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Omega

De
314 pages

Notre monde n’est pas unique. Il existe dix dimensions parallèles à la nôtre. Toutes reliées entre elles. Elles sont sur le point d’imploser.

Moi seule peux empêcher la fin de notre monde.

Je m’appelle Olivia et je suis une Omega.


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Du même auteur chez Kitsunegari Editions

 

Saga Les Gardiens de Lumière :

 

1- L’Éveil

 

2- L’Appel

 

3- L’Envol

 

ΩMEGA

Déborah J. Marrazzu

Image

 

 

 

 

 

«  La plus belle expérience que nous pouvons vivre est le mystérieux. Il représente l'émotion fondamentale qui se trouve à l'origine de l'art et de la science véritables. Quiconque ne l'a jamais rencontré et n'est plus capable de s'étonner ou de s'émerveiller est comme mort et ses yeux sont clos. »  

Comment je vois le monde, 1930, Albert Einstein.

 

 

1.

 

La foule se déchaînait devant la scène. Je levai les bras vers les étoiles et laissai la musique m’emporter. Ce soir, je ne pensais plus à rien. Je profitais simplement. Le chanteur entama « Sunday Bloody Sunday » de U2. Un classique que le public reprit en chœur. La nuit était belle, pas un seul nuage dans le ciel. Vraiment magnifique. J’admirai les astres qui y scintillaient. Autour de moi, les gens se déhanchaient au rythme des notes qui vibraient dans l’air. Le groupe n’était pas fameux, mais au moins, il mettait l’ambiance. Je tournai sur moi-même, enivrée par l’instant présent. L’énergie qui se dégageait de ce concert était incroyable. Un pur moment de bonheur et d’insouciance. Pile ce dont j’avais besoin en ce moment. Encore plus aujourd’hui, le treize juillet.

Dix-huit ans, ça se fêtait, non?

En tout cas, si j’en croyais mes amis, je me devais de sortir célébrer mon anniversaire. Je soupçonnais que ma date de naissance ne représentait qu’un prétexte pour nous rendre au concert ainsi qu’au feu d’artifice. Ces temps-ci, je passais le plus clair de mon temps enfermée dans le noir, allongée sur mon lit. Victime d’horribles migraines depuis une dizaine de jours, je souffrais le martyre.

— Sunday, Bloody Sunday, hurla Manon à côté de moi.

Le soda qu’elle tenait à la main tanguait dangereusement. Je m’éloignai d’elle, par peur d’être aspergée du liquide. Lucie se mit à l’accompagner à tue-tête. Bientôt, je fus entraînée avec les filles et Liam juste devant la scène. Le son des basses était assourdissant. Je m’abandonnai à cette soirée. Grisée par la musique, je me laissai porter par la foule.

Nous, contre le reste du monde.

Le sourire aux lèvres, j’observai tous ces inconnus qui, ensemble, créaient une unité. La musique possédait ce pouvoir, celui de rassembler. Mon regard fut attiré par un homme sur ma droite, non loin des coulisses. La pénombre ambiante masquait ses traits. Il devait mesurer dans les un mètre quatre-vingt et scrutait les jeunes gens venus s’amuser. Pendant un instant, j’avais pensé qu’il appartenait au service de sécurité. Seulement, même à cette distance, je remarquai qu’il ne portait pas l’uniforme de rigueur. Ce dernier se tourna vers moi. Et là, j’eus un choc. Mes yeux me jouaient forcément des tours. Impossible autrement. Il n’avait plus rien d’humain. Pire encore, il ressemblait à une sorte de loup-garou. Ou du moins, quelque chose dans le genre. Son visage couvert de poils longs laissait apercevoir un museau avec d’énormes dents acérées. J’émis un hoquet de surprise et reculai d’un bond. Un horrible rictus étira ses lèvres. Prise de panique, je marchai sur les pieds de Liam, derrière moi.

— Hé! Quelque chose ne va pas? s’enquit-il.

