Blind Spot, 1

De

Ayako a un handicap mais elle a surtout un grand rêve. Jeune lycéenne japonaise, malvoyante de naissance, elle voit la vie comme un chemin la menant droit vers sa réalisation : devenir chanteuse ! Mais la vie de star n’est pas des plus simples quand on est facilement aveuglé par les projecteurs. Comment Ayako pourra-t-elle alors exprimer son talent ? Pour quiconque armé d’une telle passion, rien n’est impossible !

Avec son écriture fluide et émouvante, l’auteur, lui-même malvoyant, partage une vision fascinante de l’adolescence moderne au cœur du Japon. Vivez le quotidien de cette jeunesse de l’autre côté du monde comme une aventure palpitante.

Voir le site web de la maison d’édition : http://editions.univers-partages.org/


Publié le : samedi 1 mars 2014
Lecture(s) : 10
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782367500232
Nombre de pages : 211
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

back.jpg

 

 

Blind Spot

Tome 1 - Une malvoyante à Tōkyō

Roman

 

Guillaume Lebigot

Illustrations de Saeko Doyle

Univers partagés éditions

Du même auteur chez Univers partagés éditions :

Traducteur de :

Contes & légendes : Divines, Beauties from classical mythology

 

Du même illustrateur :

Romans Boy’s Love : PrédestinésLes chroniques d’un arc’helar tome 1 à 3 Fés des tempêtes Forever Love (AleXan éditions)

Romans jeunesse : Zaina et le fils du ventHicham et le djinn du noyerSanae, la petite bonne (Yomad éditions) Le mystère du sacolette (éditions de l’Oxalide)

Albums jeunesse : Griloup prend froid (éditions Chemins de Tr@verse) Pourquoi le Soleil est-il jaune ? (Chouetteditions) La Voix de la Nature vol. 1 et 2 (Cheudem’s éditions) Little Recipe for little chefs (éditions de l’Oxalide) Manuels scolaire apprentissage de la langue arabe (niveau 1, 2, 3, 4) (JSF éditions) Je m’amuse au Japon (éditions Limonade)

BD : Les Ailes du Soleil (l’Enfance Missionnaire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© 2014 Guillaume Lebigot
Illustrations de Saeko Doyle
Tous droits réservés.

 

Direction artistique & conception : Rosalys
© 2014 Univers partagés éditions
20 rue du Maine – 44000 Nantes – France

 

Dépôt légal : mars 2014
ISBN : 978-2-36750-023-2

 

www.univers-partages.org

J'aimerais dédier ce livre à plusieurs personnes :

Ayako Kawasumi,
pour m'avoir intéressé au doublage et pour sa voix si noble et chaleureuse.

Mes parents, mon frère et ma soeur,
sans qui je ne serais pas là où je suis actuellement.

Guillaume Lebigot.

 

Préface

Blind Spot est un projet sur lequel Guillaume s'est investi pendant plus de six ans. J'ai vu ce travail mûrir jusqu'à devenir cet ouvrage, que je perçois à la fois comme une catharsis et une continuité.

Catharsis car Guillaume a décidé de prendre sa plume pour faire comprendre au public le vécu d'un malvoyant.

Continuité car la publication de ce livre est logique. De par son handicap, Guillaume a développé son imaginaire via l'écrit. C'est d'ailleurs grâce à son univers virtuel, accessible via Internet, qu'il a rencontré bon nombre de ses amis parmi lesquels je suis fier de compter.

 

Comment expliquer à des personnes qui ont toujours pu compter sur leurs yeux ce que signifie d'être malvoyant ? Comment montrer ce qu'on ressent devant des portes qui se ferment avant même d'avoir pu être ouvertes ? Quel travail de titan d'en rédiger une réponse exhaustive et pertinente ! Plus encore quand il s'agit de permettre au lecteur de s'y immerger.

Pour assurer le réalisme de l'histoire, j'ai aidé Guillaume dans la relecture, notamment en ce qui concerne le contexte culturel japonais. Ce qui a engendré de nombreuses discussions enjouées, à littéralement simuler les dénouements possibles et leurs implications à long terme.

