Arielle Queen, le dix-huitième chant

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Tome 6

Arielle s'éveille en l'an 2008, en compagnie de son animalter, quelque part à l'intérieur de la fosse nécrophage d'Orfraie, en Bretagne. Elle apprend que, durant les derniers mois, les humains se sont alliés aux alters pour chasser les elfes noirs et les faire disparaître de la surface de la Terre. Ce n'est plus qu'une question d'heures maintenant avant qu'ils ne parviennent à leurs fins. Les derniers résistants sylphors se sont retranchés dans les niveaux inférieurs de la fosse d'Orfraie afin de livrer leur ultime combat contre les alters.



Les deux élus devron bientôt jouer leur rôle et éliminer les alters. Il sera donc temps pour Arielle de découvrir l'identité du second élu et d'unir son médaillon demi-lune au sien pour que s'accomplisse la prophétie d'Amon. Qui de Noah, de Razan ou du prince Kalev héritera de cette tâche? Et le traître dont parle Révélation, le verset manquant de la prophétie, sera-t-il lui aussi identifié?



À la suite de la mort de l'un de ses proches, Arielle cédera au côté sombre de sa personnalité. Seul l'amour pourra la sauver, et c'est grâce au dix-huitième chant qu'elle parviendra à retrouver l'équilibre. Selon la légende , ce chant révèlera enfin à tous ce que le dieu Odin ne leur a jamais enseigné.
Publié le : mardi 23 septembre 2008
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EAN13 : 9782895495185
Nombre de pages : 297
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Extrait



Je savais que ces deux-là nous causeraient des ennuis, et ce, dès que je les ai aperçus sur le quai d’embarquement de Port-Royal. Mais j’ai quand même accepté de les prendre à bord, je me demande encore pourquoi. À cause de l’argent, sans doute. Toujours ce maudit argent ! Je voulais tout arrêter pourtant ! Mais non, il a fallu que je m’embarque dans cette dernière traversée, pour faire ­plaisir à mes hommes, et à cette vieille sorcière toute ridée qui me sert de femme. J’aurais dû écouter mon instinct de pirate et les envoyer promener, tous autant qu’ils sont !

L’intermédiaire qui est venu me ­proposer l’affaire a prétendu que le couple devait quitter la Jamaïque le plus rapidement ­possible. Selon lui, c’était une question de vie ou de mort. Ils étaient prêts à payer le gros prix, paraît-il. Au début, sentant l’arnaque, j’ai refusé. Mais ma femme et mes hommes m’ont supplié de revenir sur ma ­décision ; ils soutenaient que, depuis le retour en force des pirates, les navires de commerce se faisaient de plus en plus rares dans les Grandes ­Antilles (je devrais, pour être plus précis, écrire « les îles du Yorland », mais je n’arrive pas encore à m’y faire.) Il fallait trouver d’autres sources de ­revenus et, sur ce point, mes hommes et ma femme n’avaient pas tort. C’est pourquoi j’ai fina­lement accepté, malgré tous ces mauvais pressentiments, malgré la petite voix inté­rieure qui m’implorait de refuser ce contrat. Quel idiot je fais, en y repensant !

Sitôt embarqués, l’homme et la femme ont transporté eux-mêmes leur malle de voyage dans ma cabine ; ils refusaient catégoriquement que mes hommes touchent à leur « coffre au trésor », car c’est bien à un coffre que ressemblait cette foutue malle. Une étrange inscription était gravée sur le couvercle, juste en dessous d’une ciselure en forme de papillon. L’homme m’a ensuite payé la moitié de la somme convenue pour le ­voyage, tout en m’assurant que le reste de l’argent me serait versé dès notre arrivée à Casablanca. C’était un homme de grande taille et il possédait de larges épaules ; un robuste gaillard. « Mon nom est Stewart, qu’il m’a dit : Alan Breck Stewart. » Sa tête me disait quelque chose. J’avais déjà vu ce gars auparavant, mais j’étais incapable de me souvenir où. « Et voici ma femme, Hélène »,

a-t-il ajouté. Il s’agissait de noms d’emprunt, je l’ai tout de suite deviné. Et moi je suis Long John Silver ! que j’ai failli lui ­répondre. Mais je m’en suis bien gardé. C’était un ­client, après tout. Et son visage barré de cica­trices prouvait bien que c’était un bagarreur. En tant qu’ancien pirate, j’étais mal placé pour juger, mais je ne faisais pas confiance à cet homme : il se trouvait seul avec sa femme sur un navire rempli de criminels – des voleurs et des tueurs, pour la plupart, qui, tout comme moi, avaient exercé la piraterie sous le règne des sœurs reines – et ne montrait pas le ­moindre signe d’inquiétude. Il était sûr de lui, sûr que rien ne pouvait lui arriver, sûr qu’il pouvait tous nous arrêter, mes hommes et moi, si l’envie nous prenait de nous emparer de son précieux coffre. Il savait qui nous étions, et de quoi nous étions ca­pables et, malgré tout, il ne nous crai­gnait pas, contrairement à tous les autres bourgeois des Antilles. Cette trop grande assurance ne me disait rien qui vaille. Cette attitude froide et impassible, et cette lueur d’invincibilité dans le regard, je les avais déjà vues quelques années auparavant, aux premiers jours de la Lune noire, chez les ­soldats de l’ombre affectés à la garde ­personnelle de l’usurpateur et des sœurs reines. C’est d’ailleurs à cette époque que les sœurs reines ont ordonné l’affran­chissement de tous les criminels détenus dans les prisons, afin que ceux-ci viennent grossir les rangs de leurs troupes. Cette initiative a permis non seulement le renfor­cement du crime organisé, mais aussi son expansion, sous toutes les formes possibles : en effet, mafias, triades et yakuza n’ont jamais été aussi puissants que depuis ce jour. Outils technologiques et ordinateurs ayant tous été détruits dans les jours qui ont suivi l’avènement, la Terre est retournée à l’époque du Moyen Âge, ce qui explique le retour des pirates et des voleurs de grand chemin. Étant un ancien marin, j’ai décidé d’exercer la piraterie après ma sortie de prison. Il m’a fallu peu de temps pour ­devenir un bon pirate, que dis-je, un excellent pirate ! Mes hommes et moi avons été faits corsaires du Yorland dès que la sœur reine a été mise au courant de nos exploits ; elle nous a ­aussitôt accordé un permis « de course » – un permis de tuer et de piller, en fait. Même si nous le faisions déjà, ce statut de corsaire officiel nous autorisait à conserver tout le butin que nous récoltions sur les navires attaqués, surtout ceux qui ravitaillaient les maquisards du prince Kalev et de ses ­mercenaires du Nordland.


Donc, à bien y penser, il était fort ­pro­bable que cet Alan Breck Stewart était un ancien prisonnier devenu militaire, ou encore un ­mercenaire du Nordland. En tout cas, il avait l’allure d’un combattant. Mais pourquoi s’était-il embarqué sur un navire de corsaires  ? Fuyait-il le Nordland ou, au ­contraire, avait-il une mission secrète à accomplir pour le compte de l’organisation ? Tentait-il tout simplement de s’infiltrer au sein de la confré­rie des pirates ? Possible, mais dans ce cas pourquoi s’embarrasser d’une bonne femme ? À moins qu’elle ne soit, elle aussi, une ­mercenaire ? Ou que l’homme n’ait sim­plement­ eu pour instruction de ­protéger la femme ? Peut-être qu’il avait reçu l’ordre de veiller sur elle pendant le voyage ? Sur elle ou sur… le coffre !
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