Je me retournai vivement vers lui, puis le dévisageai comme si je ne comprenais pas un mot de ce qu’il me disait. Je reportai mon attention vers l’inconnu. Je fermai les yeux quelques secondes et lorsque je les rouvris, tout était redevenu normal. L’homme avait repris une apparence entièrement humaine. L’image avait été si fugace. Avais-je rêvé?

Soudain, mes maux de tête m’élancèrent de nouveau. Tout tournait autour de moi. La douleur s’intensifia.

Pitié, pas ce soir.

J’avais espéré être épargnée. Raté. Le sol tanguait de plus en plus. Les visages qui m’entouraient se confondaient tous en un seul. Leurs paroles devinrent totalement incompréhensibles. Je sortis mon téléphone portable pour connaître l’heure, mais mes mains tremblaient tellement que je le fis tomber par terre. Génial. Liam m’interrogea du regard pendant que je m’agenouillai pour tenter de le ramasser. J’eus la sensation qu’on m’enfonçait un bataillon d’aiguilles dans les tempes. Je ne savais pas combien de temps j’allais encore tenir à ce rythme. Seulement cette fois, quelque chose était différent. Plus intense. Plus douloureux. D’habitude, avec de la concentration, je réussissais à passer outre, mais pas là.

Une paire de chaussures noires apparues dans mon champ de vision. Instinctivement, je me figeai, quand une main me tendit mon portable. Avec difficulté, je me relevai et remarquai qu’il s’agissait de l’inconnu. J’émis un hoquet de surprise et reculai, comme s’il venait de me brûler au fer rouge.

— Du calme, Olivia, intervint Liam alors qu’il prenait le téléphone que l’homme lui tendait.

Mon ami le remercia et me rendit l’objet. L’étranger lui répondit d’un sourire avant de me foudroyer du regard. D’un coup, son visage se changea en celui de la créature que j’avais aperçue quelques minutes plus tôt. Ses pupilles jaunes ne me lâchaient pas. L’étranger s’approcha de moi, les mains tendues en essayant de me calmer. Seulement plus il avançait, plus je reculais. Totalement paniquée. Autour de nous, la foule ne remarquait absolument rien et se contentait de danser au rythme des notes de musique. Moi, je fixais cette personne qui, quelques instants plus tôt, ne ressemblait plus du tout à un être humain.

Pourquoi étais-je la seule à le voir?

Pourquoi mon ami ne réagissait-il pas?

— Vous allez bien, mademoiselle?

Cette voix non plus n’avait rien d’humain. Aucun homme ne pouvait en posséder une pareille. Un mélange de grognement et de syllabes à peine compréhensible. L’horreur s’abattit sur moi. J’agrippai le bras de Liam, qui se positionna entre cette chose et moi. L’inconnu respirait de plus en plus fort. Il serrait ses poings contre son corps tendu à l’extrême. Je restai sagement derrière le bouclier formé par mon camarade. Incapable d’analyser la situation, je reportai mon attention sur le visage de l’étranger. Je pouvais clairement voir la rage écumer de ses yeux qui me fixaient. Celui-ci secoua la tête. La seconde d’après, son visage se métamorphosa et redevint tout à fait normal. Pourtant la peur qui m’étreignait ne me quittait pas. Il paraissait complètement hors de lui. L’espace de quelques secondes, ses yeux s’effacèrent pour retrouver l’apparence horrible de la bête. Aucun de mes amis ne poussa un cri ou ne recula. Ne voyaient-ils pas ce qui venait de se passer? Finalement, l’inconnu nous jeta un dernier regard haineux, surtout dirigé vers moi, avant de partir se mêler à la foule et de disparaître. Mes maux de tête se calmèrent un peu. Heureusement pour moi.

— Il est chelou ce mec, hein? déclara mon ami tandis qu’il passait le bras autour de la taille de Lucie, à côté de lui.

