Le gros grand gri-gri

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Ayoko et Bob sont espiègles... et vivent à Batitingou en Afrique. Elle est noire, il est blanc, ils ont onze ans. Leur vie va être chamboulée parce que voilà : à Batitingou, les filles venues d'Abomey se sont fait voler un trésor.

Publié le : vendredi 1 janvier 1993
Lecture(s) : 261
EAN13 : 9782296272248
Nombre de pages : 128
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Collection "Jeunesse"

Dans la même

collection

Estival F. : Au Pérou les poches vies. 160 p. Gabier J. : Aupays des dunes. 110 p. Hargaus S. et Legendre A. : C'est arrivé au Tibet, 135 p. Meja Mwangi : Kariuki - Aventures avec le petit homme blanc. 144 p. Montlahuc S. (dirigé par) : Rue des origines - 51 récits d'adolescents. 127 p. Siebert R. : Une île sur le fleuve noir - Histoire d'une enfance vendue en Thaïlande. 144 p. Yasmin H. : Le petit cavalier noir. 144 p.

Et pour comprendre

le monde d'aujourd'hui:

B. Veit et Wiebus H.a. : Pourquoi le tiers-monde? manuel à l'usage des jeunes générations. 144 p.

Et beaucoup d'autres livres et récits. pour les plus jeunes.. .

contes.

romans

Yves

Pinguilly

LE GROS GRAND GRI-GRI
fllustrations d'Hélène Laroche

L'Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 - Paris

Du même auteur
bibliographie sélective

Romans et récits :
- Parts-Afrique, éd. de l'Amitié-Rageot. - Où sont passées les mémés? éd. Casterman. - Une semaine au cimetière, Casterman.

-

L'été des confidences

et des confitures, éd. de l'Amitlé-

Rageot.

- Unejoumée dans la vie de Roméo et Juliette. Hachette.

Art-Poésie: - Robert et Sonia Delaunay - la couleur â quatre mains. mise en action graphique de A. Belliguie. Casterman "Lejardin des Peintres". - Léonard de Vinci, le peintre qui parlait aux oiseaux. Casterman "Lejardin des peintres". etc.

1992 ISBN: 2-7384-1597-0 ISSN: 1159-523X

@ L'Harmattan.

1

Bob et Ayoko

- Bob?
-()uL... - Est-ce que l'air s'évapore aussi? - Non. - Pourquoi? - Pour rien. c'est comme ça. Il n'y a que l'eau liquide qui s'évapore au soleil. L'eau... et puis aussi des liquides qui ne sont pas de l'eau. - Et dans les pays où le soleil ne passe jamais, l'eau elle s'évapore jamais?

-

Jamais.

Ten es sûr et certain ?... Alors qu'est-ce qu'elle fait l'eau ?.. - Elle s'ennuie. C'est pour cela qu'elle devient de la glace comme au pôle sud et au pôle nord. 5

~

Au pôle ouest et au pôle est, y'en a pas d'la

glace? -Non. - Qu'est-ce qu'il y a alors? Peut-être des chapeaux! - Des chapeaux ? - Oui des chapeaux melons. des chapeaux de cow-boys. des chapeaux ronds et même des chapeaux pointus... turlututu. - Tu dis des bêtises. - Oui. C'est Ayoko qui parle avec Bob. Elle est assise sur une pierre. Elle se tient droite comme une princesse. Elle compte ses doigts pour voir si ce matin ils sont toujours dix. Pas très loin d'elle. allongés sur l'herbe il y a un pagne' bleu et Wl boubou jaune qui sèchent. Ayoko est à l'ombre d'un flamboyant, le pagne et le boubou sont au soleil. Le soleil! Celui-là, ce soleil, il a sans doute mangé trois kilos de vitamines. Il brûle la terre et le pauvre monde à midi comme à minuit. C'est vrai. A minuit il est parti faire griller les antipodes mais il laisse sa chaleur derrière lui pour qu'on ne l'oublie pas. Bob découpe des carrés et des rectangles des tissus de couleurs. dans

- Tu fabriques un drapeau? - Non un cerf-volant. - Un cerf-volant... c'est nouveau ça !
(") Voir l'explication dans le glossaire final pour les mots en italiques figurant dans le texte. 6

- C'est pas nouveau, c'est une machine à faire des caresses. - A me faire des caresses? - Non. C'est pour faire des caresses au ciel.

