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1,2,3 Foulard

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108 pages

" Le jeu des étoiles, c'est fort, très fort ! C'est difficile à expliquer avec des mots. Il faut le vivre. Parfois, tu t'évanouis. Mais toujours, tu recommences. C'est un voyage loin, loin, loin... "

" Le jeu des étoiles, c'est fort, très fort ! C'est difficile à expliquer avec des mots. Il faut le vivre. Parfois, tu t'évanouis. Mais toujours, tu recommences. C'est un voyage loin, loin, loin... "



Charlotte, douze ans, est nouvelle au collège et perdue dans la vie. Ses parents adoptifs essaient de lui faire oublier son passé tragique. Mais tout cela s'évapore quand elle rencontre Jordan. Mystérieux, froid, beau à pleurer, il occupe toutes ses pensées. Quand il lui propose de l'initier au jeu du foulard, elle plonge les yeux fermés...



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couverture
ÉRIC SANVOISIN

1, 2, 3… FOULARD

Pour Pascale :
J’ai écrit cette histoire pour toi.
Elle n’existerait pas sans toi…

 

 

Pour Xavier :
Nous savons, tous les deux,
que les silences sont parfois
plus forts que les mots…

1

Ne pleurez pas


Papa, maman, ne pleurez pas. Je suis vivante.

Je vous entends mais je ne peux pas vous répondre. Mon corps est en panne. Il ne m’obéit plus.

Je ne sens plus rien. Est-ce normal ?

J’ai quitté mon enveloppe corporelle. Je plane et je nous vois, tous les trois. Toi, papa, debout, raide, planté dans le sol de ma chambre d’hôpital comme un javelot. Toi, maman, assise près de moi, ma main dans la tienne, ta bouche près de mon oreille, murmurant des poèmes que tu as appris autrefois à l’école. Et moi, déesse immobile, reliée par un tuyau à un grand nuage blanc.

J’entends. Je vois. Et je me souviens…

2

Merci pour tout


Quand je suis arrivée chez vous, papa, maman, je venais de fêter mes sept ans. J’avais déjà connu trois familles d’accueil. Trois fois je m’étais enfuie. Vous étiez ma dernière chance. C’est ce que m’avait expliqué l’assistante sociale en me conduisant chez vous. Ça ne m’avait pas beaucoup impressionnée. J’étais bien décidée à me sauver une nouvelle fois. Mais vous vous êtes montrés si adorables avec moi que j’ai fondu. Et finalement, je suis restée.

C’était il y a cinq ans. Vous vous en souvenez ?

Grâce à vous, j’ai réussi à remettre un peu d’ordre dans ma tête. Mais elle est toujours encombrée d’horribles souvenirs aussi inaccessibles et collants que des toiles d’araignée au plafond. J’ai essayé de les chasser. Rien n’y a fait. Ils sont toujours là quand je souris. Ils sont encore présents quand je ris. Et même quand j’ai l’air heureuse, ils me guettent. Le poids de leur regard me fait baisser les yeux.

C’est pourquoi mon sourire est léger et mon rire bref.

Ce n’est pas de votre faute, soyez-en sûrs. Ma mère bio n’est pas ce qu’on appelle une bonne mère. Si elle l’était, un juge ne m’aurait pas retirée de ses sales pattes. Elle dit qu’elle m’aime. Elle le croit. Mais elle se trompe.

Il y a cinq ans, vous m’avez sauvée de la noyade. Merci pour tout. Papa. Maman.

Aujourd’hui encore, votre présence à mon chevet me retient. Vous êtes des anges.

3

Perdue dans l’immensité du monde


J’aimais bien l’école primaire. Ce n’était pas trop grand. Il n’y avait pas trop d’élèves. Vous le savez, j’ai peur du monde et des grands espaces. Je me sens toute petite, perdue dans l’immensité du monde. L’angoisse me prend à la gorge et une douleur vient se planter à l’arrière de ma tête. C’est terrible.

