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Il s'appelle On

De
267 pages
Mady est une joueuse de rugby. Passionnée par ce sport, elle se morfond à son poste de trois-quarts aile. Elle rêve de grands espaces et de formidables aventures. C’est là que tout commence…Très vite, elle apprendra à se découvrir notamment au travers de son nouveau poste : celui de demi d’ouverture. Son meilleur soutien sera son entraîneur qui va lui permettre de s’envoler. Au cours de cette saison si particulière pour elle, elle croisera sur son chemin le beau Matis et ses yeux si profonds, qui la troublent tant. Pourtant, On les empêche de se trouver… Mais est-ce vraiment lui le coupable ? C’est une invitation au voyage que vous propose Mady. Une invitation au pays de l’Ovalie où les commères ne sont pas en reste… Préface de Henry Broncan
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2 Titre
Il s’appelle On


3

Titre
Mathilde Joly
Il s’appelle On
Tome I
Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8330-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748183306 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8331-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748183313 (livre numérique)
6





. .
8 Préface

PRÉFACE
Auch, le 23 février 2006


Je suis né avant – peu avant – que les femmes…
françaises n’obtiennent le droit de vote et j’ai été éduqué
par une formidable grand-mère, la femme de ma vie.
Avec le recul du temps, je ne lui ai reconnu qu’un seul
défaut : Elle était persuadée qu’il y avait une place – la
première – pour les Hommes, et que les Femmes
devaient se tenir en retrait, derrière… dans l’ombre…
En fait, je me demande si cette humilité – « s’abaisser
plus qu’il ne convient, n’est-il pas la forme la plus
subtile de l’orgueil ? » – qu’elle affectait, ne lui
permettait pas de mieux diriger ceux qu’Elle considérait
comme devant marcher devant Elle !

Ces lignes pour vous laisser entendre pourquoi,
lorsque les premières filles de mon pays se sont mises à
courir derrière un ballon ovale, le joueur de RUGBY
– sport « viril » par excellence – que j’étais, formé aux
confrontations musclées de l’époque – derbies acharnés,
entrées en bélier pour les mêlées, roulettes en touches,
Il s’appelle On
« cravates » autorisées, plaquages anticipés ou retardés
recommandés par les entraîneurs… – n’a daigné
observer que d’un regard condescendant et plutôt
goguenard, les ébats de ces demoiselles.
Une quarantaine d’années ont vécu et les Femmes
ont infiltré ce qui était « notre » sport : les unes
journalistes, d’autres dirigeantes, quelques unes arbitres
ou éducatrices, beaucoup joueuses. Sur le pré, Elles ont
accompli des progrès indéniables et Elles n’ont plus rien
à nous envier dans le « technico-tactique », notre seule
supériorité tient dans le Physique. Pour la beauté de ce
sport, faut-il qu’Elles comblent ce handicap ?

J’ai lu, récemment, que la première épreuve athlétique
dans laquelle la Femme battra l’homme, sera le
Marathon : au-delà du trentième kilomètre, le mental
féminin supérieur compenserait l’infériorité
physiologique. Comme le Mental – notre tête,
messieurs – apparaît, de plus en plus, comme le talon
d’Achille du Rugbyman actuel, j’en viens à me
demander si nous ne serons pas le premier sport
athlétique d’Equipe où les Dames nous donneront la
leçon ? Je suis sûr en tout cas, que nous aurons, un jour,
des coach-femmes dans le Top 14. À quand dans
l’équipe nationale ?

Mady, rugbyphile avertie et passionnée, pratiquante
convaincue, exilée, délaissée sur son aile, rêvait d’opérer
au poste magique d’ouvreur. Aussi, ne pouvait-elle
tomber amoureuse que d’un numéro dix : créateur,
Préface

finisseur, meneur de jeu, adroit, intelligent, rusé, buteur,
botteur, passeur… Magicien… Tous les ouvreurs du
monde sont obligatoirement très beaux : Carter,
Wilkinson, Jones, Boyet, Michalak, Peyrelongue… Le
jeune Matis, dont le talent juvénile laissait entrevoir une
carrière de bonheurs, avait, en plus, des yeux dans
lesquels Mady ne pouvait que se noyer ! Pourtant, ce
fameux dix, s’il est l’objet de beaucoup d’admirations,
est, aussi, le joueur qui suscite le plus de jalousie et
parfois même de haine : idolâtré parfois, hué souvent,
diabolisé par tous les ouvreurs refoulés qui siègent dans
les tribunes, il tient triste compagnie à l’arbitre et à…
l’entraîneur dans les quolibets et les déraisons.

