Sahaa et Bérangère

De
Publié par

... Chacun porte son secret : Nono celui découvert au fond des souterrains, Justine celui de sa jeunesse retrouvée, le marin-pêcheur Yves Tudy celui de sa fortune si vite acquise... Mais Bérangère a divulgué le sien, cette amitié singulière qui la liait à l'étrange Sahaa...

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 351
EAN13 : 9782296717510
Nombre de pages : 97
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Sahaa et Bérangère
et autres récits fantastiques

Jeunesse L’Harmattan Collection dirigée par Isabelle Cadoré, Denis Rolland, Joëlle et Marcelle Chassin
Dernières parutions Anne LEBOURGES, La perle rouge et autres contes fantastiques, 2010. Isabelle LE CHARPENTIER, Moi Matthew flibustier, 2010. Laurence JOACHIM, Le lotus d'Hanonptep, 2010. Jon ARRETXE, Rama et le trésor de la Grande Muraille de Chine, 2010. Michelle JOUVE, Maïna et le volcan, bilingue français-créole, 2010. Isabelle VOUIN-BIGOT, Leyian, frère de rêve en Terre Maasaï, 2010. Alain GRINDA, Elzé et la sorcière du Château des Brumes, 2010. Laurence LAVRAND, Meurtre au lycée à Mayotte, 2010. Aïssatou Morelle GUEYE, Yandé au Magic-Land de Dakar, et autres histoires, 2010. Geneviève HEARN, La malédiction du Blue Eternity, 2010. André KALIFA, L'arbre mélomane, 2010, Cyprien ANROCHTE, Elise AVIET, Bientôt le printemps. Petit livre à l'usage des parents et des enfants face au suicide, 2010. Béatrice GALLOT, Pascale GARDINIER, Paris-Bogota, 2010. Viviane CAMPOMAR, Les moustaches d'Héraclès, 2010, Christelle REMI, Bonjour de Mahana, des enfants différents, 2010. Emmanuel MATATEYOU, Moundi et la colline magique, 2010. Nicole NOIZET, Louna et le sorcier. Louna épi tjenbwazè-a. Bilingue français-créole, 2010. Christian LAROUSSERIE, Mon ami le gitan, 2010. Jérôme PACE, Bob le tamanoir. Drôles de mots drôles d’histoires, 2010. Jean-Claude BAISE, Perdus en Guyane sur la rivière Counamama, 2010. Bidji BÂ, Goumâlo, fils de bergers peuls, 2010. Guillemette RESPLANDY-TAI (sous la dir. de), Intrigues botaniques à la cour du Roi-Soleil, 2009. Marko VOVTCHOK et Pierre-Jules HETZEL, Le voyage en glaçon. Histoires pour les enfants sages du XIXe siècle, 2009. Lamia BAESHEN, Youssef et le palais des chagrins. Contes d’Arabie saoudite, 2009. Jean-Marie LE JEUNE, Dylan et le pirate des mots, 2009.

Anne Lebourges

Sahaa et Bérangère
et autres récits fantastiques

Illustrations de Marc Lebourges

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13996-1 EAN : 9782296139961

L’Anneau de Justine

’Ernest se promenait à pas lents dans son beau et grand jardin, l’air tout songeur : où donc planter ce jeune sapin, qu’il venait d’acquérir ?... Il voulait, pour assurer à cet arbre les meilleures conditions de croissance, un endroit bien exposé, ni trop à l’ombre, ni trop au soleil. Une place bien dégagée pour que ses racines puissent s’étendre de toutes parts. Pas trop près d’un mur ou d’un grillage, pas trop exposé au vent. Quand il eut trouvé le lieu qui convenait, non loin d’un ruisseau qui traversait en chantonnant sa propriété, il y amena le sapin, une bêche et une pelle et entreprit de creuser un trou. Lorsque la bêche heurta quelque chose de dur, Ernest pensa que c’était un caillou. Mais il s’agissait d’une grosse boîte métallique toute rouillée. Il y avait une serrure, si corrodée qu’elle ne résista guère à l’Opinel du paysan. À l’intérieur de la boîte, l’Ernest découvrit une autre boîte, de métal également, moins abîmée, qu’il ouvrit de même. Dedans, c’était encore un tout petit coffret, de bois pour le coup ; et cette fois, l’homme ne put venir à bout du système de fermeture. ‹‹ C’est menu, mais bougrement solide ! Il me faudrait des pinces, ou des tenailles... Bien ! Je verrai cela tout à l’heure ››, conclut Ernest après une ultime tentative. Il acheva donc de creuser son trou, y planta le petit arbre, ramenant la terre tout autour avec des gestes
7

