Brotherband - Tome 2 - L'Invasion

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"Hal et ses amis ont réussi l’impossible : ils ont vaincu les guerriers les plus forts et les plus talentueux de toute la Skandie. Contre toute attente, ils ont remporté le tournoi des Brotherbands ! Pour les récompenser, Erak, l’Oberjarl, leur confie la garde de l’Andomal, le trésor le plus précieux des Skandiens. Mais la fête est de courte durée. Durant la nuit, le pirate Zavac parvient à s’emparer du trésor et à prendre la fuite. S’ils veulent laver leur honneur, Hal et ses amis n’ont pas le choix. Ils doivent absolument retrouver l’Andomal. Il leur faudra pour cela traverser une mer déchaînée, survivre à un hiver particulièrement rigoureux et combattre une bande de pirates sans foi ni loi, prêts à tout pour garder leur butin. Malgré leur entraînement et l’aide de Thorn, l’un des plus grands guerriers skandiens, Hal et l’équipage du Héron auront bien du mal à rentrer chez eux avec l’Andomal… et même en vie tout court ! "
Publié le : mercredi 25 mars 2015
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EAN13 : 9782013975599
Nombre de pages : 432
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Ce roman est dédié à mon frère, Peter, qui fabriquait
les meilleures épées de bois qui soient !

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Puisqu’il est souvent question de navires dans ce roman, j’ai cru bon d’expliquer ci-dessous quelques-uns des termes que vous rencontrerez au fil de votre lecture.

Soyez rassurés, l’ouvrage ne regorge pas pour autant de détails techniques, et même si la navigation n’est pas un domaine qui vous est familier, vous comprendrez sans peine, j’en suis certain, le déroulement des événements. Mais il était nécessaire d’inclure un tant soit peu de terminologie maritime afin que le récit demeure réaliste.

Voici donc, dans le désordre :

 

Proue : partie avant d’un navire.

Poupe : partie arrière d’un navire.

Bâbord et tribord : parties du navire situées à la gauche et à la droite d’un observateur tourné vers la proue.

« Bâbord » s’écrivait autrefois « bas bord », puis « basbord ». « Tribord » est un emprunt au néerlandais « stierboord », qui signifiait « bord où se trouve le gouvernail », car celui-ci était toujours placé sur le côté droit d’un navire.

Lorsqu’un bateau entrait au port, c’était son flanc droit qu’on amarrait à la jetée, sans doute parce que l’équipage et les passagers accédaient au navire par son côté droit.

Un moyen mnémotechnique pour éviter de confondre ces deux termes : « tribord » comporte un « i », comme le mot « droite », et « bâbord » un « a », comme le mot « gauche ». Facile, pas vrai ?

De l’avant : en direction de la proue.

De l’arrière : en direction de la poupe.

Coque : corps d’un navire.

Quille : pièce inférieure d’un bateau, allant de la proue à la poupe.

Défense : objet protégeant le bord extérieur d’une embarcation contre les chocs et les frottements.

Gouvernail : dispositif placé à la poupe, muni d’une barre, et qui sert à diriger le navire.

Bau : poutre principale placée en travers d’un navire, et qui maintient l’écartement de la coque.

Vergue : espar (longue pièce de bois) placé sur le mât, servant à porter et à tendre la voile qui y est fixée.

Tête d’un mât : haut du mât, vigie (poste d’observation élevé).

Pavois (ou bastingage) : partie de la coque située au-dessus du pont.

Plat-bord : ensemble des planches horizontales qui surmontent les bords d’un navire.

Cabillot : cheville de bois servant à attacher les cordages.

Tolet : tige de bois enfoncée dans le plat-bord et qui sert à maintenir un aviron en place.

Girouette : pavillon permettant d’indiquer la direction du vent.

Loch : instrument constitué d’un flotteur et d’une ligne, et dont les marins se servaient pour mesurer la vitesse d’un navire.

De travers au vent : naviguer perpendiculairement à la direction du vent.

Virer vent devant : changer de direction d’un côté puis de l’autre, avec le vent frappant le navire par la proue.

Si le vent vient du nord, il suffit de virer vent devant une seule fois pour se diriger vers le nord-est ; on peut alors garder cette course aussi longtemps que nécessaire.

En revanche, si le vent vient du nord et que l’on souhaite se diriger dans cette même direction, il faut naviguer en zigzag, tantôt à droite, tantôt à gauche de la route à suivre pour gagner un point que le vent contraire ne permet pas d’atteindre directement : ce qu’on appelle « louvoyer », « tirer des bordées » ou « remonter au vent ».

