Jésus au temps des Rois mages

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Marie, une jeune fille sans histoire, est fiancée à Joseph, un charpentier de Nazareth. Un envoyé de Dieu lui apprend qu’elle va bientôt attendre un enfant et qu’il faudra l’appeler Jésus, prénom qui en hébreu signifie « Dieu sauve ». Pendant ce temps, les Rois mages, intrigués par une mystérieuse étoile qui se déplace dans le ciel, décident de la suivre...

Ce roman est une version modernisée de l’histoire de la naissance de Jésus Christ. Il s’attache à rendre attrayant et accessible cet important événement, tout en respectant les faits décrits par les Évangiles.

Le lecteur trouvera à la fin de l’ouvrage un lexique des termes religieux et 16 pages d’activités.


Publié le : jeudi 18 février 2016
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EAN13 : 9782368451601
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Jésus au temps des Rois mages

Philippe Terreaux

Tous droits réservés.

Un grand merci à Catherine, Camille et Claude pour leur aide précieuse.

Pour contacter l'auteur :contacteditionsduchamprenard@gmail.com

Versions eBooks réalisées par IS Edition, Marseille.

Illustrations : Anne Gallet

ISBN (version papier) : 978-2-9544234-0-0

ISBN (versions numériques) : 978-2-36845-160-1

 

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RÉSUMÉ

Marie, une jeune fille sans histoire, est fiancée à Joseph, un charpentier de Nazareth. Un envoyé de Dieu lui apprend qu’elle va bientôt attendre un enfant et qu’il faudra l’appeler Jésus, prénom qui en hébreu signifie « Dieu sauve ». Pendant ce temps, les Rois mages, intrigués par une mystérieuse étoile qui se déplace dans le ciel, décident de la suivre…

 

Ce roman est une version modernisée de l’histoire de la naissance de Jésus Christ. Il s’attache à rendre attrayant et accessible cet important événement, tout en respectant les faits décrits par les Évangiles.

Le lecteur trouvera à la fin de l’ouvrage un lexique des termes religieux et 16 pages d’activités.

CHAPITRE 1 :
LE MESSAGER DIVIN

Joseph posa son rabot sur l’établi. Il était très fatigué car il travaillait depuis l’aube. Samuel lui avait commandé la veille une table en chêne pouvant accueillir huit convives et il lui avait promis – peut-être imprudemment – de lui livrer le meuble avant dix jours.

Son atelier de menuiserie était rempli d’une poussière qui dansait dans le faisceau lumineux de l’étroite et unique fenêtre. Il aimait cet endroit qui sentait bon le bois et où il avait fabriqué en y mettant tout son cœur de nombreux meubles pour les familles de Nazareth{1}. On l’appelait volontiers « Joseph le charpentier » bien qu’en réalité son travail quotidien consistât davantage à fabriquer des meubles qu’à dresser des charpentes.

Il était temps d’aller à la synagogue pour Minhah, la prière de l’après-midi. La chaleur était intense, et Joseph, son tallit{2} à la main, fit un petit détour pour se rendre au puits du village afin de se désaltérer de son eau toujours fraîche.

En entrant dans la synagogue{3}, le charpentier se rappela avec émotion la cérémonie de ses fiançailles avec Marie qui s’était déroulée trois jours auparavant. Devant sa famille, celle de sa future épouse, quelques voisins et des amis, Joseph avait remis un anneau d’or à la jeune fille en lui disant : « Tu m’es consacrée, Marie, selon la loi de notre grand prophète{4} Moïse{5}. » Le mariage serait célébré l’année suivante, conformément à la coutume en vigueur en Israël{6} et il donnerait lieu à des réjouissances qui dureraient plusieurs jours.

Joseph s’assit sur un banc et se mit à prier avec ferveur.

 

Pendant ce temps, Marie était avec d’autres femmes au lavoir ; la lessive était bientôt terminée, la jeune fille n’avait pas ménagé sa peine. Toutefois, elle retrouvait là-bas avec plaisir des amies de Nazareth et les discussions étaient toujours animées. Une fois rentrée chez elle, elle étendrait le linge propre sur la corde tendue entre les deux caroubiers{7} du jardin.