— Ouais, fis-je en haussant les épaules.

Je n’avais aucune envie de rentrer dans les détails. Comment leur expliquer ce que je venais de voir sans passer pour une folle? Après tout, je n’étais plus certaine moi-même de la vérité. Une chose était sûre, l’envie de m’amuser m’avait quittée pour de bon. Super.

Joyeux anniversaire, Olivia!

— Allez, fais pas cette tête, le feu d’artifice va bientôt débuter, m’enjoignit Manon.

— Je crois que je vais plutôt rentrer. Je ne me sens pas très bien, finalement.

Ce qui n’était pas si loin de la vérité.

— Encore tes maux de tête? remarqua Lucie, inquiète. Tu devrais consulter un médecin. C’est vraiment pas normal.

La panique monta en moi. La vision de camisoles et d’hôpitaux psychiatriques me vint à l’esprit. Hors de question.

— Vous en faites pas, c’est rien, mentis-je ouvertement. Un peu de repos et ça ira mieux.

— O.K., tiens-nous au courant quand tu seras arrivée chez toi, m’ordonna avec bienveillance Liam.

J’acquiesçai et les quittai le cœur serré. Mon téléphone portable toujours à la main, je m’aperçus qu’il était presque vingt-deux heures quinze. Le clou de la soirée allait démarrer d’un instant à l’autre. Je ramenai sur ma tête la capuche de mon sweat rouge. Le vent se leva et fouetta mon visage. J’accélérai la cadence afin de rejoindre ma maison le plus rapidement possible. Lorsque je tournai au coin de la rue, le coup d’envoi éclata au loin dans le ciel. J’entendais le brouhaha de la fête jusqu’ici. Ce son m’apaisa un peu. Dans quelques minutes, je serais en sécurité chez moi.

Quand enfin je tournai vers mon allée, un hurlement d’animal déchira la nuit. Un cri si terrifiant qu’il me glaça le sang. Mon pouls s’accéléra. Ma gorge se noua et je marchai plus vite encore. À l’unisson du feu d’artifice, je perçus encore une fois cette plainte qui ressemblait à s’y méprendre à celle d’un loup.

Plus j’avançais, plus la fête n’était qu’un simple écho au loin. Je marchais vite. Très vite. Pressée de retrouver la sécurité de ma chambre et de m’allonger sur mon lit dans le noir. Ma tête me faisait encore souffrir et je ne cessais de regarder derrière mon épaule. Je devais vraiment avoir l’air d’une folle à me retourner ainsi tous les deux pas.

Enfin, je poussai le portail de mon pavillon. Pour mon plus grand soulagement. Soudain, des bruits de lutte en provenance de l’arrière de la maison retentirent. Mon rythme cardiaque s’affola. Je restai immobile quelques secondes, le temps de peser le pour et le contre. Les sons étouffés s’intensifièrent. Finalement, ma curiosité fut la plus forte. Je contournai le mur et me dirigeai vers le jardin. J’avançai à pas feutrés le long de l’allée. La lueur du réverbère à l’avant ne m’offrait qu’une luminosité partielle. De ma position actuelle, je ne distinguais que deux silhouettes en train de se battre. Un homme de dos et une femme dont je ne voyais pas le visage.

Je m’accroupis afin de ne pas attirer l’attention sur moi. Devais-je intervenir? Qui étaient ces gens qui se bagarraient chez moi? Brusquement, l’homme lança une offensive que la femme évita d’une roulade au sol, avant de répliquer d’un coup de couteau. J’étais prise dans cette bataille sans en connaître l’origine. Instinctivement, je désirais que la femme repousse cet assaillant. Ce dernier revint à la charge en lui administrant une claque qui la fit voler contre la palissade. À ce moment, un cri de surprise m’échappa.

Erreur fatale.