Virer vent avant / vent arrière : quand un navire « vire vent avant », il se place face au vent ; quand il « vire vent arrière », il se détourne du vent, avec le vent frappant le navire par la poupe, décrivant un virage beaucoup plus large le temps que dure la manœuvre. Cette méthode était plus sûre pour les drakkars.

Courir une bordée : parcourir un chemin sans virer de bord, lorsque le vent souffle sur le côté.

Courir vent arrière : se dit lorsque le vent est en poupe, ce qui permet de conserver une bonne allure.

Lof : côté du navire qui est frappé par le vent. « Aller au lof » ou « venir au lof » signifie « aller au plus près du vent ». Lorsqu’un navire lofe, on dit aussi qu’il « serre le vent ».

Dérive : déviation d’un bateau par rapport à sa route sous l’action des courants ou des vents.

Ris : chacune des bandes horizontales d’une voile que l’on replie autour de la vergue pour diminuer la surface de la voilure en cas de mauvais temps ou si le vent forcit. On dira alors qu’on « prend un ou des ris ». En revanche, lorsque l’on largue un ris, on détache les garcettes, les cordelettes qui retiennent une partie de la voile repliée sur la vergue, de manière à l’exposer à nouveau au vent.

Drisse : cordage servant à hisser une voile le long du mât.

Étai : gros cordage servant à soutenir le mât. Le galhauban permet de maintenir le mât vers l’arrière ; l’étai de misaine permet de maintenir le mât vers l’avant du navire.

Hauban : cordage qui assure le soutien latéral du mât.

Écoute : cordage fixé à l’angle arrière inférieur d’une voile, servant à l’orienter et à la régler par rapport au vent, à sa force et à sa direction. En cas d’urgence, on peut donner l’ordre de « filer » ou de « larguer les écoutes » : on laisse alors aller la voile afin d’arrêter ou de faire ralentir le navire. Lorsque l’on « borde les écoutes », on tend les voiles par leur bord inférieur.

Embraquer : tendre un cordage par l’effort des bras afin de le raidir.

Sous voiles : si un bateau est sous voiles, cela signifie qu’il est en route.

Culer, nager à culer : faire marche arrière, ramer à rebours.

 

Maintenant que vous connaissez les termes maritimes les plus courants, bienvenue à bord !

John Flanagan

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— On ne peut pas continuer comme ça, déclara Stig.

Les yeux rougis par l’eau salée et la fatigue, Hal regarda son ami. Cela faisait près de dix jours que le jeune skirl était à la barre du Héron. Des vents cinglants ne cessaient de souffler du sud-ouest, obligeant le navire à louvoyer constamment par tribord – ce qui n’était cependant pas plus mal, étant donné que l’équipage n’avait pas encore eu l’occasion de réparer la vergue de bâbord, brisée lors de la dernière épreuve des Brotherbands.

Jusque-là, Stig avait bien essayé de seconder son capitaine. Toutefois, les vagues de la Grande Écumeuse étaient si hautes qu’elles inondaient régulièrement le pont du petit bateau, contraignant quatre membres de l’équipage à écoper sans répit avant d’être relayés toutes les heures par leurs camarades. Quand l’une des équipes avait terminé, les garçons s’affalaient, trempés et épuisés, et dormaient quelques instants, indifférents à l’eau de mer glaciale qui les éclaboussait. Par conséquent, Stig avait rarement le temps d’aider Hal – et celui-ci n’appréciait guère de céder sa place au gouvernail : il se sentait responsable de la sécurité du navire et de son équipage.

Stig jeta un coup d’œil inquiet vers le sillage du Héron. Aucun signe de poursuite.

— Tu ne crois qu’on est assez loin de Hallasholm, maintenant ? demanda-t-il à Hal. On pourrait ralentir l’allure.

Désobéissant aux ordres de l’Oberjarl, Erak Starfollower, les garçons avaient quitté la capitale skandienne avec l’espoir de récupérer l’Andomal, l’objet le plus sacré que possédait leur peuple. Ils étaient partis sur le Héron, qu’Erak avait eu l’intention de confisquer. Ce dernier, à n’en pas douter, ordonnerait à ses hommes de prendre le navire en chasse. Stig n’osait imaginer quel châtiment leur serait réservé, à lui et à ses compagnons, si les loups des mers parvenaient à les rejoindre.

— Je ne veux pas prendre le risque d’être rattrapé, répliqua Hal.