Sur le chemin du retour, alors qu’elle marchait seule, elle aperçut près d’un térébinthe{8} un homme qui lui fit un signe amical. Il n’était pas habillé comme les Galiléens : il portait une étonnante tunique blanche. Il s’agissait probablement d’un étranger égaré qui désirait demander son chemin. Intimidée, mais aussi intriguée, Marie s’approcha de l’inconnu.

Tout à coup, les branches du térébinthe s’agitèrent sous l’effet d’un vent inhabituel à ce moment de la journée. Ce brusque souffle d’air apaisa l’ardeur du soleil qui laissait passer d’aveuglants éclats à travers le feuillage. L’étranger souriait. La jeune fille remarqua avec surprise que ses pieds affleuraient{9} à peine le sol. Elle était bouleversée. La chaleur torride de l’après-midi lui faisait-elle perdre la tête ?

— Je te salue, Marie, déclara l’inconnu. Je m’appelle Gabriel, et je suis envoyé par le Très-Haut{10} auprès de qui tu as trouvé grâce. Oui, je te le dis, le Seigneur{11} est avec toi.

Marie était décontenancée. Cette rencontre avec un étranger qui tenait des propos extravagants à cet endroit isolé ne lui disait rien qui vaille.

— Sois sans crainte, Marie, reprit Gabriel d’une voix très douce. Dieu{12} m’a chargé de t’annoncer une grande nouvelle.

À ces mots, Marie ressentit une immense joie. Elle comprit qu’elle vivait des instants qui allaient compter dans sa vie. Elle joignit les mains et écouta, sereine, ce que Gabriel avait à lui dire.

— Marie, tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus{13}. Il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur lui offrira le trône de David, le vaillant roi d’Israël. Il régnera pour les siècles des siècles.

Gabriel marqua une courte pause. Le message qu’il venait d’annoncer à Marie, il le savait, était déconcertant. Pourtant, la jeune fille l’avait écouté avec attention ; son visage rayonnait de bonheur. Elle se posait toutefois beaucoup de questions.

— Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne suis pas encore mariée ? osa-t-elle demander.

— Le Saint-Esprit{14} viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi Celui qui va naître sera le Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un enfant dans sa vieillesse et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la « femme stérile ». Car rien n’est impossible à Dieu.

Marie s’agenouilla.

— Je suis la servante de l’Éternel{15}, dit-elle. Que tout se passe pour moi selon ta parole.

Lorsqu’elle se releva, très émue, le vent était tombé. Elle regarda tout autour d’elle ; Gabriel avait disparu. Elle reprit en hâte le chemin de Nazareth, chargée de son ballot de linge. Elle voulait partager ce qu’elle venait de vivre avec Joseph et ses parents.

Au fur et à mesure qu’elle s’approchait du village, Marie songeait avec crainte qu’elle risquait de ne pas être crue ; bien sûr, elle n’avait pas rêvé, la rencontre avec Gabriel avait eu lieu, mais comment son fiancé et ses parents allaient-ils réagir quand elle raconterait son tête-à-tête avec le messager du Tout-Puissant{16} ?

« Seigneur, » pensa-t-elle tout bas, « je me remets entre tes mains. Sois mon guide et mon confident. »

 

L’habitation d’Anne et de Joachim était située un peu à l’écart du village. Une partie était composée d’une vaste grotte excavée dans la petite falaise qui dominait le bourg. Lorsque la chaleur était accablante, la famille se réfugiait dans les trois pièces taillées dans le roc où régnait une fraîcheur toujours bienfaisante. Deux chambres avaient été aménagées à l’extérieur. Un chêne centenaire, deux caroubiers, quelques figuiers et un dattier procuraient pendant la saison chaude un ombrage fort apprécié aux abords de la maison.

— Marie ! Marie !

Anne, sa mère, venait en courant à la rencontre de sa fille. S’était-elle inquiétée de son retard ?

— Marie ! Marie ! répéta-t-elle, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer ! Élisabeth attend un enfant ! Elle accouchera dans trois mois ! C’est Éphraïm, le cousin de Zacharie{17}, qui nous l’a annoncé cet après-midi. Malheureusement, tu ne pourras pas le voir, il est déjà parti pour la Judée.

Marie resta impassible.

