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PERRO ÉDITEUR

395, avenue de la Station, C.P.8

Shawinigan (Québec) G9N 6T8

www.perroediteur.com

Couverture : Carl Loiselle

Infographie : Geneviève Nadeau

Révision : Marie-Christine Payette

Epub : Lydie De Backer

Dépôts légaux : 2013

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque nationale du Canada

ISBN imprimé : 978-2-923995-20-5

ISBN Epub : 978-2-923995-52-6

©Perro Éditeur, C.B. Richard, 2013

Tous droits réservés pour tous pays

C.B. RICHARD

Le dernier des Atras

PROLOGUE

Soixante-cinq millions d’années avant notre ère, alors que notre monde primitif n’est encore habité que par de redoutables créatures sauvages, un peuple, très loin de notre galaxie, fait face à un destin fatal. Les habitants de Solemä, onzième planète du système solaire double d’Alpha Centauri, sont menacés par des éruptions simultanées anormales de leurs deux soleils qui anéantiront inexorablement l’ensemble de leur civilisation. Forcés d’abandonner tragiquement leur astre, ils voyagent très longtemps à bord de navettes colossales vers une destination ultime, un endroit idéal offrant un environnement essentiel à leur survie : la Terre.

Peu d’entre eux survivront à ce long périple. Autrefois plus de quatre milliards à peupler leur planète, plusieurs d’entre eux refuseront de quitter Solemä, alors que d’autres opteront pour une autre destination moins éloignée de leur système solaire sans toutefois être en mesure d’y parvenir. Enfin, l’interminable odyssée aura raison d’une grande partie des voyageurs affaiblis, dont la santé sera altérée par des conditions de vie artificielles difficiles à bord des navettes. Seulement quelques transporteurs spatiaux atteindront leur but avec, à leurs bords, quelques milliers de Solé­mites rescapés.

Mais n’est-ce pas tout ce qu’il faut pour sauver une civilisation de sa disparition complète ? Et pour combien de temps encore ? Ce nouvel habitat ne se montrera-t-il pas hostile et inadéquat pour eux ? Le cycle de la vie. L’éternel recommencement. Une nouvelle espèce s’introduit, s’adapte, évolue et se transforme…

I

L’infini bleu. Aussi loin que puisse porter le regard, des mers d’eau salée. La Pangée1, ce supercontinent rassemblant la quasi-totalité des terres émergées, n’occupait, à cette époque, qu’une infime partie du globe terrestre et l’océan était un vaste territoire partagé par plusieurs créatures de ces temps anciens.

Près du plateau de Kerguelen2, un continent depuis longtemps englouti sous les eaux, la mer se faisait houleuse et déchaînée. Elle était secouée par une violente tempête qui hérissait les vagues de plusieurs mètres avant de les rabattre brutalement sur les flots dans un grondement sourd et retentissant.

Pourtant, sous la surface, tout semblait étran­gement calme. Immobile tel un sombre récif, un tylosaure observait patiemment les environs. Ce redoutable prédateur, mi-serpent, mi-lézard, véri­table dragon des mers avec son corps massif et sinueux s’étalant sur plus de dix mètres, n’attendait en effet que le moment propice pour attaquer. Sa gueule entrouverte laissait entrevoir de longues dents acérées, capables de trancher le corps d’un grand mégalodon. Tout près, insouciante du danger qui la guettait sournoisement, une sil­houette inhabituelle en ces lieux hostiles s’affairait à une tâche plutôt curieuse…

– Allez, sors de là ! Que tu le veuilles ou non, tu feras partie de mon repas alors cesse de m’embêter.

Un jeune humanoïde amphibien, créature plutôt insolite dans ces eaux infestées de mons­tres marins sordides et dangereux, avait le bras entièrement plongé au creux d’une cavité et essayait tant bien que mal d’attraper un crustacea.

– Tu sais que tu n’as aucune chance, car je suis le plus malin des deux, alors rends-toi ! pensa-t-il exaspéré.

