Chroniques du marais qui pue - Épisode 4

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Le grand retour du Marais qui pue ! On se souvient de ces aventures délirantes, parodies burlesques des romans de chevalerie et d’heroic fantasy. Paul Stewart et Chris Riddell déployaient la même inventivité, la même force d’imagination que dans les Chroniques du bout du monde, mais au service de l’humour et du pastiche. Un régal ! Eh bien, ils ont repris du service et reviennent avec trois nouveaux épisodes toujours aussi drôles. Cette fois, ils élargissent leurs cibles parodiques aux univers de Harry Potter, Narnia, Twilight ou La Croisée des mondes. C’est très drôle et bourré de références !
Publié le : mercredi 6 juin 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782745973900
Nombre de pages : 160
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Dans la même série :

La Chasse à l’ogre

La Grotte du dragon

L’Abominable Docteur Câlinou

 

 

 

 

 

Traduit de l’anglais par Amélie Sarn

 

 

Cet ouvrage a été réalisé par les Éditions Milan
avec la collaboration de Claire Debout.
Création graphique : Bruno Douin
Mise en pages : Pascale Darrigrand

 

Titre original : Muddle Earth Too
Book One : Down with Stinkyhogs
Text and illustrations copyright © Paul Stewart and Chris Riddell 2011
Les auteurs confirment leurs droits moraux.
First published in 2011 by Macmillan Children’s Books
a division of Macmillan Publishers Limited
20 New Wharf Road, London N1 9RR Basingstoke
and Oxford Associated companies throughout the world

 

Pour l’édition française :
© 2012, éditions Milan, pour le texte et l’illustration
300, rue Léon-Joulin, 31101 Toulouse Cedex 9, France
Loi 49‑956 du 16 juillet 1949
sur les publications destinées à la jeunesse.

 

www.editionsmilan.com

 

© 2014, Éditions Milan, pour la version numérique

ISBN : 978-2-7459-7390-0

 

 

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Pour Julie
P. S.
Pour Jo
C. R.

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Prologue

La nuit tombait sur le Marais qui pue où, comme d’habitude, rien ne se passait normalement. Deux des trois lunes avaient oublié de se coucher. Elles brillaient – l’une violette, l’autre jaune – sur les Montagnes aux ogres, qui résonnaient du ronflement des ogres endormis et du cliquetis des bouteilles de lait de souris échassière déposées par les elfes livreurs.

Au même moment, le soleil se levait sur les Montagnes moisies et des nuées de chauves-souris à plumes retournaient se coucher. Au-dessus de la Mare odorante, elles entrèrent en collision avec des oiseaux-dodos mal réveillés qui venaient de prendre leur envol. Ils ressemblaient à des oreillers trop rembourrés à la recherche d’une bataille de polochons.

Les cochonnets roses puants, éveillés par le tohu-bohu, levèrent la tête ; une grenouille péteuse, surprise, explosa. Après avoir piaillé et battu des ailes, les deux groupes de volatiles se reformèrent et se dirigèrent vers le bois des Elfes où l’après-midi ne faisait que commencer.

– Attention, Sandra, les voilà ! grommela un châtaignier. Ces effrontés vont encore se percher sur nos branches sans nous demander la permission !

– Et encore, ce n’est rien, mon cher Trevor, rétorqua en frissonnant un sycomore potelé. Les piverts, ça c’est une calamité !

À Gobelinville, la ville qui ne dort jamais, les gobelins menaient leurs affaires. Les charcutiers charcutaient, les boulangers boulangeaient et les banquiers bâfraient dans des restaurants de luxe.

Pendant ce temps, près du pont des Trolls, la ville qui ne se lave jamais, les épluchures de navets s’entassaient sans que les trolls semblent incommodés. Sous le pont, coulait la Rivière enchantée.

– Caleçons au caramel, arrosoirs, ding-ding, averses d’avril… chantonnait-elle en sinuant à travers les champs et les vergers avant de s’élever dans les airs comme un champignon d’eau pour former le Lac enchanté.

Sur ses eaux magiques ballottaient les sept maisons-bateaux des sept sorciers du Marais qui pue. Six d’entre elles étaient plongées dans le noir car les sorciers dormaient profondément mais la septième – la plus grande de toutes – était éclairée d’une faible lueur. Sur le pont, Roger le Plissé, vêtu d’une robe de chambre violette et chaussé de pantoufles en peluche rose, faisait les cent pas en dictant une lettre à sa plume enchantée.