— C’est tout l’effet que cela te fait ? lui demanda sa mère.

— Quelle extraordinaire nouvelle ! se contenta de répondre Marie avec un grand sourire. Je suis très heureuse pour ma cousine.

En fait, la jeune fille demeurait troublée depuis sa rencontre avec Gabriel.

Le soir, il fut décidé que Marie irait à Ein Kerem, près de Jérusalem, en Judée, où résidaient Élisabeth et sa famille afin d’assister sa cousine pendant sa grossesse. Elle partirait dès l’aube. Le voyage durerait trois jours. Heureusement Noâz{18}, l’âne du foyer, lui rendrait la route moins difficile.

CHAPITRE 2 :
GASPARD, MELCHIOR ET BALTHAZAR

— Mes amis, annonça Gaspard avec un petit sourire malicieux, si vous trouvez la pièce d’or que voilà après le tour de passe-passe que je vais exécuter, elle sera à vous. Regardez plutôt !

À la lueur d’une chandelle, le savant prit un parchemin, posa la pièce dessus, plia à plusieurs reprises le morceau de cuir autour d’elle, leva les mains et prononça une incantation. Il attendit un court instant puis ouvrit l’étrange paquet et fit constater à ses compagnons que la pièce avait disparu.

— Ah ! Vous voyez, triompha-t-il. J’étais bien certain que je garderais ma pièce !

Balthazar et Melchior, habitués aux facéties{19} de leur ami, se contentèrent de hausser les épaules en souriant. La légèreté de Gaspard les étonnait toujours.

— Pour en venir à des propos plus scientifiques, je tiens à vous dire que Phosphoros{20} et Stilbon{21} se rapprochent, déclara Melchior à Gaspard et Balthazar. Je les observe depuis des mois et j’ai la certitude que les deux astres vont bientôt entrer en collision ; c’est sans doute pour cette raison qu’ils brillent d’une clarté inhabituelle. Allons-nous enfin savoir si les prophéties{22} anciennes qui annoncent la venue d’un Messie{23} après un signe dans le ciel vont se vérifier ?

— Par la barbe de Zarathoustra{24} ! C’est la constellation du Bélier{25} qui me donne du fil à retordre en ce moment, répondit Balthazar. Je n’arrive pas à dénombrer avec certitude le nombre de ses étoiles.

— C’est Sirius{26} qu’il faut considérer en priorité, assura Gaspard. Il faut savoir pourquoi elle brille plus que les autres.

— L’histoire de l’humanité s’expliquera probablement un jour par des événements qui se produiront dans les cieux, selon les prophéties que nous connaissons, observa Balthazar. Cependant, nous devons absolument nous en tenir aux faits que nous pouvons expliquer, sans trop faire appel à notre imagination…

— Alors, on peut dire que nous n’allons pas trouver grand-chose, maugréa Gaspard.

Melchior reprit son dioptre{27} et se mit à scruter le ciel avec attention. Ses deux amis avaient l’habitude de se chamailler, et leurs conversations étaient souvent interminables, les savants étant chacun convaincus d’avoir raison.

— Tout dépend de la méthode de celui qui cherche, repartit de plus belle Balthazar, narquois{28}. D’ailleurs, tu es un prestidigitateur très habile. Tu l’as prouvé en faisant disparaître la pièce. J’ai l’impression que tu utilises aussi tes talents d’illusionniste pour faire avancer tes recherches…

— Mes travaux n’ont rien à envier aux tiens, rétorqua Gaspard. Dis tout de suite que je suis un charlatan !

— Mes chers amis, interrompit Melchior, cessez de vous quereller. Les disputes n’ont jamais fait avancer la science… Nous devons percer les mystères de Phosphoros et de Stilbon ; le reste n’a guère d’importance.

— J’observe les deux planètes depuis peu grâce à un nouveau dioptre très performant qui m’a été prêté par un savant d’Alexandrie et je suis en mesure de vous affirmer que le scintillement anormal ne provient nullement de Phosphoros ou de Stilbon mais de la naissance d’une nouvelle étoile, indiqua Gaspard qui avait retrouvé sa bonne humeur.

— Par la barbe de Zarathoustra ! Pourquoi n’ai-je pas songé plus tôt à cette hypothèse ? s’écria Balthazar.

