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Baby-Sittor

De
133 pages

Avoir une mère hyperprotectrice, hyperanxieuse, c'est pas drôle ! Et dans ces conditions, trouver la baby-sitter idéale est un exploit ! Encore faut-il avoir le choix… Finalement c'est Anil, jeune étudiant, fou de moto et sans aucune expérience qui décroche le poste ! Ça va vrombir dans le lotissement...


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Nine a un léger problème : ses parents ont décidé de la protéger de tout, tout le temps. Sortir jouer dans la rue, passer la nuit chez une copine, participer à un goûter d’anniversaire… interdit !

Trop dangereux. Il risquerait d’y avoir des garçons (ça bouscule), des animaux (ça mord, ça griffe), une piscine (ça noie) et d’autres choses plus terrifiantes encore. Jusqu’au jour où ses parents embauchent un nouveau baby-sitter, Anil, fan de dessin et de… moto !

Accrochez-vous ! Ça va décoiffer !

Collection animée par Soazig Le Bail
assistée de Charline Vanderpoorte.

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À six ans, Isabelle Renaud recopie un poème dans un livre d’école pour épater sa mère. Persuadée qu’elle en est l’auteur, sa maman la croit douée. Depuis, elle travaille dur – études littéraires, journalisme, recueil de nouvelles et aujourd’hui, un roman jeunesse – pour se montrer à la hauteur de cette supercherie. Car elle en a l’intime conviction : il arrive que la réalité rejoigne la fiction.

À Lou.

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Le jour où mes parents se sont retrouvés vraiment coincés, j’avais dix ans et demi. Maman a trouvé un travail. Un vrai, qui lui plaisait, costumière dans une troupe de théâtre comme elle faisait avant. Depuis ma naissance, elle était restée à la maison pour s’occuper de moi. Et s’était toujours débrouillée pour m’attendre en personne à la sortie de l’école. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, quelle que soit l’heure ou la saison, elle était là. Son sac à main serré contre elle, le sourire jusqu’aux oreilles. Ça en devenait même un petit peu stressant. Du coup, ces derniers mois, je faisais une tête d’enterrement bien avant de franchir la grille. Alors elle prenait mon cartable, sa voix devenait très douce.

– Comment va ma chérie ?

– Ça n’a pas été trop dur, cette journée ?

S’ensuivaient des dizaines de questions sans aucun intérêt. Souvent, une fois installée sur la banquette arrière, je finissais par lui demander sa carte de la police.

– Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat si ça ne te dérange pas. Merci d’avance.

Ça la mettait de mauvais poil malgré toutes mes formules de politesse et je pouvais jouer à la DS tranquille.

Il faut dire que mes parents s’en font beaucoup pour moi. Par exemple, quand j’étais petite, ils ne m’ont jamais confiée à une nounou, ni à une crèche, et je compte sur les doigts d’une seule main les fois où ils m’ont accompagnée dans une aire de jeux pour enfants. Encore aujourd’hui, si je me fais une bosse ou un bleu, on se précipite tous les trois aux urgences (le risque de fracture). Si je suis invitée à un anniversaire, maman refuse parce qu’il y a :

1/ des garçons (ça bouscule)

2/ des animaux domestiques (ça mord, ça griffe)

3/ une piscine (ça noie)

4/ de la nourriture (ça déclenche des allergies et des intoxications).

Autant dire que je ne sors pas beaucoup, et sous haute protection. Mais ils ont jusqu’à aujourd’hui réussi leur mission : il ne m’est rien arrivé en dix ans et demi. Mais alors rien de rien. Du beau travail.

Le jour où maman a appris qu’elle était recrutée comme costumière pour une pièce de théâtre, elle n’en menait pas large. C’était au milieu du deuxième trimestre, un jour de vent. Dès qu’on est arrivées à la maison, elle s’est ruée sur le téléphone pour appeler papa. Papa est géographe à la mairie et son travail l’occupe beaucoup. Elle ne le dérange au bureau que dans les cas d’urgence. Comme, par exemple, quand ma grand-mère est morte. Ou quand la voiture s’est retrouvée à la fourrière et qu’on ne savait plus comment rentrer chez nous. Et donc, ce jour-là. Elle était si nerveuse qu’elle fabriquait des nœuds avec le fil du téléphone en lui expliquant la situation :

– Je n’aurais jamais cru qu’ils me choisiraient moi ! En plus je commence lundi ! Non mais lundi, Philippe ! Tu imagines ?

