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Le secret du comte

De
136 pages

1799 : les grands nobles se sont enfuis à l'étranger pour se protéger et le Directoire est au pouvoir de cette République instaurée sept ans plus tôt. Mais ce régime est instable, des coups d'Etat menacent...

Aussi, le retour en France du jeune comte Jacques de Vriès suscite-t-il inquiétudes et intérêts dans les milieux jacobins, républicains mais aussi parmi les Compagnons de Jéhu et les bandits de grands chemins : que vient-il faire dans sa région natale, au moment même où tous s'activent pour prendre le pouvoir ?

Un roman d'aventure passionnant durant la Révolution française, illustré par Christophe Durual.


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Illustrations intérieures et de couverture : Christophe Durual
Première Publication : 1992, Hachette jeunesse
Exploitation en vertu de la licence confiée par la SOFIA dans le cadre de la loi n° 2012-287 du e 1er mars 2012 relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles du XX siècle.
Directrice de collection ReLIRE : Cécile Decauze
ISBN : 978-2-37169-032-5 Dépôt légal internet : juillet 2015
IL ETAIT UN EBOOK Lieu-dit le Martinon 24610 Minzac
« Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, ou de ses ayants droit, ou ayants cause, est illicite » (article L. 122-4 du code de la propriété intellectuelle). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par l’article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle. Le Code de la propriété intellectuelle n’autorise, aux termes de l’article L. 122-5, que les copies ou les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, d’une part, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration.
1
De son bras levé, Sylvain Chambord arrêta la troupe. Les hommes l'entourèrent sans bruit. Un instant, il goûta la profonde satisfaction d'être celui qui commande... Il rappela ses instructions ; bien que dites à mi-voix, chacun les entendit avec netteté tant la nuit était silencieuse :
- Souvenez-vous, Compagnons : ceux qui ont pris des haches vont se mettre au travail. Les autres entourent la maison avec moi et jettent des pierres. Je ne veux aucun coup de fusil, sauf si j'en donne l'ordre en tirant le premier. Bien compris ? »
Approbations dans l'ombre, chuchotements... À nouveau la voix rude se fit entendre :
- Attachez vos foulards et marchons !
Les hommes obéirent. Le visage masqué, ils se mirent à courir à travers le champ de vigne, à l'extrémité duquel apparaissait la silhouette d'une ferme, un bâtiment trapu aux murs de pierre, aux volets clos, flanqué d'une étable et d'un hangar ouvert au fond de la cour.
La maison fut encerclée. Au signal donné par Sylvain, des cailloux ramassés au sol commencèrent à frapper les volets et la porte à coups secs.
Pendant ce temps, une douzaine de Compagnons se dispersaient dans le champ et entreprenaient de couper les pieds de vigne à coups de hache précis et meurtriers.
Dans la maison, on ne bougeait pas. Sylvain vit pourtant un rai de lumière paraître à une fenêtre de l'étage. Les Chaveau s'étaient éveillés, comment allaient-ils réagir ?
Les jets de pierres continuaient, à un rythme régulier, comme une menace répétée, incessante, lancinante...
Sylvain sortit le pistolet de sa ceinture, l'arma à tout hasard, bien qu'il ne s'agît pas de tuer cette nuit-là, mais de faire peur. Les fenêtres restaient closes, il eut un rictus de mépris : le Chaveau paradait au village, tel un jeune coq de basse-cour, parlant, à qui voulait l'entendre, de République, de liberté, d'égalité et d'autres gueuseries du même genre ; cependant, à cet instant, il se tenait dans son lit, sans oser se montrer : « Pour sûr, songea l'homme, le moment venu, il sera facile de se débarrasser du Chaveau comme de tous ceux de son espèce... »
Un gros quart d'heure s'écoula. Sylvain, jugeant la leçon suffisante, donna l'ordre de battre en retraite en agitant le bras. Les Compagnons du champ de vigne partirent les premiers en bon ordre, puis les jeteurs de pierres. Lui-même recula lentement en direction d'une haie derrière laquelle se trouvait son cheval, sans perdre la ferme des yeux.