Que la petite Mady et ses vingt-deux ans, si fraîche,
si timide, si affective, comprenne qu’il n’y a pas
d’ouvreurs heureux comme il n’y a, peut être pas,
d’amours heureux… La guitare est une bonne
thérapie : c’est une amie qui sait exprimer nos
sentiments. Que Mady garde une place pour l’Espoir,
dans son cœur, « ce petit parking » : le Rugby réserve
toujours de belles surprises !

Henry Broncan.
Préface







À celui qui, durant un temps,
fut mon Matis…

À mon entraîneur,
lui qui m’a appris le rugby en chantant.
Il s’appelle On
PREMIÈRE PARTIE

Il s’appelle On






« Impossible n’est pas un fait,
c’est une opinion. »
Présentation

PRÉSENTATION
Bonjour, je m’appelle Mady. J’ai vingt et un
ans, je devrai dire vingt deux, parce qu’en fait,
dans une dizaine de jours, c’est mon
anniversaire. Puisque nous venons de nous
rencontrer, je me présente, comme je viens de
vous le dire j’ai presque vingt deux ans, je suis
blonde aux yeux clairs, j’évite de dire qu’ils sont
gris ou bleus parce que je ne le sais pas moi-
même. N’allez pas croire que je ne connais pas
les couleurs, c’est juste que mes yeux aiment
changer de reflets, suivant mes humeurs et le
temps qu’il fait. Pour aujourd’hui, ils sont d’un
gris très pâle. J’ai aussi des taches de rousseur
sur le visage ce qui m’a valu le surnom de
Gwendoline ou encore Candy quand j’étais plus
petite, durant mes années colo.

Pour ce qui est de ma vie professionnelle, je
me suis promenée, je crois que c’est le mot. À
l’école, j’aurais sans doute pu faire mieux
seulement voilà, je m’ennuyais, vous voyez de
quoi je veux parler. Enfin, pour ce qui est de
19 Il s’appelle On
mon boulot actuel, il n’est pas particulièrement
intéressant. Je suis quasiment au bout de mon
contrat alors je crois que le plus difficile est
maintenant passé.

En fait, ma plus grande passion, c’est le
rugby. Nous venons de commencer depuis
quelques semaines une nouvelle saison, la
cinquième pour moi, la sixième pour l’équipe. Je
joue à l’aile. Enfin je devrais plutôt dire : je suis
à l’aile, car c’est un poste où l’on ne joue pas
souvent, comme l’explique si bien un ancien
ailier aujourd’hui journaliste. Au niveau du jeu
de l’ailier dans l’équipe, ça laisse à désirer. Il ne
s’y passe jamais rien ou tellement peu.

Vous voyez de jolis ballons mais le temps
qu’ils vous arrivent en général, ils sont
complètement pourris. Je veux dire par là que si
vous jouez à l’aile et que vous recevez un
ballon, c’est qu’en principe personne avant vous
n’a trouvé la faille pour aller marquer. Alors,
avant qu’il n’y ait du grabuge, on vous le fait
passer. C’est assez sympathique, cela montre
que l’on ne vous oublie pas sur votre aile, sauf
qu’en général, vous prenez un bon plaquage
dans la minute qui suit. Vous comprenez alors
qu’en face non plus, les filles ne vous ont pas
oublié. Attention, je précise que c’est un
phénomène réservé à l’équipe avec laquelle je
20 Présentation
joue parce que vous pouvez voir dans la
majorité des équipes, des ailiers qui reçoivent de
superbes ballons de la part de leurs coéquipiers.
C’est magnifique de voir un trois quarts aile
décoller et le retrouver quelques secondes plus
tard derrière l’en-but adverse. Mais ici, ce n’est
pas à l’ordre du jour, c’est comme ça.