Ils ont organisé une réunion stratégique le soir même au restaurant chinois avec agendas, téléphones, liste des sites de baby-sitting repérés sur internet. Ils avaient trois jours pour trouver la baby-sitter idéale. Ils ont donc décidé de se mettre d’accord tout de suite sur son profil.

– Elle sera très expérimentée, mais néanmoins dynamique et stimulante, a dit avec autorité papa.

– Elle possédera son brevet de secourisme, saura préparer les beignets aux pommes et les muffins, jouera de la musique et parlera au minimum deux langues vivantes, a renchéri énergiquement maman.

– En outre, elle sera titulaire du permis de conduire et disposera d’une voiture, car l’école est quand même à cinq kilomètres de la maison, a signalé papa.

– Ah, j’oubliais, a minaudé maman. Une expérience d’infirmière serait un plus. Si ce n’est pas trop demander bien sûr.

Quand ils ont terminé de mettre tout ça au propre, ils se sont aperçus qu’ils n’avaient pas touché à leurs travers de porc au gingembre. Mais ils avaient l’air détendus et gais. Ils ont commandé deux autres bières chinoises et maman s’est tournée vers moi.

– Et toi, Nine ? Est-ce que tu as quelque chose à ajouter avant qu’on mette l’annonce en ligne ?

– Je voudrais qu’elle soit sourde, muette, et qu’elle me fiche la paix, ai-je dit pensivement en trempant mes nems dans la sauce au soja.

Et, devant leurs grands yeux stupéfaits, j’ai ajouté :

– Si ça ne vous dérange pas merci beaucoup.

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Je déteste l’école. Enfin, pas toujours, mais ces temps-ci vraiment. D’abord, les récrés durent beaucoup trop longtemps. Rester assise sous le préau en essayant de lire au milieu des ballons, merci, je passe mon tour. Le pire, c’est quand une surveillante décide de s’en mêler. En général elle commence par s’approcher de moi d’un air soucieux/inquiet/apitoyé et réfléchit longuement avant de demander :

– Nine, pourquoi ne vas-tu pas jouer avec tes petits camarades ?

« Parce que c’est une bande de débiles immatures » serait ma réponse spontanée. Je pourrais dire aussi : « un troupeau de Gmols ». Gmols donne, en version longue, Gros morveux limités. Mais j’évite les explications laborieuses (et les conflits diplomatiques). J’improvise quelque chose en rapport avec ma passion de la lecture, ce qui déstabilise très vite n’importe quel adulte.

Au premier trimestre, c’était plus drôle, j’étais tout le temps fourrée avec Hortense. Hortense est maigre comme un clou avec de grandes tresses rousses et toujours une écorchure (joue, coude, genou, cheville ou doigt de pied). Sa mère est rousse et maigre aussi mais en deux fois plus long, et elle est artiste peintre. Elle s’appelle Erika. Je le sais parce qu’on est voisines et que nos parents se saluent dans la rue quand ils se croisent. De ma fenêtre, je vois souvent Hortense faire du vélo devant chez moi mais on n’avait jamais joué ensemble jusqu’à ce qu’on se retrouve toutes les deux en CM2B. Je me souviens de sa tête quand elle est arrivée en classe le jour de la rentrée. Elle avait une demi-heure de retard, l’air ahuri de celle qu’on vient de sortir du lit et des chaussettes dépareillées. Mme Marie-Catherine a poussé un des soupirs majestueux dont elle a le secret et lui a indiqué la chaise vide, à ma droite.

– Pour la fiche de renseignement, tu demanderas à ta voisine de t’expliquer.

Hortense s’est assise sans se faire prier. Le premier jour, personne ne tient tellement à se faire remarquer. Elle s’est mise à fouiller dans son cartable, à en extraire des gommes noircies et des Carambar oubliés qui avaient dû passer l’été à se fossiliser. En revanche, pas le moindre stylo en vue. Moi j’ai tout en double. Maman veille. J’ai fait rouler un Bic bleu dans sa direction discrètement.