D'abord, il ne se passa rien malgré le retour au silence. Enfin, la porte de la maison finit par s'entrouvrir. Grâce à la pleine lune, Sylvain Chambord distingua sans mal le jeune Chaveau sur le seuil, un fusil à la main, écoutant et scrutant l'ombre, prêt à tirer à la moindre alerte... Une voix de femme se fit entendre, inquiète, et aussi des pleurs d'enfants. La porte se referma derrière son dos. Chaveau se mit à courir sur le chemin en direction du village.
Sylvain riait tout bas : « Parfait, se disait-il, parfait, va chercher les gendarmes, citoyen, c'est tout ce que je veux. Ramènes-en par ici le plus possible, et qu'ils y restent, à te protéger, cela m'arrange, car ainsi ils ne seront pas ailleurs. »
Il redressa d'un mouvement souple son corps massif, rompu depuis des années à bien des efforts, à bien des combats. Chaveau devait être loin maintenant. En grandes enjambées, Sylvain rejoignit sa monture, la détacha, se hissa en selle et partit au galop à travers la campagne.
Le jour se levait peu à peu à l'horizon, tandis que Sylvain Chambord chevauchait, évitant de passer à proximité des hameaux et des fermes où les paysans s'éveillaient déjà pour commencer le travail quotidien. Il se dirigeait vers le bourg.
Mais il avait tout son temps. Lorsqu'il se jugea assez éloigné du lieu de son expédition nocturne, il ralentit l'allure, cherchant un bosquet retiré propice à une halte. Il le trouva sans peine.
L'herbe était plus grasse sous la ramure, il faisait bon en cette fin de printemps 1799, an VII 1 de la République française . Les gelées tardives avaient fait du mal aux récoltes à venir, mais maintenant elles étaient loin, remplacées par une forte chaleur et même par un début de sécheresse.
Chambord dormit quelques heures d'un lourd sommeil, tandis que son cheval broutait. Il avait bien besoin de repos tant il s'activait ces temps-ci, de jour comme de nuit, à rassembler les hommes, à les organiser, à les faire agir. Et ce n'était pas fini, oh non ! loin de là. Le combat allait s'amplifier, prendre de l'importance jusqu'au moment où... Bon, inutile d'y songer déjà...
Lorsque Sylvain arriva au bourg, la foire battait son plein, les deux auberges débordaient de pratiques, il dut attendre avant qu'on ne lui serve une assiettée de soupe et un pichet de vin blanc sur un bord de table grasse.
La grand-place était occupée jusque dans ses moindres recoins, partout on vendait à même le sol des raves, des aulx, des oignons en bottes, des volailles et de la mercerie. Une foule de paysans s'agitait avec mille bruits, des odeurs fortes montaient aux narines...
Jouant des coudes, évitant les obstacles et les gens immobiles en train de marchander, Sylvain se fraya un chemin sans se presser, prenant le temps de regarder au passage un montreur de marmottes dressées dont le jeu faisait s'esclaffer des femmes encombrées de paniers et des gosses aux pieds nus et aux cheveux hirsutes.
La foire aux bestiaux se tenait au fond. Fermiers et maquignons, le bâton à la main, discutaient avec véhémence, circulant entre vaches et chevaux entravés, chèvres bêlantes et porcs grogneurs. Sylvain découvrit vite celui qu'il cherchait, accroupi à l'ombre d'un pilier, le chapeau enfoncé sur la tête, l'air de celui qui a déjà trop bu.
Mais Sylvain savait que Camus était à jeun ce matin-là, guettant une proie, ses yeux perçants comme camouflés sous les paupières mi-closes et les gros sourcils embroussaillés.
Il passa devant l'homme sans le regarder, se contentant de siffloter entre ses dents pour attirer son attention, puis s'éloigna. Il fit encore un tour sur le marché, écouta un bonimenteur qui offrait des remèdes miracles aux crédules, regarda une dispute entre valets dégénérer en pugilat, puis sortit tranquillement du bourg après avoir repris son cheval confié à un gamin.