— Cette découverte est passionnante, triompha Melchior. C’est la première fois que nous assistons à l’apparition d’un nouvel astre. Je serais curieux de savoir ce qui se passe dans le ciel, à cet endroit, en ce moment !

Cela faisait plusieurs semaines que les trois savants, riches rois de contrées lointaines et férus{29} d’astrologie, séjournaient dans le splendide palais de Shahr Yagûl Yuhargib, roi de Qatabân{30}, qui était persuadé de l’arrivée imminente sur Terre d’un personnage doté de pouvoirs extraordinaires. Il avait lu dans un parchemin que des signes apparaîtraient dans le ciel dès qu’un souverain de Qatabân inviterait dans son royaume des savants de ces pays. Suivrait la venue d’un grand roi qui régnerait peu de temps, mourrait dans d’atroces souffrances, puis ressusciterait.

Shahr Yagûl Yuhargib était, comme les Rois mages, très versé{31} dans l’astrologie et il avait étudié beaucoup de prophéties, notamment celles de Daniel{32}. Il connaissait par cœur le psaume 72 des Ketouvim{33} :

« Les rois de Tarsis{34}et des Iles rendront tribut,

Les rois de Saba{35}feront offrandes,

Tous les rois se prosterneront devant lui,

Tous les païens{36}le serviront. »

Le roi de Qatabân devait sa culture biblique à un esclave juif{37} nommé Aaron. Il ne s’était pas converti et continuait d’adorer des idoles, mais il craignait tellement de mourir qu’il espérait trouver un remède à la mort en essayant de percer les secrets des prophéties de son temps. C’est dans ce but qu’il avait envoyé des messagers à Melchior, roi de Tarsis, à Balthazar, roi de Saba et à Gaspard, roi de Numidie{38}. En effet, il savait qu’ils étaient des astrologues renommés et il voulait obtenir leur aide.

Dès qu’ils étaient arrivés à Tallimn, la capitale du royaume, le roi avait expliqué en grec{39} à ses illustres invités ce qu’il attendait d’eux, pourquoi il les avait fait venir. Le soir, devant une table bien garnie, le prince Nathan, un ami proche du souverain du Qatabân, leur raconta l’histoire d’Aaron.

Cet esclave jouissait de l’estime de son maître. Un jour, alors qu’il accompagnait Abdoullah, le fils unique du monarque, à une promenade dans les jardins du palais, un drame se produisit. Le prince fut mordu par un serpent. Parmi la suite qui l’escortait se trouvaient deux médecins qui demeurèrent impuissants. Abdoullah allait mourir. Personne n’avait prêté attention à Aaron qui, ayant assisté à la scène, était retourné en toute hâte au palais. Il en était revenu avec un sac qui contenait, selon ses dires, de quoi soigner l’héritier du trône. « Jamais un esclave ne touchera le prince, » déclara Ramosé, le vizir{40} chargé de la sécurité d’Abdoullah. Aaron, atterré, savait que la morsure du serpent était mortelle. On alla prévenir Shahr Yagûl Yuhargib du drame qui se jouait. Il accourut en toute hâte et vit son fils qui agonisait. Il était désespéré. « Votre Majesté, » lui dit Aaron, « je sais comment guérir le prince. M’autorisez-vous à le soigner ? » Le roi acquiesça d’un signe de tête. Aaron sortit d’un sac une fiole qui contenait un onguent, un bandage et une étrange pierre noire.

« Magie ! Sorcellerie ! Ce maudit esclave veut empoisonner le prince ! » s’écria le vizir.

Quelques soldats et leur officier regardèrent Shahr Yagûl Yuhargib, prêts à intervenir. « Laissez faire l’esclave ! » ordonna le souverain. Aaron appliqua l’onguent sur la morsure, puis plaça la pierre noire sur la plaie. Peu après, le prince cessa de geindre. Son père reprit espoir. Abdoullah allait-il être sauvé ? Aaron passa beaucoup de temps auprès de lui. Il le fit transporter au palais et indiqua qu’il fallait laisser la pierre noire agir sur la blessure jusqu’à la guérison complète. Le roi ordonna à dix serviteurs de se mettre au service d’Abdoullah. Ils devaient obéir aux ordres d’Aaron.

