Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Le Sombre Dieu

De
368 pages

Les démons qui hantent l'existence de Torfa sont en passe de réussir leur invasion du monde. À commencer par le Mirslark, son Royaume natal vers lequel il est rappelé.

De rencontres inespérées en sacrifices douloureux, Torfa affronte son destin avec comme seul espoir la survie dans le maelström de la bataille. Face à l'obscurité et la désolation, il se dresse tel un rempart pour l'honneur et la vie.


Voir plus Voir moins

 

 

LES CHRONIQUES DU NORD – LIVRE FINAL

 

LE SOMBRE DIEU

 

Valentin Frété

 

Roman

Retour au Royaume de Mirslark

Royaume du Nord-Est du monde de Groelf, le Mirslark était une terre paisible depuis la chute de Sshirk l’Usurpateur. Les terres redevenues fertiles donnaient d’abondantes récoltes, le bétail paissait tranquillement et le gibier ne manquait pas. La vie suivait son cours sans encombre. Il n’y avait plus de tensions, les Elfes restaient comme toujours sur leur presqu’île, les Nains étaient enfouis sous les montagnes. Le commerce battait son plein et se faisait de plus en plus florissant. 

Mais alors que tout allait pour le mieux, une ombre grandit au Nord, elle couvrit bientôt les glaces du bout du monde. Les montagnes furent rapidement atteintes et les plaines qui s’ouvraient à leurs pieds suivirent.

Des orques sortirent des ruines de Kren’Van’Sant et attaquèrent les caravanes de marchands, les fermes isolées, les voyageurs. Tout ce qui vivait à proximité des Monts Draks était traqué sans pitié. Les rumeurs atteignirent Kelseythryn et la cour du Roi Harald. Il leva une armée qu’il lança à la poursuite des maraudeurs. 

Les troupes royales repoussèrent les orques dans les montagnes mais cette engeance malsaine avait un plan depuis le départ. Du haut des précipices, des orques embusqués couvrirent l’armée sous une pluie de pierres et de rochers. Les soldats furent lapidés et la principale force militaire du Mirslark presque entièrement annihilée. 

Le Royaume était en proie à la peur et la terreur, partout les bandes d’orques se répandaient à travers les prairies autrefois verdoyantes. Les géants détruisaient les villages entiers et bientôt, les routes furent envahies de réfugiés qui fuyaient le Nord.

Un certain Grimhild, chef du village dévasté de Restindhen, prit la tête d’une poignée de survivants de l’armée en déroute. Thyrra devint son quartier général et il organisa la défense de la province du Nord. Il avait un sens tactique très développé pour un « simple » chef de village. Il avait étudié les géants, la manière dont ils avaient détruit son village et d’autres bourgades. Il avait assimilé leurs méthodes et tiré les enseignements qui lui permirent de s’opposer à eux.

Il fortifia Thyrra qui devint bientôt le refuge de tous les fuyards. Tel un phare dans la tempête, Thyrra recueillit tous ceux qui n’avaient plus de toit. Des murs de pierres ceignaient à présent ce qui était autrefois un petit village entouré d’une palissade de bois. C’était une véritable cité qui se dressait seule face aux envahisseurs.

Ils combattirent pendant des semaines et des mois. Grimhild ne perdait que peu d’Hommes à chaque combat mais infligeait des pertes énormes à ses adversaires. Mais un sombre pouvoir était à l’œuvre au Nord et plus de renforts venaient grossir les rangs qui contrôlaient maintenant la totalité des montagnes du Rossk aux falaises de l’Est.

Le ciel se couvrit de nuages épais que le soleil ne pouvait percer. La végétation se ratatina, pâlit puis finit par mourir. La neige se mit à tomber, venant de toutes les directions à la fois et l’été ne vint plus…


Introduction

Alnaïr regardait les Nordens effectuer les derniers préparatifs pour le départ. Torfa était rappelé dans son royaume et l’heure du retour avait sonné. Les sept knörrs tanguaient de droite et de gauche alors que les marins s’activaient sur le pont. Ces embarcations étaient de plus gros gabarits que ceux qu’ils utilisaient pour les simples traversées du Drirden ou les raids éclairs sur un rivage. Elles étaient munies de cales où un homme de taille moyenne pouvait se tenir debout. 

