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Lupus

De
161 pages
Suis-je encore un homme ou suis-je un loup ? Mais qu'est ce qu'un homme ? Et qu'est ce qu'un loup ? Ont-ils une existence réelle ? Peu m'importe en fait. J'ignorais en pénétrant cette forêt qu'une telle porte s'ouvrirait devant mon désespoir. Et à présent que je ne suis plus seul d'autres appellent à l'aide. Ces gens là ont besoin de moi et de mon extraordinaire allié. Nous allons les secourir. Il va me falloir pour cela dévoiler au grand jour ce lien qui m'attache au peuple des bois noirs. Cela ne risque-t-il pas d'attirer sur mon compagnon et moi un regard inquisiteur ? Advienne que pourra ! J'exploiterai ce que la providence m'a offert. Puis je regagnerai l'abri des grands arbres pour y trouver l'oubli.
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2

Lupus

3
Jean-françois Lasno
Lupus

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9658-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748196580 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9659-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748196597 (livre numérique)

6





Que se passe-t-il ? Je sens une présence étrangère
parmi les arbres et les rochers. Quelqu’un vient d’entrer
dans la forêt du côté soleil levant. Un être nouveau sur
mes terres. Que veut-il ? Qui est-il ? Personne ne pénètre
mes bois sans que je le veuille. Trouvons le !
. .

8
TRISTAN DES HAUTS-PLATEAUX
Roland… Je crois que je répondais à ce nom
là autrefois… Oui, je me rappelle de ce
prénom : il a accompagné une grande partie de
ma vie. Roland de la Anse Bleue, cela me
revient à présent.
J’ai voulu l’oublier ce nom. Afin d’effacer
mes fautes j’ai tenté de perdre jusqu’à mon
identité et de disparaître du monde des vivants.
Pour me cacher de moi-même. Mais les
hommes m’ont rattrapé et pour eux je suis
devenu Lupus. Lupus, celui qui vit avec les
loups. Je suis alors ressorti du fond de ma forêt
pour aider le peuple des Hauts-Plateaux dans
les bois duquel je vivais sans même en
soupçonner l’existence.
Leur roi dans un grand désarroi avait besoin
de moi.
Aussi ai-je émergé de mon isolement pour le
guider car je possédais la connaissance de ce
qu’il cherchait. Peut-être la providence ne
m’avait-elle enfoui au fond de ces bois noirs
uniquement dans ce but là ?
9 Lupus
Aujourd’hui j’arrive au terme du temps qu’il
m’est imparti de passer sur cette terre. Et ce
temps m’a semblé bien long. Tellement long
qu’il m’est difficile de me souvenir de mon
propre nom. Mais avant de disparaître tout à
fait j’ai grand besoin de décharger ma mémoire
de tous les souvenirs qui l’encombrent. Mon
destin a pris un tour étrange alors que je
disposais encore de mon humaine personnalité.
C’était il y a longtemps. C’était du temps de
Tristan, l’héritier des Hauts-Plateaux, auquel
j’allais apporter une aide bien étrange.

Tristan, lorsque je l’ai connu, allait devenir le
maître d’un petit domaine que d’aucuns
désignaient sous le nom de royaume des Hauts-
Plateaux. Avec un peu d’exagération m’avait-il
semblé à l’époque. Il s’agissait en fait de régner
sur quelques terres inaccessibles, coincées entre
une chaîne de montagnes enneigées et une ligne
de falaises vertigineuses. Là, une petite
population vivait, confortablement à vrai dire,
du travail de la terre et de l’élevage. La nature
généreuse de l’endroit prodiguait gibier, fruits
des bois et plantes médicinales sans retenue.
Les quelques maisons et le modeste château
élevés en ces lieux n’auraient constitué un
royaume nulle part ailleurs.
Mais ici la particularité de l’endroit rendait le
maître des remparts Seigneur souverain sur tous
les vastes et hauts plateaux alentour. En ces
10 Tristan des Hauts-Plateaux
temps reculés cela suffisait à faire de lui un petit
roi.
De tout cela Tristan allait hériter.
Le seigneur Jehan, son père, conduisait
l’exode de la majeure partie du peuple dont il
portait la charge. À tort ou à raison, le vieux roi
ne croyait plus à l’avenir serein de sa contrée
assiégée par des puissances ennemies. Ces
dernières, incapables de s’emparer du royaume
bien défendu, l’isolaient du reste des vivants.
Au bas des falaises imprenables, les troupes
stationnées, qui avaient été repoussées grâce à
l’inondation du seul passage possible, le goulet,
s’opposaient à toute communication durable et
constructive. Les Hauts-Plateaux privés de tout
contact allaient devoir vivre en autarcie et sous
une menace constante.
Jehan l’Ancien avait donc décidé d’entraîner
son peuple vers d’autres terres. Mais tous ne
partirent pas. Et parmi les résistants Tristan
faisait figure de chef.
C’est ainsi qu’à l’aube de ce récit, Tristan
venait de prendre la destinée des Hauts-
Plateaux entre ses mains.

