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Contes
de Malice et de Sagesse

Du même auteur.
JOSÉPHINE,ed. Charlot, épuisé.
touchante histoire d'une petite mulâtresse au temps de la colonisation, rOInan nominé au Prix des Deux-Magots.

Un meurtre

au studio, ed. S.A.E.T.L., épuisé
la signature

roman policier, sous d'Alphonse de Brectouville.

Le Honfleurais

aux sept naufrages,

ed.

l'Harmattan, vie aventureuse de Jean Doublet, (1655-1728) tour à tour terre-neuvier, capitaine marchand, corsaire lieutenant de Jean Bart et négrier.

La Libération

de Pont-l'Évêque,

Ed. Corlet,

sous la signature d'E. Marie, recueil de souvenirs des bonnes gens pris dans la bataille, les 22,23 et 24 août 1944.

NOËLLECOUTOUR

Contes de Malice et Sagesse

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection La Légende des Mondes dirigée par Isabelle Cadoré, Anne Pouget, Denis Rolland.
Dernières parutions

Didier LEMAIRE, Contes et récits métissés de Guyane, 1998. Najet MAHMOUD, Contes du Grand Sud tunisien, 1998. Catherine FOURGEAU, Mami Wata et autres contes pour aujourd'hui, 1998. Clémente MAMANI LARUTA, Parlanaka, contes et légendes aymaras des hauts plateaux boliviens, 1998. Zoé V ALASSI, Anna ANGELOPOULOU,Claire MONFÉRIER, Le petit paon et la pièce d'or et autres contes grecs (bilingue français-grec), 1999. Najet MAHMOUD, Le Jardin aux Marabouts et autres contes du Grand Sud tunisien, 1999. François-Xavier DAMIBA, Dieu n'est pas sérieux, 1999. J ean- Louis ROBERT, Larzor et autres contes créoles (bilingue créolefrançais), 1999. Alphonse LEGUIL, Contes berbères de l'Atlas de Marrakech, 2000. Pierre SAULNIER, Bangui raconte. Contes de Centrafrique, 2000. Pascal BACUEZ, Contes swahili de Kilwa/Hadithl za kiswahili kutoka kilwa (contes bilingues), 2000. y oucef ALLIOUI, Contes kabyles - Deux contes du cycle de l'ogre, 2001. Pascal BACUEZ (collectés et traduits par), Les ruses de la malice, contes swahili, 2001.

~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-1146-4

DU ROMAN DE RENARD A LEUCK-LE-LIEVRE

L'Afrique noire, ce n'est pas seulement le Cap Skirring et les clubs de vacances, ni des Républiques à coups d'Etat endémiques, déboulonnant des potentats tyranneaux. Ce n'est pas non plus uniquell1ent des ll1égapoles ll10dernes comme Dakar, Abidjan, Lomé ou autres. C'est aussi autre chose, une richesse plus solide, plus profonde, plus prenante. Avec leurs fabliaux animaliers et leurs sortes de soties moralistes, les Africains se joignent au patrimoine folklorique comll1un, inspiré par l'homo sapiens, quelles que soient ses origines et sa culture. La peau peut être noire, ou blanche, le sang dessous est toujours rouge et le coeur a les mêll1es ventricules et les mêll1es oreillettes. Le mental qui invente des histoires, lllalgré la disparité des usages, présente un fonds universel qui relève de l'observation des bêtes familières et de la critique des llloeurs.

Le conteur les façonne au modèle des travers hum.ains qui, tout comme les viscères sont les mêllles quelle que soit la couleur de la peau. On trouve dans les légendes de l'Ouest Afrique, des h0ll101ogues à Renard, le goupil rusé de nos fabliaux et au malheureux Ysengrin, loup toujours berné. Ces deux héros à la "ll1anière nègre" sont Leuck-Ie-Lièvre, dont la lllalice est proverbiale et Boucki-Ia-Hyène, un bêta qui tombe toujours dans le panneau. Les Euro.péens dans leurs "Grandes Découvertes" du XVe siècle ne firent que contourner l'Afrique. De ll1êl11e les traitants plus tard n'établirent des cOlllptoirs que sur les côtes. Il faut attendre René Caillé et les "explorateurs" du XIXe pour que s'établisse un contact africano-européen à l'intérieur du continent. Les homll1es alors avaient d'autres chats à fouetter que d'inventer des contes. Il faut convenir que Boucki-Ia-Hyène et Leuck-Ie-Lièvre sont de purs produits africains. Avec eux la tradition transporte le vague souvenir d'un temps heureux, similaire de l'Age d'Or du paganisl11e latino-grec ou du Paradis Terrestre judéo-chrétien, tous perdus par la faute
d'une felI1l1le ... Il Y a m.ême une sorte de Lorelei

noire et aussi, m.algré les risibles défauts de la gent fénlinine, des héroïnes révérées, chefs de race. Pour le moment, ne prennent place ici que quelques aventures animalières. Voici donc des contes et légendes de la vieille Afrique, récits que depuis bien avant l'arrivée des blancs, les griots conteurs chantaient par les nuits de lune. 2

Oubliez les routes à macadalll et les tours citadines surmontées d'une piscine. Imaginez l'Afrique profonde, inaltérablel1lent ancestrale, sous la superficialité de sa ITlodernisation. Retournez aux sources. Le dépaysement est total en dépit d'un fond connu. Dans un bel oecuménisme les fétiches de l'animisl1le se mélangent à Allah sans qu'il y ait d'irrévérence. Encore aujourd'hui, dans les canIpagnes, sur la place du village, à l'ol11bre du baobab biscornu ou du fromager élancé. dans la chaude torpeur de la longue méridienne, les négrillons, vêtus d'une ceinture de coquillages, recueillent ces histoires de la bouche chevrotante des viellX. Ou bien, dans la verte saison des pluies, à la fin du jour, lorsque les filles ont repiqué le riz, les vieilles sarclées les arachides, les hOnImes selTIé le mil et les enfants chassé à coups de fronde les oiseaux ll1angeurs de semences, tous réunis dans la cour enceinte de palmes tressées, ou d'un tata de boue sèche, au milieu des moutons blancs familiers, des chevaux à longue queue rouge de henné, sans tenir compte des jappements de chacal, du rire des hyènes, ni des aboiements des chiens de case, symphonie habituelle des nuits, on parle et on écoute, jusqu'à ce que la lune ait disparu du ciel. Prenez place!

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LA SAGESSE DE lEUCK-LE-LIEVRE

Un humain aurait crié. Bouki-Ia-Hyène, malgré sa bêtise, sait qu'un habitant de la brousse doit se taire, quelle que soit la ll1ésaventure qui lui arrive. Aussi, quand elle tomba dans la trappe creusée par les hommes pour capturer le lion, entendit-on seulell1ent les craquell1ents des branches sèches cassées. Mais la sagesse de Boucki est courte comme un jour de fête. Quand elle vit que malgré ses essais et ses bonds, elle ne pouvait s'échapper, elle s'assit sur son arrière-train et comme un chiot nouveau-né qui ne retrouve pas le téton du ventre de sa mère, elle se mit à se lamenter tout hau t. - Yap, yap, yap! pleurait-elle, qu'est-ce que je vais devenir, dans ce grand trou? Yap, yap, yap! Toi qui passes, quel que soit ton rang, secours-moi! Yap, yap, yap! Je n'ai rien à manger, je vais ll10urir !