Äourö, étrange habitant de ces lieux, s’évertuait par tous les moyens à essayer d’atteindre sa vic­ti­me qui s’était réfugiée à l’intérieur d’un mince interstice dans les rochers, ses longs doigts ­palmés réussissant presque à toucher le petit crustacé. Son corps élancé d’un blanc laiteux, presque translucide, était protégé par une épaisse cuirasse d’écailles qui lui couvrait le torse et le dos jusqu’aux genoux telle une carapace. Ornée d’un ceinturon à la taille et d’une besace en bandoulière, cette armure semblait s’ajuster parfaitement aux mouvements souples et fluides du jeune humanoïde, les écailles s’ouvrant et se refermant pour suivre les moindres ondulations de son corps sous l’eau.

Soudain, les sens d’Äourö s’éveillèrent. Les ultrasons qu’il émettait lui permirent de révéler la présence d’un danger imminent qui fonçait sur lui à toute vitesse. D’un mouvement vif, il retira son bras et pivota avec souplesse sur lui-même pour faire face à la menace qui approchait. Pendant un court instant, il resta là, immobile, analysant la situation avec calme, guidé par un instinct de survie accru. Malgré sa rapidité à se déplacer sous l’eau, il n’avait aucune chance de semer ce monstre et la fuite n’était donc pas envisageable. Combattre ? La bête qui approchait était au moins vingt fois plus grosse que lui et sa gueule, armée de dents tranchantes, était sur le point de le happer. Äourö porta aussitôt sa main à sa hanche, ses doigts palmés cherchant rapidement son inséparable dague pour l’agripper fermement. Celle-ci avait été fabriquée par son grand-père avec une dent de kronosaure de près de vingt centimètres. Il la lui avait offerte comme présent pour ses treize années terrestres afin de le protéger lors de ses dangereuses promenades qu’il n’approuvait pas toujours. Maintenant plus que jamais, ce couteau représentait sa seule et unique défense contre ce prédateur et manifestement, il ne faisait pas le poids.

L’instant d’après, l’énorme remous causé par la violence de l’impact fit tourbillonner Äourö dans l’eau teintée de rouge, le plaquant contre le sol rocailleux du fond marin. Désorienté et cherchant à se préparer à un nouvel assaut, il tenta brièvement d’évaluer sa situation en se redressant promptement.

– L’ai-je atteint ? Oui. Sûrement, car il y a du sang qui embrouille l’eau autour de moi et je ne crois pas avoir été blessé… ou peut-être le suis-je ? Non. Je ne ressens aucune douleur et je ne me sens pas faiblir non plus. Alors, je l’ai atteint. Mais tout ce sang ! J’ai dû atteindre une artère importante. Mon couteau ! Où est mon couteau ? s’interrogea-t-il.

Avant même d’avoir pu trouver réponses à ses questions, Äourö fut de nouveau heurté de plein fouet et se retrouva une fois de plus étalé sur le dos, écrasé par une énorme masse qui vint le coincer contre les rochers. Péniblement, il poussa sur le corps inerte qui l’étouffait et le fit rouler sur le côté pour se dégager. Médusé et tentant de reprendre ses esprits, il regarda la lourde tête tranchée d’un grand reptile, sectionnée d’un seul élan net et précis.

Une masse sombre et de très grande taille émergea alors de la noirceur des bas-fonds et se dirigea droit sur Äourö…

– Kâal ! Espèce de gros lézard ! Il était temps que tu interviennes ! râla-t-il. Je t’ai demandé de rester près de moi pour me surveiller et toi, tu en profites pour roupiller pendant que ce monstre cherche à m’avaler.

C’était un woolungasaure, reptile marin au long cou, aussi long que le reste de son corps large et plat, qui avait repéré Äourö. Kâal, un grand tylosaure, fidèle compagnon du garçon, observait la scène et s’était élancé sur l’assaillant avant que celui-ci n’atteigne sa cible, lui tranchant le cou d’un seul et puissant coup de mâchoire.