Je n’aime pas ça, l’aile. C’est trop loin de
l’action, je m’ennuie ; alors après, quand un
ballon arrive, c’est trop tard, je n’ai plus envie.
Non, en fait le poste que je préfère, c’est celui
de demi d’ouverture, le dix. Pour les néophytes,
je vous explique brièvement de quoi il s’agit,
vous êtes là pour faire jouer les autres, pour
orienter le jeu. C’est vous qui décidez d’aller ou
pas faire toucher les étoiles à vos coéquipiers,
sauf que moi, je ne peux pas jouer à ce poste, je
n’en suis pas capable, enfin je crois.

En ce moment, je suis blessée, une entorse
au genou. Elle tombe mal celle là, juste au
moment où je commençais à prendre de
l’assurance sur le terrain, à prouver aux autres et
surtout à moi-même que je n’étais pas
forcément coincée sur mon aile. Encore
quelques jours de repos et je retrouverai le
terrain. Mais pour l’instant il est dix sept heures
trente et je dois me dépêcher si je ne veux pas
arriver en retard. Où, me direz vous ? Mais au
21 Il s’appelle On
Stade bien sûr, ce soir je vais voir l’équipe
Première de mon Club. Ce sont des
professionnels, il faut entendre par-là qu’ils
jouent dans l’Élite. Je vais voir le travail qu’a
effectué depuis trois mois le nouvel entraîneur.
J’espère voir du jeu avec plein d’actions de la
part des trois-quarts.

Il me faut partir de bonne heure parce qu’en
fait je rentre au Stade avec Nicolas. C’est un des
piliers des Espoirs, il est tranquille Nicolas,
contrairement à d’autres que je ne citerai pas, il
n’a pas la grosse tête. D’ailleurs, je vais passer
l’entrée avec lui, comme ça, le vigile croira que
je suis moi aussi un Espoir. Cela dit, je ne suis
pas sûre d’être crédible dans le rôle d’un Espoir,
cela doit venir de la différence de physique
entre eux et moi. Ce n’est pas grave de toute
façon, il faut tenter dans la vie.

Revenons en à Nicolas, il a une copine
depuis quelques temps déjà voire même
quelques années. C’est Zoé, une brunette aux
yeux noisette. Nos caractères sont très
différents, nous n’appréhendons pas les choses
de la même façon. Avec Zoé au moins, tu es
tranquille si quelque chose ne lui plaît pas, elle
te le dit. Quant à moi je dirais les mêmes choses
mais de manière plus subtile. Nous sommes
22 Présentation
différentes, c’est sans doute pour cela que nous
sommes amies.

Elle joue elle aussi, avec les Féminines dans
mon équipe, à l’aile. C’est d’ailleurs pour ça que
dans le match, on ne se croise jamais ; on est à
l’opposé l’une de l’autre. Je ne vois pas
beaucoup de ballons dans un match, par contre,
je vois beaucoup de monde, aussi bien des
avants que des trois quarts, mais elle, je ne la
vois jamais. Mais attention, en dehors, c’est
l’inverse, on se voit souvent. Dans cette équipe,
jouer à l’aile ça nous rend solidaire, on se
comprend. Sauf, que pour ce soir, elle n’est pas
là, elle est partie en Normandie. Zoé est partie
réaliser un stage pour son nouvel emploi de
secrétaire.

*

J’arrive, pile à l’heure. Je rejoins Nicolas près
de l’entrée du Stade et Enzo un autre espoir
nous rejoint à son tour. Enzo et son pot de gel
sur la tête, sa couleur naturelle est un châtain
assez classique mais quand il met du gel, il
devient brun parce qu’il en met trop. D’ailleurs,
même avec des rafales de vent à plus de cent
kilomètres heure, pas un cheveu ne bouge, pas
même un épi ou une mèche en travers, rien. À
23 Il s’appelle On
la place de sa copine, j’aurais peur de me griffer
en lui passant la main dans les cheveux.