Le lendemain, à l’aube, le souverain constata, soulagé, que son fils dormait paisiblement. Il était hors de danger. « C’est la pierre qui a guéri le prince, » se contenta de dire Aaron. « Elle a agi comme une éponge et a absorbé le venin du serpent. »

Shahr Yagûl Yuhargib fit fouetter sur-le-champ le vizir qui avait compromis la guérison d’Abdoullah et il donna trente pièces d’or à son esclave dont il exigea qu’il lui livre tout son savoir, car il semblait très versé dans les sciences. Aaron lui confia plus tard qu’il avait été capturé par un cheik{41} lors d’une razzia qui avait détruit son village de pêcheurs au bord du lac Asphaltite{42}, avant d’être vendu à un marchand d’esclaves en Arabie. Aaron était astrologue, spécialiste des prophéties anciennes, médecin, oracle. Il mourut d’une grave maladie peu après avoir sauvé le prince, et fut beaucoup regretté.

 

Joseph passait ses journées à travailler avec ardeur. Le hazzan{43} lui avait commandé de nouveaux bancs pour la synagogue. Marie était en Judée chez sa cousine Élisabeth depuis plusieurs semaines et il lui tardait de la revoir. Cependant, il savait que sa fiancée ne reviendrait pas avant la naissance prévue à la fin du mois suivant. Il avait décidé de consacrer une partie de ses loisirs à fabriquer des meubles qui seraient bien utiles quand Marie et lui habiteraient sous le même toit. Ses journées étaient ponctuées par les prières à la synagogue. Il appréciait particulièrement celle du matin. Il s’y rendait alors que l’air était encore chargé de la fraîcheur de la nuit. Sur le chemin, il aimait saluer des amis pharisiens{44}, des docteurs de la Loi avec leurs tefillins{45} attachés sur le bras, les femmes et les hommes de son quartier qui fréquentaient assidûment, comme lui, la synagogue.

Chaque jour, il se rendait chez Anne et Joachim afin de savoir s’ils avaient des nouvelles de Marie.

 

Pendant ce temps, la fiancée de Joseph assistait du mieux qu’elle pouvait sa cousine dans sa grossesse qui était difficile. Élisabeth était obligée de rester alitée toute la journée. Zacharie, son mari, était très pris par ses fonctions de sacrificateur{46} au Temple{47} de Jérusalem. Marie avait été surprise d’apprendre que la grossesse de sa cousine, comme la sienne, avait été annoncée par Gabriel. Le messager de Dieu était apparu à Zacharie dans la cour des prêtres, la partie la plus sacrée du Temple, et lui avait déclaré : « Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean{48}. Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et les foules se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant l’Éternel{49}. »

Cependant, Marie était un peu contrariée : en Galilée, sa famille ignorait qu’elle était enceinte. Et surtout, comment Joseph réagirait-il lorsqu’il l’apprendrait ? La loi de Moïse prescrivait de lapider{50} les femmes adultères… Toutefois, elle pouvait compter sur le soutien de sa cousine et de Zacharie à qui elle avait confié son secret et qui se réjouissaient de la prochaine naissance du Messie.

« Je me remets entre les mains du Seigneur, » songea Marie, apaisée, alors qu’elle se rendait avec Zacharie au Temple. « J’ai confiance. Je suis parfois un peu tourmentée, inquiète, mais je sais que le Tout-Puissant ne m’abandonnera pas. »

À partir de cet instant, son cœur connut la paix.

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CHAPITRE 3 :
LE RETOUR DE MARIE

Après la naissance de Jean, Marie revint à Nazareth. Le chemin du retour lui parut très long. Son corps avait changé. Elle attendait un enfant, et elle n’avait plus la même énergie qu’auparavant. Elle avait beaucoup aidé sa cousine pendant sa grossesse et elle ressentait une grande fatigue. Cependant, l’accouchement s’était bien passé. Le nouveau-né s’appelait Jean, comme l’avait demandé Gabriel, le messager de Dieu. Selon la coutume, il aurait dû prendre le nom de son père, et la famille avait été surprise de ce bouleversement des traditions, bien qu’elle eût appris que le bébé était né de par la volonté de l’Éternel.

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