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Black Label à Belleville

128 pages
Ecrit par des adolescents et adultes des Xe et XIe arrondissement de Paris avec A. Bellet.
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BLACK-LABEL
À BELLEVILLE

Collection "Jeunesse"
dirigée par Denis Rolland et Aliette Sallée Dernières parutions: Estival F., Au Pérou les poches vides, 160p. Gohier J., Au pays des dunes, Il Op. Hargous S. et Legendre A., C'est arrivé au Tibet, 5p. Laflaquière A., Fatoumata, ma tante, 64p.

Meja Mwangi, Kariuki - Aventures avec le petit homme
blanc, 144p.

Montlahuc S. (dirigé par), Rue des origines, 51 récits d'adolescents, 127p. Pinguilly Y., Le gros grand gri-gri, 128p. Siebert R., Une île sur lefleuve noir- Histoire d'une enfance vendue en Thaïlande, 144p. Yasmin H., Le petit cavalier noir, 144p.

Ce travail d'atelier d'écriture et d'animations littéraires en milieu scolaire a été réalisé dans le cadre d'une résidence d'écrivain au cours de l'année scolaire 1993-1994, financée par le ministère de la Culture (direction des Affaires Culturelles d'Ile-de- France) avec l'aide du ministère de l'Education nationale et du rectorat de Paris, raide du Fonds d'Action Social, des mairies des xe et XIe an.ondissements de Paris. Remerciements particuliers à la Maison des Écrivains et à la Zone d'Éducation Prioritaire du XIe 3lTondisselnent. @L'Harmattan, 1994 ISBN: 2-7384-2705-7

Nouvelles écrites en ateliers d'écriture dans les Xe et XIe arrondissements de Paris avec des adolescents au collège de la Fontaine-au-Roi (XIe), classes de 4ème et Sème à la bibliothèque municipale Lancry (Xe) avec les associations locales Feu Vert et Foyer Picoulet (XIe) & l'atelier d'écriture « adultes » du quartier

BLACK-LABEL À BELLEVILLE
Animation & direction littéraire ALAINBELLET
Textes individuels de :
LEÏLA ADALA - RACHIDA BEKHT AOUI - ALAIN BELLET JULIEN BELLOT - ISSA COULIBAL Y - MONIQUE DEACANALE - VANESSA DJELJELI - JEHAN-HENRI DE LA VALLÉE - AGNÈS MENDY - NADINE NAÏTALI-NADAL SOLANGE NOYÉ - ISABELLE PIERRET - ZELDA TENOIL

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École-Polytechnique 75005 Paris

OUVRAGES D'ALAIN BEI~LET

-

Chez le même éditeur: L'encrier des espérances

direction littéraire - collectif, Chantier «Alcooliques de Tourcoing »,
déc 93 Le cahier rouge de Lisa Mabelle direction littéraire - collectif - Nouvelles noires écrites en Primaire, juin 94 Black label à Belleville direction littéraire - collectif- Ateliers d'écriture adolescents et adultes - juin 94

-

Autres éditeurs:
Chan1p social

essai, ouvrage collectif, Editions Maspéro, 1977 Black exit to 68 collectif, nouvelles noires, La Brèche Editeur, 1988 Aller sÙnplepour Canlles roman, Editions de L'Instant Noir, 1990 Le petit C(unisarli roman historique jeunesse, Editions Nathan 1991 Les anges Ineurent aussi (avec Frédéric Larsen) Editions Gal1in1ard,Série Noire, 1991 Jeanne et André, un COUf)le ll guerre e récit, Editions de La Barbacane, 1991 Matelot de la Rovale roman historique jeunesse, Editions Milan 1992 Saison d'hivernage roman nair, Editions In tIne 1993
Achères, c'est Inon no/n...

avec Patricia Baud, photographe, document Mémoires vives en banlieue, Editions ln Fine, oct 93 La m,achine à histoires Album avec Charles Barat, illustrateur, et les enfants de Barr (Alsace) Editions du Verger (1994) - Prochainement:
C'était...« Le Telnps des cerises!
»

roman historique jeunesse, Editions Milan, fin 94 Ne rien perdre d'hier roman
Voyages entre les /noto5

l'atelier d'écriture, entre expériences et théorie... L'Harmattan fin 94

Ecrire simplement!