L’homme se retourna dans ma direction. Une vision d’horreur s’imposa à moi lorsqu’il traversa rapidement le rai de lumière. Je le vis distinctement. Il émit un sifflement strident tandis que ses yeux jaunes brillaient dans la nuit. Sa peau écaillée, à la manière d’un reptile, luisait. Cette chose ne possédait rien d’humain. Ma vision se troubla légèrement. La créature se redressa de toute sa hauteur. Elle devait mesurer au moins deux mètres. Tétanisée sur place, je restai bouche bée face à ce spectacle. La chose ouvrit la bouche et une longue langue de serpent en sortit. L’homme, ou peu importe ce que c’était, continuait d’avancer vers moi, alors que je ne bougeais pas d’un millimètre, toujours paralysée. Il me toisa et attrapa dans son dos une immense lame noire qui ressemblait à un katana. Un rayon de lune en fit scintiller le fil. Je me recroquevillai sur place. L’abomination brandit son arme en l’accompagnant d’un claquement de langue. Pile quand elle allait me frapper, je sortis de ma torpeur. Poussant mes mains sur le sol, je lui envoyai un coup de pied qui la fit reculer. Là, je vis une lame le transpercer au niveau du cœur, puis lui trancher la tête. Dans un grognement, le corps de la créature se tordit de douleur avant de s’affaler par terre, laissant apparaître la silhouette de la femme derrière lui.

La scène qui se déroulait devant moi était surréaliste. La tête sanguinolente reprit une forme humaine. Pour dire vrai, tout son corps reprit l’apparence d’un homme quelconque. Je ne comprenais rien. Ce fut ce moment que choisit l’inconnue pour s’avancer dans la lumière. Le choc dut se lire sur mon visage, car elle s’arrêta à quelques pas de moi.

— Bonsoir, Olivia, fit ma mère avant de s’écrouler au sol.

 

 

 

2.

 

— Calme-toi, s’il te plaît, m’ordonna ma mère, allongée sur le canapé.

J’avais réussi à la ramener à l’intérieur et après quelques minutes, elle avait repris connaissance. Maman maintenait un gant de toilette rempli de glaçons contre sa tête pour atténuer le coup reçu.

— Que je me calme? Tu veux que je me calme? fis-je totalement hors de moi. Je suis en train de devenir folle! Cette chose, cette créa…

— Odvojen Jezik, m’interrompit ma mère. Il s’agit d’un Odvojen Jezik, ce qui signifie « langue fourchue » et pour être plus précise encore, c’était un traqueur.

Je lui lançai un regard noir et fis les cent pas devant elle. J’avais forcément basculé dans la quatrième dimension. Aucune autre explication possible. Je nageai en plein cauchemar.

— Écoute-moi, tu n’es pas folle, essaya de me rassurer cette femme que je ne reconnaissais plus. J’aurais aimé avoir le temps de tout t’expliquer, j’aurais voulu que tu puisses comprendre tout ce que ça implique. Je ne pensais pas qu’il me retrouverait si rapidement. As-tu vu des choses que tu ne pouvais pas expliquer? Des choses bizarres? Tu as eu des migraines récemment, non? Des maux de tête si horribles que tu ne pouvais rien faire d’autre que de rester dans le noir?

J’acquiesçai et nouai mes bras sur ma poitrine. Je ne lui en avais jamais parlé, ni même simplement mentionné ce fait. J’avais été très discrète. Comment pouvait-elle le savoir? Nous ne faisions que nous croiser, tant ma mère était prise par son travail.

— Je le savais, reprit maman. Je savais que ça avait commencé. J’aurais tant aimé que tu échappes à tout ça, que tu puisses vivre une vie normale.

Justement, je commençais à avoir la tête qui tournait et ce n’était pas en raison de mes migraines. Je pris appui sur le dossier d’une chaise dans mon dos.

— Tout est vrai, continua-t-elle en se levant pour venir se positionner face à moi. Les histoires de montres, les créatures fantastiques qui peuplent les légendes. Ce que tu vois dans les films, ce n’est pas une invention ni de la science-fiction. Toutes ces histoires sont vraies.