Un jour, il y a déjà bien longtemps, Äourö avait trouvé un petit tylosaure, à peine plus long que le bras, effrayé et agonisant, caché sous un rocher plat. Son flanc arborait une large entaille qui provenait sans doute d’une morsure d’un prédateur beaucoup plus grand, peut-être même de l’un des siens. Dans ces océans sombres et froids, la loi du plus fort avait toujours primé. Il fallait dominer pour éviter d’être dominé. Chaque créature qui y vivait essayait de protéger sa parcelle de territoire, même si elle devait, pour ce faire, éliminer sa propre progéniture. Kâal avait appris cette loi de la manière la plus dure, et il était en piteux état. Äourö l’avait soigné, avait refermé ses plaies à l’aide d’algues marines solidement ficelées autour de son corps et lui avait apporté à manger tous les jours durant de longues semaines. Le tylosaure ne l’avait jamais oublié et depuis, sa reconnaissance envers l’amphibien était éternelle. Chaque fois qu’Äourö faisait une sortie pour explorer toujours un peu plus loin ce monde mouvementé qui l’entourait, Kâal veillait sur lui en nageant tranquillement derrière, comme une mère et son petit.

Ce n’était pas la première fois que Kâal se portait à la défense de son ami. Il y avait de cela quelque temps, Äourö s’était aventuré plus loin qu’à l’habitude et s’était retrouvé cerné par plusieurs grands mégalodons qui patrouillaient les limites de leur territoire. Le tylosaure, s’apercevant que ces derniers avaient remarqué son jeune protégé et qu’ils commençaient à tournoyer au-dessus de lui pour l’encercler, s’était projeté sur eux avec une fureur et une force inouïe. Il lacérait les chairs de ses dents et fouettait leurs corps de sa lourde queue. Kâal gardait encore, d’ailleurs, un souvenir de ce combat sur l’une de ses nageoires avant, puisque l’un de ces requins avait réussi à lui arracher une partie de celle-ci et y avait laissé une empreinte en forme de croissant de lune.

– Allez viens, Kâal. Rentrons, émit le jeune Äourö, encore secoué par la rencontre qu’il venait de faire avec le woolungasaure.

Kâal, qui en était encore à vérifier si sa victime avait eu son compte, reprit son lent mouvement ondulatoire rythmé, Äourö accroché au repli de son échine dorsale.

Comme moyen de transport, un tylosaure constituait le véhicule idéal. Avec son corps long et fin, doté de deux paires de nageoires efficaces et d’une queue puissante, il pouvait atteindre, sans le moindre effort, des vitesses sous-marines vertigineuses, si bien que son passager avait par­fois de la difficulté à rester solidement agrippé.

– Mais qu’est-ce que c’est que ça ? sursauta Äourö en voyant sa dague, profondément enfoncée dans le flanc de son ami qui ne semblait pas s’en préoccuper outre mesure.

Il est vrai que pour la taille de Kâal, ce couteau n’équivalait qu’à une minuscule épine dans la peau du jeune homme.

– Alors, c’est toi qui m’as projeté sur le fond en t’interposant entre moi et le woolungasaure au moment où celui-ci attaquait ! Bon, admit-il, je suppose que j’ai pu fermer les yeux un court instant, peut-être…

Äourö retira doucement son couteau de la chair du tylosaure et Kâal, impassible, continua sa route en s’enfonçant encore plus vers une large crevasse, son ami accroché à son dos.


1. Pangée : Continent unique de la Terre à la préhistoire.

2. Kerguelen : Continent submergé de l’Océan Indien.

II

Au fur et à mesure que le duo s’enfonçait dans ces eaux de plus en plus noires, on pouvait distinguer les parois de chaque côté de la crevasse qui semblaient plonger vers une obscurité totale. Accrochées à celles-ci, des milliers d’anémones phosphorescentes projetaient leur faible lueur ondu­lante et éclairaient l’abysse tout comme les étoiles scintillent dans la nuit. Plus la profonde noirceur se faisait envahissante et plus la peau d’Äourö se mettait à émettre une douce lumière blanchâtre elle aussi, un peu à la façon des anémones qui semblaient indiquer le chemin à suivre à l’une des leurs pour la guider.