Stig haussa les épaules et parcourut du regard les flots déchaînés.

— Ils ne nous rattraperont pas si nous sombrons, c’est certain, fit-il observer.

— C’est vrai, reconnut son ami. Et si ça se trouve, ils n’ont même pas encore appareillé. La tempête fait rage depuis notre départ.

Qu’ils soient poursuivis ou non, il était toutefois temps de jeter l’ancre dans un endroit sûr. Hal avait l’impression que le vent avait forci depuis une demi-heure ; les vagues étaient bordées d’écume blanche. Il fit signe à Stig de le remplacer au gouvernail, puis se glissa sous la petite tente de fortune qu’il avait installée à la poupe, un lieu abrité où il avait également rangé ses instruments de navigation et quelques parchemins – la plupart étaient couverts de notes prises lors des leçons dispensées par les instructeurs des Brotherbands.

Il étudia la carte de la Grande Écumeuse pendant quelques minutes avant de trouver ce qu’il cherchait. La majorité des baies et des criques de la côte est s’ouvraient sur le sud-ouest – face aux vents et à la mer. Il repéra néanmoins une petite anse dont l’entrée donnait au nord et dont le rivage, surélevé au sud-ouest, était susceptible de l’abriter des intempéries. L’endroit idéal pour établir un campement en attendant que le temps s’améliore.

Après avoir soigneusement enveloppé ses documents dans un morceau de toile huilée, le jeune skirl sortit de la tente. Une vague l’aspergea aussitôt. En crachotant, il s’agrippa au galhauban et, sans perdre l’équilibre en dépit du tangage incessant, grimpa sur le pavois de la poupe afin d’étudier le littoral, à quelques milles de là.

Très vite, il distingua l’anse qui figurait sur la carte : un haut promontoire flanqué de falaises et dépourvu de végétation. Les parois de granit noir tranchaient nettement avec les pins aux teintes vert-gris qui couvraient le reste de la côte.

Hal bondit lestement sur le pont et reprit la barre. Thorn, jusqu’alors blotti près du mât dans sa veste en peau de mouton trempée, vint rejoindre le jeune skirl et son second.

— T’envisages de jeter l’ancre ? s’enquit-il.

— J’ai repéré une petite baie à deux milles environ, répondit Hal.

Le vieux loup des mers acquiesça. Non que le garçon ait besoin de son assentiment. Les Skandiens considéraient qu’un skirl, quel que soit son âge, régnait en maître absolu sur son navire. Hal était toutefois content que Thorn approuve la manœuvre : il aurait été absurde d’ignorer le point de vue d’un homme aussi rompu à la navigation.

Ils faillirent manquer l’entrée de l’anse. À cause de la pluie et des embruns, la visibilité était mauvaise et la petite embouchure située près du promontoire était surmontée d’une haute colline boisée donnant l’impression que le littoral se prolongeait de manière ininterrompue. Au dernier moment, tandis que le Héron grimpait sur la crête d’une vague, les yeux perçants de Thorn repérèrent une plage de sable.

— Là-bas ! s’écria-t-il, tendant la pince en bois fixée à l’extrémité de son bras droit.

Stig et Hal échangèrent un bref regard. Le skirl n’avait plus le temps de lancer d’ordres à son second, qui s’empressa d’appeler Jesper et Stefan à la rescousse ; tandis que Hal virait à bâbord afin que le navire coure vent arrière, les membres de l’équipage, larguant légèrement les écoutes, orientèrent la voile pour que celle-ci soit placée à angle droit de la coque.

Le Héron se mit à glisser sur les flots, pareil à une mouette. La sensation de vitesse était certes enivrante, mais Hal gardait l’œil sur les vagues solitaires susceptibles de déferler à l’arrière du navire et d’inonder le pont. Par un temps pareil, il était conseillé de redoubler de vigilance.

Au bout de quelques minutes, voyant Thorn lui jeter un regard interrogateur, le jeune skirl hocha la tête : ils étaient assez proches de la côte pour virer de nouveau. Alors qu’il pesait sur la barre afin de faire pivoter la proue à tribord, Stig, Jesper et Stefan bordèrent les écoutes : la voile se tendit aussitôt face au vent. Les mouvements du Héron se firent plus saccadés, les vagues frappant à présent le flanc de la coque. Les yeux rivés vers le rivage, Hal jaugea la dérive du navire et rectifia sa course de façon à ce qu’il puisse entrer aisément dans la baie.