 

Le projet de Guillaume a atteint une dimension supérieure quand il a décidé d'utiliser ses voyages au Japon pour effectuer les visites et interviews nécessaires à la finalisation du roman. Blind Spot s'inscrit donc également dans une démarche d'échange culturel franco-japonais.

 

Tout cela a fait partie d'une étape extrêmement importante de l'évolution personnelle de Guillaume. Tel que je le vois, il a appris à connaître son handicap, à l'accepter pleinement et à le transcender.

 

 

DarkSoul est un passionné d'animation japonaise, faisant le lien entre organisateurs français et invités japonais d'envergure. Mangaka, réalisateurs, producteurs de studio d’animation, … Nombreux sont les contacts qu'il met au service d'associations et de l'école EPITA, dont il est diplômé. Aujourd'hui, il est ingénieur informatique au Japon.

 

Chapitre 1
Premier virage

Ma première année de lycée avait été quelque chose de complètement nouveau pour moi. Je ne sais pas quand tout avait vraiment commencé à changer. Peut-être était-ce juste le premier virage de ma vie, ou peut-être que je ne faisais que commencer à réaliser le gigantisme du monde qui m’entourait. C’était finalement une expérience très effrayante et excitante à la fois.

— Je serai votre professeur principal cette année. Je me suis déjà présentée hier, mais comme je suis certaine que plusieurs d’entre vous n’écoutaient pas... Je m’appelle...

Et l’enseignante, probablement la trentaine bien avancée, à ce que je pouvais voir et entendre, commença à écrire son nom au tableau. C’était à ce moment que j’avais arrêté de faire attention et que j’avais porté mon regard sur la classe qui m’entourait, ou plutôt vers les élèves qui étaient directement à côté de moi. À ma gauche, une fille me fit un sourire et un petit salut de la main quand elle remarqua que je la regardais.

C’était Karen, l’une de mes deux meilleures amies. Sa mère était japonaise, et son père américain, ceci expliquant le nom à consonance étrangère. Karen était une fille plutôt athlétique, avec une silhouette fine et de jolies courbes. Ça ne me surprenait pas que la plupart des garçons tournent la tête en la voyant passer. Son visage était presque parfait, avec de longs cheveux bleus foncés qui allaient normalement jusqu’à son dos. Sauf que depuis ce jour-ci, elle avait décidé de les porter en queue de cheval avec un ruban blanc pour les attacher. Attendez, ce n’était pas bleu clair plutôt ? Ah, ça n’avait pas d’importance, en fait. On avait beau dire que les couleurs étaient liées aux émotions, un ruban bleu ou blanc ne changeait finalement rien du tout.

Elle semblait autant plongée dans l’ennui que moi. Je lui fis un sourire en retour et elle se pencha alors vers moi.

— Elle s’appelle Eriko Kasuga, me chuchota-t-elle en pointant du doigt le tableau noir et notre professeur principal.

— Oh, merci.

Mon regard se porta alors de nouveau en face de moi, vers ce tableau noir et la femme qui était devant. Je pense qu’elle me souriait. Difficile à dire.

— Bien, il est temps de se présenter, non ? Commençons par la première rangée, d’accord ?

C’est ainsi que commença le long processus de présentation de la classe. C’était plus que nécessaire étant donné qu’il n’y avait que des nouvelles têtes. Notre école était assez importante, et couvrait le collège et le lycée. C’était plutôt rare que des étudiants soient transférés ici durant le collège, et la plupart des transferts prenaient place lors de la première année de lycée. Mes parents avaient décidé de me mettre dans cette école surtout pour m’éviter la douloureuse expérience de redécouvrir un nouvel environnement durant la transition du collège au lycée.

Je n’avais pas vraiment regardé qui se présentait. Leurs voix et leurs discours étaient suffisants pour me faire une idée de quel genre de personnes ils ou elles pouvaient être.

