Äourö 3. La Cité des Sables

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Quels évènements ont bien pu mener Äourö à se retrouver sur le dos d'un rapt à disputer une partie de Taï-Taï dans la grand arène d'Häd-Hëzeb, la mystérieuse Cité des Sables ? L'Atras et ses fidèles amis, Lòa et Nu'kii, ont-ils fui la vallée de l'empereur pour débarquer dans un endroit encore plus dangereux? L'ombre de Zùharis n'est jamais bien loin dans cette nouvelle aventure pleine de rebondissements où notre héros sera confronté à des ennemis tout aussi redoutables et à des pouvoirs encore insoupçonnés.
Publié le : mardi 17 février 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782923995762
Nombre de pages : 216
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Du même auteur : Äourö, Le dernier des Atras, tome 1, roman, Perro Éditeur, 2013. Äourö, La vallée de l’empereur, tome 2, roman, Perro Éditeur, 2014. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC PERRO ÉDITEUR 395, avenue de la Station, C.P.8 Shawinigan (Québec) G9N 6T8 www.perroediteur.com Illustration couverture : Frédéric Corneau Infographie et révision : Lydie De Backer Révision : Selma Hichri Dépôts légaux : 2015 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada ISBN imprimé : 978-2-923995-65-6 ISBN Epub : 978-2-923995-76-2 © Perro Éditeur, C.B. Richard, 2015. Tous droits réservés pour tout pays.
La cité des sables
C.B. RICHARD
I
Douze jours… Douze jours à cuire sous un soleil ardent qui rôtit la peau et épaissit la langue… Douze jours à marcher inlassablement à travers des étendues sablonneuses parsemées de dunes toutes plus semblables les unes que les autres… Et cette chaleur ! Suffocante, épuisante, cruelle… impitoyable ! – Riegel, le chef gämaléen, n’avait-il pas prévu que nous atteindrions Häd-Hëzeb après neuf journées de marche ? Dix, tout au plus ? – Ça, c’était sans compter sur les extraordinaires talents de guide de notre bon ami Azamar, ma chère Lòa ! rétorqua Äourö. – Oui bon… Ça va, vous deux ! Je me suis peut-être écarté de la route à une ou deux reprises, mais avouez quand même que, jusqu’ici, il ne nous est rien arrivé de trop fâcheux ! Häd-Hëzeb, la Cité des Sables… Depuis qu’ils avaient quitté Hadäar et laissé derrière eux les peuples de la vallée qui avaient repris possession de la grande cité et surtout de leur liberté, Äourö et ses compagnons de voyage commençaient à désespérer de réussir à trouver leur route. Le jeune Atras tentait de dissiper ses propres inquiétudes en lançant quelques moqueries à l’endroit d’Azamar, ce petit voleur devenu leur ami, mais force était d’admettre que ses efforts ne rassuraient personne quant à la gravité de leur situation. S’ils ne trouvaient pas rapidement cette cité ou s’ils ne parvenaient pas à refaire leurs provisions d’eau et de vivres dans cette étendue désertique, ils mourraient. – Pourtant, reprit Azamar, irrité, les indications étaient claires ! Suivre l’étoile polaire dans l’axe perpendiculaire au soleil levant et là… – Ça va ! Ça va ! coupa sèchement Lòa. Tu nous l’as répété mille fois déjà. En réalité, tu ne sais absolument pas où l’on est ! On est perdus ! Voilà où l’on est ! Perdus au beau milieu du désert de Gämal… – Pardon ? répliqua-t-il aussitôt. Perdus ? Nous sommes loin d’être perdus ! Vous, les femmes, vous ne pouvez pas penser plus loin que le bout de votre nez… C’est simple ! Nous n’avons qu’à rebrousser chemin et suivre les traces de nos pas pour revenir à notre point de départ. Tu n’y avais pas songé à celle-là, pas vrai ? – Et toi, monsieur le génie, tu ne t’es pas dit que le vent aurait, depuis longtemps, effacé les marques de notre passage en balayant le sable derrière nous ? – Oh !