Contes du cycle de l'Ogre

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Un soir, Tseryel l'ogresse sortit de la forêt en quête de quelque animal à dévorer. Elle se dit : "Je vais faire un tour au village voisin, j'y trouverai peut-être un âne ou quelques poules". Arrivée au milieu du village, elle s'approcha de la fontaine pour se désaltérer. Soudain, elle entendit des cris de femmes et d'enfants. Elle s'approcha de la maison d'où venaient les cris et les voix.
Publié le : samedi 1 mars 2003
Lecture(s) : 280
EAN13 : 9782296310155
Nombre de pages : 170
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CONTES KABYLES TIMUCUHA

t2r:~:e.

Texte bilingue
Berbère- français

Y Queef ALLIOUI

CONTES KABYLES

CONTES DU CYCLE DE L'OGRE

5 - LE MECHANT MARI ET L'OGRESSE 6 - BELAJOUTE ET TSERYEL L'OGRESSE 7 .- MZELLAM FILLE DE L'OGRE

Texte français Livre III

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3720-X

Je dédie ce livre, et tous les autres, aux femmes de ma confédération; et plus particulièrement à la mémoire de ma mère et de celles qui ne sont plus: Grand-mère Ferroudja « Tayedjert » Nanna Ounissa, la sœur de ma mère Nanna Mennana Nna Tassadit At Mensor Nna Yamina At Oumaouch LIa Zahra At Mohand LIa zahra At Mohand dite « Tachaâbant » Nna Fatima At Aâbella Nna Djedjiga Ihaddadène Nna Tassadit Ihaddadène Nna Dehbia Iboukas Nna Zehwa Iboukas Un hommage particulier pour cinq d'entre elles qui sont encore de ce monde: Ma belle-sœur Ourida Nnanna, ma grande sœur Zehra Nna Baya Iboukas LIa Fatima At Mohand LIa Dehbiya At Mohand Que celles dont les noms ne sont pas cités me pardonnent. « Je sèmerai vos paroles Comme le vent sème les graines ». Tel est le refrain d'un chant ancien que j'ai appris de vous.

A utres ouvrages de l'auteur

Devinettes berbères de Kabylie, Conseil International de la Langue Française, 1987.
Timsal, Enigmes berbères de Kabylie, L'Harmattan, 1990.

Contes kabyles Contes kabyles

-

deux contes du cycle de l'ogre, deux contes du cycle de l'ogre,

L 'Harmattan, février 2001. L 'Harmattan, octobre 2001.

Illustration de couverture:
Vallée de la Soummam, Printemps 1980. La mère de l'auteur, Tawes Ouchivane Bouzidi (1909-1992).

Avant-propos

« Ecouter le conte

C'est s'entendre vivre ».
(Mon père, Améziane Ouchivane)

Je me souviens de ces nuits d~hiver autour du feu et de ces nuits d~été dans la cour intérieure, où la formule d~ouverture du conte suspendait la maison aux étoiles. Après la fin du souper, ma mère soufflait sur la lampe à huile ou à pétrole par mesure d~économie ou à cause du couvrefeu 1.Ne restait alors que la lumière du foyer. Les flammes du kanoune donnaient à nos visages des reflets magiques. Nous entrions, avec un bonheur infini, dans un monde où chacun redevenait lui-même, en échappant à la lumière de la lampe et du jour. La lumière du foyer créait ces instants enchanteurs, où la conteuse suspendait le cours du temps. Durant la narration, chacun se disait ce qu~il voulait dire, faisait ce qu'il voulait
1

C'était pendant la guerre d'Algérie.

faire et devenait ce qu'il voulait être, par la seule magie du conte. Nous nous échappions du temps. La lumière du foyer est une lumière qui nous sortait du temps des soucis et des brimades du jour, pour nous faire entrer dans celui, merveilleux, de la nuit illuminée par les mots dont se « perle» le conte. Comment qualifier ces mots qui nous consolaient des instants atroces d'une guerre qui n'osait pas encore dire son nom? Ces mots qui étaient parfois coupés, déchirés, par une intrusion des militaires français ou des maquisards en pleine nuit. Nous aimions les rares nuits tranquilles qui nous permettaient de vivre hors du temps. Nous détestions ces jours qui nous ramenaient vers une réalité où les atrocités faisaient place à la vie merveilleuse des contes. Grâce à la guerre, nous étions souvent plusieurs dizaines autour du feu. Après la destruction des villages de ma confédération, nous nous étions réfugiés dans la vallée de la Soummam. Mon père était parmi les rares privilégiés à y avoir une autre maison. Fuyant les camps de transit, beaucoup de veuves vivaient chez nous avec leurs enfants, car elles n'avaient pas d'endroits où aller. Quelques-uns de leurs propos sont cités en introduction.

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Elles ont participé au bonheur furtif que nous vivions pendant les nuits où les bombardements devenaient plus rares. Leurs enfants nous ont aidés à surmonter notre peur et notre solitude. Leurs mots, qui se joignaient à ceux de nos parents, nous ont permis de garder pendant les années un peu de notre innocence, assistions, terrorisés et

où nous

impuissants, aux horreurs charriées par une guerre qui n'a pas réussi à nous voler complètement notre enfance.

« Les enfants nés sous les bombes »2 que nous étions n'ont rien oublié. La guerre d'Algérie est encore souvent dans nos cauchemars. Et l'Algérie indépendante a trahi toutes ses promesses. Pourtant, il existe une partie de nos souvenirs qui nous remplit de bonheur, grâce aux contes merveilleux de nos mères et de nos grands-mères. On ne peut oublier ces mots qui nous ont aidés à rester enfants. Ces mots des contes qui nous ont permis de survivre pour pouvoir continuer de vivre. Mon père: « Le mot du mythe et du conte est un mot qui n'a pas de sens, car il dépasse tous les sens. C'est un mot qui te met entre le ciel et la terre.
2 L'expression est de mon père.

Il

C'est un mot qui fait rire et pleurer. C'est un mot qui enlève fatigue et colère. C'est un mot qui tire la douceur de l'amertume. C'est un mot qui a donné naissance à l'écho, quand il remplit la maison de merveilles: du silence coupé par le rire des enfants. C'est un mot qui tue et qui ressuscite. Il est comme le sang qui irrigue notre corps. C'est un mot de la nuit qui embellit le jour. C'est un mot qui vient de la naissance du monde, des profondeurs de nos croyances. L'écouter, c'est tout simplement s'entendre vivre ».

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Remarques

sur le système de transcription

J'ai inclus dans le système de transcription la voyelle [0]. Celle-ci existe dans le parler kabyle3. Citons, comme exemples, les mots suivants: lhorma «honneur », M$o$a «lieu-dit pourvu de sources », Xenfor «lieu-dit triste et

laid», taro~i « cassure », roc « arroser», rroz « riz», etc.

Il en est de même de la consonne labiale sourde [p], réalisation phonétique féminine dans certaines confédérations et chez les hommes et les femmes des At Weghlis et de plusieurs autres confédérations comme les At Mensor et les lêzzoughène. En revanche, les femmes de ma confédération

(Awzellaguène) utilisent, comme les hommes, la consonne gutturale sonore [g]. Selon les confédérations, la réalisation se fait par l'utilisation de [b] ou de [g]. Cette particularité de prononciation vient de la transformation du phonème d'origine [w]. Ainsi, tawwurt

3

Les linguistes considèrent

celle-ci comme une variante de [u].

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(porte) devient tabburt, taggurt ou tappurt selon l'endroit où l'on se trouve4. Pour une raison esthétique ou réaliste5, je n'utilise pas dans le texte berbère l'exposant numéral [0] pour noter la labiovélarisation. Je préfère noter «akwerfa » (déchets, rebuts)

ou « akwbal » (maïs) et non pas « akoerfa » et « akobal ». En revanche, quand le locuteur kabyle n'utilise pas cette

caractéristique phonétique, il me semble qu'il est préférable, tout comme lui, d'ignorer cette dernière. J'écris alors tout simplement « akerfa » et « akbal ». Enfin, dans l' Akfadou et Awzellaguène comme dans

beaucoup d'autres confédérations kabyles, le phonème [1] est prononcé de la même manière que les Anglais prononcent leur [r]6. Les anciens attribuaient l'introduction du [1]-

constrictive liquide ou vibrante latérale - au parler kabyle
4 La classification confédérative me paraît beaucoup plus pertinente que celle qui consiste à dire qu'il y a un parler de « Petite Kabylie» et un

autre de « Grande Kabylie », termes coloniaux - arbitraires et réifiants qui n'existent pas dans la langue kabyle. D'ailleurs, où s'arrête l'une et où commence l'autre? Rappelons que les anciens des deux versants du Djurdjura se désignaient par le même nom « Ceux du pays d'en haut» (At-tmurt ufella). 5 Beaucoup de kabylophones ne comprennent pas pourquoi les spécialistes ont occulté le graphème [v] par le [b] sous prétexte de mieux coller à l'APL Pour rendre la consonne occlusive labiale sonore, on est obligé d'avoir recours à des géminées [bb]. 6 Pour ceux qui ne l'utilisent pas et qui veulent le connaître, nous conseillons l'écoute du chanteur kabyle Slimane CRABI.

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citadin (taqbaylit tahedrit). Cette introduction, fort ancienne, est sans doute due à l'influence de la langue arabe.

Mon grand-père prétendait que ce sont les llloulènes qui l'avaient introduite dans les montagnes kabyles. Il n'était

sans doute pas le seul à penser cela puisque nombreux étaient ceux de sa génération qui désignaient cet aspect langagier par « le parler des Illoulènes » (tameslayt tillult). C'est sans doute pour pallier la difficulté de prononciation de ce phonème polyvalent [1] que certaines confédérations utilisent en lieu et place [y]. Les anciens recensaient aussi cette nuance en l'attribuant à l'une des plus prestigieuses confédérations kabyles du Djurdjura, les At Yanni. On dit alors « le parler des At Yanni» (tameslayt tayanniwt). On peut également observer un détournement analogue de la

spirante [r] que certains ont remplacée par la constrictive pharyngale [E]. Toutes ces nuances sont riches d'enseignement. Elles sont observables dans toutes les langues. Ferdinand de Saussure les a appelées, à juste titre, «ondes d'innovation ». Il leur avait consacré quatre chapitres dans ses «Cours de

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linguistique générale 7». Ces «ondes

d'innovation»

ne

posent évidemment aucun problème de compréhension entre les kabylophones. Bien au contraire, on peut leur attribuer la force et le dynamisme culturels dont la Kabylie fait preuve depuis la nuit des temps. Un dicton fort ancien dit « le pays où l'on est heureux de vivre est sans aucun doute celui où les gens, semblables aux oiseaux, s'expriment dans des chants différents8 ». Comme dans les livres précédents, je continue d'indiquer les différentes séquences qui composent le conte et ce en les numérotant. Enfin, afin de ne pas ennuyer le lecteur non berbérophone, par un bilinguisme forcé, j'ai choisi de séparer les textes berbère et français en deux livrets distincts, en mettant en avant, pour des raisons pratiques, le texte français.

7

Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, « linguistique géographique », Payot, Paris, 1985, pp. 261-289. 8 Le poète kabyle Slimane Azem l'avait chanté pour stigmatiser le sort indigne dans lequel sont maintenues la culture et la langue amazighes en Tamazgha,~aghreb.

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Tableau des concordances phonologiques SIGNE (asyal) ,a ,E ,b ,b ,c ,~ ,d ,d ,(j. ,e ,f ,g ,g ,gw ,gw ,~ ,h ,1} ,i ,j ,k ,k ,kw ,kw ,1 ,m ,n ,0 ,p ,q ,y ,r

VALEUR
(azal) ,a moins ouvert, comme en anglais: man ,â constrictive pharyngale ,b ,v ,ch chuintante sourde ,tch affriquée sourde ,d occl usif ,d spirant ,d emphatique interdentale spirante ,e «vide» mais se prononce ,f ,g occlusif ,g spirant ,g vélaire ,g spirant ,dj affriquée sonore ,h laryngale spirante ,h constrictive pharyngale sourde ,i son bref au début et long en fin de mot ,j chuintante sonore ,k occlusif ,k spirant ,k labio-vélaire ,k spirant ,1 ,m ,n ,0 ,p ,q occlusive dorso-uvulaire ,gh fricative vélaire sonore ,r spirant ,r emphat. Apical alvéolaire à batt. Sonore ,s sifflante sourde ,s emphatique ,t spirant interdental ,t emphatique ,t occlusif ,ts apicale alvéolaire semi-occlusive sourde ,ou ,w ,x fricative vélaire sourde ,y ,z ,z sifflante sonore emphatique ,dz sifflante sonore non emphatique

EXEMPLE (amedya) ,aman «l'eau » ,aErur <dedos» ,bbeEzeq «éclater» ,Bgayet «Béjaïa » ,aceb(j.i «le savant» ,ta~inet «l'orange» ,eddu «marcher» ,idir «vivre, survivre» ,a(j.ar «le pied» ,e~~ «abandonner» ,tafat «la lumière» ,Igerra «la pluie» ,azegzaw«vert / bleu» ,agwad «peur, effroi» ,asagwem «le seau» ,al}~a~u «la flamme» ,amhaji «le sauvage» ,al}ettac«l'enquêteur» ,izri «le mythe»
,e.inu «créer »

,r
,s ,~ ,t ,t ,t ,t ,u ,w ,x ,y ,z ,~ ,~

,ikkil «le lait caillé» ,akal «la terre» ,akkw « tout/tous/toutes» ,akwbal « maïs» ,allay «le cerveau» ,amrij «le marécage» ,enber «devenir, évoluer» ,taro~i «la fracture» ,pappa «pain, Ig enfant» ,arqaq «mince» ,awayzen «l'ogre» ,tarusi «descente» ,erra~ «le poison» ,asru «matin, époque» ,~adi «ressembler à » ,tamacahut «conte» ,atan «la maladie» ,trika «richesse» ,setti «grand-mère» ,ul «le cœur» ,tawaIt «la formule» ,axxam «la maison» ,seyyi «décider» ,Tamazya «Maghreb» ,ab~q «la sauterelle» ,L~~ayer«Alger(ie) »

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