Ah, c’était maintenant au tour de Karen. Elle se leva, comme tout le monde avant elle.

— Je m’appelle Karen Sakazaki. Mon père est américain, mais il a voulu garder le nom de famille de ma mère, commença-t-elle par expliquer.

Karen souhaitait probablement clarifier les choses dès le début de l’année. C’était un bon plan.

— J’aime le sport et les films, et aussi sortir avec des amis. Ça peut sembler un peu classique, mais c’est comme ça que je suis. J’espère que tout le monde s’entendra bien cette année.

Son discours fit rire quelques élèves. C’était au moins ça de gagné. On ne s’en rend pas compte au début, mais la popularité à l’école devait se gagner à la sueur de son front, parfois même dans le sang et les larmes !

— Merci Sakazaki, dit le professeur, suivante, s’il vous plaît.

J’étais la suivante. Malheureusement, il n’y avait personne pour allumer les projecteurs. Je me suis doucement levée de mon siège, et je regardais face à moi l’enseignante à l’autre bout de la salle de classe, avant de commencer mon petit discours de présentation. J’y avais seulement réfléchi depuis la veille en fait. Ce genre de discours pouvait décider de votre sort pour le reste de l’année parmi vos camarades.

— Je m’appelle Ayako Suzumiya.

C’est là que ça devenait intéressant. Au début je voulais dire que j’aimais les extraterrestres, les voyageurs temporels et les gens doués de pouvoirs extrasensoriels, mais je me suis retenue. Quel cliché !

ch1-01-.jpg

 

— J’aime la musique japonaise et étrangère, ainsi que les manga et les romans. J’aime aussi beaucoup écrire et chanter. J’espère que nous passerons une bonne année ensemble.

J’ai alors salué la classe en me penchant doucement. Oui, je sais, c’était plutôt nul, mais c’était vraiment ce que j’avais trouvé de mieux à dire. Oui, depuis la veille. Oh allez, c’était juste un discours de présentation. Cependant, madame Kasuga n’appela pas l’élève suivant tout de suite.

— Suzumiya aura besoin de toute votre aide et de toute votre attention cette année...

Ah, j’aurais dû m’en douter. Après tout, bien qu’étant dans la même école depuis des années, il y avait beaucoup de nouveaux ici qui ne me connaissaient pas. Pas encore.

— ... car elle souffre d’une déficience visuelle. Elle pourra avoir besoin d’aide pour lire de loin ou écrire. Cependant, elle fait tout comme tout le monde la plupart du temps, comme vous et moi, alors traitez-la comme quelqu’un de tout à fait normal et soyez amicaux envers elle, d’accord ?

C’était bizarre, j’avais toujours l’impression d’être spéciale quand les gens me présentaient de cette manière.

Certains élèves regardèrent dans ma direction, je pouvais le sentir. C’était tout à fait normal. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on se retrouvait dans la même classe qu’une handicapée. La plupart du temps, les enfants comme moi faisaient leur scolarité dans des écoles spécialisées et n’en sortaient pas avant la fin. Ils vivaient avec d’autres filles et garçons handicapés, et restaient confinés dans ces bulles protectrices. Oh bien sûr, une fois qu’ils avaient leur diplôme, ils étaient aussi accompagnés jusqu’à ce qu’ils trouvent un travail, mais quel genre de travail ?

Mes parents ne voulaient pas que ça se passe ainsi, et depuis que j’étais en âge de penser par moi-même, je les remerciais intérieurement tous les jours d’avoir pris cette décision. Le comprendre m’avait demandé du temps.

Oh, ça n’avait pas été facile tous les jours par contre. Certains professeurs avaient apparemment beaucoup de mal pour s’adapter à mon problème, mais en fin de compte, je ne pensais pas devoir me plaindre. J’étais en général parmi les élèves préférés des enseignants. En fait, ça pouvait aussi être une plaie quand on oubliait de faire ses devoirs... Être dorlotée n’avait pas que des avantages.

 

— Ceci étant dit, élève suivant !

