Les chemins de la sagesse

De
Publié par

Publié le : vendredi 1 janvier 1993
Lecture(s) : 280
EAN13 : 9782296282353
Nombre de pages : 144
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Les Chemins de la Sagesse
Contes et Légendes du Sénégal et du Bénin

Collection ceLaLégende des Mondes.. Dans la même collection

- AI~akaye

Ousmane Kounta : Contes de Tombouctou et du Macina, Tome 1, 1987. Contes de Tombouctou et du Macina, Tome 2, 1989.
.

- Jeanne Delais:
Les mille et un rires de Dj 'ha, 1986.

- Sahykod:
Lundja, contes du Maghreb, 1987. - Solange Thierry : De la rizière à la forêt. Contes Khmers, 1988. - Gérard Meyer: Paroles du soir, contes toucouleurs, 1988. - Alphonse Leguil : Contes berbères de l'Atlas de Marrakech, 1988. - Edouard Gasarabwe : Contes du Rwanda. Soirées au pays des mille collines, 1985. - Assadulah et Layla Raid: Demain vient le printemps et je ne le verrai pas. Contes d'Afghanistan, 1988. - Gilles Zenou : Le livre des dupes, contes d'Orient et d'ailleurs, 1989. - Kama Kamanda : Les contes des veillées africaines, 1989. - Praline Gay-Para: La planteuse de cumin, 1990. - Michèle Van Hee : Contes blancs d'Afrique noire, 1990. - Christiane Achour : Contes algériens, 1990. - Edouard Gasarabwe : Kibiribiri l'oiseau de pluie, contes du Rwanda, 1991. - Samuel Kleda : La sorcière et son fils, contes toupouri du Cameroun, 1991. - Paul del Perugia : Contes de la lumière et du gel, Islande, 1991. Suite de la collection enfin d'ouvrage

Dominique Aguessy

Les Chemins de la Sagesse
Contes et Légendes du Sénégal et du Bénin

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection ceLaUgende des Mondes>. dernières parutions :

-Lucia

Popova: Mythes et légendes de Sibérie, 1992. - Pierre Jérosme : Histoires de Sologne et du Val de Loire, 1992. - Jeanne Benguigui : Contes de Sidi Bel Abbès, 1993. - Pierrette Jomni-Amiel (Traduits et commentés par): Proverbes tunisiens, 1993. - Boubacar Diallo :

Le Totem (recueil de contes du BurkinaFaso), 1993. .
-Lucia Popova: L'Aurore boréale. Récits et poèmes d' écrivains sibériens contemporains, 1993.

Copyright L'Harmattan ISBN:2 - 7384 - 2139 - 3

À mes enfants

Relnercielnents
Je tiens à exprilner Faïk-N:uji, Ana-Luisa Ina !?ratitude à Ines alnis Clé,nentine Fernande: et Christian Alne.ve p()ur tout au lonR de l'élaboration de

l'aide qu'ils ln 'ont ilpportée

ce livre. Je voudrais aussi relnercier Karl Van der Vaeren p(Jur ses encouragements constants. Toute l'na (r;ratitude au Professeur Loui.\'- Virlcent Th()lnaS, à Ines {'llnisde longue date Renée et Roland Colin, pour l'intérêt avec lequel ils ont accueilli ce travail et leur
aide précieuse p()ur S{,lpllruti()n.

Avaut-Propos

Les bouleversements qui secouent actuellement le continent africain posent des problèmes, certes de natures différentes, mais qui en fait ont un lien profond les uns avec les autres. La recherche d'explications et de solutions devrait prendre en compte tous les aspects à la fois et s'engager dans des voies qui aboutissent à des propositions opérationnelles et économiquement viables. L'objectif ainsi posé semblerait nous éloigner encore davantage d'un ouvrage basé sur l'imaginaire. Et pourtant il n'en est rien. Les symboles utilisés comme modes de représentation des problèmes à résoudre et auxquels fait appel le genre littéraire populaire qu'est le conte, constituent un langage collectif qu'il vaudrait la peine d'étudier, car il est riche d'enseignements sur les différentes façons de percevoir le réel. [I exprime aussi les conceptions largement partagées de notions fondamentales pour l'évolution des sociétés, telles que celles de pouvoir, d'autorité, de responsabilité. La place et le rôle des différentes catégories sociales apparaissent clairement, de même que le système de valeurs reconnu et son impact plus ou moins contraignant sur la vie individuelle et collective. La revue Harvard Business Review, éditée à Boston, aux Etats-Unis, publie dans son numéro de Juillet-Août 1992, le récit de quatre paraboles, fruit de l'enseignement d'un "Maître à penser" de la province de Kyung Nam, en Corée, sur l'aptitude à diriger. Il ne s'agit pas seulement d'exercer un rôle et de conduire