– Merci, a-t-elle chuchoté. Ma mère est à fond sur son vernissage et on a un peu zappé la rentrée.

Dès la première récré, on s’est découvert des tas de points communs. Par exemple, aucune de nous deux n’a les oreilles percées et on a toutes les deux du côté droit une canine qui n’a pas encore poussé. Je l’ai initiée à mon jeu préféré. Mon père m’a offert le manuel du parfait espion l’été dernier, et j’ai passé les grandes vacances à m’entraîner. J’ai espionné sans qu’ils s’en aperçoivent mes parents, le facteur et le lapin du voisin, avec une discrétion totale. Mais à deux c’était mieux. On organisait des filatures et des missions secrètes à chaque récré. C’était bien. C’était vraiment super jusqu’à ce que nos mères décident de s’en mêler.

Ça a commencé un soir à la sortie de l’école, pendant l’automne. Erika et maman discutaient devant la grille, elles semblaient de très bonne humeur. Maman s’extasiait même devant le petit frère d’Hortense, un dénommé Léonard qui se prend pour un super héros depuis qu’il est entré en CP. Quand, d’un coup, Erika a fait cette proposition absurde :

– Il fait encore beau et je ne suis pas débordée… Et si Nine venait avec nous au Grand Parc, pour goûter ?

Bien sûr, maman a refusé, prétextant le contrôle de maths du lendemain que je n’avais pas encore révisé. La première fois, Erika et Hortense ne se sont pas du tout formalisées. Mais, deux semaines plus tard, au troisième refus de maman (qui ne savait plus quoi inventer, comme prétexte), Erika a croisé les bras sur la poitrine d’un air surpris. Et Hortense, c’était pire. Hortense a tourné les talons et elle s’est enfermée sans un mot dans leur vieille Twingo.

Maintenant, je crois que les filatures, elle a laissé tomber. Ses nouvelles copines n’y connaissent rien. Elles préfèrent se livrer à des jeux débiles comme les shake, ou se faire des décalcomanies sur les bras ou se coiffer. Elles ont des canines tout ce qu’il y a de plus banal et les oreilles percées. Bref, ce ne sont que des Gmols. Et Hortense ne m’adresse plus la parole. Sauf pour me chercher des poux dans la tête quand elle est inspirée. Comme, par exemple, ce matin. Elle s’est approchée de moi, toute fière, en sautillant sur ses jambes de sauterelle.

– Alors Nine, il est bien, ton roman ?

– Évidemment !

– Et tu as essayé pour voir de le tenir dans le bon sens ?

Voilà le genre d’échanges qu’on a, Hortense et moi. C’est débile. Mais s’il n’y avait que ça…

Il y a pire. Et le pire à l’école, ces derniers temps, c’est que tout le monde ne parle que de la classe verte. De l’accrobranche, du canoë, de l’escalade et de ces trucs idiots qu’ils vont faire dans le massif du Vercors. C’est devenu une véritable obsession. Mme Marie-Catherine a accroché un rétrocalendrier à côté du tableau et, chaque jour, cinq minutes avant la sonnerie, elle nous montre une nouvelle image. Hier, au chapitre « faune locale », c’était un bouquetin aux cornes torsadées comme il s’en promène dans ce trou paumé. Aujourd’hui, au chapitre « activités sportives », une rivière turbulente sur laquelle ils vont soi-disant faire du canoë. À chaque fois, tout le monde pousse de grandes exclamations comme si un truc aussi formidable ne pouvait pas exister – à croire qu’ils n’ont pas la télé. Tout le monde sauf moi. Parce que moi, la classe verte, j’y vais pas.

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– Une chemaine loin de nous, che cherait trop dur pour toi, m’a expliqué maman cet après-midi, la bouche pleine d’épingles, alors que je tentais délicatement d’aborder le sujet.

Elle piquait les épingles dans le bas de mon pantalon pour préparer l’ourlet. On avait déjeuné en tête à tête à la maison, comme tous les mercredis. Elle avait ensuite assisté à mon brossage de dents (elle est particulièrement inquiète pour mes molaires définitives) et avait insisté pour que je m’envoie de l’eau de mer dans le nez – au printemps, une rhinite est si vite arrivée. À présent elle s’attaquait à mon jean.