Tout est en couleurs ici. Le ciel est bleu comme toujours ou presque en Afrique. La terre est rouge comme toujours ou presque en Afrique. Le soleil est jaune comme toujours ou presque en Afrique... il n'est pas jaune parce qu'il a la fièvre jaune mais simplement parce qu'il ressemble à un jaune d'œuf pondu au milieu du ciel. La peau du nez la peau des fesses et toute la peau d'Ayoko est noire comme toujours ou presque en Afrique. La peau du nez la peau des fesses et toute la peau de Bob est blanche, sauf qu'elle est un peu bronzée ici et là. C'est obligé qu'elle soit blanche parce qu'il est né à Paris lui, comme son père et sa mère... ses grands-pères et ses grands-mères, arrière. -grands-pères et arrièrel -grands-mères et les autres arrière-arrière-arrière-grands-pères et grands-mères d'avant, ceux du temps des rois et des chevaliers. Oui, blanc comme neige il est Bob, enfin presque. Ayoko et Bob habitent là depuis pour ainsi dire toujours. Ils se connaissent comme des jumeaux. Pas loin d'eux, Adamou est penché depuis une bonne demi-heure sur le moteur de la Toyota. Il lui parle, mais qu'est-ce que peut comprendre une voiture qui sait seulement lire et écrire le 7

Japonais? Est-ce qu'elle peut comprendre la langue des baobabs? la langue de la savane? la langue tamtam? - Qu'est-ce que tu lui chantes à ta Toyauta-cotcot Adamou ? demande Bob. - Mon petit Robert ma Toyota 4x4 je lui chante un air d'opéra... d'opération délicate parce que je m'occupe de sa tête de delco. C'est de la mécanique... viens voir ça : je lui fais un shampooing et hop! Je vais lui mettre son chapeau... - ... Chapeau pointu!

La 4 x 4 brille. Sa carrosserie on croirait le cokpit d'un avion. Ses roues avec les gros pneus tout neufs ont l'air aussi gourmand que quatre ouistitis sur un arbre de cacahuètes! Adamou a fini la révision du moteur. Lui aussi admire. Ille trouve beau son bolide avec ses inscriptions;
INTER AFRICAINE AND CO

voyages et aventures

-

C'est pas beau ça ?
Adamou j'peux pas dire, elle brille trop. Pour la

regarder bien il faudra que Je mette mes lunettes de soleil. - Et toi Ayoko tu la trouves belle? - Tu sais papa, moi je la trouverai belle quand tu m'auras appris à conduire. pas avant. 8

Adamou s'éloigne. Il rit assez fort pour réveiller le soleil endormi tout en haut du ciel. Ayoko et Bob se bouchent les oreilles et rient à leur tour en se regardant dans les yeux.

Dans la cour en plus de la 4x4, en plus de Bob et d'Ayoko, il y a aussi le mini-bus de l'inter-africaineand-co. Il ne brille pas mais il est aussi propre qu'une baleine sortant de son bain. La 4x4 regarde le mini-bus en faisant la fière, elle est neuve encore elle! Le mini-bus ne se laisse pas impressionner, il a quinze places lui, plus celle du chauffeur. Il a une galerie aussi et ses cent dix mille kilomètres de piste et de route lui ont donné la tranquille assurance d'un coureur de marathon. Bob fabrique toujours son cerf-volant. Ayoko écoute la machine à écrire qui frappe à toute vitesse ou lentement, qui s'arrête ou repart. Audessus de sa tête dans l'arbre, quelques oiseaux se taisent. Peut-être qu'ils écoutent aussi. - Elle tape vite Kouamba ce matin. - Oui, plus vite que son ombre... - Ça veut dire quoi? - Rien. Jete dis ça pour parler comme dans une bédé. - Ah... et, tu sais lire plus vite que ton ombre toi? - Oui et même plus vite que l'ombre d'un fantôme. Le bruit régulier de la machine à écrire est maintenant accompagné d'un rythme plus lourd. moins intrépide. 9