L

tendres, la tassa, l’arrosa puis revint à la maison, le coffret bien à l’abri dans la poche de son tablier de jardinage. - Justine, annonça-t-il à sa femme tandis qu’elle s’apprêtait à mettre la table pour le déjeuner, ma Justine, j’ai trouvé quelque chose en creusant, près du ruisseau. Tiens, regarde cette petite boîte en bois peint ! C’est-y pas mignon ? Mais je ne parviens pas à l’ouvrir. Je vais à l’atelier. Patiente ! Je n’en aurai pas pour longtemps. Sur l’établi, Ernest trouva l’outil adéquat. Le coffret s’ouvrit, et le paysan saisit entre le pouce et l’index l’objet qui s’y cachait. C’était une bague en or, dont l’anneau, assez large et gravé de motifs floraux, était serti d’un magnifique rubis. ‹‹ Diantre ! ›› murmura l’Ernest admiratif. Il s’en retourna près de sa femme et lui tendit la bague. - Oh ! Quelle merveille ! C’est assurément un bijou princier ! s’exclama Justine qui le passa à son annulaire. C’est curieux, à l’instant je pensais que l’anneau serait trop large pour mon doigt, mais regarde : il est juste à ma taille ! Pourtant, quand elle voulut l’enlever, impossible. Elle essaya avec du savon, de l’huile, par force, impossible ! Autant vouloir s’arracher une phalange. ‹‹ Enfin qu’est-ce donc que ce mystère ? Pourquoi ne puis-je enlever un anneau qui ne me serre pas ? » pensa-telle. Et Justine, qui commençait à comprendre qu’il y avait là quelque sortilège, s’affola. Ernest ne s’inquiétait pas moins : - Allons voir Jean Merrien après déjeuner. Avec toutes ces choses qu’il sait, il trouvera bien une solution, dit-il. Jean Merrien, c’était le bon docteur, qui tutoyait tout le monde et appelait chacun par son prénom. Il soignait
8

bêtes et gens, et parfois ne faisait rien payer du tout. Quand les fermiers arrivèrent au domicile du médecin, ils furent accueillis par sa femme, qui leur apprit que Jean s’en était allé à quelques kilomètres, parce qu’un petit bébé s’apprêtait à venir au monde un petit peu plus tôt que prévu. Cette histoire de bague, très étonnante en vérité, ne présentait pas un cas d’urgence, n’est-ce pas ? Et pourquoi Justine s’en séparerait-elle, après tout ? Elle lui allait si bien ! Mais les paysans insistant pour s’en dessaisir, la dame les pria de bien vouloir revenir le lendemain matin vers neuf heures. Alors, Jean verrait ce qu’il pourrait faire pour eux. Sur le chemin du retour, Justine dit à son mari : - Tiens donc, c’est curieux... Regarde comme je marche bien ! Je ne sens plus cette vieille douleur au genou droit. Ma parole ! Je me sens toute légère, comme si j’avais quinze ans ! Et voilà Justine qui se met à danser, à sauter, à virevolter en riant, sous les yeux d’un Ernest éberlué. - Je vole ! Je vole ! criait Justine en battant les bras, imitant le mouvement des ailes d’un oiseau. Et la fermière quitte le sol, jupes au vent. Elle plane comme une alouette au-dessus de la saulaie. Son mari regarde ça, les yeux ronds, la bouche entrouverte, figé en plein mitan du sentier. Justine évolue maintenant dans les airs, elle prend de l’altitude, multipliant les figures aériennes. Ce n’est plus qu’un petit point noir dansant de-ci, de-là, sous les nuages. - Oh là !, hurle Ernest, terrorisé, redescends, ma Justine ! Reviens !

9

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.