Mais mon école ne m’effrayait pas. Je m’y sentais comme chez moi. Vous m’y aviez installée avec mille précautions, prêts à m’en retirer au moindre signe de danger. J’y avais fait mon nid. Après deux CE1, l’un désastreux, l’autre pitoyable, j’avais peu à peu redressé la barre en CE2 avant de hisser les voiles en CM1 pour rattraper mon retard au prix d’efforts quotidiens. Ma haine de l’école, ma peur de l’école, j’avais effacé tout ça d’un coup d’éponge rageur.

Mais il y avait eu le CM2, dernière année de sécurité. La peur était revenue. Sans la haine. La perspective de devoir entrer bientôt au collège me glaçait le sang. La semaine que j’y avais passée avec toute la classe, pour nous préparer au changement, m’avait donné un avant-goût de l’horreur qui me guettait. Paniquée par les nombreux changements de classe, j’avais même réussi à m’y perdre.

Le collège, c’était immense. C’était peuplé d’inconnus. C’était la promesse de souffrances certaines. J’avais freiné des quatre fers en me disant que redoubler n’était pas si grave mais vous m’avez encouragée une nouvelle fois à me dépasser.

Et, idiote que je suis, je vous ai écoutés…

4

Faites que la rentrée n’ait pas lieu…


Pour me changer les idées, vous m’avez emmenée en vacances. Loin d’ici. Au soleil. Dans les châteaux que nous avons visités, dans les villages pittoresques où nous nous sommes attardés, dans les restaurants où nous avons mangé, je n’ai pensé qu’au collège. Cette maudite rentrée en sixième ne m’a pas quittée. Du Périgord, je n’ai rien vu, je n’ai rien aimé. J’avais l’esprit ailleurs.

Chaque jour qui passait était un clou que l’on m’enfonçait dans le corps. Je comptais les heures, les minutes, les secondes…

Sur le chemin du retour, j’ai eu l’impression que quelqu’un comprimait ma cage thoracique pour m’étouffer. Mais il n’y avait personne d’autre que moi, bien sûr, à l’arrière de la voiture. Je n’ai rien dit. J’ai serré les dents. J’avais envie de hurler. Vous n’en avez rien su. Je ne voulais pas vous inquiéter.

Je n’étais pas en train de devenir folle. J’étais folle !

5

Il faut que le temps s’arrête


Les vacances ont filé comme le temps s’écoule dans un sablier. Beaucoup trop vite. Je n’ai rien fait d’intéressant pour m’ennuyer le plus possible, dans l’espoir de retenir les jours. Mais même quand on s’ennuie, le temps passe. Il a fallu songer à préparer la rentrée. Changer de cartable. Acheter des vêtements neufs. Commander une carte de transport scolaire pour le car. J’ai tout fait à reculons comme un condamné que l’on prépare pour l’échafaud.

Vous avez tout tenté pour me rassurer. Vous y êtes presque parvenus. Sans vous, j’aurais fugué pour échapper une fois de plus à la terrible réalité. Mais je n’avais pas le droit de vous faire ça. Je suis donc allée en 6e pour vous, pour ne pas vous décevoir…

6

La 6e, c’est l’horreur !


Le premier jour, je suis restée en apnée. Je me suis raccrochée aux têtes que je connaissais. Julie, Vanessa, Camille… Ce n’était pas de vraies copines. Je suis d’une nature un peu solitaire. Elles se racontaient leurs vacances. Je les ai écoutées, sans parler des miennes. Je tremblais comme une feuille.

La principale a fait l’appel. Je me suis retrouvée dans la dernière 6e. Il n’y avait personne de mon école. J’ai commencé à paniquer. Je n’ai pas enlevé mon blouson, comme si j’étais de passage, comme si je n’allais pas revenir le lendemain.

— Tu n’as pas trop chaud, Charlotte ? m’a demandé la prof principale. J’ai secoué la tête, incapable de prononcer le moindre mot.