… Mais bien sûr ! intervint Äourö qui venait soudainement d’avoir une idée. Et si on ne pouvait voir Häd-Hëzeb ? Un portail holographique… Évidemment ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? – Un quoi ? s’étonna Azamar. – Un hologramme, répondit Lòa. Une barrière magnétique invisible qui empêche les envahisseurs de voir la cité. Atrahasis, le monde sous-marin d’Äourö, de même que Sünda, le mien, étaient protégés par ce type d’écran. Malheureusement, si Häd-Hëzeb dispose également d’une telle protection, jamais nous ne la trouverons. – Peut-être que si…, enchaîna Äourö. Suivez-moi ! Il commença alors à gravir une énorme dune, suivi de près par Lòa, intriguée de connaître l’idée qu’avait eue son ami. Azamar et Nu’kii, de leur côté, tentaient par tous les moyens de faire avancer les deux mœritheriums, ces lourds pachydermes qui transportaient leurs vivres et qui refusaient obstinément d’escalader le haut promontoire. – Et qu’est-ce qu’on est censés trouver maintenant ? haleta Lòa en rejoignant Äourö au sommet. – Je ne sais pas exactement. Une déformation de l’horizon peut-être ? Une sorte de flou dans le paysage… – Euh… Je ne sais pas si tu vois la même chose que moi, mais du flou, il n’y a que ça tout autour ! rétorqua la jeune fille Le soleil dardait inlassablement ses rayons ardents sur l’étendue aride ; sa chaleur se réfléchissait dans les cristaux de sable et déformait l’horizon en un brouillard vaporeux d’où émanaient divers mirages. Alors que l’un signalait une grande muraille qu’il croyait percevoir devant lui, qu’un autre jurait avoir vu quelque chose bouger dans une certaine direction et qu’un troisième sautait de joie en distinguant une nappe d’eau, Nu’kii, lui, en silence, fixait vers l’ouest une anomalie qui avait attiré son regard. – Là. Fidèle à son habitude, l’Arkhanéen venait de faire part de sa découverte en peu de mots, se contentant d’allonger le bras en indiquant un étrange phénomène qui se profilait au loin. – Bien joué, Nu’kii ! s’exclama Äourö. Ça ne peut être que ça ! Devant eux, au-delà des nombreuses dunes qui jalonnaient cet endroit stérile façonné par le vent comme les vagues modelaient le sable des fonds marins, une brèche… une trouée dans l’horizon éthéré… comme
une entaille que l’on aurait faite dans la chaleur suffocante de l’air du désert… – La barrière holographique…, reprit Lòa, son énergie magnétique repousse également les rayons du soleil. Regardez ! Pas de mirage, pas de vision floue… Une image nette et bien distincte d’une partie du désert, comme si elle était sous une énorme cloche de verre… – Oui, mais moi, je ne vois quand même que du sable, ajouta Azamar qui n’y comprenait rien. – C’est le rôle de l’hologramme, répondit Äourö. Il masque aux intrus ce qu’il y a derrière en projetant une image identique à son environnement. Alors ? On y va ? – Oh oui ! lança Lòa enthousiasmée en prenant la tête de l’équipée. Moi, j’ai bien envie d’un grand bain… Froid ! Il ne fallut pas plus d’une demi-journée de marche pour atteindre les abords du portail, chacun rêvant de retrouver le confort d’une cité moderne où abondent nourriture, lits douillets et eau fraîche. Après tout ce temps passé à traverser le désert, à cuire au soleil et à combattre la faim et la soif, ce fut avec un soulagement non dissimulé que les voyageurs