le passage
d’Hugo ici sans connaître le but réel de sa mis-
sion.

Était-ce Hugo, était-ce un autre…A quoi bon
se poser des questions. Il avait fait sa part de
travail sans demander de compensations. Il
n’avait pas trop de soucis à se faire.

Le téléphone tira Alphonse de sa torpeur, il
décrocha en maugréant un bonjour fatigué.

– Salut Alphonse, c’est moi.

25 Hugo l'Africain
Il reconnut la voix du Vieux.

– Salut !
– On a un gros souci avec Hugo, il a foiré la
mission et ça gueule de tous les cotés. La situa-
tion est plus que tendue et on ne sait pas d’où
vient le coup.

La voix du Vieux était particulièrement
agressive. On sentait la tension au ton employé.
– OK, je vois. T’as besoin de quoi ?
– Comme je te le disais, Hugo s’est loupé sur
la dernière livraison. Nos amis ont peur qu’il
n’ait gardé la marchandise pour lui ou pour un
autre commanditaire.
– Il y avait beaucoup ?
– 100 millions de dollars en diamants bruts,
offerts par un pays africain pour financer un
parti politique en vue des prochaines élections
présidentielles chez nous, et en contrepartie,
une fois élu le nouveau Président leur refilait
des armes et des hélicoptères pour aller taper
sur le voisin!

Alphonse faillit s’étrangler en entendant le
chiffre.

– Les Juifs d’Anvers prenaient les diamants
sans discuter. Pour eux, c’est du pain béni. Pas
de trace et le bénéfice multiplié par trois ou
26 Abidjan … Côte d’Ivoire…
quatre. Non seulement les Juifs n’ont pas les
diamants mais en plus les négres ont perdu la
marchandise ! Tu vois le problème !

– Ouais ! Qui pourrait être derrière ?
– Nos amis pensent qu’Hugo a été retourné
par ceux d’en face. On parle aussi des Russkofs
et du Mossad !
– Pas simple l’affaire.
– Simple ou pas, on est dans la panade. Les
Négres crient au scandale de leur coté et chez
nous on frise l’hystérie. Trop de monde est
mouillé. Si un journaliste lève le lièvre, ce sera
pire que les diams de Giscard !
– Je comprends.
– Sans compter les flics en permanence sur
notre dos. Ils nous ferment tous les bars et les
hôtels à filles. Ils viennent de saisir toutes les
baraques dans le Sud de la France ! La situation
devient intenable. On ne peut plus bouger le
petit doigt. On a plus un centime qui rentre
dans les caisses ! Les Ritals sont à cran et je ne
te parle pas des américains, ils veulent mettre
tout le monde à l’amende !
– Les négres peuvent attendre le fric, ce n’est
pas un souci !
– L’affaire n’était pas basée sur le fric, mais
sur les armes ! Comme je te disais, au départ, le
président africain voulait des armes pour aller
taper sur son voisin. Mais il vient de se faire
27 Hugo l'Africain
renverser par un coup d’état et maintenant son
successeur veut des engagements impossibles à
tenir !
Les diams ne sont pas arrivés, donc pas
d’arrangements pour leur foutue révolution ! Tu
saisis ? Et de toute façon, c’est un vol ! Les
blacks sont remontés comme des horloges, ils
menacent aussi de tout balancer à la presse !
– Je vois, je vois …
– On vient de mettre l’enfoiré d’Hugo dans
l’avion pour Abidjan! Tu le récupères à l'aéro-
port rapîdement et tu lui fais cracher le mor-
ceau ! Les amis comptent sur toi ! Tu le cuisi-
nes, tu le fais parler à tout prix et ensuite tu net-
toies la place.
– Et toi ? Tu es menacé ?
– Je devrai m’en sortir sans trop de soucis.
J’ai trop de dossiers sur les uns et les autres.
Nous avons eu de la casse, nous laissons passer
l’orage pour l’instant. Ensuite, nous réfléchirons
pour remettre les affaires sur pied.
– OK ! Je m’en occupe.
– Je compte sur toi mon ami !

Le Vieux reposa le combiné sur la table. Il
n’avait pas tout dit à son ami Alphonse. Le
nouveau Président du pays donateur ne voulait
pas d’armes ni d’argent, il voulait récupérer ses
diamants, tout simplement. De toute façon, inu-
tile de s’aventurer dans des explications tarabis-
28 Abidjan … Côte d’Ivoire…
cotées. Alphonse n’avait pas besoin de connaî-
tre tous les dessous de cette affaire. Il devait
nettoyer. Pour ça, le Vieux lui faisait confiance.

