Bangor : Sur les toits de Paris

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Orphelin, Toussaint suit maître Brazier à Paris pour y chercher des millions. Il trouve des chiffonniers et devient ramoneur cambrioleur. Amoureux d’une jolie fleuriste de la rue Montorgueil, il rêve devant les belles demeures des riches familles, et a le cœur serré de ne pas avoir la sienne. Révolté par la mort du ramoneur Elie qui est tombé d’un toit, Toussaint découvre qu’il a été assassiné. N’est-il pas lui aussi en danger ? Le deuxième volume d’une tétralogie d’aventure, qui entraîne le lecteur à la suite d’un héros plein de débrouillardise et d’audace. De terrien, il finira par devenir marin et par reconstituer son incroyable histoire familiale. Paul Thiès signe une fresque romanesque passionnante où ses thèmes de prédilection prennent une résonance particulière.
Publié le : mercredi 10 septembre 2014
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EAN13 : 9782700248159
Nombre de pages : 160
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Du même auteur, dans la même série :

 

L’orphelin de la lande

Du même auteur, en Heure noire :

 

Un printemps vert panique

Un été bleu cauchemar

Un automne rouge sang

Un hiver blanc frisson

 
Prologue
La Zone

J’arrive à Paris. Je cherche des millions et je trouve des chiffonniers.

 

Le jour de mon entrée à Paris, j’avais à peu près quatorze ans. J’étais orphelin, un enfant trouvé nommé Toussaint Chantepie. J’étais pauvre, j’arrivais de Bretagne en sabots, couvert de poussière et le ventre creux. J’avais les yeux très bleus, les cheveux très courts et très blonds, mais à part ça je ne ressemblais guère aux princes charmants des contes de fées !

Dans mon imagination, Paris n’était pas une ville ordinaire mais une contrée féerique où l’empereur Napoléon III distribuait des trésors à pleines mains. L’or coulait entre les pavés, les diamants roulaient dans les gouttières et les orphelins se retrouvaient millionnaires en deux temps trois mouvements.

C’était naïf de ma part, bien sûr, mais à cette époque je ne connaissais rien du monde. Je sortais d’un orphelinat particulièrement sinistre nommé Fontbrune où l’on ne m’avait appris qu’à travailler et à obéir.

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Pourtant, j’avais connu bien des aventures à Fontbrune, assez pour remplir tout un livre de Mémoires.

Primo, j’avais découvert puis perdu un trésor que Fanch, un de mes camarades de l’orphelinat, m’avait volé.

Deuzio, j’avais échappé à une bande de naufrageurs, de voleurs et d’assassins, les Corbeaux, avant de retomber au pouvoir de l’un d’entre eux, un ramoneur nommé Fulbert Brazier, qui était devenu mon maître.

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Nul ne connaissait le chef des Corbeaux, mais il habitait Paris, disait-on. Brazier était une sorte de géant, haut comme une tour et plus large que long. Il possédait une tignasse de lion, une barbe d’ours et des yeux de porc.

Il portait, comme ses complices, une griffe tatouée au poignet gauche et il comptait faire de moi l’instrument de ses méfaits.

Tertio, j’étais tombé amoureux deux fois de suite, d’abord d’une jolie Anglaise, miss Dahu Mauclerc, puis d’une jeune paysanne, la Morrigane.

J’ai raconté tout cela dans le premier volume de mes Mémoires, L’orphelin de la lande, un très beau livre avec un héros sympathique (moi), raconté par un auteur passionnant (encore moi !).

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Il faisait encore clair lorsque nous franchîmes les forjpgications qui ceinturaient Paris. Je découvris avec effarement la Zone, un vaste territoire peuplé de masures et de terrains vagues. Des cochons fouillaient des tas d’ordures, de maigres poules caquetaient entre les pattes d’ânes faméliques. Des enfants déguenillés nous entouraient en piaillant :

– V’là les ramoneurs ! V’là les ramoneurs !

– C’est les noirauds, la fête aux poivrots !

Les ramoneurs traînaient tous une solide réputation d’ivrognes et, désormais, je travaillerais pour Brazier sur les toits de Paris comme les autres garçons qu’il appelait ses « élèves ».

Seulement, Brazier et les Corbeaux méditaient des plans maléfiques, diaboliques, bref, pas très catholiques, et j’y jouerais un rôle important.

Mon nouveau maître m’avait en effet confié sur la route de Paris :

« N’oublie jamais ce que je vais te dire, Toussaint Chantepie.

Les Corbeaux et moi, on sait des tas de choses sur toi. On a des projets, de grands projets pour toi !