s’arrêtèrent devant la barrière invisible, un sourire satisfait au visage. – Et comment on entre là-dedans, maintenant ? demanda Azamar, hébété, lui qui n’avait jamais vu pareille technologie auparavant. – Bien, on entre ! C’est tout ! lui lança Äourö, amusé. – C’est tout ? Et il ne m’arrivera rien ? s’inquiéta-t-il, peu rassuré par la simplicité de la chose. – Mais non, allez ! le rassura Lòa. Tu ressortiras en un seul morceau de l’autre côté. Promis ! – À moins que tu ne préfères encore rester dans le désert à te déshydrater debout ! ajouta l’Atras. À toi de voir… Nous, on y va ! – Attendez-moi ! gémit Azamar en emboîtant le pas à ses compagnons qui avaient déjà franchi, sans aucune hésitation, l’enceinte protégée par le mur magnétique. – Hé bien, ça alors ! s’exclama la jeune fille en premier. Pour une surprise, c’en est toute une ! Ni Äourö, ni Azamar, ni Nu’kii n’ajoutèrent quoi que ce soit à la déclaration de la Sünéenne. Häd-Hëzeb… la Cité des Sables… celle qui, d’après ce qu’on en disait, s’étendait majestueusement aux confins du désert, n’avait en réalité aucune magnificence. Des taudis, faits de toiles et de rebuts métalliques, entassés les uns sur les autres dans une agglomération chaotique, s’étendaient à perte de vue. Çà et là, quelques tours s’élevaient curieusement, recouvertes de lambeaux de tissus battant mollement sous la légère brise, chaude et humide, qui transportait des effluves nauséabonds. Partout, les habitants erraient, lentement, indifférents. Des milliers de gens. Des dizaines de milliers. Peut-être même des centaines de milliers… Il n’y avait pas vraiment de rues, pas vraiment d’ordre, pas vraiment de ville… – On a parcouru tout cet enfer pour… ça ? éclata Lòa. – Heu… J’avoue que je ne m’attendais vraiment pas à ceci, s’excusa maladroitement Äourö auprès de ses amis. Le mieux à faire, c’est de tenter de nous approvisionner et de repartir d’ici. – Et le plus tôt sera le mieux ! ajouta la jeune fille exaspérée. – Hum…, murmura Azamar pour lui-même. Mon vieux, ce n’est pas ici que tu vas t’enrichir. À bien y penser, c’est plutôt moi qui devrais surveiller mes bricoles pour ne pas me les faire chiper. – Et où irons-nous ? intervint Nu’kii pour une très rare fois. – Ça, je ne sais pas, lui répondit Äourö. Tentons d’abord de trouver quelqu’un qui pourra nous renseigner. À en juger par la diversité des races regroupées ici, je suis persuadé que plusieurs d’entre eux, tout comme nous, ont voyagé jusqu’à cet endroit pour y chercher refuge. Il existe donc forcément d’autres peuples de l’autre côté de ce désert. C’est peut-être là qu’il faut aller. Ici, il n’y a rien… Tous suivirent l’Atras, qui s’enfonçait entre les baraquements désordonnés en cherchant, sans que quiconque lui prête la moindre attention, quelqu’un qui aurait pu être en position d’autorité ou de pouvoir en ces lieux. Partout, des visages émaciés, des corps marqués par la fatigue et la souffrance, des enfants qui avaient perdu le goût de jouer et une puanteur âcre qui piquait les narines et semblait flotter en permanence au-dessus du sol recouvert d’immondices. Comment cette cité en était-elle arrivée à un tel état de déchéance ? Pourquoi tous ces gens restaient-ils ici à attendre la mort au lieu de chercher un endroit où ils pourraient mieux vivre ? Leur avait-on enlevé tout espoir d’une vie meilleure ? Avaient-ils seulement encore le goût d’exister ? – Si tu veux mon avis, dit Azamar, on aurait plutôt dû appeler cet endroit Häd-Mòrkkä, la Cité des Morts !