Puis j’ai toussé pour qu’on me foute la paix. Je claquais des dents. J’étais frigorifiée de l’intérieur. C’était impossible à expliquer.

Les autres ont commencé à me regarder d’un drôle d’air. J’ai tout de suite su que j’étais grillée, que c’était foutu, que j’étais déjà étiquetée débile de la classe. Je me suis renfrognée et j’ai croisé les bras. J’ai attendu que la journée passe. Je me suis faite toute petite.

Le soir, quand je suis rentrée, j’ai éclaté en sanglots. Vous m’avez écoutée et, dès le lendemain, j’ai changé de classe. Adieu la 6e4, bonjour la 6e2. Il y avait là trois filles de mon ancienne école dont l’une était plus ou moins ma copine. Je me suis rapprochée d’elle. Elle s’appelait Coraline. C’est un peu à cause d’elle que tout a commencé…

7

Dans ma bulle


Ne pleurez pas, papa, maman. Je ne souffre pas. Je suis comme dans une bulle.

Hors circuit.

Hors jeu.

Plus personne ne peut me faire de mal, désormais.

Je suis hors de portée.

Hors de danger.

Ne soyez pas tristes. Je vais bien. Je ne regrette rien.

Plus légère que l’air, je plane. Sans le plafond, je m’envolerais. Jusqu’au ciel…

Je vous observe. Vous êtes beaux. Et, tout à coup, je ressens comme une envie de pleurer. Vous allez bientôt rentrer à la maison et je vais me retrouver seule, seule dans la nuit.

Aimez-moi ! Aimez-moi le plus fort possible. Retenez-moi. Mais retenez-moi ! Je sens que je m’en vais…

8

Le premier rendez-vous


Coraline m’a prise sous son aile, comme si elle avait deviné que j’étais un petit oisillon apeuré. À partir de là, je me suis sentie plus légère. J’ai cessé de claquer des dents et j’ai pris peu à peu mes marques.

Elle m’a présenté des garçons. Je les ai trouvés sympas et plutôt beaux. Ils étaient gentils avec moi. Ça m’a étonné qu’ils s’intéressent à une fille dans mon genre. Je me sentais terne et sans relief. Pas intéressante. Je m’étais toujours méfiée des garçons. Mais là, non. Faire partie d’un groupe me grisait.

Je n’avais d’yeux que pour Jordan. Je voulais l’éblouir. Je voulais qu’il ne regarde que moi. Je voulais qu’il me donne la main et qu’il m’embrasse dans le cou. Je le voulais, lui !

Bien sûr, comme il était en 5e, il y avait peu de chances pour qu’il me remarque. En plus, il avait déjà redoublé deux fois. Moi, une seule. Nous avions deux ans d’écart. Pour me rassurer, je me disais que les filles ont plus de maturité que les garçons. Donc, d’une certaine façon, nous étions à égalité…

Vous avez dû vous apercevoir du changement, papa, maman. J’étais heureuse et vous l’étiez aussi. Tout le monde respirait à la maison. Je venais d’entrer dans la meilleure période de ma vie. Je voulais que ça dure. J’avais peur qu’un grain de sable grippe mon bonheur.

Alors, quand Jordan m’a proposé d’essayer un truc incroyable dont il ne fallait surtout parler à personne, j’ai foncé sans réfléchir. Il m’a donné rendez-vous chez lui après les cours et j’ai dit oui. Je vous ai raconté que j’allais chez Coraline. En fait, c’est chez lui que je me rendais. J’espérais qu’il allait me dire qu’il me trouvait jolie. Et qu’il m’aimait. Parfaitement, qu’il m’aimait ! Ça ne pouvait être que ça, son rendez-vous…

Je me suis bien trompée.

Quand je suis arrivée chez lui, il n’était pas tout seul. Il y avait aussi Coraline, Vanessa et Tom. Mais qu’est-ce que je fichais là ! C’était quoi ce plan pourri ? J’avais envie de partir.

Mais Jordan m’a regardée dans les yeux et je suis restée…

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