Sylvain alla jusqu'au premier petit bois, où il s'arrêta sous le couvert des arbres. Il n'eut pas longtemps à attendre avant que surgisse devant lui le dénommé Camus.
L'homme était râblé, les épaules fortes sous sa blouse sale, déchirée. Il ôta son chapeau
tandis qu'un demi-sourire éclairait son visage mal rasé.
« Me voici à vos ordres, monsieur, dit-il.
- J'ai besoin de toi la nuit prochaine. »
Camus ne put réprimer un geste de mécontentement; le sourire disparut, remplacé par une expression mauvaise :
« C'est que, monsieur... la nuit prochaine, je suis occupé.
- Eh bien, rends-toi libre.
- Difficile, monsieur.
- C'est moi qui commande.
- Mais...
- Ne discute pas, j'ai besoin de toi la nuit prochaine, un point c'est tout. Tu seras donc à minuit au rendez-vous, avec tes hommes. Prenez vos armes tous les six. »
Camus baissa la tête. Sentant qu'il hésitait encore, Sylvain soupira, et reprit d'un ton plus menaçant cette fois :
« Dis-moi, l'ami, faut-il te rappeler le bagne ? Sans moi tu y serais. Et il n'est pas trop tard pour t'y envoyer. À moins que ce ne soit maintenant la guillotine qui t'attende. Pas vrai ? »
L'homme murmura sourdement :
« J'aurais aussi des choses à dire, monsieur, si mes affaires tournaient mal.
- Des menaces, Camus ?
Non, monsieur, je parlais en l'air.
- Quand on parle en l'air, les paroles peuvent vous retomber sur la tête et vous nuire. N'oublie jamais ça... Tu seras donc au bois de Seleze, cette nuit ? Avec tes hommes ?
- Nous y serons, monsieur.
- Eh bien, nous voilà d'accord. À bientôt, Camus, surnommé : "le Marchand", "l'Homme sombre", et j'en oublie et des meilleures...
- Ça va, monsieur, à cette nuit. »
Sylvain le regarda s'éloigner, il se revit quelques années en arrière attaquant une prison pour libérer des royalistes emprisonnés. Et Camus criant derrière ses barreaux : « Délivrez-moi aussi, monsieur, je vous serai utile »... C'est vrai, le triste sire avait rendu depuis bien des services à la cause, mais Sylvain pensa qu'il devait à présent beaucoup se méfier de lui et de sa dangereuse bande. Dommage, car ils étaient tous de rudes gaillards, bien utiles dans les grandes occasions. Quelle mauvaise idée aussi ont les hommes, de toujours vouloir discuter les ordres de leurs maîtres !...
Chambord se mit à rire, pensant à autre chose : il venait peut-être, en changeant les plans de Camus, de sauver la vie à un riche fermier.
Content de lui, il remonta en selle.
2
Camus, dit "le Marchand", fut fidèle au rendez-vous. Il arriva seulement avec un léger retard comme pour bien marquer son mécontentement. Cinq hommes le suivaient, aux visages sombres et aux habits loqueteux, mais armés de bons fusils et de coutelas passés à la ceinture.
Sylvain Chambord poussa un soupir de soulagement à leur vue. Si trente à trente-cinq Compagnons l'entouraient à nouveau cette nuit-là, ils manquaient presque tous de cran et de 2 discipline, fils de paysans fuyant la conscription , mendiants, soldats déserteurs ou maraudeurs de grand chemin racolés au passage, capables seulement de hacher les vignes ou d'abattre des arbres de la liberté, de nuit, sur la place des villages, en fuyant à la première alerte... Face à ce qui allait se passer au petit matin, des hommes plus aguerris ne seraient pas de trop.