II
La journée tirait à sa fin, Äourö et ses amis cherchaient encore un toit pour passer la nuit et profiter d’un peu de repos durement gagné. Malgré l’air glacial qui recouvrait le désert au moment où le soleil disparaissait enfin du ciel en cédant son trône à la lune, l’air à l’intérieur de l’enceinte de la Cité des Sables, lui, demeurait le même. L’humidité malodorante semblait imprégner vêtements, cheveux et peaux, de sorte qu’on avait la désagréable impression d’être recouvert de crasse en permanence. – Un bain, supplia Lòa en gémissant. De l’eau fraîche… Des parfums… – Pour l’instant, ça devra attendre, lança Äourö qui s’appliquait davantage à détecter le moindre signe d’hospitalité des occupants qu’à s’attarder aux doléances de son amie. Oh ! Là-bas ! À quelques pas d’eux, juste derrière un assemblage de toiles qui faisait office de mur à une habitation aussi banale et délabrée que les autres, quelqu’un qui semblait les observer de loin venait de prendre la fuite. Sachant qu’il avait été repéré par l’Atras dont il avait croisé le regard, l’étranger avait rapidement disparu à travers les baraques en laissant Äourö quelque peu déconcerté par la singularité de la situation. – Azamar ! Tu restes ici avec Lòa et tu te débrouilles pour vous trouver un abri, s’exclama celui-ci en émergeant d’un bref instant de torpeur. Nu’kii ! Suis-moi ! On doit retrouver cet inconnu qui nous épiait. Si je me fie à mon instinct, quelqu’un sait que l’on est ici et je dois savoir ce qu’il nous veut… L’Arkhanéen s’était déjà délesté de son attirail de voyage pour se lancer à la suite d’Äourö qui disparut, un instant plus tard, en s’enfonçant dans les méandres d’Häd-Hëzeb. Grâce à son ouïe très développée et à ses remarquables talents de chasseur, Nu’kii retrouva aussitôt la trace de l’individu et prit les devants. Lui et Äourö sautaient par-dessus les obstacles, louvoyaient entre les gens distraits peu préoccupés par le brouhaha et refermaient peu à peu l’espace les séparant du fuyard. Celui-ci était de petite taille, possiblement un enfant, mais était aussi vif et adroit qu’un apidium, ce petit primate qui vivait dans les arbres des grandes forêts. Alors que Nu’kii n’était plus qu’à quelques pas derrière lui et qu’il s’apprêtait à le saisir par le cou, l’habile inconnu bondit vers une tourelle qu’il escalada prestement avant de saisir un cordage et de se balancer hors de portée de ses poursuivants. – Où est-il passé ? Où est-il ? maugréa Äourö. Au pied de la tour, Nu’kii chercha désespérément une trace, un indice, qui lui aurait permis de retrouver le chemin emprunté par le curieux petit fugitif, mais en vain… Il avait disparu. Il n’y avait plus aucun moyen de savoir ce qui l’intéressait tant, ni pourquoi il les avait fuis. – Allons, Nu’kii, reprit Äourö. Retournons auprès des autres. Mais Nu’kii ne bougea pas. Il restait là, regardant devant lui sans réagir, intrigué par ce qu’il venait de découvrir. – Hé ! Nu’kii ! Tu viens ? répéta l’Atras à son ami en le rejoignant. Qu’est-ce que tu… ? Ah ! Ça alors ! Quel étrange endroit que cette Cité des Sables… Mais qu’est-ce que c’est que ça, encore ? Devant eux s’ouvrait un espace aussi vaste et immense qu’un cratère de volcan. Ses parois étaient lisses, brillantes et sans ouvertures. Ni portes ni fenêtres dans ces cloisons métalliques profondes d’où on accédait à l’aide d’échelles rudimentaires et de cordages aux niveaux inférieurs. Encore là, impossible de trouver un endroit où n’étaient pas érigés tentes et abris de fortune. Et pourtant, le diamètre de cette énorme cuvette était quatre fois plus grand que la plus large des rivières. Un gigantesque trou dans cette ville avec, en son centre, un bâtiment colossal abritant certainement - Äourö en était maintenant persuadé - les quartiers des hauts dirigeants d’Häd-Hëzeb. – Nu’kii ! Nous avons trouvé l’endroit où il faut aller. Allons chercher Azamar et Lòa. Äourö en avait presque oublié leur mystérieux observateur dont ils avaient perdu la trace un moment plus tôt. Cette ville, qu’ils croyaient n’être qu’une oasis de désolation au milieu du désert, dévoilait désormais plus de secrets qu’elle n’en laissait présager à leur arrivée. Qui avait creusé cet énorme puits et pourquoi ? Les premiers habitants voulaient-ils ainsi se protéger de l’insupportable chaleur ou des intrus ? Des dizaines et des dizaines d’années avaient sans doute été nécessaires afin de créer une fosse aussi considérable, mais dans quel but ? Il était facile de constater, en regardant simplement l’état dans lequel était la cité, que tous ces efforts n’avaient pas apporté le résultat escompté. La population d’Häd-Hëzeb était miséreuse, accablée, pitoyable…
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