Je m’arrête un instant pour vous décrire le
Stade. Lorsque vous arrivez par l’entrée
principale comme c’est mon cas aujourd’hui,
vous avez deux choix. Soit, vous prenez une
allée qui vous mène vers les salons privés du
stade et les tribunes présidentielles, en passant
au-dessus d’une esplanade. Soit, vous passez par
les côtés droit ou gauche et vous arrivez sur la
placette que je viens de citer. Cette petite place
se situe au pied de la tribune d’honneur, elle est
l’envers du décor. Je m’explique, elle sert aussi
bien de parking que de point de ralliement pour
les équipes du Club, notamment avant le début
de chaque entraînement. C’est aussi de cet
endroit que partent deux escaliers, le premier
qui monte vers les terrains annexes, le second
lui, vous mène tout droit sur le terrain
d’échauffement, qui à la particularité de ne pas
avoir de poteaux.

Enfin, se trouve sur cette esplanade, l’entrée
du couloir qui passe sous la tribune d’honneur
et la transperce de part en part. Lorsque vous le
suivez, vous arrivez au cœur même du stade
juste au bord du terrain qui sert d’aire de jeu à
notre équipe de professionnels. C’est le terrain
d’Honneur. Dans ce même couloir se trouvent
24 Présentation
des vestiaires, dont le mien, celui des
Féminines. Mais il y a aussi un autre couloir,
plus étroit qui vous emmène plus
profondément sous les tribunes. C’est là que se
trouve entre autre le vestiaire des Espoirs, mais
aussi, celui de l’équipe première du Club.

Et voilà, c’est fait je suis rentrée, il est dix
huit heures, il reste une heure et demie avant le
coup d’envoi du match. En attendant, je vais
aller voir les Espoirs s’entraîner. J’attends qu’ils
sortent du vestiaire, Nicolas lui est déjà sorti, il
est sur le petit terrain derrière moi, celui qui n’a
pas de poteaux. Quand, je vous disais que Nico
c’est quelqu’un de bien, il m’a donné une place
pour le match de tout à l’heure. C’est elle que
j’examine depuis cinq minutes. Je réfléchis, qui
a bien pu donner cette place à Nicolas, avec,
marqué dessus « Groupe Pro ». C’est un gars de
la Première, mais lequel ?

« Mady ! » Qui c’est celui-là ? Qui crie mon
prénom ? C’est malin, tout le monde va savoir
que je m’appelle Mady. Je me tourne vers
l’escalier qui monte vers les autres terrains
annexes et je vois Matis. Tout à l’heure, je vous
parlais de jouer à l’ouverture et bien justement,
lui, c’est un demi d’ouverture. C’est un des
professionnels qui va jouer ce week-end avec
les Espoirs. Je vous le décris rapidement ? Matis
25 Il s’appelle On
est blond avec des yeux très clairs entre le bleu
et le vert. Il fait partie des tombeurs du Club,
sauf que moi, je n’accroche pas du tout avec les
blonds, mais alors pas du tout. Par contre, si
vous écoutez les rumeurs, c’est tout le contraire
qui se dit. On dit que je suis complètement folle
de lui. Mais bon, vous connaissez les rumeurs,
elles courent très vite mais elles ne sont pas
forcément fondées sur du concret. La preuve,
Matis ne me fait pas fondre comme une glace
au soleil, loin de là. C’est donc lui qui vient de
m’appeler, je lève le bras pour lui faire un signe
mais pas question que je crie à mon tour, je suis
bien trop timide pour ça. D’ailleurs qu’est ce
qui lui prend de m’appeler pour me dire
bonjour ? Il ne l’avait jamais fait jusqu’à
aujourd’hui.

Ce n’est pas grave de toute façon, ce n’est
pas un secret mon prénom. Si Matis monte sur
le terrain du haut, c’est que les trois quarts
s’entraînent là-bas. J’ai le choix, soit je reste ici
et je vois les avants, soit je monte voir les trois
quarts. Je monte ! Je vais voir ce qu’ils font là-
haut, c’est toujours intéressant pour un ailier de
voir l’entraînement d’autres ailiers.
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