Et les discours d’introduction continuèrent jusqu’à ce que l’on arrive à la fin de la liste des élèves de notre classe. Le reste de la matinée fut occupé par quelques informations diverses et variées sur la vie à l’école et une brève description des principaux clubs. Bien sûr, rejoindre un club était grandement encouragé, même si pas obligatoire. Je n’étais pas trop attirée par les clubs à vrai dire. La plupart du temps, j’accompagnais Karen faire ses activités au club d’athlétisme, et j’essayais de la suivre du regard tout en bouquinant. J’aurais toujours pu rejoindre le club de littérature, cependant... J’aurais préféré un club de chorale, mais mon école en était dépourvue.

Quand la cloche sonna, signalant le repas du midi, madame Kasuga vint vers moi alors que je rangeais mes affaires. C’est à ce moment-là que je pus l’observer de plus près. Elle avait de longs cheveux sombres et était plutôt bien habillée, avec un tailleur sobre, mais efficace. Tout ce qu’on devait espérer d’un jeune professeur. Je levai alors la tête lorsqu’elle commença à me parler.

— Suzumiya, si vous avez besoin de quoi que ce soit, venez me voir, d’accord ? Vous me trouverez facilement dans la salle des professeurs, je suis juste à côté de la porte quand on entre, m’expliqua-t-elle.

Elle me sembla plutôt gentille et polie à première vue, mais mieux valait attendre les cours suivants pour s’en assurer.

— Merci, Madame. Je m’en souviendrai.

Je me suis inclinée pour la remercier. J’étais toujours très polie : après tout, comment pouvait-on être en colère contre quelqu’un de poli ? Je n’avais pas l’intention de venir la voir pour le moment, puisque je connaissais bien l’école, y ayant passé quelques années déjà.

Lorsqu’elle me permit de partir, je pus rejoindre Karen, qui m’attendait dans le couloir, et nous sommes ensuite allées à la cafétéria pour le déjeuner.

 

✰☆✰

 

— Alors, qu’est-ce qu’on mange ?

C’était l’éternelle question que je posais à Karen chaque fois qu’on allait manger à la cafétéria scolaire. Savoir ce qu’on allait manger était quand même bien mieux que d’avoir une mauvaise surprise, non ?

— Hum, voyons voir... Il y a des hamburgers aujourd’hui et aussi du katsu curry1.

— Ah, je vais prendre le katsu curry alors, répondis-je, en suivant Karen et en prenant un plateau pour nous servir en repas et dessert.

— Hum, suis-moi, on va aller à une table où il y a quelques-uns de nos camarades de classe, me dit-elle en s’assurant que je tienne bien mon plateau derrière elle.

Je la suivis jusqu’à notre table. Mon premier repas au lycée fut plutôt sans grand intérêt. Je mangeai avec Karen, et quelques-uns de nos camarades. Tout le monde discutait des écoles d’où ils ou elles venaient.

 

— N’oublie pas qu’on a rendez-vous avec Shizuka après les cours, me rappela-t-elle.

Je la contemplais manger son hamburger face à moi.

— Oui... J’espère que tout se passe bien pour elle, à son école...

Shizuka était ma deuxième meilleure copine, et aussi une amie d’enfance. Elle était dans la même école que Karen et moi jusqu’au collège, avant d’aller dans une autre école du voisinage. Elle voulait devenir styliste plus tard, elle avait alors dû choisir un cursus bien spécifique afin d’avoir plus de chances d’entrer dans une école d’esthétisme.

— Je pense, oui. Elle doit être contente de pouvoir enfin faire un pas vers son rêve, continua Karen.

— Tu n’as pas encore pensé à ce que tu voulais faire plus tard ? Tu penses quoi de tous ces discours que les profs nous ont faits lors du discours d’entrée au lycée ? Tu sais, sur le fait de penser à notre avenir, tout ça...

