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Altessa

De
155 pages
Dans la contrée du nord, Conrad Isembert perd tout espoir de grandeur et les jumelles Alcima et Alchima deviennent la cible d’une manipulation per de. Une fois de plus, Altessa est la cible de différents conspirateurs. Elle doit être écartée ou servir pour assurer le retour imminent d’anciennes civilisations ayant fait de Beldigan leur monde bien avant l’apparition de l’humanité.
Sans compter une autre menace, redoutée par les dieux, prête à déferler sur le royaume comme une malédiction.
Les océans restent paisibles, mais la brise timide coiffant les vagues murmure la n de l’accalmie et une promesse de tempête.
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Copyright©2016MartinDaneau Copyright ©2016 Éditions AdA Inc. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Révision linguistique : Isabelle Veillette Correction d’épreuves : Nancy Coulombe Conception de la couverture : Mathieu C. Dandurand Mise en pages : Sylvie Valois ISBN papier : 978-2-89767-455-7 ISBN PDF numérique : 978-2-89767-456-4 ISBN ePub : 978-2-89767-457-1 Première impression : 2016 Dépôt légal : 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada Téléphone : 450 929-0296 Télécopieur : 450 929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Imprimé au Canada Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Daneau, Martin Altessa Sommaire : t. 4. L'éveil des océans. Pour les jeunes de 13 ans et plus. ISBN 978-2-89767-455-7 (vol. 4) I. Daneau, Martin. Éveil des océans. II. Titre. III. Titre : L'éveil des océans. PS8557.A523A63 2014 jC843'.54 C2014-941511-7 PS9557.A523A63 2014
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Qu’as-tu fait ?
1
La voix meurtrie, les jambes de Conrad abdiquèrent et il s’affala. À nouveau, le destin s’acharnait pour lui dérober ses espoirs de grandeur. Comme le cadran, les rêves de Dacien venaient de voler en éclats. À genoux, le roi se rapprocha de l’objet fragmenté. Les mains tremblantes, il ramassa un pignon, en poussa un autre pour regrouper les pièces distinctes. Il tenta avec maladresse de les réunir, obstiné à rétablir les connexions d’un casse-tête impossible à reconstituer. — Ce cadran était mon avenir. Pourquoi ? Ignorant la question, Dacien se pencha pour ramasse r un objet et le dissimuler dans sa paume. Personne ne prêtait attention à lui. Conrad secoua la tête. Il était maudit. Cette pensée insupportable devint une triste certitude. Refusant ce dénouement, le roi s’acharnait à pousser les morceaux pour défier l’inacceptable. Absorbées par la tristesse de Conrad, les jumelles oublièrent la présence de Dacien. Malgré un visage inexpressif, elles étai ent conscientes de sa peine ; elles avaient passé suffisamment de temps en sa compagnie pour discerner la franchise de ses émotions. Habituellement, le majordome faisait des gestes len ts et méthodiques. Une perpétuelle absence d’empressement le définissait et pour cette raison, Dacien prit tout le monde par surprise en fonçant sur Alcima à toute vitesse. Il attrapa la jumelle par-derrière et lui mit sous la gorge l’objet dissimulé dans sa paume. Il s’agissait de l’aiguille du cadran. Cette pièce en fer avait une pointe très acérée. L’utilisant comme une tête de lance, Dacien perfora la chair d’Alcima près de la carotide, provoquant un petit é coulement de sang. Paniquée et confuse, la jumelle ne chercha pas à se défendre. Aussitôt, Alchima se plia en deux, les mains enserrant sa gorge à l’endroit précis où Alcima avait été blessée, comme si elle s uffoquait. Les yeux écarquillés, elle respirait profondément ; la bless ure de sa sœur lui était insupportable. Cette scène tira le roi de son hébétude. Prenant ap pui sur ses jambes arquées, il se redressa avec difficulté. — Que fais-tu ? Tu es fou ! — J’obéis à ceux capables de grandeur, et non à ceux qui en rêvent. Parlant d’une voix atone, Dacien aimait croire que les entités qu’il servait, dans leur perfection éthérée, pouvaient entendre et applaudir sa dévotion. Dacien utilisait Alcima comme bouclier en lui torda nt le bras. Puisqu’il n’avait pas sectionné l’artère, la jumelle n’était pas en danger de mort immédiate, mais l’hémorragie était réelle et son état s’aggraverait si elle