Cette étrange particularité que possédait Äourö, il ne la contrôlait pas encore tout à fait. Bien qu’il n’ait pas d’effort conscient à faire pour produire ce rayonnement, celui-ci s’intensifiait au gré des nuances de la noirceur. Il en viendrait, avec la maturité, à en acquérir la pleine maîtrise afin de pouvoir l’utiliser à sa guise. Pour l’instant toutefois, il ne semblait pas s’en préoccuper outre mesure. Il irradiait et puis voilà…

Äourö pouvait maintenant sentir une douce chaleur sur son visage. Il reconnaissait bien ces courants marins qui émanaient des entrailles de la Terre en remontant le long de la faille, réchauffant au passage chacun des minuscules organismes vivant dans cet environnement dépourvu de clarté.

– Nous approchons, Kâal ! indiqua-t-il à son compagnon en lui tapotant affectueusement le flanc.

Émergeant de l’une des parois du gouffre qui donnait l’impression de ne pas avoir de fin, on pouvait maintenant apercevoir une vaste plate-forme arrondie, perchée telle l’aire d’un ptérosaure sur la crête d’une haute montagne. Kâal se dirigea droit vers elle en remorquant toujours son petit passager, se pliant avec obéissance aux moindres directives de celui-ci afin de le guider vers cet endroit dont il connaissait déjà l’itinéraire.

Äourö n’avait pas besoin de signes pour communiquer avec le tylosaure. À l’aide des ultrasons qu’émettait la partie antérieure de son crâne qui formait une petite saillie en forme de croix sur son front, il réussissait à transmettre à Kâal ­certaines instructions que celui-ci était arrivé à ­comprendre au fil des années. Grâce à cette étonnante faculté qui servait également d’écholocalisation3, Äourö pouvait se déplacer sans même ouvrir les yeux et sentir autour de lui le moindre mouvement étranger ou la plus infime variation des ­courants marins. C’était un mécanisme de protection aussi formidable qu’essentiel à sa survie, une sorte d’alarme qui l’avisait des dangers qui pouvaient survenir. Lorsqu’il était petit, ses compagnons de jeu l’excluaient toujours des parties de cache-cache, puisqu’il était injustement avantagé par cette particularité qu’il était le seul à posséder. On le disait étrange, comme s’il appartenait au monde des poissons, et il était souvent l’objet de moqueries et de sarcasmes de la part de ses camarades. Qu’à cela ne tienne, il préférait de beaucoup aller explorer les eaux environnantes avec Kâal qui lui, ne semblait pas incommodé outre mesure par les aptitudes de son ami. Après tout, c’était bien parce qu’il détenait ces habiletés singulières qu’Äourö, contrairement aux autres jeunes de son espèce, avait la permission de se promener à sa guise. Évidemment, le fait d’avoir un ami tylosaure de près de quinze mille kilos pour vous protéger était certes une raison convaincante de plus pour mériter la confiance des doyens.

Arrivé à la hauteur de la plate-forme, Äourö lâcha sa prise de l’échine de Kâal et nagea seul vers la paroi rocheuse qui s’élevait tel un gigantesque mur devant lui. Kâal savait que cet endroit lui était interdit et il rebroussa chemin mollement, laissant son jeune compagnon derrière lui pour remonter lentement vers les abords supérieurs de la crevasse où il irait se chercher quelque chose à se mettre sous la dent. Cet affrontement avec le woolungasaure lui avait ouvert l’appétit et il se sentait d’attaque pour pouvoir engouffrer quelques hesperornis, ces oiseaux marins qui venaient pêcher à la surface, ou peut-être même un mégalodon, si l’un d’eux venait à croiser malencontreusement sa route. Kâal ne raffolait pas de la chair de ces charognards des mers, mais il n’aimait pas non plus laisser passer la chance de débarrasser le secteur de l’un des pires ennemis de son jeune protégé.

– Sois prudent, Kâal ! lança Äourö en regardant ce dernier s’éloigner. Et n’en profite pas pour attaquer ces pauvres tortues de mer sans défense. De toute façon, tu sais que tu as de la difficulté à digérer leur carapace, alors…

Äourö regarda son ami disparaître dans les eaux noires du gouffre. Sa longue queue fouettait de manière rythmée les courants chauds ascendants dans lesquels se mêlaient de minuscules créatures luminescentes qui semblaient danser en de multi­ples tourbillons.