Moi, en ce temps là, je vivais au cœur des
bois noirs. Vaste étendue peuplée de sombres
résineux, la forêt descendait, ondulante, depuis
les contreforts des monts enneigés jusqu’aux
limites des champs des Hauts-Plateaux. J’avais
trouvé refuge au sein de cette nature sauvage,
11 Lupus
non loin de la montagne au sortir de laquelle les
bois m’avaient happé. Je m’étais installé dans
une absolue solitude et celle-ci avait pour moi
un caractère définitif. Mes seuls compagnons
semaient la terreur en d’autres contrées : les
loups. Avec eux j’avais tissé une étrange relation
qui m’avait de prime abord stupéfait. Et jusqu’à
ma rencontre avec Jehan, alors qu’il cherchait à
franchir les monts enneigés, je n’avais jamais
entendu parler du royaume des Hauts-Plateaux.
Tristan accompagnait son père, ce jour où nous
nous vîmes pour la première fois. C’était alors
un jeune homme taciturne. Un visage à la
longueur atténuée par une opulente chevelure
noire, des yeux sombres, inquiets et profonds,
des lèvres minces, à peine soulignées par une
barbe éparse : tout cela lui conférait une
physionomie presque mystérieuse. De haute
stature, il parlait peu, semblait être toujours aux
aguets, se tenait à l’écart cherchant l’isolement.
Olivier, son cadet, présent également, incarnait
la gaieté, l’optimisme, porteur d’une apparente
insouciance. Son regard clair illuminait une face
ronde et souriante. Plus petit que son aîné, il
offrait un contraste agréable, avec ses cheveux
châtain clair et son duvet naissant. Lui était
encore presque un enfant curieux de tout à côté
d’un Tristan plus calme et posé. Et ce dernier
paraissait chargé d’une écrasante responsabilité.
De fait il avait déjà décidé de ne jamais quitter
les Hauts-Plateaux. Malgré cela il participait,
12 Tristan des Hauts-Plateaux
avec son père et son frère, à la recherche d’une
issue qui permettrait la fuite. Cette
contradiction secrète lui pesait lourdement.
L’image que je me fis de lui fut donc empreinte
de gravité et de tristesse. Au premier contact
Tristan portait bien son nom.