— Je ne comprends pas.

Ma mère prit une profonde inspiration, comme si elle se préparait à me lâcher une bombe. Ce qui, en y réfléchissant, était tout à fait le cas.

— Tu n’es pas comme tout le monde, tu peux voir l’invisible. Tu es une Omega, m’annonça-t-elle de but en blanc. Il s’agit d’une particularité génétique qui fait que tu es capable de voir le vrai visage des gens, ceux qui ne viennent pas d’ici. C’est héréditaire, mais pas systématique. J’ai prié tellement fort pour que tu ne la possèdes pas.

Ma mère fit une pause. Je ne réagissais pas. Bien sûr, je connaissais le terme oméga, mais je ne voyais pas ce qu’elle voulait dire par là. Maman ramassa le katana de l’homme-serpent et toucha du bout des doigts les inscriptions dessus.

— Ce que tu as vu se nomme des Drugo, entama celle-ci, avec appréhension. Lorsqu’ils sont soumis à de fortes émotions, ils perdent le contrôle et à ce moment tu peux entrevoir leur véritable nature. Ils ne sont pas vraiment comme nous. Les Drugo proviennent d’autres dimensions.

— C’est de la folie, je m’assis sur la chaise et commençai à respirer plus fort. Ce que tu racontes n’existe pas!

— Olivia, il faut que tu te reprennes, m’intima-t-elle, d’autres traqueurs viendront et il faudra que tu sois prête.

— Je ne sais même pas quelle langue tu parles et comment se nomment ces choses!

— Odvojen Jezik, me répondit ma mère, c’est du croate. Ce que j’essaie de te dire, c’est que toutes ces créatures ne devraient pas se trouver ici. Il existe dix dimensions parallèles à la nôtre. Un peu comme des univers alternatifs qui ne possèdent pas tous les mêmes spécificités que le monde que tu connais. Comme si chaque choix que tu fais ouvrait une porte sur une autre réalité. C’est une espèce de miroir déformant par rapport à ce qui t’entoure. Normalement, il est impossible de traverser ces dimensions et de se retrouver, par exemple, dans la nôtre. Seulement, suite à l’apparition de failles, il y a des centaines d’années, certaines créatures se sont infiltrées chez nous. Il faut que tu comprennes que ce ne sont pas de gentils visiteurs. Ils sont dangereux, assoiffés de sang et ne souhaitent qu’assouvir leur instinct primal pour semer le chaos.

De mieux en mieux, pensai-je. Ma mère paraissait épuisée. Elle poussa un soupir sonore avant de retourner vers le canapé.

— Et si j’en veux pas de tout ça? demandai-je, sérieuse. Je refuse d’être une Omega. Tout ce que je veux c’est aller à l’université avec mes amis et vivre une vie normale, comme n’importe qui.

— Tu ne peux pas! Ce n’est pas quelque chose qu’on décide, ça fait partie intégrante de toi. Une fois le processus enclenché, personne ne peut plus rien faire pour l’arrêter. Les Drugo vont savoir ce que tu es en même temps que, toi, tu les identifieras.

— Tu veux dire que ça marche dans les deux sens? Ils verront d’emblée que je suis une… Omega?

— Exactement, confirma-t-elle en se massant les tempes. Nous devons partir, quitter tes amis, notre vie… tout. C’est trop dangereux pour eux et surtout pour toi.

— Non! Je refuse catégoriquement de tout quitter. Ici c’est ma vie, maman. Tu ne peux pas tout m’enlever du jour au lendemain!

— Je sais que c’est dur à encaisser, continua cette dernière, mais crois-moi, c’est la meilleure chose à faire pour tout le monde. Tu t’en rendras compte plus tard. Tu viens d’avoir dix-huit ans, tu n’as plus d’obligation scolaire. Je vais commencer ton initiation…

— J’ai dit non, insistai-je avec force. Je ne partirai pas, point final.