La nourriture, principalement du poisson fumé et du bœuf séché, était entreposée dans des tonneaux puis solidement encordée dans la cale. Quelques caisses contenant des armes et les effets personnels des guerriers qui avaient décidé de suivre Torfa vers cette nouvelle bataille vinrent s’ajouter à la cargaison.

Ils étaient pour la plupart issus de la formation des fous de guerres. La maitrise martiale et l’attitude du Nordique au combat lui avait assuré une garde personnelle pour le moins hors du commun. Une soixantaine de ces guerriers complètement fous se bousculaient, s’injuriaient voir se donnaient des coups de rames. Tout prétexte était bon à déclencher une bagarre. Le guerrier qui était assis sur le coffre de nage voisin ne plaisait pas, ou devant ou encore derrière. Les prétendues histoires de famille, morts soi-disant honteuses de certains ancêtres et les invectives allaient bon train. Le Grand Jarl observait cela avec un petit sourire. Ces altercations renforçaient tant la force physique que la force mentale. Résister longtemps aux provocations était un exercice dans lequel les fous de guerre n’excellaient pas.

— Suffit ! hurla Torfa depuis le quai. Vous allez avoir tout le loisir de cogner tout ce qui bouge quand nous serons arrivés à destination. 

Quelques chuchotements d’approbations parcoururent les guerriers qui avaient tous les yeux rivés sur lui.

— Alors à présent finissons le chargement, je veux hisser la voile avant que le soleil ne soit haut. 

Les fous de guerre s’activèrent, quelques guerriers arrivèrent plus tard et embarquèrent eux aussi. Ils venaient de tribus encore plus au Nord. Ils discutèrent quelques instants des installations Naines puis Alnaïr s’approcha de Torfa.

— Fils du Tonnerre, c’est ici que nos chemins se séparent, j’espère te retrouver dans les Salles Éternelles du Valhöll. Nous boirons ensemble à la table des Dieux, conclut le Grand Jarl en tendant la main vers le Nordique. Le Roi Stefan est toujours souffrant mais Nicholas me fait dire qu’il te remercie et espère te revoir un jour.

Torfa lui saisit le poignet fermement puis le serra contre lui, comme un fils étreint son père quand il part à la bataille. Bien que mal à l’aise dans un premier temps, Alnaïr soupira, il avait toujours espéré qu’un jour il étreindrait son fils Magnus ainsi mais les comploteurs Vösterlanders l’en avaient privé. Il resta à profiter de cet instant, mais un guerrier digne de ce nom ne s’étale pas en embrassades. 

— Va, fils, et bonne voile. Voici un présent du Roi Stefan pour que tu n’oublies pas le Vösterland.

C’était une bague, fondues et travaillée pour représenter Mjöllnir, le mythique marteau du Dieu Thor. Le Nordique le passa à son index gauche, elle lui allait parfaitement. Il regarda une dernière fois les montagnes du territoire Norden, les longs Fjords, les cols enneigés. Il lui sembla entendre des pioches dans le lointain comme s’il percevait le bruit des mines Naines. La main ferme d’Alnaïr se posa sur son épaule, il était temps. 

L’au revoir d’Alnaïr se voulait solennel, tous les guerriers restant en territoire Norden se mirent à frapper leur bouclier avec leurs armes. Épées, haches, lances firent naître un grondement pareil au tonnerre et c’est sous ce vacarme que les knörrs s’éloignèrent. La jeune Vösterlander que le Grand Jarl avait sauvée dans Tierhalt vint se blottir contre lui, elle tenait ses deux mains sur son ventre et Torfa sourit en les saluant. La descendance d’Alnaïr Ragnarsson, malgré les épreuves, était assurée.

