Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

debout, Cosaques !

De
148 pages

Michel, le fils du riche marchand Nikitine, est envoyé hors de Moscou par le tsar pour être venu en aide à l'ataman Stenka Razine, hors-la-loi Cosaque.

Arthème, fier bûcheron, est condamné aux travaux forcés pour avoir coupé du bois dans le domaine public.

Le pope Kolokol, gros buveur et peu courageux, tombe en disgrâce après avoir recueilli une pie noire porteuse de malheur.

Les trois hommes vont finalement se rejoindre dans l'armée des Cosaques qui soulève le pays russe en quête de justice et de liberté !

Un sublime roman d'aventure par Bertrand Solet, admirateur de Razine et des chants du le célèbre Cosaques ; et superbement illustré par Yves Beaujard.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Illustrations intérieures et de couverture : Yves Beaujard
Première Publication : 1989, Castor Poche Flammarion.
Exploitation en vertu de la licence confiée par la SOFIA dans le cadre de la loi n° 2012-287 du e 1er mars 2012 relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles du XX siècle.
Directrice de collection ReLIRE : Cécile Decauze
ISBN : 978-2-37169-036-3 Dépôt légal internet : juin 2016
IL ETAIT UN EBOOK Lieu-dit le Martinon 24610 Minzac
« Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, ou de ses ayants droit, ou ayants cause, est illicite » (article L. 122-4 du code de la propriété intellectuelle). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par l’article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle. Le Code de la propriété intellectuelle n’autorise, aux termes de l’article L. 122-5, que les copies ou les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, d’une part, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration.
Ici, quelquefois, l'histoire et la légende se confondent. Des pages manquent aux vieilles chroniques, certains ont vu, d'autres ont rêvé.
Mais Stenka Razine a réellement existé. Autour des années 1670, le nom du libre Cosaque a fait trembler jusqu'au tsar de toutes les Russies lui-même.
Aujourd'hui encore, des contes et des chants perpétuent à jamais sa mémoire...
1. Une nuit à Moscou
En entrant dans les faubourgs, Michel ainsi que les valets de son escorte sentent une atmosphère inhabituelle. On dirait que les gens se cachent, se terrent chez eux. Il n'y a même pas d'ivrognes ou de mendiants, affalés comme d'habitude dans les ruelles tortueuses, où la fange des eaux de ménage croupit. En revanche, à chaque instant, surgissent des patrouilles d'archers à cheval, inquiétantes et rapides. La nuit tombe sur Moscou. Une belle nuit d'été, pleine d'étoiles.
« Il se passe quelque chose », songe le jeune homme.
Voilà deux jours qu'il est absent de la ville. Son père l'a envoyé près du bourg de Touchino surveiller un chargement de bois destiné à la capitale. Le bois arrivera demain. Nicolas Sergeïevitch Nikitine est un riche marchand. Un des plus riches de Russie. Il voit le tsar très souvent, ses marchandises sont vendues jusqu'en Italie, et au royaume de Suède. Des caravanes lui appartenant vont chercher des objets précieux, de la soie, des épices, des fourrures, jusqu'en Perse, à Boukhara et même aux Indes.
Michel commence à seconder son père, malgré son jeune âge.
- Regarde, dit un serviteur.
On dirait qu'une fumée rougeâtre monte dans le ciel, en plusieurs endroits, du côté de la 1 Ville Chinoise et de la Ville Blanche, là où sont construites les grandes maisons des boyards . Là où Michel demeure également.
- C'est inquiétant...
L'escorte arrive à ce moment près d'une barrière, coupant la rue. Une de celles qu'on abaisse la nuit pour protéger les honnêtes gens des voleurs et des vagabonds qui rôdent. Près 2 de chaque barrière, veillent lesstreltsien armes.
- Que se passe-t-il ?
L'un des archers lève une tête étonnée.
- D'où viens-tu donc ? Toute la journée l'émeute a grondé. La populace a brûlé des palais.
- Pourquoi cela ?
- Toujours les impôts. Et la vie chère. Les gens sont mécontents au sujet des monnaies en 3 cuivre . Ils sont allés le dire au tsar dans sa résidence de Kolomenskoïe. Les soldats en ont tué des milliers, paraît-il.