~

Pas question ici d'être trop sérieux! Les textes individuels ou collectifs que le lecteur va découvrir ont été écrits par des adolescents et des adultes découvrant le plaisir des mots en présence d'un auteur, animateur d'atelier d'écliture.

Des nouvelles « noires» ou non se succèdent, s'enchevêtrent, dévoilant parfois de jolis talents! Des regards incisifs pèsent le pourquoi des réalités, des fictions vraisemblables campent à la frontière du réel pour Inieux le débusquer.
L'écriture, en classe de quatrième et de cinquième, au Collège de la Fontaine-au-Roi, en dehors du milieu scolaire à la Bibliothèque Jeunesse de Paris-Lancry, à l'association Feu Vert de la rue Jean-PieITe Timbaud, ou encore autour d'une table occupée par des personnes adultes, se coule dans les mêmes tempos, ceux de l'imaginaire, du fantasque, parfois du règlement de compte social ou affectif, un simple voyage dans la littérature... Les récits imaginés indices de départ, les d'inducteurs communs le lecteur les retrouvera par les collégiens intègrent tous des textes d'adultes s'inspirent parfois proposés par l'anilnateur du groupe, sans peine au fil des pages...

Les adultes n'ont pas joué le jeu du « polar» comme les élèves du primaire et du secondaire. Ce11ains textes entraîneront leurs lecteurs sur les rives sensibles d'une poésie d'urgence. D'autres textes débusque11t nos quotidiens grinçants où la rue, la ville et l'enfermement conjugal offrent une belle matière première aux plumes soudain débridées.
5

Belleville, de tendresse...

enfin, reste un symbole, une image, une

mémoire, et le « noir» du titre de ce livre n'est jamais dénué
Alain Bellet Écrivain en résidence de décembre 1993 à juin 94

6

Quenelle enquête ou le mystère des Jacqueloup

MARS94
-

Alors Quenelle, on rêve?

L'inspecteur Roger avait presque raison! Depuis des heures, je recomposais dans ma tête les derniers bons coups de Kasparov, histoire d'épater les membres de mon club lorsque, brusquement, les tueries de Lancry m'envahirent la cervelle. Trois mois s'étaient écoulés depuis mais la presse en parlait encore, en attendant d'autres boucheries en série, sans doute. * * * DECEMBRE 93 C'était l'hiver, il devait être dix-sept heures et la nuit commençait à tomber. Une silhouette grise attendait son tour près des toilettes publiques et coûteuses de la maison Decaux. Plus de dix personnes commençaient à s'impatienter en tapant des pieds sur place. Un jeune type s'était énervé en tambourinant contre la porte hermétique mais lien n'y faisait. Tout semblait calme au carrefour Jacques Bonsergent, sauf devant les pissotières! Une bouteille à la main, un clo-

chard s'offrit une gorgée en râlant: « C'est fou ça ! Celui
7

qu'est dans les chiottes y campe depuis deux heures! Merde

et les autres... » Les autres se dispersèrent, lassés d'attendre
indéfiniment. Soudain, sans savoir pourquoi, le clochard glissa une pièce de deux francs dans la fente de l'appareil et la porte s'ouvrit. Il y avait du monde! Un type assez richement vêtu était

affalé sur la lunette. Mort. « J'comprends pourquoi c'était si
long... Faut prévenir les flics... ! Voyons s'il a un portefeuille, ce pauvre mec... Il doit y avoir du pognon à prendre facile-