Loin encore, le raffut que faisaient les Nordens portait à travers les eaux et ne mourut qu’à la nuit tombée. Le soleil disparut derrière les pics rocheux, étirant les longues ombres des montagnes sur les fjords qui s’endormaient. Le Nordique inspira profondément, l’air encore frais du printemps emplit ses poumons, il prenait enfin le chemin du retour, lui qui pensait ne jamais revenir.

***

Ils firent une brève escale en Arren’Harn. Ils croisèrent quelques Svadilfars qui saluèrent Ard et Torfa. Raylias n’était pas en état de quitter le navire. Les Nordens furent intrigués de prime abord mais les Hommes-Chevaux ne leur firent pas peur. Quelques récits de combats plus tard, le Nordique apprit que les Ogres avaient tenté de revenir de leur exil mais les sentinelles Svadilfars avaient donné l’alerte bien avant leur arrivée. Un terrible combat s’était déroulé sur la grève et les Ogres avaient été anéantis. Rien ne pouvait plus perturber la paix au Royaume du Sud. 

Le Roi Kervordhen arriva juste à temps pour rendre, lui aussi, ses hommages à ses quatre amis. Il félicita Ard et Raylias pour leur enfant à naître puis aida les fous de guerre à charger le ravitaillement. Il avait apporté une belle provision d’alcool de miel et ils s’accordèrent une dernière soirée sur les rives méridionales. Avant l’aube, les knörrs étaient à nouveau à flot, tirant droit vers le Nord-Est.

***

Raylias se balançait d’avant en arrière, tenant son enfant contre elle. Elle avait accouché à bord et Ard veillait au moindre de ses désirs. Certaines choses manquaient sur le knörr mais il parvenait à la contenter. Ils avaient décidé d’appeler le nouveau-né Jojliostross, la sorcière avait finalement cédé face au chasseur.

Elle resta bouche bée en regardant Kryyhmyria, les tours vertigineuses du nouveau palais et la vaste cité à ses pieds. Bien que la majorité de la ville fût en construction, elle n’en était pas moins monumentale, plus grande que Valkarthburg. L’étendard qui flottait au sommet de la seule tour terminée fit sourire le Nordique. L’ancre inclinée sur fond bleu nuit de son ami Wep.

— Tu vois, je ne t’avais pas menti, ce fichu pirate a tiré profit de nos « aventures », ricana Ard.

Torfa était silencieux mais il appréhendait le retour en Mirslark. Pourquoi est-ce moi que le Roi Harald a fait quérir ? songea le Nordique. Nul n’avait la réponse. 

À la nuit tombée, le Nordique s’installa confortablement en proue, les yeux vers le ciel parsemé d’étoiles. Les constellations s’entrecroisaient et il sourit. Il reconnaissait le Dragon, le Griffon, le Serpent et celles représentant les Dieux. Il s’endormit paisiblement en se souvenant les histoires qui parlaient des légendes et des Héros qui, au jour de leur trépas, vivaient parmi les étoiles.

Les Montagnes tombent

Torfa courait, poussé par Ionel et les trois Nains qui avaient survécu à la volée des Orques et des Gobelins. Il jetait des regards inquiets par-dessus son épaule dans la crainte de voir ces viles créatures se jeter à leur poursuite sur le sentier. Ils avaient échappé à la mort mais n’étaient pas saufs pour autant. Les bandes à arpenter les montagnes étaient nombreuses et ils ne savaient pas s’il y en avait sur ce flanc des Monts Noirs.

Le Nordique regarda à nouveau derrière lui pour voir les quatre têtes, cheveux coupés en brosse, qui le talonnaient en sautillant au rythme de leur course effrénée. Tout à coup, ce fut comme si le sol se dérobait sous ses pieds, ses jambes l’abandonnaient à la vue de ce qui se produisait derrière eux…

***

Röllgard supervisait les préparatifs des Naines et des plus jeunes enfants. Ceux qui étaient en âge de tenir une hache étaient en train de passer leurs armures et s’apprêtaient à livrer leur premier combat. À situation désespérée, mesure désespérée, songea le Roi Nain. Il avait ignoré les supplications des mères qui voyaient leurs fils prendre les armes mais elles se rappelèrent du premier devoir de tout Nain : protéger la montagne.