Dès qu’ils eurent dépassé les hautes falaises, les rafales et les vagues s’apaisèrent ; le bateau se redressa, sa proue ornée d’un héron sculpté fendant les eaux paisibles de la crique. Les garçons soulagés s’assirent sur les bancs des rameurs et reposèrent les seaux dont ils s’étaient servis pour écoper. Hal se rendit alors compte que son équipage était au bord de l’épuisement ; il avait eu raison de chercher un abri, songea-t-il.

Il dirigea le bateau vers la plage de sable, au-delà de laquelle s’élevaient des collines boisées.

— Bienvenue dans la Baie des Hérons ! dit-il à Stig.

— C’est son vrai nom ? demanda son ami, surpris.

Hal lui adressa un sourire las.

— Ça l’est, désormais.

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Les deux premières nuits, Thorn et les garçons dormirent à bord du navire échoué sur le sable, protégés des intempéries par une lourde toile tendue au-dessus du pont. Après dix jours passés en mer à supporter, même dans leur sommeil, le tangage du Héron, il était appréciable de se détendre sans avoir à prendre garde aux secousses inopinées du navire. Toutefois, au matin du deuxième jour, ils entreprirent de bâtir un abri permanent, semblable à la grande cabane dans laquelle ils avaient vécu pendant l’entraînement des Brotherbands.

Avant leur départ précipité, quand Stig était allé récupérer leurs armes et leurs outils sur le campement, le garçon avait eut la présence d’esprit d’emporter la large bâche qui leur avait servi de toit ; après l’avoir roulée, il l’avait rangée à bord du Héron, sachant qu’elle pourrait leur être utile. Hal et les autres le félicitèrent d’y avoir pensé.

Ils coupèrent et élaguèrent des arbrisseaux et des branches pour bâtir la charpente, au-dessus de laquelle ils tendirent la toile. Même si les murs de l’abri étaient moins hauts que ceux de leur cabane précédente, les garçons pouvaient y tenir debout. Ils calfeutrèrent les parois de rondins à l’aide d’un torchis d’herbe et de boue ; ils étaient ainsi protégés du vent, sauf quand celui-ci soufflait en bourrasques. Mais ce n’étaient pas quelques courants d’air qui auraient pu décourager les Hérons, jeunes et pleins d’entrain.

Thorn préférait dormir sur le bateau, où il se sentait plus à son aise, et ses compagnons respectaient son choix. Le vieux loup des mers, qui avait vécu seul des années durant, avait besoin de tranquillité. Du reste, il avait beau apprécier la compagnie des garçons, ceux-ci avaient tendance à se montrer bruyants, à se chamailler et à échanger des plaisanteries trop éculées au goût de Thorn.

Une fois que l’abri principal fut terminé, Hal, avec l’aide d’Ingvar, toujours aussi serviable, construisit un cabanon dont il fit son atelier. Puis, accompagné de Stig et d’Ingvar, il se rendit dans la forêt afin de trouver un tronc qui remplacerait la vergue brisée. Il fallut plusieurs heures au jeune skirl pour choisir un petit arbre. Stig le coupa et ce fut Ingvar qui le porta jusqu’au campement ; là, ils ôtèrent l’écorce et le laissèrent sécher pendant quelques jours. Hal tailla la pièce de bois, la fixa sur le pont du bateau et y attacha la voile de bâbord. Une fois sa tâche achevée, il se sentit enfin soulagé : il n’aurait plus à gouverner un navire endommagé. Le Héron était désormais prêt à reprendre la mer.

Le jeune skirl répartit les corvées entre ses compagnons, chacun d’eux étant chargé de cuisiner à tour de rôle. Mais cet arrangement ne dura pas longtemps. Après que Stig, Ulf et Wulf eurent préparé plusieurs repas, Edvin jugea bon de protester.

— Je ne vous ai pas suivis jusqu’ici pour mourir empoisonné, déclara-t-il d’un ton acerbe. À partir d’aujourd’hui, je m’occuperai de la cuisine.

Et puisqu’il avait su déployer quelque talent en ce domaine, ses camarades furent ravis de lui céder la place. En échange, Hal lui épargna d’autres tâches, tels le ramassage du bois et la recherche d’eau douce. Au bout de deux ou trois jours, Edvin alla trouver Hal pour lui faire part d’une autre requête.

— Nous avons quantité de victuailles, mais un peu de viande fraîche et de poisson ne nous ferait pas de mal.