— On en reparlera, conclut ma mère, extenuée de fatigue. Je pense que c’est assez pour cette nuit.

Des milliers de questions me trottaient encore dans la tête, pourtant je n’insistai pas. La soirée avait été rude pour toutes les deux. En vérité, j’avais besoin d’air et d’espace, seule. Je devais réfléchir à toutes ces révélations, aussi folles les unes que les autres. Mon côté rationnel refusait catégoriquement tout en bloc. Seulement au fond de moi, une petite voix m’intimait que cette histoire de dingue représentait la stricte vérité. De toute façon, j’avais le choix entre devenir folle ou croire ma mère et ce que j’avais vu. Plus j’y pensais, plus j’avais l’intime conviction que ce n’était que le début.

— Je monte me coucher, déclara maman qui se dirigeait déjà vers les escaliers. Ne tarde pas trop. Demain soir, après la fermeture de la boutique, tu me rejoindras là-bas et je te montrerai tout. Olivia, tu ne dois parler de tout ça à personne. Je suis très sérieuse. Ce n’est pas un jeu, tu n’imagines pas le nombre de gens qui veulent nous voir disparaître.

Sans me laisser le temps de répondre quoi que ce soit, elle monta les marches.

Joyeux anniversaire, Olivia!

Je me résignai à rejoindre ma chambre. Une fois à l’intérieur, je m’allongeai sur mon lit, encore tout habillée. Mon esprit se mit en ébullition. Les images de ces quelques heures tournaient en boucle. Les paroles de ma mère me hantaient. « Tu n’es pas comme tout le monde, tu peux voir l’invisible. » C’était à n’y rien comprendre, pourtant je devais me rendre à l’évidence, ma vie ne serait plus jamais la même. Malgré mes récentes découvertes, ce qui m’inquiétait le plus restait ce qu’elle ne m’avait pas encore raconté. Qui étaient ces fameux traqueurs? Qui voulait absolument nous faire disparaître? Combien d’Omega restaient-ils encore en vie?

 

3.

 

Le vent fouettait mon visage, tandis que je longeais la rue Baker pour rejoindre ma mère. Le soleil était encore haut dans le ciel. Pas un nuage à l’horizon, pourtant mon estomac se noua dès que j’arrivai en vue de la boutique. J’appréhendais et en même temps je mourrais d’impatience de connaître le moindre détail qui concernait les Omega et tout ce qui s’en rapprochait. Ma mère possédait un magasin assez atypique. De prime abord, cela faisait penser à une librairie, mais en y regardant de plus près, elle vendait des articles un peu moins conventionnels. Maintenant, je commençais à comprendre pourquoi. Outre les dizaines de livres étranges, toutes sortes d’épices et d’objets peu communs s’y trouvaient. Il s’agissait d’une librairie ésotérique.

Je poussai la porte qui s’ouvrit dans un gling.

— Maman? appelai-je en allant jusqu’au comptoir vide.

Aucune réponse.

— Maman, tu es là? Maman? réitérai-je, anxieuse.

Quelque chose clochait. Jamais elle ne laissait la porte ouverte si elle devait s’absenter. Une angoisse sourde me tordait le ventre. Je me rendis dans la petite pièce adjacente, qui constituait la réserve. Tout un tas de matériel s’entassait dans la salle : des étagères, des cartons encore fermés, d’immenses bocaux…

— Maman? répétai-je encore, sans trop d’espoir.

Un gémissement me répondit. Je crus dans un premier temps l’avoir rêvé, mais quand il reprit plus fort, le doute ne me fût plus permis. Je me faufilai vers le fond et découvris, entre deux rayonnages, ma mère qui gisait sur le parquet. Je me précipitai vers elle. Mon pouls s’affolait à mesure que je prenais conscience de la situation.

— Parle-moi! Dis-moi ce qui s’est passé?