des activités. Il faut être capable de gagner la confiance de ses collaborateurs, d'être humble et dévoué, ouvert à ce qui demeure non-dit, de voir la réalité d'après différents points de vue, de bâtir une organisation qui pourra tirer le meilleur de chacun de ses membres. Pour exprimer l'essence des choses et l'espace indicible qu'elle occupe, les auteurs de cet article ont eu recours au conte, comme genre littéraire le. mieux adapté à l'expression des aspects invisibles de l'art de conduire les autres, indispensable à un dirigeant d'entreprise aujourd'hui. La pédagogie utilisée est tout à fait proche de celle des contes africains. Raconter des événements qui mettent en cause des rois, des princesses, pourrait sembler être la manifestation d'une nostalgie du passé et du désir de s'évader des réalités quotidiennes. Mais en fait les rôles attribués par le conte aux détenteurs de l'autorité dans la société donnent une idée de la distance qui sépare ce type de représentation des exigences d'une société moderne dans un monde du vingt et unième siècle. Le conte pourrait permettre de repérer plus facilement ce qui perdure encore aujourd'hui de ces modes de représentation collectifs. Le conte est un genre littéraire qui excelle dans l'art de s'élever au-dessus des problèmes immédiats ou quotidiens pour aborder par voie détournée des interrogations essentielles qui jusqu'à présent demeurent peut-être sans réponse. Il se donne souvent pour rôle de mettre au grand jour ces interrogations et de susciter un débat qui ait l'air purement fictif ou théorique, de façon à ménager les peurs individuelles ou collectives, ainsi que les susceptibilités de personnalités en vue. Reflet de l'imaginaire collectif, il plonge aux sources de l'inconscient et met au jour des

12

sentiments cachés, dont la censure du code social interdit normalement l'expression. Il bouleverse aisément le rapport au temps des auditeurs puisqu'il peut exprimer, comme événements du passé, des situations actuelles, au moyen d'allégories reconnues pour leur valeur symbolique, et permet une projection vers le futur sous forme de dénouement. En Afrique, le conte a une fonction littéraire et sociale-à la fois. Il présente une vision du monde dans sa globalité, caractérise la relation qui existe entre les aspects visibles et invisibles d'une même réalité. Les notions de temps et d'espace ne le conditionnent pas outre mesure. Le passé peut rejoindre immédiatement le futur puisqu'il faut que le récit ait une issue ne fût-ce que sous forme d'énigme. Ceci permet aux morts et aux vi vants de se côtoyer dans des situations d'intemporalité. Les frontières entre passé, présent et futur disparaissent quand le besoin s'en fait sentir et ce sont idées et sentiments qui cheminent et opèrent au passage des transformations dans la nature environnante, comme au plus profond des êtres humains. Le conte n'a pas obligatoirement un rôle moralisateur direct, qui voudrait que, dans les faits racontés, les bons soient récompensés et les méchants punis. La ruse y intervient souvent. Il semblerait que la fin justifie les moyens. Mais l'humour a souvent la priorité par rapport à la morale. Le conte africain révèle aussi les croyances collectives relatives à la destinée humaine, la mort et même la vie après la mort. Il s'apparente à la symbolique des récits hermétiques à fins éducatives et religieuses qui existent dans la tradition du bouddhisme tibétain. Lors de rituels utilisant des masques pour les danses sacrées, le contenu de l'enseignement est mémorisé grâce à la représentation symbolique des états de conscience successifs à travers

13

lesquels doit passer une personne qui vient de mourir, et à l'évocation d'entités d'un autre monde qu'elle rencontre dans son voyage vers l'au-delà. En écoutant ce genre de récits, mimés par les danses, les auditeurs en déduisent ce qu'il est bon de faire ou d'éviter dans une vie humaine. La leçon est donnée sous forme d'allég9ries où l'humour occupe une place honorable et est érigé au niveau pédagogique. Certains contes expriment tout simplement l'angoisse de la condition humaine. L'absence de réponse satisfaisante à certaines questions existentielles posées à tous et à chacun devient alors tout à fait acceptable. La mort y tient une place importante car c'est elle qui donne du sens à la vie. Elle est sanction, achèvement, passage obligé, mais surtou t ouverture sur un monde d'où la souffrance est éliminée. En même temps, la vie est considérée comme un bien inestimable. Il faut en conséquence la préserver.

Cet ouvrage rassemble des récits recueillis systématiquement, depuis de longues années, auprès de conteurs Fon et Yoruba du Sud du Bénin (Dahomey), et d'autres, distillés en Wolof par des sages du Sénégal, de la région de Dakar. Il présente différentes catégories d'histoires que je classerais volontiers en trois groupes. Le premier concerne les rapports entre les êtres humains et le système de valeurs. Il est constitué par les six premiers récits qui se réfèrent à des situations où le réel et l'imaginaire ont peut être une place égale. Les contes intitulés "la guérison" et "l'enlèvement", par exemple, nous plongent d'emblée dans le monde des questions sans réponse, de la quête du possible ou de l'impossible. Ils posent le problème de la distinction entre

14

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.