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Ça déménage au 6B

De
78 pages
Grégoire élève dans la cave de son immeuble des NAC (nouveaux animaux de compagnie). Les locataires de l'immeuble se croisent beaucoup dans les caves, chacun pour des activités différentes. Il se passe toujours quelque chose au 6B.
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Illustration de couverture
de Bruno Gibert
Intenses activités clandestines dans les caves du 6b. Grégoire y élève araignées, serpents et scorpions, bien au chaud dans des terrariums. Les deux frères du premier y cultivent du cannabis, tandis que le vieux locataire du quatrième y promène son rat. La police découvre le trafic d’herbe, coupe l’électricité. Si Grégoire n’agit pas, c’est la mort assurée pour tous ses fragiles protégés. Chronique joyeuse d’un immeuble et de ses habitants, où une mère bourgeoise se révèle rebelle, son fils cancre dévoile ses talents, le vernis de sa grande fille parfaite se craquelle et où l’on assiste à la naissance, très rare, d’une portée de mygales, très attendrissantes.
Collection animée par Soazig Le Bail, assistée de Claire Beltier.
À Éric
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Grégoire grimpa deux par deux les marches de l’escalator du métro débouchant sur laplace Gartinale. La tête baignée par la lumière du jour, il ralentit l’allure, scannant discrète ment les silhouettes alentour. À l’affût. Saufqu’il n’avait rien d’un chasseur et tout de la proie. Près de lui, les passants passaient, rassu rants, affairés. Pas d’uniforme, pas de gyrophare. Alors, Grégoire porta son regard vers l’autrecôté de la place. L’homme – ou plutôt l’ado, il ne semblait pas tellement plus âgé que Grégoire – l’attendait. Impossible de le rater! Dos penché et fesses serrées,ilparcouraitnerveusementleboutdetrottoir reliant le parking des vélos à l’entréedu parc. Aller, retour. Aller, retour. Il aurait voulu paraître suspect qu’il n’aurait pas trépigné autrement.Maislesacquiltenaitàboutdebrasétait en papier. Un bon point pour lui, songea Grégoire. Du plastique l’aurait inquiété. Encore quelques pas, et Grégoire récita la phrase convenue ensemble lors de leurs échanges par mail: – C’est pour ma commande spéciale.
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Le fournisseur sursauta et le dévisagea avec méfiance. – T’as le fric? – Oui, mais je vérifie l’état de la marchandise. – OK, là, sur le banc. Assiedstoi et urge. Grégoire posa ses pieds sur le banc, prenant le dossier comme assise. L’homme se mor dillait la lèvre inférieure. Quand Grégoire eut ouvert la boîte contenue dans le sachet enkraft, l’homme déclara: – Y a pas les papiers, t’étais prévenu. File moi la thune. Grégoire fit pivoter son sac à dos jusque sur ses genoux. Il y plongea la main. L’homme lui arracha l’enveloppe qu’il en tira. Nerveux,il compta les billets à l’abri des regards, sousla capuche démesurée version chaperon rouge de son jogging. – C’est bon. Sans un mot de plus, il se leva, traversa la place à grandes enjambées et s’engouffra dans la bouche de métro.
Grégoire glissa délicatement la boîte aufond de son sac à dos avant d’enfiler les bretelles pour le porter sur le ventre. Pas question de risquer d’endommager son nouveau bébé dans une bousculade. Une dernière vérification à la ronde ne révéla rien de suspect. Une femme s’avançait, une
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poussette à la main, inondant de consignesdeux jeunes enfants à vélo, momifiés dans leurs manteauxécharpesbonnets. Grégoire se joignit à elle pour pénétrer dans le parc. Dans l’im mense dressing que sa mère approvisionnait avec constance et efficacité, il avait pioché l’uni forme parfait pour se fondre dans l’anonymat: jean, Converse usées, mais pas trouées, Tshirt graphique, un cuir. Il s’enfonça dans une allée latérale. De l’autre côté, une bouche de métro l’avalerait.