Du sang maculait ses vêtements où je distinguai une longue griffure. Son chemisier complètement déchiré laissait entrevoir sa peau striée de rouge. La panique monta en moi. Ses longs cheveux noirs collaient sur son front. Elle gémit encore et souleva difficilement ses paupières. Ma mère était si faible que je dus m’approcher au maximum pour déchiffrer ce qu’elle voulait me dire.

— Préviens Nick, haleta-t-elle, préviens-le et dis-lui qu’ils m’ont retrouvée.

— Maman…

— Tu dois prévenir Nick.

— Je dois appeler une ambulance et la police! m’affolai-je alors que je prenais de plus en plus conscience de ce qui se déroulait devant moi.

— Non! Pas la police ! Appelle Nick! s’obstinait cette dernière en toussant. Le carnet sous la caisse… Nick…

Ma mère fut prise d’une quinte de toux. J’étais prise entre deux feux. Devais-je appeler les secours ou ce fameux Nick dont elle me parlait? Soudain, mon regard fut attiré par un objet au sol : une dague noire. Mon cœur eut un raté. Je courus jusqu’à la caisse et fouillai dans le tiroir, sous celle-ci, à la recherche d’un carnet d’adresses. Mon instinct me soufflait que le responsable de son agression n’était pas un humain. Si je prévenais la police, que pourrais-je bien leur dire? Des créatures venues d’autres dimensions ont agressé ma mère. Autant prendre un aller direct pour l’hôpital psychiatrique.

Enfin, je trouvai un bloc note contenant des numéros de téléphone et des adresses. Je tournai les feuilles avec frénésie à la recherche d’un certain Nick. Il ne restait plus que quelques pages lorsque je vis : Nick T. Je pris le téléphone et composai le numéro sans aucune hésitation. Je ne réfléchis à ce que j’allais bien pouvoir dire à cet inconnu qu’une fois la tonalité obtenue. Au bout de la troisième sonnerie, une voix d’homme me répondit.

— Oui? fit-il, méfiant.

— Je ne vous connais pas, mais ma mère oui. Vous devez m’aider, je ne sais pas quoi faire, débitai-je sans lui laisser le temps de parler. Elle a été agressée par un Drugo, je pense. Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé, elle m’a dit de vous dire qu’ils l’ont retrouvée. Il faut que vous m’aidiez!

Un long silence résonnait dans le combiné, puis j’entendis un soupir.

— Où? demanda-t-il simplement.

— Dans sa boutique, au 221 rue Baker. Faites vite, je vous en prie!

— J’arrive.

Le fameux Nick raccrocha sans plus d’explications. Je fis de même à mon tour et retournai auprès de ma mère. Heureusement, elle n’avait pas perdu connaissance. Je filai prendre une bassine d’eau et le nécessaire pour lui administrer les premiers secours. Mes mains tremblaient. Je décidai qu’il valait mieux ne pas la bouger. Je pris juste quelques plaids afin de soutenir sa tête.

J’espère sincèrement que ce Nick va pouvoir m’aider, priai-je en mon for intérieur.

 

***

 

Une quinzaine de minutes venait de s’écouler. J’avais fermé la boutique, éteint les lumières de la salle et pris un couteau. Simple précaution. Par chance, les plaies ne saignaient plus et mis à part quelques hématomes, ma mère se remettait de son agression. Elle dormait paisiblement tandis que je guettais l’arrivée de cet inconnu.

Soudain, un toc-toc retentit. Je me penchai pour apercevoir le visiteur à travers la porte ouverte de la réserve. Un homme d’une vingtaine d’années patientait devant l’entrée du magasin. Les cheveux châtains en bataille, il portait une veste noire courte. L’étranger apposa ses mains en coupole pour essayer de distinguer quelque chose à travers la vitrine. Je choisis ce moment pour me montrer. Dès qu’il m’aperçut, l’inconnu plissa ses yeux sombres. J’ouvris le verrou et le laissai pénétrer dans la boutique. Lorsqu’il entra, son tee-shirt se souleva quelques secondes. Ce fut assez pour que je remarque son arme à la ceinture. D’un geste vif, je le menaçai de mon couteau.