Tu entends? -Oui - Tu entends plus vite que ton ombre? - J'entends exactement comme il faut pour que ça ne me casse pas les oreilles. .Je suis sûr qu'elles vont chanter. Le nouveau rythme qui danse dans la cour. qui escalade la 4x4 et le mini-bus. qui entre par les fenêtres ouvertes des cases et qui même grimpe aux arbres. c'est celui des pilons. Les sœurs de Ayoko prêparent la pâte pour le repas de midi. Derrière la maison, dans l'autre cour c'est certainement Ayélé et Akouavi qui donnent les coups de pilon.

-

- Ecoute...
Elles chantent: KokoU kokoliko
mati yao kokoli kokoliko mati yao mawabou dombiyé né mati yao yé yao né kéké yao yé yao né kéké yaéyao Ils écoutent. Le chant des deux sœurs d'Ayoko va et vient. il est tout doux mais bien rythmé. Leurs deux voix couvrent le cliquetis de la machine à écrire et 10

leur chant est comme seul au monde. Il est bien possible que le soleil en haut du ciel ne bouge plus pour mieux écouter. Adamou revient dans la cour dansant presque au rythme du chant. Il s'arrête devant Ayoko et Bob. Quand les voix reprennent le refrain, lui leur chante sur le même air : Allons vite au marché yao Allons vite au marché yaéyao Vous venez? Départ dans cinq minutes! Je vous emmène dans ma pirogue à cinq vitesses, elle n'attend que vous avec ses quatre roues motrices et son moteur diesel: Moteur deux ailes yao monsieur mademoiselle yaéyao - On ne peut pas aller au marché maintenant papa, Bob n'a pas fmi son cerf-volant. -Et toi? - J'attends quelqu'un, j'ai rendez-vous. - Ah... c'est certainement important... c'est peutêtre le Préfet ou... le Haut Commissaire... ou peut-être même le président. - C'est presque cela, tu brûles, répond Ayoko. - Je brûle je brûle mais je n'ai pas le temps de brûler plus longtemps, et puis mes ancêtres ne me 11

-

reconnaîtraient pas si j'étais transformé en fumée. Dis qui c'est. - Tu veux vraiment le savoir ? - Oui... sauf si c'est un secret d'État. - J'ai rendez-vous avec un margouUlat. - Un margouillat Il ??... mais un margouillat c'est c'est... un lézard !II - C'est exactement ça. J'ai rendez-vous avec un margouzard euh, un margouillat je veux dire. Un margouillat en couleurs. - C'est un rendez-vous d'affaires?

-Oui
Des affaires fmancières ? -Non. - Des affaires technologiques? -Non. - Des affaires agricoles? -Non. - Des affaires en fer et en bois d'arbre? - Non. Il doit me dire comment il fait pour voler les couleurs de l'arc-en-ciel et les imprimer sur sa peau. - Mais il ne les vole peut-être pas ses couleurs? - S'il ne les vole pas c'est qu'il les achète. Je veux savoir comment les voler ou les acheter. - Ayoko ma petite fille, ma missmoiselle, sache qu'il faut des ailes pour voler et beaucoup d'argent pour acheter peu de choses... bon. Moi je pars au marché. Kouamba a commandé beaucoup de farine de mil, beaucoup de maïs, des oignons, du beurre de karité et au moins une demi-douzaine de pintades plus du gombo frais pour la sauce... hum... J'y vais. Vous me rejoignez ? 12

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