Fils de rien

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Calqué sur des faits authentiques, il s'agit du récit de la fuite éperdue de deux enfants victimes de mauvais traitements. Jacquot et Marie à la recherche de liberté, d'espace et de sécurité. Un récit qui vous plonge dans l'enfer des enfants maltraités. Un appel "au secours", un cri d'alarme en leur faveur. A lire absolument.
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Novembre 1959. Jacquot 12 ans et Marie 8 ans, des enfants comme les autres. C’est ce que pensaient les gens du petit village de Montval ou, pour le moins, c’est ce qu’ils s’efforçaient à croire. Mais les enfants comme les autres ne sont pas nécessairement comme les nôtres. Ils ont, chacun d’entre eux, un passé et un présent qui forment la trame de leur avenir. Un passé et un présent où se mêlent joie, souffrance et tristesse; haine, chagrin et colère; où les rêves restent des rêves et les cauchemars moins terrifiants que la réalité. Un passé et un présent qui donnera des lendemains incertains où le mot « enfance » pour quelques-uns, n’aura pas de valeur.
Car la mémoire d’un enfant est fidèle et ne se trompe pas. Il se souvient avec joie des bons moments mais n’oublie jamais les mauvais. Il garde pour toujours, comme marqué au fer rouge, un souvenir confus mais réel des souffrances anciennes, du manque d’affection et des abus en tous genres : abus de pouvoir, abus de confiance, abus sexuels.
Que l’on se garde bien d’imaginer qu’il oubliera un jour. L’enfant mal aimé est comme le bouton d’une rose que la main d’un adulte a égratigné. Il gardera à vie, dans sa chair et dans son âme, les stigmates des mauvais traitements qu’on lui a infligés. Même si elle en a la couleur, même si elle en a le parfum, cette rose-là ne sera jamais comme les autres.
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ISBN : 2-9521531-0-8 (2952153108)
Publié le : vendredi 20 février 2015
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Nombre de pages : 205
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des pommes de terre ou de celle des betteraves.  En 1954, la France perdit la guerre d’Indochine. Rayrevint au domicile, et avec lui revinrent d’autresmond soucis. Ils étaient loin maintenant les jours heureux. Si lointains, qu’il sembla à Jeanne qu’ils n’avaient jamais existé.   Jacquot alla dans la grange chercher le foin qui servait de litière et de nourriture pour les lapins. La besogne fut vite exécutée; juste à temps toutefois. Le père venait d’entrer dans la cour en poussant son vélo. On ne savait d’ailleurs pas trop qui tenait l’autre. Titubant, la casquette relevée en arrière, le père avait la tête des mauvais jours. Jacquot regagna rapidement la cuisine. “Le père est sacrément bourré” dit-il à voix basse à l’intention de sa mère.  Jeanne s’essuya nerveusement les mains avec un torchon afin de dissimuler le tremblement d’appréhension qui les agitait. On entendait dehors le raclement des chaussures de Raymond sur le gravier mouillé. La vie s’était arrêtée dans la maison. Chacun, retenant son souffle, regardait avec anxiété la porte d’entrée. L’huis grinça. Il apparut, l’œil vitreux et la paupière lourde.  Jeanne poussa doucement Marie de la main.   dire bonjour à ton père ! Va Les yeux baissés, Marie s’avança jusqu’à lui.   B’jour p’pa !  Le père l’embrassa en lui caressant lentement ses longs cheveux bruns. Sa main épaisse et calleuse descendit dans le dos de la fillette jusqu’au creux de ses reins où elle s’attarda. L’enfant tressaillit et se raidit. Marie gardait les yeux baissés, la mère avait détourné les siens tandis que Jacquot restait là, debout, sans comprendre.   ! s’exclama le père à l’adresse deViens ici toi Jacquot sur un ton qui n’admettait pas de réplique.  leva la tête vers son père. QueJacquot s’était approché. Il - 44 - 
 
voulait-il ? Il n’eut pas à réfléchir longtemps, une gifle s’abattit de toute volée sur son visage. Il en fut déséquilibré et heurta de la tête le chambranle de la porte.   J’ai vu ton curé… je n’accepte pas que ce “petit trou du cul” vienne me faire la morale… sur la façon dont j’éduque mes gosses ! gronda-t-il d’une voix rocailleuse et entrecoupée de silences embrumés.  Les dents serrées, Jacquot se tenait la joue d’une main. Il se rencogna dans l’angle du mur.  Qu’est-ce que tu lui as raconté sur moi ?    Mais rien ! s’écria Jacquot ahuri.   Si ! Tu lui as dis quelque chose !   J’te jure p’pa, j’ai rien dit !   Menteur ! Sale petit menteur !  Le père leva à nouveau la main, Jacquot se protégea du bras et la gifle n’atteignit pas son but cette fois-ci.   ! cria la mère. Raymond   Toi t’en mêles pas !  Le chien aboya rageusement, “ta gueule Sultan !beugla le père.   Raymond…Viens t’asseoir pour manger, implora la mère.   Va te faire foutre avec ta “ragougnasse” de bougnoul”… D’abord, vous me faîtes tous chier… J’vais me coucher !  Il disparut dans la chambre contiguë à la salle à manger en insultant au passage le bon Dieu, ses saints et le clergé :  J’vais y foutre mon pied aux fesses à ce curé de mes deux ! Il se laissa choir lourdement sur le lit qui en gémit aigrement de révolte et, moins d’une minute plus tard, on l’entendit ronfler.   De grosses larmes rondes, intarissables, roulaient sur les joues de Marie. Le calme était revenu dans la maison. La scène avait duré cinq minutes. Seuls, les reniflements de la petite et - 45 - 
 
les ronflements de Raymond, rompaient le silence.   Mouche-toi Marie ! Et arrête de pleurnicher ! Ce n’est pas après toi qu’il en avait !  Jeanne s’était exprimée avec rudesse. Elle le regrettait déjà. Jacquot s’approcha de sa sœur et lui sécha ses larmes avec son propre mouchoir (qui ne l’était pas tant que cela dailleurs).   Ne pleure plus ma “puce”, c’est fini. L’autre porc” est en train de cuver, on va avoir la paix pendant un moment.   Penaude, torturant son torchon, Jeanne s’était assise. La même scène, cent fois répétées, venait de se jouer encore devant ses yeux. Avec les mêmes acteurs, les mêmes victimes. Elle avait bien songé dans le passé à s’en aller avec ses enfants, mais la peur, toujours celle-là, l’en avait dissuadée. Il l’avait menacée: “ Si jamais tu pars, j’te jure bien que j’te retrouve et que j’te tue ! ”. L’aurait? Pas sûr; mais le bluff avait-il fait marché et elle était restée.  Elle essaya de se donner une bonne contenance.   Allez, mettez-vous à table les enfants ! On va pas attendre qu’il se réveille !  La bonne humeur apparente de la mère réconforta Jacquot et Marie qui se mirent soudain à rire. Les enfants ont ceci de merveilleux, c’est qu’ils opposent aux évènements les plus tragiques de leur existence une volonté tenace de survivre. Ils sont comme les voiliers dans la tourmente du vent, ballottés au gré des flots en furie, mais qui reprennent leur sillage long et tranquille une fois le calme revenu. Il existe aussi, malheureusement, des voiliers qui font naufrage. Jacquot n’était pas deceux-là. Il avait la rage de vivre et de vaincre. Une force impérieuse qui le poussait obstinément à refuser la fatalité.  Le rire de Marie fusa à nouveau à la vue des grimaces - 46 -  
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