— Posez ce flingue au sol, exigeai-je avec fermeté.

Nick m’examina d’un œil curieux, sans bouger. Je désignai du menton son pistolet, mais il s’obstinait à ne rien faire. Puis il arqua un sourcil circonspect avant de sortir son revolver.

— Pour information, commença-t-il, si j’avais voulu te faire du mal, tu serais morte à l’heure qu’il est. Maintenant, montre-moi où elle se trouve.

Il déposa l’arme sur le comptoir, cependant je ne rangeai pas encore ma lame. Mieux valait prévenir que guérir. Je lui signalai la porte de la réserve et le jeune homme se précipita vers ma mère qui venait de se réveiller.

— Clarisse, qui t’a fait ça?

— Un Šiŝka, l’informa-t-elle tandis qu’elle se mettait assise.

— Les chiens de garde de Circortex, grinça-t-il des dents.

Je restai à distance et essayai de saisir les enjeux de leur conversation. La moindre information pouvait m’être utile. Ma mère n’était plus en état de combattre ni de me protéger. Si j’avais bien compris une chose, c’était qu’être une Omega s’avérait dangereux. Très dangereux.

— Je sais que je t’en demande beaucoup, mais il faut que tu protèges Olivia.

À l’évocation de mon prénom, je me mis à leur hauteur.

— Maman, je n’ai pas besoin de baby-sitter, fis-je remarquer.

— Où en est-elle de son initiation? voulut savoir Nick, inquiet.

— C’est tout récent, une semaine voire deux. En réalité, elle n’a appris la vérité qu’hier soir dans un malencontreux concours de circonstances.

— Ouais, c’est un euphémisme! me plaignis-je avec une grimace.

— Depuis combien de temps as-tu les migraines? m’interrogea-t-il sans prêter attention à mes remarques.

Son ton tranchant ne laissait aucune échappatoire. Nick ne plaisantait pas et exigeait une réponse immédiate.

— Deux semaines et trois jours maintenant, répondis-je sans sourciller.

— Parfait, nous sommes jeudi donc les maux de tête cesseront d’ici mardi au plus tard, déclara ce dernier en reportant son attention vers ma mère. Clarisse, tu dois me dire où tu l’as cachée.

Ma mère se pinça les lèvres, hésitante, puis nous regarda tour à tour avant de soupirer. Elle posa sa main sur son bandage et observa le plafond, pensive.

— Clarisse, le temps presse, insista Nick. Je peux la protéger, mais j’ai besoin de l’avoir. Tu sais que tu peux me faire confiance depuis le temps. J’ai choisi mon camp.

— Rien ne devait se passer comme ça, se lamenta maman. Tu dois l’aider Nick, c’est son héritage, mais tu dois la guider. Dans mon état, je ne serai qu’un poids mort et rien d’autre. Si Circortexen a après moi, c’est forcément pour cette raison.

— Je sais. Raison de plus pour me dire où tu l’as mise.

— Aidez-moi, nous ordonna-t-elle.

Ma mère s’appuya sur nous pour se lever et tandis que nous la soutenions, elle s’avança pour se rendre vers la caisse du magasin. À cet endroit, celle-ci se mit accroupie et souleva une latte du parquet. Maman extirpa du compartiment secret une petite boîte verte. Le réceptacle ne mesurait pas plus de dix centimètres. Des dorures ornaient tout le contour. En évidence sur le dessus, je reconnus le sigle qui représentait la lettre oméga. Son regard croisa le mien et je retins ma respiration.

— C’est à toi de l’ouvrir, Olivia. Ce qui se trouve à l’intérieur doit être protégé par-dessus tout. C’est ton héritage. Tu dois le conserver, peu importe ce qui arrive.

 

 

 

4.