ment... Non, je vole pas, je cours au commissariat. » Un
autre type était arrivé et était parti au bistrot d'en face appeler Police-Secours. ~ A côté du métro Bonsergent, il y a un cadavre dans les chiottes, Monsieur le Commissaire! Faut faire quelque chose, non? Le clodo avait bu un grand verre d'eau, puis m'avait raconté son histoire. Entre mort naturelle et assassinat, c'était à moi d'y voir clair. * * * Le lendemain de cette macabre découverte, j'étais entré dans mon bureau au commissariat du Xème, accompagné d'une femme d'une quarantaine d'années trop maquillée, sapée comme"une duchesse. Carole Bellafair, procureur de la République, avait glissé sous son bras le journal du matin où trônait la photo du mort à la « une ». - Encore une sale affaire pour nous, n'est-ce pas, avait déclaré l'agent de permanence en tenue pour se donner une contenance lorsque Madame le magistrat était arrivée, plantée sur des talons aiguilles insensés, les lèvres encore plus pincées que d'habitude. Dans mon bureau, la discussion avait été des plus agitées. Dehors, il pleuvait à torrent, ça n'arrangeait pas les choses... Après l'orage, Bellafair était partie en claquant la porte, comme à chaque fois qu'un crime nous rassemblait. En allumant une cigarette bien méritée, je me repassai le film complexe de mes relations avec la Justice! 8

« Encore un cadavre sur vos bras, Commissaire! Et trouvé

dans des toilettes publiques, en plus, quel mauvais goût! Vous devez éclaircir cette affaire au plus vite L..» Avec un air des plus désagréables, la Bellafair avait osé insinuer que je devrais améliorer mon allure, bref, elle me

trouvait trop crade sans doute! « Si cette affaire traîne, vous allez finir par être viré, Quenelle,viré! »
S'agissait-il d'un meurtre? D'un suicide? Le labo ne m'avait pas encore confié ses résultats mais moi je devais aller vite... Le mort était riche et venait de province, un bled du Poitou apparemment. Bernard Jacqueloup encombrait bien malgré lui un week-end qui aurait pu être paisible. Un concours d'échecs avait lieu ce jour-là, et évidemment, je ne pouvais pas quitter mon boulot et m'y précipiter! * * * OCTOBRE 93 Plusieurs semaines auparavant, un village trop calme du Poitou-Charentes s'était réveillé en découvrant la mort du châtelain, un type bizarre qui vivait seul dans une gentilhommière cossue. En apprenant la brusque disparition du milliardaire local au volant d'un bolide balancé trop vite contre un arbre, son frère et sa sœur avaient déclenché le plan d'urgence. - Vous avez bouclé votre enquête, Brigadier? C'est vraiment un accident? - Oui, Madame... Ah, j'oubliais, faites vite, le notaire vous attend en ville. Juliette et Bernard se frottaient les mains d'impatience, leur frère aîné disparu, leurs problèmes financiers allaient aussi disparaître. Devant les voisins, les gendarmes et les curieux, ils avaient évidemment manifesté un chagrin inconsolable.

9

DECEMBRE 93 La directrice de la bibliothèque municipale de la rue de Lancry était en train de photocopier des documents. Elle avait voulu retirer une feuille de la machine lorsque sa main était restée coincée sous le couvercle. Ses cheveux rouges et courts se dressèrent sur sa tête et énervée, elle se mit à crier:
-

Merde alors! J'en ai marre de cette satanée machine!

Comme souvent, la femme de ménage était intervenue la sauvant d'une situation ridicule, la trouvant particulièrement nerveuse, bizarre même. Soudain, un cri épouvantable déchira le silence qui régnait dans la grande salle encombrée de rayonnages de livres. Dans le fond, entre deux allées d'étagères surchargées d'encyclopédies, effrayée et figée par sa découverte, une fillette d'une douzaine d'années contemplait le corps d'une jeune femme gisant sur le sol. - Elle est morte? Plusieurs personnes qui travaillaient ou cherchaient un livre dans les rayons s'approchèrent, manifestant bruyamment leur surprise. - Vite... ! - Que quelqu'un fasse quelque chose, Bon Dieu! Laissant la photocopieuse à d'autres victimes, la directrice avait traversé la salle en courant. Elle se penchait déjà audessus du cadavre. - Appelez la police! cria-t-elle d'une voix un peu trop assurée, semblait-il. * * * Frédérique venait juste d'apprendre la mort de son père, un homme qu'elle n'avait vu que trois ou quatre fois! Sa mère préférait ne pas trop en parler devant elle. Alors, pour délester son cœur à quelqu'un, elle était allée rendre visite à Marc, un garçon de son âge qui était en cinquième au collège avec elle, sérieusement toqué d'informatique et surnommé