- Nous voici au complet, les amis, on peut y aller. Suivez-moi en silence. En rangs par deux ! Camus, tu resteras à l'arrière, et tu presseras les traînards. En avant ! »
Sylvain partit en tête. Une fois le bois quitté, s'ouvrait une plaine ondulante, couverte de végétation sauvage, de broussailles, de pierres nues... La troupe allait à pied. Seuls, deux chevaux participaient à l'expédition, tenus en main par un compagnon : le cheval de Sylvain et celui d'un tout jeune nobliau des environs, le vicomte de Traversière. Ce dernier devait jouer le rôle d'éclaireur et en était tout excité à l'avance.
La marche dura une partie de la nuit, à peine troublée de temps à autre par un cri d'oiseau nocturne, un hurlement lointain de loup ou une parole brève.
Le vicomte, un jeune homme à la mine agréable, vêtu avec beaucoup de soin, fut vite fatigué par une marche trop longue pour lui. Il était remonté en selle, et suivait depuis en silence, un peu honteux et somnolent.
Enfin, une sorte de frémissement passa dans les rangs : on arrivait.
En effet, la plaine crayeuse se creusait brusquement, formant un sillon étroit d'environ dix 3 pieds de profondeur, en bas duquel passait une route de terre battue, menant de Millau à Albi.
« Nous y voilà, constata Sylvain avec satisfaction.
- Et après ? demanda Camus.
- Patience, tu vas bientôt comprendre. Holà, vous tous, qu'on se masque. »
Cette fois, les hommes ne se couvrirent pas le visage de foulards, mais se maculèrent de terre, mouillée avec l'eau de leurs gourdes en peau. Sylvain leur ordonna de se mettre en place, et certains allèrent s'installer à plat ventre le long de la route, un fusil armé auprès d'eux.
« Je comprends, dit Camus en riant d'un mauvais rire.
- Va avec eux et disperse tes hommes. »
D'autres Compagnons couraient abattre les arbres proches, qu'ils traînèrent ensuite vers le
chemin. Le vicomte sur son cheval, tout à fait éveillé à présent, partit au galop en direction de Millau, criant : « Comptez sur moi ! »
Il n'y avait plus qu'à attendre.
L'attente ne dura guère : le cavalier revint très vite, agitant le bras et se trémoussant sur sa selle.
« Attention, ordonna Sylvain. Cachez-vous bien ! Je ne veux pas voir une tête. »
Tous s'aplatirent, fusils braqués en direction du chemin. Le vicomte passa en trombe, sans s'arrêter, soucieux de ne pas être vu, lui non plus. Une minute plus tard, bruit et poussière annoncèrent l'arrivée d'une lourde malle-poste, traînée par trois chevaux et entourée de dix gendarmes à cheval. Un homme chevauchait à leur suite, la silhouette jeune et agréable, en vêtements civils, mais l'épée au côté.
Chambord les laissa approcher avant de crier :
« Feu ! »
Trente détonations éclatèrent en même temps tandis que des arbres s'abattaient sur la route, devant et derrière le véhicule, pris comme dans un piège !
4 Des gendarmes atteints par les balles vidèrent leurs étriers, et le postillon son siège. La voiture s'arrêta à grand bruit face à l'obstacle surgi sous le nez de l'attelage. L'une des bêtes, également atteinte par la fusillade, tomba, paralysant les deux autres...
Mais tous les gendarmes n'avaient pas été mis hors de combat par la première décharge. Sautant à terre, les rescapés s'abritaient au mieux derrière leurs montures et ripostaient avec détermination... et avec plus de précision que les Compagnons de Sylvain Chambord, pourtant largement supérieurs en nombre.
Après un échange de coups de feu, Sylvain sentit le danger. Il cria :
« En avant ! Tombez-leur dessus ! »
Les Compagnons dévalèrent du talus sur la route en hurlant, brandissant crosses de fusils, gourdins et coutelas. Les militaires dégainèrent leurs sabres. Seul Sylvain portait l'épée. Et savait s'en servir.
Entourés de toute part, les gendarmes avaient beau se battre avec courage, ils ne pouvaient résister à la pression des assaillants. L'un d'entre eux réussit pourtant à dégager et à s'enfuir à cheval, juste au moment où le petit vicomte de Traversière revenait vers l'endroit de la mêlée.
