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Mon nom est Cerise ; c'est vrai, aujourd'hui les parents ne sont plus obligés de respecter le calendrier, ils peuvent choisir pour leurs enfants tous les prénoms qui leur passent par la tête... Cerise, pourquoi pas ?
J'ai onze ans, je suis en train de peigner la frange de cheveux qui m'arrive presque aux sourcils, et qui ne tient jamais en place. C'est alors que la voix de mon père se fait entendre :
« Tu sors de la salle de bains, oui ? Voilà une heure que tu t'es enfermée, il faut que je te parle ! »
Ma frange ne tombe pas encore exactement comme je le voudrais, tant pis, j'obéis. Dans le salon se trouvent mon père, ma mère et ma petite sœur Françoise, que mes copines appellent Framboise, bien entendu, parce que Cerise et Framboise, ça va bien ensemble. Papa a l'air sérieux, il annonce :
« Nous devons partir en Australie, maman et moi, de toute urgence. Seulement, papy et mamie ne peuvent pas s'occuper de vous. »
Je sens une boule d'anxiété me monter à la gorge. Qu'allons-nous devenir ? Mon père toussote et continue :
 
« Mais, comme vous êtes en vacances, votre tante Odette accepte de vous accueillir.
— Non ! »
 
J'ai crié malgré moi, je n'aime pas tante Odette. Pour beaucoup de raisons ; tiens, une parmi d'autres : un jour, je me souviens, j'étais petite, elle a donné un coup de pied, en passant, à un chat qui ne lui avait rien fait. Est-ce qu'on a le droit de frapper un animal sans défense ? Non... En plus, j'ai toujours eu peur de son mari, l'oncle Asmodée, qui est pourtant le propre frère de maman, mais aussi un savant bizarre, sans cesse occupé à des projets abracadabrants, comme la recherche d'un sirop de jeunesse éternelle, ou la fabrication de pilules pour rêver. Il a toujours l'air affairé, murmure entre ses dents des mots incompréhensibles ; ses cheveux et ses sourcils épais sont hérissés, son regard vous traverse comme si vous étiez une simple vitre, et je me demande s'il sait seulement que j'existe. D'ailleurs, dans la famille, on ne prononce jamais son nom à haute voix, sous peine d'ennuis immédiats. Oui, c'est vrai...
« Écoutez, intervient maman, notre voyage en Australie est indispensable. On m'a signalé la présence dans le désert d'une mouche que je cherche depuis des années. »
Maman est également un savant, elle étudie des insectes, et papa l'accompagne dans ses voyages, il fait des photos, c'est son métier. Des photos, on en trouve partout dans la maison, y compris sur les murs des waters.
Françoise n'a rien dit, je sens qu'elle pense comme moi. Elle n'a pas encore sept ans, elle est gourmande, et elle ne quitte presque jamais son doudou, un pauvre lapin en chiffon, qui est sale et qui pue.
« Enfin, reprend mon père, nous ne serons absents que huit jours. Huit jours, ça passe vite. »
Ma sœur se rebiffe :
 
« Je ne veux pas aller chez l'oncle Asmodée ! »
Boum ! Nous poussons ensemble un cri de frayeur, car un tableau vient de se décrocher du mur, tombant par terre à grand bruit, juste entre papa et maman. Maman lève les bras au ciel :
« Tu vois, fait-elle en regardant mon père, tu vois, je t'avais prévenu que le clou était enfoncé de travers... »
On en revient au voyage. La discussion ne dure pas longtemps, car il n'y a pas à discuter. Ma sœur et moi nous sommes obligées d'aller préparer nos sacs pour le départ, ça presse, nous devons prendre le premier train ce matin même.
« Bah, me dit Françoise, papa a raison, on reviendra vite. Là-bas, on ne fera que lire, jouer avec nos jeux électroniques, et on mangera du chocolat sans nous occuper de l'oncle Asmodée. »
 
À ces mots, un hurlement jaillit du salon, nous nous précipitons...
 
Le hurlement, ce n'était rien, juste le résultat d'un grand coup de marteau sur les doigts de papa qui raccrochait le tableau. Papa est un excellent photographe, mais pour ce qui est du bricolage, c'est autre chose...
Nos parents nous ont accompagnées au train.
« Tante Odette vous attendra à la gare, ne ratez pas l'arrêt. »
Nous ne l'avons pas raté, et tante Odette nous attend sur le quai, comme prévu. C'est une longue femme sèche, à la figure toute ridée. J'imagine en la regardant que l'oncle n'a pas encore trouvé son sirop de jeunesse éternelle.
Françoise me souffle :
« Elle n'est vraiment pas belle.
— Tais-toi », lui dis-je.
Tante Odette nous embrasse du bout des lèvres. On dirait sur mes joues du papier de verre ou une râpe à fromage. En nous installant avec nos sacs à l'arrière de sa voiture, nous avons un mouvement de recul, car, sur le siège avant, se tient un grand coq jaune et gris, un collier autour du cou, et une sorte de muselière fixée sur le bec. Il nous fixe d'un drôle d'oeil, tandis que notre tante nous explique :
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