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Les Mystères de Mortemart

De
191 pages
Nathan Sicco, jeune reporter inexpérimenté mais débordant d'énergie, s'ennuie ferme dans le webjournal qui l'emploie. Au menu du quotidien : faits divers, chiens écrasés et autre actualité sans intérêt. Jusqu'au jour où… Un parchemin découvert par hasard, un château peut-être abandonné, deux amis prêts à toutes les audaces, de la chance et du culot… L'aventure est lancée, et la vraie vie de reporter commence. Une enquête à rebondissement pour Nathan Sicco, qui fait entrer le lecteur dans les coulisses du journalisme. Les techniques, les mots, les ficelles du métier sont enfin dévoilés et expliqués clairement aux plus jeunes.
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2 Titre

Les Mystères de
Mortemart

3

Titre
Sébastien Drouet
Les Mystères de
Mortemart
Une aventure de Nathan Sicco
Jeunesse
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8770-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748187700 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8771-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748187717 (livre numérique)
6 Les Mystères de
Mortemart









Pour Antoine
7 1.

1.
À moins qu’ils ne fussent complètement
fous, ou bien totalement affamés, les pèlerins
en quête de repos n’avaient généralement
aucune envie de frapper à l’huis du château de
Mortemart. Celui-ci, situé sur la route menant à
Compostelle, aurait pourtant constitué une
halte bienvenue pour les voyageurs éreintés.
Avec ses belles tours blanches et rondes, son
élégant pont-levis, ses douves rassurantes, le
monument ne manquait pas de charmes. Mais
la brume épaisse qui émanait des marécages
environnants et enveloppait le château-fort au
crépuscule donnait à l’ensemble une allure
fantomatique qui rebutait bon nombre de
manants. L’obscurité profonde du parc et les
cris de bêtes sauvages qui résonnaient dans la
forêt alentour retiraient toute entreprise de
rapprochement à quiconque cheminait devant
le domaine. Et les légendes qui circulaient sur la
bestialité du comte de Mortemart finissaient par
décourager les plus téméraires. Mais c’étaient
des légendes seulement : personne n’avait
9 Les Mystères de Mortemart
encore jamais surpris le comte en flagrant délit
d’acte barbare.
Personne jusqu’à ce terrible soir-là…
En regardant bien, on pouvait voir, au rez-
de-chaussée de l’une des quatre tours, une
fenêtre éclairée à la bougie. L’immense demeure
comptait de nombreuses pièces, mais une seule
d’entre elles semblait encore habitée à cette
heure tardive…

Hugues de Mortemart, troisième du nom,
acheva son en-cas nocturne, constitué de trois
poulets, deux pigeons et un demi-mouton, en
avalant goulûment le vin rouge vif contenu dans
sa corne d’ivoire, histoire de faire passer son
petit casse-croûte. Il n’osa pas essuyer la petite
goutte de breuvage qui lui coulait des lèvres, de
peur de s’arracher la bouche avec sa cotte de
maille.
Sans plus attendre, il repoussa la table du
pied, se leva de son siège et marcha rapidement,
droit devant lui, guidé par la lumière vive d’une
torche qu’il venait d’allumer et qu’il tenait à
bout de bras. Il voulait en terminer dès à
présent.
Il monta deux à deux les marches qui
menaient au cachot où l’attendait son
prisonnier.
Celui-ci, accroupi, tremblant de froid et de
peur, regardait la lune pleine à travers l’une des
10 Les Mystères de Mortemart