Tu seras bientôt riche si tu nous obéis, très riche, et p’têt bien que tu retrouveras ta famille... »

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Ma famille ! Pour un enfant trouvé comme moi, une famille valait tous les songes de la nuit, tous les trésors des Caraïbes ! J’obéirais à Brazier, quoi qu’il m’en coûte ! Je le suivais depuis la Bretagne et je l’accompagnerais en enfer, s’il le fallait...

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L’arrivée rue Montorgueil

Les boulevards m’inquiètent, les rues m’effraient et les ruelles m’épouvantent. Maître Brazier fait des affaires mais ses affaires ne sentent pas bon.

 

Maître Brazier logeait dans une mansarde de la rue Montorgueil, au centre de Paris, pas loin de l’Hôtel de Ville et du quartier des Halles.

Mes premières impressions m’étourdissaient : impasses torves et boulevards illuminés, rues aux noms bizarres, hautes façades de pierre et balcons de fer forgé, échafaudages encombrés de gravats et carrefours engorgés... J’avais peur des chevaux, des fiacres et même des charrettes bariolées poussées par les marchandes de quatre-saisons.

Mes camarades, les autres « élèves » du ramoneur, aussi désorientés que moi, ouvraient de grands yeux. Seul Elie Brown, un garçon maigre, blond et pâle, un jeune Britannique qui avait déjà exercé le métier de ramoneur en Angleterre avant d’échouer entre les pattes de Brazier, semblait à son aise. Il avait vécu et travaillé à Londres. Les embarras de Paris ne l’impressionnaient donc pas.

Nous n’arrivâmes rue Montorgueil qu’au crépuscule. Nous grimpâmes l’escalier en titubant de fatigue. Je ne m’attendais pas à un palais ; il s’agissait en fait du plus infâme trou à rats du quartier. Et les rats, c’était nous ! Le maître chat, autrement dit le patron ramoneur, nous installa à la va-vite.

Le mobilier ne payait pas de mine : une table et un banc de bois, une chaise de paille, une armoire, un coffre, des brocs et des cruches accrochés au mur et, dans un coin, une bassine d’émail pour la toilette. Au fond, un rideau dissimulait le lit du patron. À côté de ça, les dortoirs de l’orphelinat ressemblaient au palais de Louis XIV (même si à l’époque, quand j’étais encore ignorant, je confondais Louis XIV et Napoléon XV).

Nous dormirions par terre, serrés les uns contre les autres pour avoir moins froid. Brazier nous distribua quelques taloches puis se vautra dans l’unique lit de l’endroit, au fond d’une alcôve malodorante.

– Ronflez, les mômes ! ordonna-t-il en soufflant sa bougie. Demain, les choses sérieuses commencent.

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Le lendemain, en effet, maître Brazier revendit huit d’entre nous à ses amis. Toute la matinée, des ramoneurs montèrent jusqu’au grenier de la rue Montorgueil. Ils choisirent qui un, qui deux, qui trois enfants et repartirent. Brazier recevait à chaque fois un peu d’argent de ses collègues. À midi, nous ne restions que deux dans la mansarde. Elie Brown et moi.

– C’est fini, déclara le patron. Vous, je vous garde. Elie connaît déjà le métier et toi, Toussaint, n’oublie pas que j’ai des projets pour toi !

Je baissai docilement la tête ; je n’osai pas l’interroger.

Brazier confia quelques sous à Elie et lui ordonna :

– J’espère que tu sauras te débrouiller. Descends et achète-nous du pain, du vin et de la charcuterie. Dépêche-toi, l’Angliche !

Elie fila sans demander son reste et je restai seul avec mon maître.

– Installe-toi, mon gars, faut qu’on cause, m’ordonna-t-il aussitôt.

Brazier se vautra sur la chaise. Je restai debout devant lui, les bras ballants.

– Bon, commença-t-il, tu te souviens bien de ça, non ?

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Il retroussa sa manche gauche pour me montrer la Griffe des Corbeaux, comme il l’avait fait sur la route, des semaines auparavant.

Il valait mieux filer doux. J’acquiesçai docilement :

– Ben... oui m’sieur.

– Tu sais ce que ça veut dire ? me demanda Brazier.

J’adoptai mon air le plus niais et répondis :

– Ben... qu’vous z’êtes z’un Corbeau, un sacré voleur, m’sieur.

Depuis que j’étais tout petit, à Fontbrune, j’aimais chanter et je composais même mes propres refrains. Ce jour-là, comme souvent, des vers improvisés jaillirent dans ma cervelle :

Le ramoneur est un voleur

Un chapardeur, un maraudeur...

Il se faufile

Sans s’faire de bile

Sur tous les toits...

Le ramoneur est un voleur,

Un malfaiteur, un ravageur !

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