Les rangs étaient reformés, dans le calme. Il n’y avait pas trace des Rattens ou des goules. Motsognir inspectait les portes, leur métal tordu étaient encore noir de suie, de viande carbonisée de Rattens et de quelque chose de plus. Il frotta ses doigts sur la substance qu’il n’identifiait pas et les sentit. Il se frotta vivement la main contre la roche la plus proche et cracha sur le métal.

— Malédiction, Röllgard, ils sont revenus !

Cette annonce éveilla quelque chose chez le monarque et ses plans changèrent. Il fit appeler Khel et en moins de dix minutes ses ordres étaient passés. Les guerriers se lancèrent des regards interrogateurs, ne voulant croire ce qui leur était transmis.

— Je vous ai dit de rompre les rangs ! Tout le monde aux portes Est, nous quittons la cité sur le champ ! beugla Röllgard pour couper court à toute incompréhension.

À peine l’ordre avait-il été répété qu’un nouvel éclair illumina les profondeurs. Les réflexes aiguisés des Nains commandaient leurs actions et ils dressèrent leurs boucliers en une formation défensive impénétrable. Un rocher de plus de quatre cent livres traversa les portes dévastées pour finir sa course contre le mur d’une maison. La pierre vola en milliers d’éclats qui criblèrent les pavois des guerriers sans faire de victime. 

La maison Naine s’effondra en faisant trembler toute la cave et ce fut le nouveau signal pour les attaquants. Des Rattens surgirent par les escaliers des tours abandonnées et par les restes des portes, des Géants traînant des canons Wyrlkers s’approchèrent. Ces armes de siège, même Röllgard était forcé de l’admettre, étaient magnifiques. Les barres d’acier noir trempé supportaient un fût dans lequel pouvait se tenir debout un Wyrlker. Une fumée épaisse s’échappait encore de la bouche du canon. Les Nains des profondeurs formèrent une ligne, pointant leurs lances vers les combattants de Resh’An’Mith. Röllgard fronça le sourcil et cracha sur le sol.

— Trop tard ! Aux armes ! rugit-il.

Les Nains Noirs se jetèrent sur les lignes des défenseurs des vestiges de Resh’An’Mith. Khel fracassa le crâne du premier à passer à portée de son marteau et envoya voler le corps au milieu des Rattens qui se mirent à dévorer les restes. Les pavois brillants furent maculés de sang en quelques instants mais ces adversaires étaient redoutables. Ils étaient leurs semblables sur presque tous les points, ils étaient solides comme le roc, forts et surtout, ils avaient une maîtrise innée de la guerre. 

La mêlée était farouche, les fous de guerre de Röllgard rompirent la formation pour s’élancer vers les géants et leurs canons. Ils pourfendirent les Rattens qui leurs barraient le passage et poursuivirent droit devant eux, la rage dans le regard. Les prêtres de Klyf entonnèrent leurs cantiques alors qu’ils prenaient place au milieu des rangs. Leurs sortilèges de protection invoquèrent une barrière invisible devant les défenseurs de la cité. Mais dans cet ultime acte, ils avaient coupé les fous de guerre de toute retraite. 

Cette perspective dépassait pourtant les préoccupations de ces guerriers devenus fous sous l’effet de la rage sanglante. Ils couraient, tranchaient, frappaient pour courir encore plus avant vers leur objectif. Les géants tiraient toujours leurs canons et commençaient à les faire tourner pour les pointer sur la population de la cité. Magnus, Rictus-Fatal comme ses Nains l’appelaient, était ce qui se rapprochait le plus d’un officier pour les fous de guerre. Il orientait ses machines de mort sur les armes de siège. La dernière ligne Wyrlkers était équipée de lourdes plaques d’armures.