Alphonse raccrocha le téléphone et resta un
moment immobile adossé contre la porte du
bar. Il risquait, lui aussi, de payer les pots cassés
dans cette affaire. Il n’avait jamais su la nature
de la marchandise transportée par Hugo. Son
boulot était de mettre en place la logistique. Pas
plus. Aujourd’hui, il allait nettoyer et faire dis-
paraître toute trace de cette transaction avortée
par l’Africain. Comment cet imbécile d’Hugo
s’était fait avoir lui importait peu. Il fallait le
cuisiner pour savoir, si d’aventure, cet imbécile
n’avait pas gardé le colis pour lui ! Il faudrait
être inconscient ou fou furieux pour agir ainsi.
Mais avec tant de fric, tout homme est capable
de la pire bêtise !

Alphonse décida de faire parler l’africain et
ensuite, il nettoierait.
29 Petite biographie de l’auteur

PARIS…QUELQUES MOIS AUPARAVANT …
L’immeuble ancien de style Haussmannien
envahissait tout un côté de la rue. Elle était
éclairée à giorno par des candélabres d’un autre
âge. C’était une rue tranquille, occupée par des
immeubles de belles factures abritant des famil-
les excessivement aisées. La limousine noire
s’engouffra dans la porte cochère. Deux gardes
de belle prestance regardèrent la voiture aux vi-
tres fumées rouler dans la cour en faisant crisser
le gravier. La grande porte de bois massif se re-
ferma. Les deux hommes regagnèrent la salle de
garde.

Les écrans des caméras de surveillance diffu-
saient des images en continu de tous les en-
droits du bâtiment. L’immeuble était bien gardé.

Outre les deux préposés à la grande porte, il
y avait des gardes à tous les étages. Le calme
était de mise. Pas de cris d’enfants, pas de mu-
sique. Pas de mots inutiles.

31 Hugo l'Africain
Un homme laissa le Vieux gravir les marches
du perron et l’attendit derrière la porte fenêtre.
Il ouvrit simplement la porte en susurrant un
léger bonsoir empreint de respect.
Il l’accompagna au premier étage en emprun-
tant un escalier recouvert d’un tapis rouge. Le
Vieux se savait surveillé par les hommes de
mains positionnés sur les paliers. En cas
d’incident, il ne sortirait jamais vivant de cet
endroit. Il s’en moquait, il n’était pas là pour la
bagarre. Une grande salle s’ouvrit devant le visi-
teur. De grande hauteur sous plafond, les doru-
res renforçaient la solennité du lieu. Le garde
referma les portes à double battants et se posi-
tionna dans un coin de la pièce.

Au milieu, autour d’une immense table mas-
sive recouverte d’un tissu vert, des personnes
en costumes sombres attendaient l’entrée du
Vieux. Ils avaient devant eux un sous-main de
cuir noir. Des boissons et du café étaient dispo-
sés sur la table devant les convives. Assuré-
ment, la réunion avait débuté depuis un long
moment déjà. On le pria de prendre place en
bout de table. Les participants tournèrent leurs
regards vers lui sans le saluer.

– Bonsoir mon vieil ami. Assieds-toi. As-tu
fait bon voyage ?

32 Paris…Quelques mois auparavant …
La voix était chaude, quoique fatiguée.

Le Vieux répondit par un hochement de tête.
Ici, il n’avait pas le monopole de la puissance.
Les gens assis autour de lui concentraient
d’immenses pouvoirs, politiques et financiers.

Ils échangèrent quelques futilités avant
d’entrer dans le vif du sujet.

– Comment va mon vieil ami ? Le Sud n’est
pas trop remuant ces temps-ci ? J’ai entendu
dire que vous auriez des soucis avec le partage
des territoires, c’est gênant non ?
– Comme ci, comme ça, répondit le vieux. Il
faut calmer un peu les jeunes pas plus. Nous
allons bientôt régler tous nos problèmes. Cela
devrait être fait dans moins d’un mois. Les Rus-
ses sont un peu envahissants, nous allons de-
voir organiser des réunions pour accommoder
tout le monde sans trop de casse.
– Oui, nous connaissons la brutalité des Rus-
ses ! Ils ne respectent rien, c’est dommage, mais
il faudra bien un jour mettre de l’ordre. Et pour
toi ?
– Pas de problèmes majeurs, la routine.
– Bien, très bien, si les affaires marchent
bien, tout est parfait.
– Je vous remercie de votre sollicitude. Que
puis-je pour vous ?
33