n’était pas traitée. Immobilisée par sa blessure, e lle n’opposait pas de résistance. Conrad et Dacien ne remarquèrent pas les yeux de braise, rutilants de folie, d’Alchima. Seulement sa sœur le constata. Elle sut que le majordome, ainsi que tout le royaume, courait un grave danger. — Lâche-la tout de suite ! ordonna Conrad. L’ordre fut peu convainquant : la colère d’un chat se voulant un tigre. L’outrance du roi amusa Dacien. — Maintenant que le cadran a été détruit, il ne res te plus qu’une chose pouvant retarder l’inévitable. Alchima n’écoutait pas. Tout ce qu’elle voyait était un objectif à atteindre, une cible à éliminer. L’une sans l’autre, les jumel les étaient incomplètes, dépareillées. Cette situation était intolérable et Alchima allait y remédier. Déchaînée, elle se jeta sur Dacien toutes griffes dehors. Ce fut Alcima qui le sauva d’une attaque fatale en le poussant vers l ’arrière. Le majordome manqua de perdre l’équilibre et d’entraîner la jumelle avec lui. Il parvint à rester debout et à conserver sa prise sur sa captive, qui poussa un cri aigu lorsqu’il accentua accidentellement la pression avec la pointe de l’aiguille sur sa gorge. — Pas de nouvelle imprudence, ronchonna Dacien. Je te le déconseille fortement. Alchima recula, le visage empreint de détresse. La douleur à sa propre gorge lui confirma qu’elle avait aggravé la blessure de sa sœur. Les yeux béants, le souffle court, elle hésita. Ce fut le regard implorant d’Alcima qui la dissuada de récidiver. Les jours sombres suivant celui où Alchima s’était jetée sur le collecteur œuvrant pour les Iseult recommençaient. Elle refusa it de le croire. En deux ans d’absence, les jumelles s’étaient accordé cette mission pour renouer avec leur profession. Et voilà que les circonstances ayant semé le doute dans leur esprit et les contraignant à se retirer se répétaient avec plus de précarité. Dacien fut étonné qu’il soit si difficile de conten ir Alchima. L’irrationnel l’emportait sur la logique et elle ne tenait manife stement pas compte des conséquences de ses gestes sur le reste du royaume. Ironiquement, sa sœur avait tempéré son agressivité. Dacien ne s’ape rcevait pas de la manière dont Alcima assurait sa protection en ce moment. — Ta conduite ne fait aucun sens, tonna le roi. D’une démarche dégingandée, Conrad gagna le mur pour s’y appuyer. — La rupture du cadran, ce coup d’éclat magistral, était le but ultime de mon embauche. Les jumelles faisaient aussi partie de ma stratégie. Ce n’est pas par hasard que je vous les ai recommandées. Dacien disait la vérité. Malgré un exil ayant perduré plus de deux ans, il avait insisté sur le talent des jumelles, vantant l eur réputation encore
inégalée. À force de l’écouter, le roi avait adopté la proposition pour la faire sienne. Conrad secoua la tête pour marquer son incompréhension. — Ça suffit, Dacien. Je t’ordonne d’arrêter. — S’il vous plaît, cessez de vous embarrasser. Vous devriez avoir compris que vous n’avez plus d’autorité sur moi. Vos paroles sont à l’image de votre règne : sans substance. Indigné par ces insultes, le roi serra les poings. — Tu es complètement inconscient, cracha-t-il, renfrogné. La blessure d’Alcima risque d’entraîner la malédiction du couple divin. — J’ai confiance que nous n’en arriverons pas là, hasarda-t-il en portant son attention sur Alchima. Les yeux mi-clos, réfrénant témérité et hardiesse, elle attendait la suite avec impatience. — Que… — … veux… — … tu ? Alchima avait parlé en premier. La voix de sa sœur était celle d’une mourante et elle en fut dévastée. — Enfin, nous avançons à quelque chose. Je vais être bref et direct. À votre retour, je vous ai entendues parler d’une jeune fille du nom d’Altessa. Il garda le silence et fixa Alchima. — Je veux que tu la trouves et la ramènes ici, poursuivit-il. Deux choses peuvent retarder la venue de l’inévitable dans ce royaume. L’une d’elles vient d’éclater en morceaux. Dacien pointa les pièces du cadran avec le menton. — L’autre sera écartée en incapacitant cette Altess a. Si la possibilité de ralentir et d’arrêter le temps n’existe plus, le gr and nettoyage pourra s’ensuivre et purifier ce monde. Ensuite, mes maîtr es seront libres de réclamer Beldigan. — Pourquoi t’en prendre aux jumelles ? questionna l e roi. Pourquoi les impliquer dans la capture de cette fille ? — Il n’existe pas de personne plus motivée qu’Alchima pour réussir une mission si la récompense garantit le rétablissement de sa sœur. Elle ne laissera pas la malédiction d’Ere et d’Ira se concrétiser, parce qu’elle ne veut pas être responsable de la mort d’Alcima. Après tout, une telle tragédie pourrait également lui coûter la vie. Ce dernier argument était véridique : sans l’une, l’autre s’étiolerait. Dacien posa un regard admiratif sur Alchima. — N’est-ce pas remarquable ? La complémentarité des jumelles est à la fois un bienfait et un fardeau. Il ne peut y avoir une envoyée plus acharnée qu’Alchima, et son succès lui permettra de faire de nouveau un avec son autre moitié.