Tristan avait donc naturellement pris la tête
des irréductibles occupants accrochés sur les
Hauts-Plateaux. Le matin où commence mon
récit il venait de voir disparaître à jamais l’altière
silhouette de son père sous les frondaisons de la
forêt jouxtant les terres du village. En
descendant du donjon où il se tenait, il chassa
les idées noires de son esprit et envisagea
l’avenir. Emergeant au grand air dans la cour du
château paternel il appela un vieux compagnon
de son père, Louis le Sage. Ce dernier n’avait pu
se résoudre à émigrer. À l’instar de Tristan il se
sentait lié à cette terre qui naguère lui avait
offert réconfort et asile et sur laquelle il avait
lui-même accueilli Jehan. Il n’avait pas suivi
celui-ci dans son exode et, spontanément, avait
proposé à son fils aide et appui. Après avoir
salué le vieux roi au sortir des écuries il
attendait discrètement de voir arriver Tristan. Il
le connaissait bien, le sachant prévoyant bien
qu’impulsif. Aussi ne fut-il pas surpris de
s’entendre appeler. Avec satisfaction il rejoignit
le nouveau seigneur des hautes terres. Tous
deux décidèrent de réunir les habitants
13 Lupus
demeurés sur place. Le jour même il convenait
d’évaluer les forces restantes afin de pallier une
éventuelle faiblesse. Qui pouvait cultiver, élever,
forger, soigner… et se battre ? Tout devait être
réorganisé avec les moyens humains restants.
Le rassemblement fut annoncé par des
cavaliers dépêchés aux quatre coins de la
bourgade. Peu à peu arriva au château tout ce
que le pays comptait encore comme occupants.
Seuls quelques hommes d’armes restèrent à
patrouiller à cheval le long des falaises. De
même, une poignée de gardes demeura aux
remparts surplombant la vallée pour prévenir
toute surprise. Le reste constituait une foule
disparate de femmes, d’enfants, d’hommes et de
soldats, inquiète de son avenir, soucieuse d’être
rassurée. Cependant, tous étaient déterminés à
faire perdurer le royaume de Jehan L’Ancien.
Trois familles de paysans n’avaient pas fui.
Les terres abandonnées leur furent allouées afin
de répartir les tâches. Il s’agissait de ne pas
perdre la récolte à venir. Elle avait été semée
pour une population trois fois plus importante.
Le travail ne manquerait pas. Mais au moins le
ravitaillement paraissait assuré.
Voilà une bonne chose estima Tristan.
Ensuite tous furent interrogés, répertoriés
quant à leurs compétences. Il ressortit de cet
inventaire que le petit peuple des Hauts-
Plateaux pourrait vraisemblablement survivre.
14 Tristan des Hauts-Plateaux
Le forgeron avait préféré rester auprès de
son antre avec ses outils plutôt que de tout
abandonner.
Si le vieil herboriste avait décampé
emportant son savoir, son jeune assistant, lui,
était décidé à exploiter les potions et onguents
que son maître n’avait pu emmener. Leur
séparation avait eu lieu avec beaucoup de
compréhension et le disciple tenait de son
mentor un grimoire qui lui permettrait de
sauver peut-être quelque vie.
Le potier n’avait pu se résoudre à délaisser
tour et four, pas plus que le gisement de terre
lui permettant d’exercer son art.
Puis venait un ensemble de villageois
travaillant d’ordinaire pour les autres comme
journalier afin d’assurer leur pitance.
Parmi eux se trouvait un homme de main de
l’ancien meunier ; il se proposa pour reprendre
cette activité qu’il connaissait pour l’avoir
exercée très longtemps au service d’un autre.
Le tisserand avait fui lui aussi. Il fallut
encourager les femmes, qui chez elles
habillaient leur famille, afin qu’elles acceptent
d’élargir leur emprise en ce domaine.
Rassemblés un peu à l’écart, quelques
bûcherons et bergers vivant habituellement loin
du village se tenaient là également ; ils s’étaient
opportunément rapprochés du château, ne
sachant quelle tournure allaient prendre les
événements.
15 Lupus
Restaient les soldats. Une troupe aguerrie
mais fort restreinte, déterminée à encadrer la
population laborieuse.
Tristan constata le manque d’hommes en
armes, ce qui ne le surprit pas. Mais il déplora
également l’absence de tout représentant de
Dieu sur cette terre. Ni curé, ni moine, l’église
du village était orpheline et le clocher muet.
Prenant la parole il fit une harangue rapide
pour exhorter ses nouveaux sujets au courage et
à l’espoir. Son visage calme et décidé reflétant
sa confiance en l’avenir, sa voix chaude et
apaisante, lui permirent de faire passer le
message que tous attendaient de leur chef. Que
chacun y mette du sien et tous profiteraient de
jours meilleurs. Lui, Tristan fils de Jehan
l’Ancien dit le Juste, se montrerait digne de son
père et s’engageait sur l’heure et devant Dieu à
les diriger dans l’intérêt général. Tristan poussa
un « Que vivent les Hauts-Plateaux ! » qui fut
repris en chœur par l’assemblée.
Puis, revenant à la défense du pays, il
informa les hommes valides qu’il entendait les
armer. Pour leur inculquer quelques rudiments
du maniement des armes il eut recours à un
fidèle de Jehan qui ne l’avait pourtant pas suivi
en exode. Bernard le Briseur comme Louis le
Sage avait mis son bras et son expérience au
service de Tristan. Son imposante hache, qu’il
ne quittait guère, et son expérience au combat
l’avaient logiquement placé au commandement
16