Il en fallait plus pour décourager des guerriers de cette trempe. Filingen, l’un des plus jeunes, se mit à courir plus vite que ses compagnons et percuta le premier Wyrlker de la ligne d’un coup de tête magistral. Le Nain Noir tomba à la renverse et dans un dernier espoir de garder l’équilibre, il s’agrippa à ses deux plus proches alliés qui tombèrent avec lui. Magnus n’en demandait pas tant, ses fous de guerre et lui forcèrent l’allure et piétinèrent sans aucune pitié leurs adversaires. Les géants étaient là, à leur portée. 

Trop tard, le premier canon était mis à feu, la poudre noire explosa, la roche qui y était chargée traversa la cité devenue un champ de bataille. Elle ricocha sur le sortilège des prêtres de Klyf et partit à la verticale, s’écraser contre le plafond de la cave. Les stalactites tremblèrent et des fissures apparurent. Des pans entiers de pierre se détachèrent et commencèrent à tomber. Les premiers fragments de la montagne à s’effondrer tombèrent dans l’abîme à l’Ouest de la cité mais peu à peu, les maisons furent touchées puis les Nains de Röllgard durent reculer. La magie de Grand-Père Montagne était puissante mais pas à ce point. La barrière s’illumina de vagues bleutées alors que les plus petites pierres s’écrasaient dessus mais bientôt les plus gros morceaux eurent raison du sortilège et les rochers se fracassèrent au sol en criblant tout ce qui se trouvait alentour. 

Magnus ressentit alors quelque chose de plus, par-delà la rage sanglante, ce spectacle avait éveillé quelque chose au plus profond de lui. Il se mit à rugir, lança ses marteaux au visage de son plus proche ennemi et plongea vers les géants. Il hurlait comme un ours en chasse qui aurait déniché sa proie. Il percuta le géant au genou et poussa de toute ses forces. Les veines de son crâne ressortaient alors que son corps était mis à rude épreuve. Les cheveux de sa crête rousse étaient couverts de sangs et de lambeaux d’entrailles qu’il avait reçus plus tôt quand l’un de ses guerriers avait éventré un Wyrlker. Il avait une allure bestiale, rares avaient été les Nains à ressentir cela. Même les fous de guerre qui dénotaient par leur férocité étaient impressionnés par leur chef. 

Le géant tenta de reprendre l’équilibre mais Filingen apparut alors et lui disloqua l’articulation du genou d’appui. Leur adversaire tomba à la renverse et les Nains se jetèrent sur lui comme des chiens à la curée. Mais Magnus était loin d’avoir rassasié sa soif de sang. Il se tourna immédiatement vers les deux autres géants qui se regardaient d’un air niais. Sa force décuplée par son état, il saisit l’arrière du support du canon. Il tendit tous ses muscles, sentant son corps à la limite de la rupture et il parvint à lui faire décrire un quart de tour. Ce canon était chargé et avant même que les géants n’aient le temps de réagir, une torche étaient écrasée sans aucune précaution sur le trou qui permettait l’allumage de la poudre. 

L’explosion propulsa l’arme de siège vers l’arrière alors que le rocher qu’elle contenait était envoyée dans le sens opposé. Le roc traversa les rangs serrés des Wyrlkers qui tentaient de submerger les fous de guerre aussi facilement qu’une lame chaude traverse du beurre. Les corps volèrent sur le passage de la pierre et un géant fut pulvérisé contre la paroi de la cave. Magnus se tenait fièrement, les poings sur les hanches, alors que le canon reculait vers la faille qui traversait la cité. Il sauta in extremis alors que l’arme plongeait vers les ténèbres. Mais les Rattens étaient toujours là et les fous de guerre les virent arriver sur eux, ils étaient des centaines. Leurs cris emplissaient la cité-cave et revenaient en échos. 

— Ce fut un honneur, même si les goules dévorent nos corps, ce fut une journée magnifique pour mourir avec vous.