deux meurtrières qui lui servaient de fenêtres.
En entendant les pas lourds du comte en
armure sur les marches taillées dans la pierre, le
détenu oublié de tous comprit que sa dernière
heure avait sonné.
Le géant barbu aux cheveux longs et gras
avait l’habitude de faire trembler tout le monde
sur son passage. Il entra en poussant
violemment la porte du cachot, qui émit alors
un grincement strident.
– Vous étiez deux auparavant, rugit le
seigneur, mais désormais, tu n’es plus que tout
seul, mon garçon ! Le seul à connaître le secret
des Mortemart. Tu vas payer pour ta curiosité,
tu vas payer de t’être joué de moi en utilisant
ma fille.
– Mais, j’aime Bérengère, mon seigneur !
s’écria le jeune homme. Je n’en ai pas après
vous ; c’est vers elle que j’accourre…
– Il suffit ! Tu n’auras point ma fille, ni rien
d’autre d’ailleurs, car je ne suis pas dupe. J’ai
parfaitement compris le sens de ta manœuvre.
Ma justice te condamne à la mort, sans plus
attendre, et sans témoin. Tu peux crier : mes
servants ne t’entendront point. Tu peux
bouger : tes fers aux pieds t’empêcheront d’aller
loin. Mais tu ne pourras pas éviter le fil de mon
épée. As-tu une parole à dire avant de te taire
pour l’éternité ?
11 Les Mystères de Mortemart
Le prisonnier sentit une larme glacée couler
le long de son dos. Ce moment fatal qu’il savait
inéluctable, mais qu’il espérait secrètement voir
anéanti par un miracle, approchait à toute
vitesse.
Aubin, à bout de forces, se refusa à inventer
un nouveau mensonge. Il était à court
d’imagination. Malheureusement, le comte
n’avait pas été assez sot pour croire à la fable
que le jouvenceau avait inventée à propos de la
comtesse de Mortemart, Bérengère ; le seigneur
savait bien que le gamin ne pouvait pas être
amoureux d’un laideron dont personne ne
voulait. Il avait bien compris qu’Aubin et son
frère n’étaient intéressés que par ce formidable
secret que personne, hormis les trois
protagonistes de cette histoire – dont l’un était
mort –, ne connaissait…
Aubin regarda Mortemart et vit dans ses yeux
injectés de sang qu’il ne faudrait compter sur
aucune pitié de la part de ce triste gaillard. Le
jeune homme n’avait plus qu’une chose à faire :
quitter ce monde avec les honneurs, et sortir au
bourreau ce qu’il gardait sur le cœur.
– Oui, j’ai quelque chose à dire, comte de
Mortemart : je serai vengé ! Vous m’entendez ?
Je serai vengé ! Je ne sais quand, je ne sais par
qui, mais je vous jure qu’un jour viendra où
vous paierez pour ce crime !
12 Les Mystères de Mortemart


– C’en est fini, mon garçon. Pour l’heure,
c’est ton corps qui est à mes pieds, et bientôt ta
tête sera au bout de mon épée.

Tenant sa funeste promesse, le comte leva
bien haut son arme, puis la baissa à toute
vitesse, d’un geste sûr, au milieu du cou de sa
pauvre victime, qui gémit une prière dans un
dernier souffle.

Personne ne connaîtrait jamais le secret des
Mortemart…
13 Les Mystères de
Mortemart
2.


Nous étions lundi matin. Depuis tout petit,
Nathan Sicco n’aimait pas trop les débuts de
semaine, qui succédaient à deux jours de fêtes
avec les copains, de balades en famille, ou tout
simplement de repos à la maison. Ce week-end
là, Nathan avait notamment joué une partie de
tennis, avant de voir un excellent film au
cinéma puis de retrouver Sandy au parc Vauban
pour une promenade en amoureux.
Une boule d’angoisse était apparue au milieu
du dimanche après-midi pour ne plus le quitter
de la fin de la journée, ni de la nuit. Cela lui
arrivait parfois, mais là, c’était quand même
pire. Et à bien y réfléchir, c’était assez logique :
Nathan allait commencer une carrière de
journaliste…
Il avait trouvé ce job dont il rêvait depuis
toujours après avoir fait un stage à la fin de ses
études d’histoire. Un vieux reporter du Journal de
Saint-Gildas l’avait pris sous son aile et lui avait
15 Les Mystères de Mortemart
expliqué le métier. Nathan avait adoré ça, mais
il n’avait pas pu être embauché au Journal de
Saint-Gildas, pas plus qu’au Courrier du Val, son
concurrent. Alors, le vieux reporter – il
s’appelait Dan – avait fait jouer ses relations et
avait laissé un message sur le répondeur de
Nathan, un soir de semaine :
– Écris une lettre de ma part à Richard
1Lefèvre : c’est le rédacteur en chef d’un petit
2canard du soir qui est en train de se monter : ça
s’appelle Saint-Gildas Infos, et c’est diffusé
uniquement sur Internet, à l’adresse suivante :
www. saint-gildas-infos. fr. Jette donc un coup
d’œil sur le site et contacte Lefèvre. Il aura
peut-être quelque chose pour toi…

Saint-Gildas Infos n’avait que quelques
semaines d’existence, mais déjà l’adresse
internet était consultée par près de
10 000 personnes chaque jour : habitants des
environs bien sûr, mais aussi Gildassois
d’origine partis dans d’autres régions ou à
l’étranger, et qui pouvaient prendre ainsi
connaissance, sur la toile, des nouvelles du pays.