Michel a la gorge serrée. Cela ne pouvait finir autrement. Son père l'avait prédit depuis longtemps.
- Hâtons-nous.
Les valets allument des flambeaux et pressent leurs montures. Les masures de bois, et les palissades, clôturant de maigres jardins défilent.
- Hé ! Qu'est-ce que cela encore ?
Michel retient brusquement son cheval.
La rue aboutit à une sorte de place où se dresse une église en bois. Là, un homme est en train de courir, poursuivi par plus de dix archers, leurs hallebardes brandies. Sans réfléchir, Michel se jette au milieu du groupe. Ses serviteurs l'imitent.
- Arrêtez !
Un capitaine de streltsi dresse sa hallebarde. Il regarde le jeune homme.
- Ne te mêle pas de cela.
- Dix hommes contre un seul, c'est un combat déloyal.
- Il s'agit d'un émeutier. Laisse-nous.
Les torches éclairent la silhouette de l'homme pourchassé, qui s'est arrêté, lui aussi, sa main posée sur la crosse d'un long pistolet turc passé à la ceinture. Il semble prêt à vendre chèrement sa vie. On reconnaît un Cosaque au bonnet de mouton, aux pantalons bouffants, enfoncés dans des bottes de cuir. Il a des épaules puissantes, un visage grave aux traits réguliers, de longs cheveux noirs, une barbe épaisse. Ses yeux perçants contemplent tour à tour Michel et le capitaine.
- Passez votre chemin, dit Michel fermement. Je suis le fils du marchand Nikitine.
- Je t'ai reconnu, murmure le soldat désappointé. Autrement, nous aurions déjà attaqué. Mais prends garde : le tsar saura demain ce que tu fais.
- Mon père s'expliquera, s'il le faut. Allez au diable !
Lentement, les streltsi s'éloignent, mécontents d'abandonner une proie presque capturée.
- Je dois te remercier, dit le Cosaque.
- Mais non... Veux-tu passer la nuit chez mon père ? Tu y seras en sécurité.
- Encore une fois merci. J'ai affaire ailleurs.
Un voile de tristesse semble passer un instant sur le visage de l'homme. L'adolescent interroge :
- Es-tu du Dniepr ? Du Don ? De la Volga ?
- Je suis du Don.
- Comment t'appelles-tu ?
- Stéphane, dit Stenka. Tu es bien curieux, mon garçon.
- Pardonne-moi.
Tout en parlant, Michel a repris sa marche, le Cosaque à son côté. Bientôt celui-ci s'arrête.
- On se retrouvera, dit-il. Et je te reconnaîtrai entre mille, s'il le faut : tu portes un signe au front. Pour le moment, adieu.
- Adieu, répond Michel. Tu peux aller. Les archers sont loin.
L'homme sourit. Son visage en semble illuminé. Le fils du marchand le regarde disparaître tout en caressant d'un geste machinal la cicatrice blanche inscrite sur sa tempe, souvenir d'un accident qu'il avait eu lorsqu'il était enfant.
- A la maison ! crie le jeune homme.
Les chevaux à nouveau bondissent.
Tandis que Michel poursuit son chemin, le Cosaque du Don continue le sien, un instant troublé par la chasse des archers.
Maintenant, l'homme se tient davantage sur ses gardes. Il rase les murs, évite les endroits trop éclairés par la lune. Lui aussi se dirige vers le cœur de la ville.
Moscou est construit en arcs de cercles successifs, autour de la forteresse : le Kremlin, et de la place Rouge, qui s'étend devant elle. Plus on est riche et important, plus on habite près de la forteresse.
Après environ une demi-heure de marche rapide, l'homme arrive aux abords de la place. Devant lui se dressent les murs rouges et crénelés du Kremlin, surmontés de hautes tours en brique. A gauche, devant la rivière Moskova, pointent vers le ciel les bulbes colorés de 4 l'extraordinaire église de l'Intercession-de-Ia-Vierge .
L'immense place est vide. Le Cosaque songe un instant à la foule qui s'y pressait le matin
même... Le mécontentement couvait depuis longtemps déjà. Dans la nuit, des placards étaient apparus sur les murs, demandant une réduction des impôts, plus de justice, et la punition des boyards malhonnêtes. Ceux qui savaient lire lisaient à haute voix. L'excitation gagnait, les vendeurs ambulants commençaient à plier bagage. Puis le tocsin s'était mis à sonner.
Des voix criaient : « Allons demander justice au tsar ! » Des milliers d'hommes se mettaient en marche. On a raison de comparer la foule à un fleuve puissant...