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M. Machilosky s’estimait gâté par la vie.Il occupait cette place de concierge depuis plus de vingt ans; vingtdeux ans, trois mois et dix huit jours pour être précis. L’immeuble hauss mannien, situé dans l’un des quartiers les plus huppés de la capitale, avait de quoi le remplir de fierté: une rue calme et propre, un large porchedentréeferméparunemonumentaleporte de bois; avec un peu d’imagination, on aurait pu y voir s’y engouffrer une calèche atte lée. La cour, qu’il entretenait minutieusement, s’affichait pimpante, agrémentée en été de ses fleurs colorées et de mini arbres fruitiers. M. Machilosky prenait également grand soin des nombreux cuivres du bâtiment, astiqués depuis les boutons de l’antique ascenseur à grille jusqu’aux belles boules surmontant la rampe à chaque nouveau palier. Il réceptionnait colis et visiteurs. Il parlait météo à ceux qui aimaient l’entendre. Il travaillait, satisfait de vivre dansla loge spacieuse du rezdechaussée, satisfait d’être payé chaque mois avec régularité, satis fait de toucher de généreuses étrennes en fin d’année.
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M. Machilosky n’avait d’autre ambition que de poursuivre son existence tranquille. Et nul ne mesurait l’ampleur des efforts qu’il déployait pour y parvenir. Cet emploi, M. Machilosky le méritaitaudelà des services qu’il rendait. Pour cause d’expérience bien sûr. Mais aussi, et surtout, parce qu’il veillait à ne jamais voir ce qui devait rester caché. Ainsi, il débranchait, sans dire un mot, le tuyau qui tétait parfois le robinet du local à poubellesetquidisparaissaitsouslaportedessoussols. Il respirait à peine, nez pincé et pou mons recroquevillés, quand une puissanteodeur couvrait celle du froid de l’hiver. Il limi tait ses incursions dans la cave au relevé des compteurs d’eau. Le plus difficile pour luiétait d’ignorer les passages réguliers vers les pièces souterraines. Ceux des deux fils du premierlessacrésgalopinstournentmalengrandissant –, les visites du p’tit Grégoire – presque un homme maintenant –, les allers retours de M. Konkokté… tant de circulation à ne pas remarquer. À force d’application,il finissait par y parvenir. Alors, quand, alerté par le «buzz» de l’en trée, M. Machiloski répondit au salut poli du jeune Grégoire, il ne fit pas que mine de se plongerdansL’Équipe. Il s’immergea vrai ment dans le sport avec toute la concentration
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dont il était capable. Ne pas regarder. Ne pas s’interroger. Le grincement de la porte de la cave ne pourrait le ramener à quai, sa burette d’huile y avait veillé. Parfois, M. Machilosky se sentait fatigué.
Dès la minuterie actionnée, sur les premières marches qui s’enfonçaient vers le couloir qui desservait les caves, Grégoire sortit la boîte de son sac avec douceur. L’odeur saisissante quile prenait à la gorge ne provenait pas de son chargement. Il descendit l’escalier, attentif à ne pas trébucher, trop concentré pour percevoir les autres présences, discrètes, qui le guettaient. – Salut Greg, tu nous espionnes ou quoi? Qu’estce t’as à toujours venir traîner par là? La voix surgie du fond du couloir fit sur sauter Grégoire. Pas assez pour lâcher son pré cieux trésor. Les deux frères s’avançaient verslui, menaçants, barrant toute possibilité d’accès à la porte 6b, la porte de sa cave. Derrière eux, deux pièces illuminées laissaient échapper les effluves de la plantation de cannabis. Un tuyau d’arrosage serpentait le long du couloir, animé par de légères secousses. Irrigation en cours. – Je vois rien, annonça Grégoire, vous faites pareil, c’est pas plus compliqué. – Sauf que toi, tu connais notre business, alors que nous, l’ami Greg, on ne sait pas ce que tu fabriques dans ton abri atomique. C’est quoi
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