1. Journaliste très expérimenté, qui détermine le
sommaire du journal, envoie tel reporter sur tel sujet,
relit les articles, les réécrit parfois…
2. C’est ainsi que l’on nomme un journal, dans le
langage populaire.
16 Les Mystères de Mortemart
Le lecteur accédait à une page web organisée
1comme la page de une d’un journal normal,
2avec les photos, les gros titres, les chapos (il
fallait cliquer sur le titre, sur la photo, ou sur le
chapo pour avoir accès au texte entier). Il y
avait beaucoup de couleurs, plein d’illustrations,
3des graphiques, et quelques pubs aussi,
évidemment. Le classement des articles, de haut
en bas, était établi en fonction de leur
importance. Généralement, la politique ou les
faits de société étaient placés tout en haut du
journal ; le sport et la musique arrivaient en
4dernier. L’éditorial avait droit à une place à
part, dans un encadré. Une colonne, à droite,
était réservée aux faits divers et aux brèves. Une
autre colonne, à gauche, était dévolue aux pages
pratiques.
Richard recevait chaque semaine une dizaine
de demandes d’emploi émanant de journalistes
locaux désireux de travailler dans ce nouveau
média. Mais il voulait former lui-même ses
rédacteurs, à sa manière, et refusait tous ceux

1. Tout simplement, la première page…
2. Deux ou trois phrases écrites en gras, qui servent
d’introduction au texte d’un article.
3. Presque tous les journaux vivent grâce aux espaces
publicitaires vendus à des « annonceurs ».
4. Article court signé par la meilleure plume du journal,
qui traite subjectivement un fait important de la
journée. L’édito donne souvent le ton du journal.
17 Les Mystères de Mortemart
qui avaient trop d’expérience. L’équipe
regroupait donc des étudiants frais émoulus de
1l’université et quelques pigistes débutants.
Hormis Richard, elle comptait dix membres,
dont chacun avait sa spécialité : Mitch
s’occupait des faits divers, Éric de la politique,
Stéphanie de l’économie, Pierre de l’actualité
musicale, Gaëtan du cinéma, Franck des faits de
société, Carine des pages pratiques et Kevin des
2sports ; Fred et Marion géraient le news desk et
se tenaient toujours prêts à bondir. (Cette idée
du « news desk » avait été ramenée par Richard
des États-Unis, où toute la presse fonctionne
dans l’urgence. Grâce à ce système, le rédacteur
en chef maintient constamment la pression sur
son équipe. Pour Richard, c’était surtout
l’occasion de montrer à ses jeunes qu’il avait
roulé sa bosse aux USA. Ainsi, ils le
respectaient encore plus.)

Une belle lettre manuscrite rédigée avec l’aide
de Sandy avait suffi à Nathan pour convaincre

1.Journalistes payés à la « pige », c’est-à-dire au nombre
d’articles réalisés.
2. Bureau du journal où sont reçues toutes les
informations « chaudes », qu’il faut traiter rapidement.
Le news desk, après avis du rédacteur en chef, distribue
ensuite les articles en fonction des spécialités de chacun.
Les brèves sont souvent assurées directement par ce
service.
18 Les Mystères de Mortemart
Richard de sa super-motivation. Dans la foulée,
il avait reçu un coup de fil et s’était rendu au
siège du journal où il avait rencontré ce
rédacteur en chef survitaminé chargé d’animer
Saint-Gildas Infos.
Richard n’avait rien à perdre en engageant
Nathan : il lui fallait une personne
supplémentaire pour assurer la rubrique des
faits divers – les « faits div’ ». Pourquoi pas ce
petit jeune sympathique vivement recommandé
par ce bon vieux Dan ? Au cours de l’entretien,
il lui avait expliqué le fonctionnement du
journal et ce qu’il attendait d’un rédacteur, puis
il lui avait donné rendez-vous pour commencer
le lundi matin suivant.

Et nous étions donc ce lundi matin-là…
19