Marc « Intosh » par toute la classe.
- Donne-moi son nom, son âge, son adresse... 10

-

Mais, pourquoi, Marc? Que veux-tu faire? Je te dis

qu'il est mort dans un accident il y a deux ou trois mois, je ne sais pas quand exactement... - Attends... Je vais pouvoir te montrer mes talents cachés et mes petites compétences... Nous allons peut-être avoir des surpnses... La petite fille s'assit à côté de son ami qui commença à pianoter nerveusement sur son clavier, les yeux exhorbités, fixés sur les messages qui défilèrent pendant des heures sur l'écran couleur de son ordinateur.
-

Voilà... C'est super, j'ai trouvé le jack-pot L.. Tu vas

devenir riche... - Quoi? - Ton père avait une fortune énorme, un château et tout le cirque... Tu ne le savais pas...? Peut-être que tu vas hériter.. . Le gamin avait réussi à pénétrer dans le système informatique de la direction du Crédit Agricole du Poitou-Charentes et l'état des comptes bancaires de Philippe Jacqueloup défilait sous les yeux émerveillés des deux enfants. * * * Après l'appel téléphonique d'une bibliothécaire à la voix tremblante, je déboulai rue de Lancry et pilai ma bagnole devant la bibliothèque municipale. Arrivé au quatrième étage, je découvris avec horreur le cadavre d'une femme dont la gourmette indiquait juste un prénom et une date de naissance. Juliette était née le vingt-neuf août 1963. Elle venait de mourir assassinée. Malheureusement, elle ne portait aucun papier d'identité sur elle et je m'étais dit que notre ordinateur central pourrait sans doute nous cracher sans peine son nom de famille et son adresse. Police-Secours emporta le corps à la morgue puis je rentrai au bureau. Une autre surprise m'y attendait. Installée dans mon fauteuil, la Proc que je détestais le plus consultait un impressionnant dossier groupant les témoignages et les dépêches des deux affaires de meurtre. - C'est pas très brillant, Quenelle! Alors, vous voilà avec un deuxième macchabée sur les bras! Dites donc, c'est Il

dangereux de s'intéresser à la lecture de nos jours! C'est un livre qui l'a tuée, cette Juliette? J'espère que vous allez vite trouver une piste parce que sinon... Je savais qu'elle pouvait me faire virer, elle le répétait à chacune de nos entrevues depuis des mois. * * *
« Encore une mort inexpliquée! Une jeune femme a été

retrouvée sans vie dans une bibliothèque. L'opinion s'inquiète et le commissaire Quenelle semble ne pas trop avancer selon le procureur, Madame Carole Bellafair qui a manifesté son inquiètude devant le laisser-aller et le laxisme du policier...» France-Infos cafouillait, la pimbèche avait de quoi être fière après son interview! Je me l'imaginais ravie, son poste gueulant à tue-tête, en train de se pomponner en pensant du mal de moi! * * * En sortant du collège Louise Michel, à deux pas du canal Saint-Martin, Frédérique et Marc réfléchissaient à haute voix. - Tu as dit quelque chose à ta mère? - Non, ce n'est pas la peine... Elle refuserait de m'écouter... - Si je comprends bien, Frédérique, ta mère n'était pas mariée avec ce Jacqueloup... - Non, tu sais bien que je porte un autre nom... - Mais, il t'a reconnue, ce type? - Non, je ne crois pas....
-

Mais si c'est vrai que tu vas être riche, faudra bien lui Bien sûr, mais attends, Marc!
* * *

dire, non?

Attends d'en être

certain...

L'inspecteur Roger entra comme un fou dans mon bureau pour m'annoncer fièrement que la femme tuée à Lancry 12