« Je m'en occupe », cria le nobliau, prenant aussitôt le fugitif en chasse.
Le combat continuait, sans pitié. L'homme en civil qui suivait la malle-poste combattait aux côtés des gendarmes. L'épée à la main, il se retrouva tout naturellement face à Sylvain Chambord.
Celui-ci, bretteur de longue date, le chargea d'abord à grands coups, déviés avec facilité par son adversaire. Étonné par la résistance rencontrée, Sylvain redoubla cherchant une attaque plus construite : feintes rapides successives, suivies par un plongeon, l'épée pointée ! C'est lui qui faillit être transpercé, son arme écartée par un revers suivi d'une contre-attaque foudroyante... Il ne put que reculer au dernier instant, le vêtement égratigné, haletant, son étonnement se transformant en brusque panique.
L'autre, à son tour, se lança à l'assaut, l'épée sifflant dans l'air. Sylvain tenta de le contenir comme il put, recula de nouveau, parant son adversaire avec des gestes de plus en plus désordonnés.
Tout à coup, il buta contre un obstacle à terre, et tomba avec un cri, s'attendant à être transpercé ! Mais l'homme arrêta son attaque, trop chevaleresque pour profiter de la circonstance.
L'œil hagard, Sylvain s'aperçut qu'autour de lui la bataille venait de s'arrêter, le dernier gendarme mis hors de combat. Les Compagnons approchaient. Il se dressa d'un bond, recula avec vivacité : « À moi ! hurla-t-il. Tire, Camus ! »
Une détonation retentit aussitôt. Atteint à l'épaule, l'homme lâcha son épée. Une expression
de mépris passa sur son visage tandis qu'il murmurait :
« Lâche... »
Sylvain se mit à rire, remettant son épée au fourreau.
« Assez perdu de temps, dit-il, nous avons gagné, Compagnons. Videz cette voiture : elle doit contenir de l'or, si mes informations sont bonnes... Toi, Camus, fouille cet espion de la République et règle-lui son compte d'un autre coup de pistolet. »
L'homme ne put s'empêcher de réagir :
« Je ne suis pas un espion, fit-il.
- Tu suivais pourtant les gendarmes.
- Oui, ils allaient dans ma direction...
- Où ça ?
- Cela ne vous regarde pas !
- Assez discuté, trancha Sylvain, Camus, fais ce que je t'ai dit. »
Le blessé ne put s'opposer à la fouille, rudoyé par Camus et l'un des siens, appelé "Sans faiblesse". Camus trouva sur le prisonnier une grosse bourse qu'il empocha avec dextérité et beaucoup de satisfaction, et aussi une lettre cachetée qu'il vint porter à Sylvain : ce dernier était en train d'assister à l'ouverture d'une bonne petite caisse remplie de sacs d'écus.
« Regardez, monsieur...
- Ça va, je verrai tout à l'heure. Exécute l'espion.
- Bien, monsieur. »
Camus repartit vers le prisonnier en armant son pistolet. Mais Sylvain Chambord jeta machinalement les yeux sur la lettre, lut l'adresse :« À monsieur le marquis de Lagarde ».Un cri sortit de sa gorge :
« Attends, Camus ! »
Il était juste temps, l'autre avait déjà levé le bras. Sylvain s'interposa :
« Vous connaissez le marquis de Lagarde ? demanda-t-il au blessé.
Déjà il ne le tutoyait plus. Le prisonnier répliqua sèchement :
« Cela ne vous regarde pas.
- Très bien. Puisque vous avez une lettre pour le marquis, nous allons la lui porter ensemble. Pouvez-vous monter à cheval ?
- Je pense que oui.
- Alors, choisissez une monture... Les gendarmes ont de bons chevaux, en général. Vous autres, en retraite ! Emmenez l'or, ainsi que nos blessés et nos morts... À propos d'or, Camus, rends donc la bourse que tu as volée à notre prisonnier.
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