La déclaration de Magnus sonnait comme les glas des fous de guerre. Dans un ultime baroud d’honneur, ils ramassèrent toutes les armes qu’ils pouvaient porter et se jetèrent dans la mêlée. Ils tailladèrent tout ce qu’ils pouvaient atteindre et alors que les rangs ennemis s’éclaircissaient, une idée germa. 

— Prenez tous des torches, ou quoi que ce soit qui brûle et suivez-moi ! Pour les Montagnes et pour le Roi !

Le cri de guerre fut repris par tous les fous de guerre et tous se trouvèrent bientôt avec une torche ou une planche enflammée. Filingen saisit un Ratten à la gorge et le plongea dans un braséro. Le corps de sa victime fut carbonisé, sa propre main fut brûlée et sa peau devint rouge et couverte de cloques. Mais il accourut triomphalement avec son cadavre encore couvert de flammes. Il dépassa tous les autres, sans trop savoir où aller et il comprit alors. Magnus avait repéré les Wyrlkers qui portaient les réserves de poudre noire. Il accéléra encore, prit appui sur un cadavre puis sur le dos d’un Wyrlker qui se relevait et il plongea.

 

Le temps sembla se figer, les rangs des défenseurs de Resh’An’Mith avaient formé un fer de lance parfait et commençaient à repousser leurs ennemis pour rejoindre les Nains de Magnus mais ce dernier s’éloignait d’eux. Les flammes et les brandons que tenaient les fous de guerre s’agitaient dans tous les sens alors que leurs porteurs ferraillaient comme des déments. Le jeune Filingen plongeait par-dessus les lignes Wyrlkers, un Ratten enflammé à la main. Une lumière blanche irradia alors dans toute la cave, l’air se chargea instantanément d’une odeur d’œufs pourris. Un souffle prodigieux projeta tout le monde, assaillants et défenseurs, face contre terre. Un bruit pareil au tonnerre retentit et tout la montagne se mit à trembler. La partie Nord de la cave se fissura pour de bon, ensevelissant Ratten, Goules, Wyrlkers, géants et fous de guerre sous des tonnes et des tonnes de roches. 

***

Torfa était à genoux sur le sentier. Le pic du Faucon noir, repaire immuable dans les montagnes pour retrouver l’entrée de la cité de Resh’An’Mith, venait de s’effondrer. La roche s’était engouffrée vers les profondeurs comme si elle était aspirée vers le centre du monde. Ionel tirait de toutes ses forces en lui hurlant dans les oreilles de poursuivre mais le Nordique restait sourd. Le sort de son ami Röllgard annihilait toute pensée dans son esprit. Il était venu chercher son aide et se trouvait témoin impuissant de sa mort.

***

Plus de cent guerriers Nains périrent en l’espace d’un instant dans l’explosion des réserves de poudre des Nains Noirs. Röllgard commençait à se redresser alors qu’une épaisse fumée grise envahissait encore la cité. Quelques bruits venaient de derrière lui : par chance, il y avait des survivants à cet apocalypse. Il entendit gratter devant lui et il ne mit pas longtemps à comprendre de quoi il s’agissait. Il frappa ses marteaux l’un contre l’autre, jusqu’à réveiller les anciennes runes de ses armes enchantées. Alors que la fumée se dissipait, il se tenait debout, un pas devant un Ratten dont les jambes étaient coincées sous un rocher énorme. Ses griffes frottaient le sol dans l’espoir de s’extirper de son tombeau de pierre. 

Au lieu de cela, le Roi Nain le regardait, avec dans les yeux toute la haine qu’il pouvait ressentir. Ses marteaux irradiaient d’une lueur orangée et la chaleur qu’ils dégageaient faisait onduler l’atmosphère. Il cracha sur sa future victime et lui marcha sur les mains. Les griffes s’arrachèrent alors que le Ratten tentaient de les enfoncer dans le sol de pierre pour sortir. 

— Voici ce que l’on récolte lorsqu’on s’attaque aux Nains.