Le Cosaque achève là de se souvenir, car une ombre avance vers lui. Elle appelle doucement :
- Stéphane...
- Je suis là.
- Parle moins fort, Cosaque. Je risque ma vie.
- Vas-tu me conduire ?
- As-tu l'argent ?
- Je l'ai.
- Alors, je te conduirai. Viens et tais-toi.
Celui qui parle est trapu. Il porte une chemise rouge déchirée. Son allure est rude. Comme son métier : aide-bourreau.
Les lourdes portes du Kremlin sont toutes soigneusement fermées. Les murailles paraissent inaccessibles. Mais rares sont les forteresses qui ne comportent pas d'issues secrètes, connues de quelques-uns seulement.
Sur la berge de la Moskova, l'homme en rouge se penche vers un rocher qui pointe. Sa main semble le palper. La pierre glisse sur elle-même, découvrant un souterrain dans le sol.
- Viens, Cosaque.
Les deux ombres noires s'enfoncent sous la terre. Le souterrain est sombre, humide. Il passe certainement sous les fossés.
Les murs suintent. On étouffe... Puis une pâle lueur naît au bout de l'obscurité.
- C'est là.
Des marches grossières...
5 La plus haute tour à l'intérieur du Kremlin : la tour Frolova . Elle est reliée par un pont de bois suspendu à une autre tour d'aspect sinistre : la tour des tortures. Là, les bourreaux du tsar 6 et desprikazmartyrisent les suspects, ceux qui osent élever la voix, ceux qui déplaisent aux puissants.
La porte en chêne, cloutée de fer, s'ouvre sans un grincement. Les murs sont noirs, tachés 7 de sang séché. Une torche éclaire vaguement un passage où un archer à cafetan brun ronfle, affalé sur son escabeau.
- Par ici... Doucement...
Plus loin, un escalier graisseux s'enfonce vers les cellules. Enfin, devant l'une d'elles, le bourreau s'arrête.
- Il est là. Tu peux parler à ton frère.
Le Cosaque approche vivement. Ses mains fortes serrent les barreaux de fer. Il appelle à voix basse :
- Ivan.
Personne ne répond.
- Ivan. C'est moi, Stéphane. Entends-tu ?
Enfin, une voix faible monte de la prison :
- Stenka ! Est-ce possible ?
- Ivan, mon pigeon, je suis venu. Tu sortiras de là.
- Comme je suis heureux de t'entendre. Il y a si longtemps...
- Je te ferai sortir, répète le Cosaque.
Ses mains se crispent, tirent sur le fer rouillé comme pour l'arracher de ses alvéoles. La voix murmure tristement dans la cellule :
- Je ne sortirai pas, Stéphane. Ils m'ont brisé la poitrine et les membres. La vie est près de me quitter. Comment as-tu su que j'étais au Kremlin ?
- Un de tes compagnons nous l'a dit. Il nous a raconté comment tu avais voulu t'enfuir, revenir vers les tiens sur le fleuve. Tu en avais assez de te battre contre les Polonais... Mais cela ne méritait pas la mort !
- Je serai mort demain. Je le sens. Ils jetteront mon corps sur le glacis des fortifications. Les vieillards de l'hospice me ramasseront, comme tous les autres, et me porteront en terre, loin de chez nous.
- Ivan, ce n'est pas vrai ! Dis-moi que ce n'est pas vrai, mon petit.
- Tu salueras les nôtres, Stéphane. Tu leur diras que je les aime.
Il y a un instant de silence. Le Cosaque étouffe un sanglot. Puis sa voix se fait entendre, grave, vibrante d'émotion contenue :
8 - Écoute-moi ! Si tu meurs, je te vengerai. Je le jure ! Les boyards et les voïvodes t'ont condamné. Ils font le malheur de notre pays. Je les exterminerai...
- Ce sont eux qui te tueront...
- Attends ! Déjà, aujourd'hui, Moscou s'est révolté contre l'injustice. Le tsar a bien fait venir ses mercenaires étrangers et ses archers vêtus de blanc. Ils ont massacré des milliers de pauvres gens sans armes. Mais, la Russie est grande. Ils ne peuvent pas tuer tout le monde... Je te vengerai, Ivan. Il faudra le temps, mais je te vengerai...
Le geôlier dort en haut, sans rien entendre. L'aide du bourreau, inquiet, tire la chemise du Cosaque pour qu'il parle moins fort. Dans la ville, des milliers de familles pleurent leurs morts, tout bas, dans l'ombre...
Voilà comment, le 25 juillet 1662, très exactement, commence, dans la tour des tortures du 9 Kremlin de Moscou, l'histoire de l'atamandes Cosaques du Don, Stenka Razine.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin