La ville séparée par le fleuve

De
Publié par

Publié le : samedi 1 janvier 1994
Lecture(s) : 369
EAN13 : 9782296291331
Nombre de pages : 112
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LA VILLE SÉPARÉE PAR LE FLEUVE

DU MÊME AUTEUR Poésie:
La Toussaint des énigmes, Ed. Présence Africaine. Gazelle après minuit, Ed. de Minuit (Prix Afrique Méditerranée, C'était hzer Sabra et Chatila, Ed. L'Harmattan. Gazelle au petit matin, Ed. de Minuit. Mouette, ma mouette, Ed. L'Harmattan. Et l'Algérie des rois, Sire? Ed. L'Harmattan. 1979).

Théâtre:
Le gain d'une défaite, diffusé à l'O.R.T.F. Ziryab l'enchanteur, diffusé à l'O.R.T.F. Montjoie Palestine, Ed. Pierre-Jean Oswald, Poème dramatique créé en octobre 1971 à la maison de la culture de Nîmes, repris en 1972 au théâtre Algol de Bruxelles et au théâtre des Deux-Portes à Paris (épuisé). Deuxième édition; texte bilingue français-anglais, Ed. L'Harmattan. L'aube à Jérusalem, Sned, Alger. La récréation des clowns, Ed. Stock, créée le 5 février 1992 au théâtre de la Chimère à Hennebont. Tel El Zaâtar s'est tu à la tombée du soir, Ed. L'Harmattan, (Prix de l'Amitié Franco-Arabe, 1981). Le dernier jour d'un nazi, Ed. Stock, créée le 13 mai 1986 à la Fondation Deutsch de la Meurthe. L'annonce faite à Marco, Ed. L'Harmattan, créée le 12 janvier 1990 au Centre de détention de Caen. L'arbre qui cachait la mer, Ed. L'Harmattan. Récit: Le chant perdu au pays retrouvé, Ed. Le Cerf (Prix Afrique Méditerranée, 1979).

Contes:
Deux étoiles filantes dans le ciel d'Alger, Ed. Nathan. Les quatre ânes et l'écureuil, Ed. Hachette (Diplôme du meilleur Loisirs-Jeunes, 1982). L'oiseleur desfleurs, Ed. L'E.N.A.L. livre

@ L'Harmattan,

1994 ISBN: 2-7384-2627-1

Noureddine

ABA

,

,

LA VILLE SEPAREE PAR LE FLEUVE
Contes

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

A Pierre Billard Pour son talent, sa grande humanité.

N.A.

NEDJMA DE RETOUR AU PAYS

C'était l'époque des grandes découvertes de l'astronautique qui promettaient le voyage dans la lune pour un proche avenir. Personne ne doutait plus de cette éventualité depuis que le premier Spoutnik avait réalisé le vieux rêve de l'humanité: quitter la terre et explorer l'infini de l'espace. Mais personne, en revanche, n'aurait imaginé l'aventure qu'allait vivre une petite Algérienne. Peut-être cette histoire ne serait-elle pas arrivée si son père, Hédi, n'était pas allé travailler en France, et s'il ne l'avait appelée, à sa naissance, Nedjma, qui signifie « étoile» en arabe? Peut-être aussi que les choses auraient été différentes si Nedjma n'était pas née sous une bonne étoile et si elle n'avait pas si fortement cru en cette bonne étoile?
9

Nedjma avait grandi et vivait dans un petit deux-pièces, au rez-de-chaussée d'un vieil immeuble délabré que ses parents, après des années d'errance d'hôtel en chambre meublée, avaient trouvé par miracle dans un quartier populaire de la région parisienne. C'était une petite fille timide et silencieuse. Frêle, douce, avec de grands yeux noirs tristes et tendres, un visage à la fois intelligent et naïf, tout le monde la trouvait ado-rable. Mais ses camarades, à l'école, l'appelaient déjà l'Étoile solitaire. Elle parlait peu mais rêvait beaucoup et elle aimait s'enfermer dans ses rêves comme dans une grotte pour pouvoir penser à des choses que personne n'eût pu deviner chez cette petite fille de dix ans. Ces choses, elle les aurait volontiers confiées à sa mère; mais Rachida ne s'occupait plus d'elle depuis qu'un troisième enfant était venu agrandir la famille. Rachida passait d'ailleurs son temps entre le petit frère, la petite sœur, le ménage, la cuisine. Son père travaillait à plus d'une heure de trajet de la maison. Il rentrait le soir si fourbu, si las de sa journée de labeur qu'il mangeait à la hâte, en silence, et, sa dernière bouchée avalée, allait dormir jusqu'au petit matin. Nedjma se sentait bien heureusement la possibilité
10

seule. Elle avait d'entrer dans sa

grotte et de rêver. De quoi rêvait-elle? De l'Algérie. De ces vacances dont son père parlait tant, qu'il promettait toujours mais en vain. L'Algérie était devenue son obsession depuis qu'elle avait découvert, dans une vieille boîte oubliée au fond d'un placard, des cartes postales qui représentaient des paysages magnifiques du Sud et du Hoggar. Elle avait également trouvé deux images: la première figurait un grand portail d'une mosquée décorée de céramique. L'harmonie des lignes, des losanges, des cercles et des étoiles entrelacés l'avait tellement charmée qu'elle les avait dessinés plusieurs fois. La seconde était une photographie arrachée d'un livre qui reproduisait un mortier en forme d'oiseau en bronze incrusté de nacre. Enfin, il y avait cette lettre écrite en arabe d'une écriture si fine qu'elle paraissait écrite avec une aiguille magique. Pourquoi s'était-elle persuadée que ce bout de papier cachait un mystère? Un jour, rentrant à la maison plus tôt que d'habitude, Hédi surprit sa fille dans le petit coin qu'elle s'était aménagé, inventoriant ses trésors. Il en fut surpris et très irrité. Il pensait que sa fille fouillai t dans ses affaires et la gronda sévèrement. Elle eut envie de tout lui dire, de lui livrer ses secrets, mais son regard dur la paralysa. Elle bredouilla: 11

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.