C’était un discours assez banal que les professeurs, et tout particulièrement le principal de l’école, nous faisaient en début d’année. Et chaque année ou presque, on y avait droit : « Pensez à votre avenir. Étudiez bien. Ces quelques années sont charnières ! Etc. » On aurait presque dit que d’une année sur l’autre, ils ressortaient le même discours, mais il y avait des variantes.

— Bah, je n’ai pas vraiment encore trouvé quoi faire, répondit-elle en haussant les épaules.

Karen pouvait parfois être insouciante. Mais c’était mon cas aussi de temps en temps...

— Je dois admettre que je n’y ai pas trop pensé non plus.

— Eh bien, arrêtons de penser à ça. On ira voir Shizuka et on fera un peu de karaoke pour fêter notre première année au lycée.

J’esquissai un large sourire. Je devais admettre que j’aimais le karaoke. Beaucoup, en fait.

 

✰☆✰

 

Notre tout premier cours fut celui d’anglais, avec madame Kasuga justement. L’anglais ne me déplaisait pas, la sonorité et le ton de la langue raisonnaient plutôt bien à mes oreilles. J’ai toujours eu du mal pour le parler couramment, mais lire de petits romans en anglais m’avait beaucoup aidée au niveau du vocabulaire. Évidemment, Karen était plutôt aidée aussi en la matière avec ses fréquents voyages à l’étranger.

Alors que le cours commençait, je plaçai mon ordinateur portable sur mon bureau et je l’ouvris. Pourquoi avais-je un ordinateur portable, vous demandez-vous ? Eh bien, depuis toute petite, j’ai été entraînée à taper avec des machines à écrire. Je n’étais donc pas très douée au stylo. On pourrait même ajouter que j’étais lente avec, mais je m’en moquais. J’écrivais sur un ordinateur portable que mes parents m’avaient acheté quelques années plus tôt, pour l’école. Chaque fois que cela était possible, les professeurs me donnaient des documents sur CD ou clé USB, pour que je puisse les lire à l’écran, les agrandir et changer le contraste de la page. C’était vraiment pratique pour moi, mais j’aurais préféré que ce portable soit plus petit, et plus léger aussi. Il pesait un peu lourd dans mon sac et prenait pas mal de place sur les petits bureaux que nous avions. Il fallait pouvoir loger beaucoup d’étudiants dans une classe, et les bureaux étaient étudiés en conséquence.

Mettons les choses au point : je n’étais pas fan des ordinateurs. Bien sûr, ils étaient bien pratiques, mais ils ne m’intéressent pas plus que ça non plus. Je les utilisais juste comme des outils, puisque je ne pouvais pas lire et écrire normalement. Ah, et puis ils pouvaient être très utiles quand un cours devenait très ennuyeux. Je pouvais écrire sur un autre fichier ou lire autre chose sans que les professeurs s’en rendent compte. Oui, je pouvais être vile parfois aussi.

Karen était assise à ma gauche. Normalement les places étaient décidées aléatoirement au début de l’année scolaire, mais j’obtenais toujours un traitement spécial. Karen et Shizuka aussi, puisque, c’était un fait connu, nous étions de bonnes amies et qu’elles m’aidaient beaucoup. Mon siège et mon bureau étaient souvent près d’une prise de courant pour que je puisse mettre en charge mon portable chaque fois que j’étais en classe.

Au collège, certains camarades étaient plutôt jaloux que j’aie un ordinateur tout le temps avec moi, en m’accusant de regarder des films ou de jouer à des jeux pendant les cours. Je ne pouvais pas prouver le contraire, tout comme ils ne pouvaient pas prouver qu’ils avaient raison. J’avais donc décidé de les ignorer.

Les cours pouvaient être très ennuyeux parfois, comme je le disais. Me promener avec un ordinateur portable dans mon sac me faisait ressembler à une fillette pourrie gâtée par l’argent de ses parents, et qui pouvait potentiellement avoir tout ce qu’elle voulait, d’autant plus que les professeurs me dorlotaient la plupart du temps. Grâce à Shizuka et Karen (surtout Karen en fait) qui me défendaient toujours, je me sentais un peu plus en sécurité. Les pensées de jalousie de certains m’atteignaient tout de même sans qu’ils ne le fassent exprès.