Cette logique perfide dégoûta le roi. Comment avait -il pu engager cet homme en le connaissant si mal ? Obnubilé à s’appro prier les atouts des Rainier, Conrad n’avait rien suspecté de malsain chez son majordome. Au contraire, sa conduite fut exemplaire. C’est pour cette raison que tu aurais dû te méfier. La parfaite docilité est propice à cacher des intentions malveillantes. — La maîtrise exceptionnelle d’Altessa reporte le d éroulement d’évènements majeurs, insista Dacien. Alchima, tu dois la ramener ici, dans cette pièce. Je ne doute pas de tes capacités pour l’attraper, mais je ne m’en remettrai pas à ta seule parole. N’essaie pas de me mentir pour sauver ta sœur. Tu n’y parviendras qu’en ramenant Altessa au château. Je dois la neutraliser moi-même avant de communiquer la nouvelle à mes maîtres. Perplexe, Conrad tenta encore de s’interposer. — Je suistonsouverain, pesta-t-il avec une voix fluette. — Je croyais avoir été clair sur ce point, dit Daci en en soupirant avec mécontentement. À partir du moment où j’ai brisé le cadran, j’ai cessé de travailler pour vous et vous seriez très naïf de croire le contraire. Il n’est pas habituel pour un roi de recevoir des ordres, mais j e vous conseille d’apprendre rapidement, Conrad. À ce stade, vous ne m’êtes plus d’une grande utilité, alors si vous persistez à me contra rier, votre situation désagréable deviendra désastreuse. Incapable de formuler une réponse, le roi se mura d ans un silence déshonorant. Le majordome se désintéressa de lui pour observer Alchima. Personne n’avait jamais autant souffert de la blessure d’un proche ; ce qui arrivait à Alcima lui arrivait à elle. Dacien avait raison : elle était asservie de la manière la plus cruelle possible. — Je n’ai qu’une chose à ajouter, ma chère : cours, cours vite. Le décompte est enclenché et l’avenir de ta sœur, tout comme celui du royaume, est entre tes mains.
2 Près des plages et des bateaux accostés au port Wul grin, deux vieillards pêchaient côte à côte au bout d’un quai étroit qui s’étirait loin sur l’océan.
L’un portait un chapeau de paille pour écraser sa c hevelure filasse. L’autre avait le crâne dégarni et une barbe broussailleuse. — Les poissons ne mordent pas aujourd’hui, dit l’homme au chapeau. Il fait trop chaud. Avec cette température accablante, les poissons préfèrent rester au fond de l’eau. Son compagnon, tenant sa canne d’une main et entortillant un doigt dans sa barbe avec l’autre, secoua la tête avec agacement. — C’est à cause de ce qui pend au bout de ton hameç on, pontifia-t-il après s’être éclairci la gorge. L’homme au chapeau avait recours à des asticots pour appâter une proie tandis que Crâne chauve utilisait de gros vers de vase. — Tu dis n’importe quoi. Les asticots sont excellen ts pour assurer de bonnes prises. — Ils sont trop petits, s’entêta Crâne dégarni. Les vers de vase sont plus visibles. Il tapota sur le couvercle d’un pot en vitre conten ant ses appâts de prédilection, comme un expert dégrossissant les rudiments de la pêche à un enfant. — C’est ton ouverture d’esprit qui est trop petite. Si tu as raison, comment se fait-il que tu n’aies pas attrapé un seul poisson ? — Je te ferai remarquer que ta chaudière est aussi vide. — Il est encore tôt. Il faut être patient. — J’approuve, convint le chauve pour mettre fin à la dispute. — Ça ne changera rien pour toi, répliqua l’autre en refusant la trêve. Tu as plus de chance d’attraper une vieille chaussure par mégarde que de voir un poisson suffisamment affamé pour se jeter sur ton hameçon. — Tu commences à m’énerver ! J’ai envie de lever le s voiles et de t’abandonner à ton triste sort. Énervé, le chauve tira sur sa canne, simulant une l utte avec une lourde prise comme pour donner tort à son camarade. — Bonne idée ! Comme ça ta voix désagréable évitera de faire fuir les alevins, répliqua l’homme au chapeau. — Les alevins servent à peupler les cours d’eau, ré pondit-il en connaisseur. — Ils n’ont pas été très actifs dernièrement, car on dirait que le bassin est vide. S’attendant à une réponse caustique qui ne venait p as, l’homme au chapeau hasarda un regard vers son compagnon. Pantois, le chauve observait l’océan avec les yeux écarquillés.