La baie regorgeait de poissons, et Stig et Stefan, excellents pêcheurs, entreprirent d’approvisionner le campement en brèmes de mer et en flétans. Hal et Jesper, de leur côté, allèrent chasser du petit gibier dans la forêt en compagnie d’Ingvar, qui, toujours aussi loyal, suivait son skirl comme son ombre. Il était malheureusement un peu trop bruyant au goût de Hal, et ne cessait de trébucher dans le sous-bois et de se cogner aux arbres. Par conséquent, même s’ils repérèrent de nombreuses traces du passage de lièvres et d’oiseaux, ils ne croisèrent pas le moindre animal. Au bout d’un moment, Hal se tourna vers le grand gaillard et posa la main sur son bras.

— Je suis désolé, Ingvar, mais tu n’es pas assez discret. Tu fais fuir le gibier. Mieux vaut que tu nous attendes ici, d’accord ?

Ingvar était fort dépité. Depuis qu’il appartenait à l’équipage de Hal, il avait enfin l’impression de se sentir utile et d’avoir un but dans l’existence. Par le passé, personne ne lui avait jamais proposé de prendre part à la moindre activité de groupe. Puis, en tant que membre d’un Brotherband, il avait contribué à la réussite de son équipe. Son skirl était le premier à lui avoir fait confiance, et l’idée qu’il puisse le décevoir ne lui plaisait pas. Cependant, au fond de lui, il savait que Hal avait raison : il était si maladroit qu’il ne pouvait participer à la chasse, mais maintenant que le gros des travaux était achevé, il était désœuvré.

— Bon, comme tu veux, finit-il par répondre en s’asseyant contre une souche.

— Ne t’inquiète pas, Ingvar, ajouta Hal, auquel la déception du gaillard n’avait pas échappé. J’ai d’autres tâches à te confier, et tu es le seul à pouvoir t’en charger. Patience.

Laissant Ingvar un peu rasséréné, Hal et Jesper s’enfoncèrent dans le bois. Presque aussitôt, l’absence de leur compagnon porta ses fruits : moins de cinquante mètres plus loin, à l’autre bout d’une grande clairière, ils virent un lièvre dodu qui grignotait de la mousse près d’un tronc couché. Jesper tendit le doigt vers l’animal. Sans se presser, Hal s’empara de son arbalète, qu’il avait passée en bandoulière. Il plaça le pied dans l’étrier et, des deux mains, ramena vers lui la corde épaisse qui, avec un petit cliquetis, se fixa dans l’encoche prévue à cet effet.

Le lièvre redressa la tête, aux aguets. Les deux garçons se figèrent. Le museau de l’animal frémit, ses longues oreilles pivotèrent d’un côté, puis de l’autre. Par chance, Hal et Jesper se trouvaient sous le vent ; retenant leur souffle, ils attendirent que l’animal se rassure et se remette à manger.

Hal prit ensuite un carreau qu’il encastra contre la corde tendue. Il posa l’arbalète sur son épaule et releva la petite mire graduée. Puisqu’il n’était qu’à une vingtaine de mètres de l’animal, il pouvait tirer droit sur la cible sans qu’il soit besoin de relever l’arme. La main sur la gâchette, il inspira et déclencha le mécanisme.

La corde claqua, libérant le carreau qui fila vers l’animal.

— Je l’ai eu ! s’exclama le garçon, triomphant.

Il traversa la clairière en courant, suivi de Jesper.

— Tu l’as eu, ça ne fait aucun doute, dit ce dernier d’un ton sec en contemplant le lièvre.

La lourde pointe en fer du carreau, conçue pour s’enfoncer dans une cotte de mailles, avait transpercé l’animal avec une telle violence qu’il ne restait plus grand-chose de sa dépouille. L’arbalète, peut-être utile lors d’une bataille, ne convenait assurément pas pour chasser du petit gibier.

— On ferait mieux de tendre des pièges, conclut Jesper.

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Jesper et Stefan se querellaient de nouveau. Le temps était épouvantable : le vent ne cessait de souffler et des grains venus de la mer s’abattaient sans répit sur la plage. Il y avait même eu quelques chutes de neige. Par conséquent, les garçons passaient des heures sous leur abri, étendus sur leurs sacs de couchage, les yeux rivés sur le plafond de toile. Inévitablement, des disputes éclataient – une façon comme une autre de se distraire. Les jumeaux, Ulf et Wulf, se chamaillaient constamment, mais cela n’avait rien d’inhabituel ; en revanche, leur mauvaise humeur devenait contagieuse.

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