Mais maintenant tout ça, c’était du passé ! Je venais d’entrer au lycée, et personne n’allait m’ennuyer !

— Ayako... Ferme ce Solitaire tout de suite, me chuchota une petite voix sur ma gauche, tel un ange gardien.

C’était Karen, bien entendu.

— Oh, mais c’est tellement chi...

Une autre voix vint m’interrompre depuis l’autre bout de la salle.

— Suzumiya, pourriez-vous nous lire le reste de l’article ?

... Zut.

 

✰☆✰

 

Je soupirai encore lorsque les cours furent terminés pour la journée. J’avais réussi à faire croire que je faisais attention tout à l’heure, pendant le cours d’anglais. Mon honneur était sauf, au moins.

Karen me tapota l’épaule.

— Dis donc, tu devrais trouver un boulot de diplomate ou quelque chose comme ça, tu as eu chaud.

J’avais essayé d’expliquer que je cherchais où on était exactement dans le texte, vu que je ne faisais qu’écouter pour reposer mes yeux. Oui, c’est ce que j’avais dit à le professeur. Oui, elle y avait cru, heureusement pour moi.

— Ce n’est pas très marrant, Karen, répondis-je, en rangeant mon ordinateur dans mon sac. J’étais encore un peu embarrassée. Ce n’est pas comme si quelqu’un avait pu s’en rendre compte, je pense, mais je ne voulais pas attirer l’attention de cette manière.

— Oh, tu devrais me remercier, j’ai essayé de te prévenir que la prof regardait de ton côté, dit-elle avec un large sourire.

— D’accord, d’accord, je vais te payer ta boisson au karaoke.

— Enfin, faire ça dès le premier jour, tu en as du culot, toi ! ajouta-t-elle en me donnant un léger coup de coude.

— Oh ça va, hein.

 

✰☆✰

 

Une fois en dehors de l’école, Karen passa son bras sous le mien, pour me tenir près d’elle pendant que nous marchions dans les rues vers le karaoke où Shizuka nous attendait probablement déjà. Je ne voyais pas bien du tout dehors, c’est pourquoi Karen me guidait souvent de cette manière, avec son bras tenant le mien. Ça ne semblait pas l’embarrasser du tout, et je dois admettre que je ne l’étais pas trop non plus, même si de loin, les gens pouvaient nous prendre pour un couple, ou bien de très proches amies. Nous étions quand même des amies très proches.

Alors que l’on approchait du karaoke, une jeune fille aux cheveux châtains et un serre-tête jaune nous fit signe. Son uniforme était assez contrasté par rapport au nôtre, bien plus classe, en fait. Il était composé d’un blazer brun, d’une chemise blanche et d’une cravate, tout cela avec une jupe grise. À côté de ça, mon uniforme et celui de Karen étaient beaucoup plus simples : le classique uniforme marin, avec une jupe plissée bleu marine.

— Vous êtes en retard les filles, fit Shizuka avec un sourire, en nous pointant du doigt.

— Salut Shizuka, dis-je en observant son uniforme un peu plus tandis que l’on s’approchait d’elle.

— Bah, les cours se sont terminés plus tard que prévu, et tu sais que j’ai toujours mon petit bébé à trimballer.

Karen pouvait être taquine parfois.

— Mais euh !

Elles ne perdaient rien pour attendre. Ma réaction fit rire Shizuka.

— Bon, allons-y, sourit-elle, on aura tout le temps de discuter une fois assises autour d’un micro !

Ai-je oublié de mentionner que Shizuka aussi adorait le karaoke ?

ch1-02-.jpg

 

 

✰☆✰

 

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Fraisie, la magie de la pâtisserie

de univers-partages-editions

Otaku Tōkyō isshūkan

de univers-partages-editions

Fraisie, okashi no mahoo

de univers-partages-editions

suivant