Il travaillait tard. Ou tôt. Il n’était pas bien sûr.

– Depuis que notre gouverneur le baron Cornu a renoncé au trône virgule et que les sorciers en charge du Marais virgule… déclamait-il de sa voix aiguë, il est plus important que jamais que les plus hauts critères de…

Il s’arrêta pour laisser le temps à la plume de plonger dans l’encrier qui flottait au-dessus du parchemin.

– … les plus hauts critères de…

– Vous l’avez déjà dit, soupira la plume en raturant.

– … les plus hauts critères de sorcellerie, poursuivit Roger en l’ignorant, soient maintenus à tout prix point il est donc de mon devoir de vous informer que si l’école de sorciers de Cochonlard ne remporte pas le match…

Il s’éclaircit la gorge avec emphase.

– … je n’aurai pas d’autre solution que de fermer l’école point dans cette infortunée éventualité virgule vous ne m’aurez pas seulement laissé tomber virgule mais vous aurez aussi laissé tomber tous vos confrères sorciers et pire virgule vous vous serez laissé tomber vous-même double point d’exclamation.

Roger le Plissé tendit un doigt à l’ongle parfaitement verni vers le parchemin qui se plia et se glissa aussitôt dans une enveloppe.

– Sans oublier, renchérit la plume en se logeant derrière l’oreille de son maître, qu’il laisserait également tomber le Marais qui pue !

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L’énorme troglodyte des cavernes remontait le couloir d’un pas traînant. Ses pieds calleux soulevaient la poussière du parquet.

Tingueling, tingueling.

Fixée à la visière de sa casquette par un ressort, tintait une petite clochette.

Tingueling, tingueling.

Les panneaux de bois sur son dos et son ventre étaient couverts d’affiches dont les coins se soulevaient au rythme de sa marche.

Rejoignez le club des éplorés. Il n’est pas essentiel de savoir pleurnicher et brailler.

Cours d’ordinateur elfique : dans le donjon après la classe.

Avez-vous pensé au jeu de rôle ? Contactez l’association des comptables et directeurs de banque. (voirM. Tiède pour plus d’information)

Le troglodyte s’arrêta.

Tingueling, tingueling.

Une affiche mal punaisée voleta et tomba sur le sol. Il se pencha pour la ramasser.

Tingueling, tinguecloc.

Se redressant, il rajusta sa casquette et posa son gros doigt sur les lignes en remuant les lèvres. Il lisait.

L’équipe de quiquiche de l’école des sorciers de Cochonlard pour le match de la Coupe de soupe.

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Entraîneur : Thragar Cléamolette

Centre-cuiller : Broyeur

Centre-balai : Charlie Caleçon

Râpeurs : Olga Pudlabouche et Rufus Velu

Ramoneur : Édouard Lebeau

Allez, Cochonlard !

 

Seul le nom d’Édouard Lebeau n’avait pas été rayé.

Le troglodyte défroissa la feuille, puis, en louchant un peu, la repunaisa soigneusement sur sa devanture.

Tingueling, tingueling.

Quand le troglodyte atteignit le bout du couloir, il fit demi-tour. Toutes les portes étaient fermées et il régnait un silence absolu. Une deuxième affiche tomba. Elle était verte et couverte de paillettes collées maladroitement.

Cours d’insultes aujourd’hui à… quoi ? Vous croyez que c’est pour devenir pom-pom girl ? Ça va pas, non ?

Le troglodyte l’ignora. Tingueling, tingueling, fit sa clochette. Il poussa un soupir désespéré, puis il appliqua ses deux énormes mains en porte-voix autour de sa bouche et cria si fort que les portes en tremblèrent sur leurs gonds :

– Tingueling, tingueling !

Après un court instant, les portes de chaque côté du couloir s’ouvrirent brusquement sur des meutes d’élèves sorciers.

Jeunes trolls, gobelins, ogres, barbares… tous portaient un blazer rose à rayures rose foncé, un chapeau pointu et se poussaient du coude pour sortir des classes d’un côté du couloir afin d’entrer dans les classes de l’autre côté. Des rires, des éclats de voix, des bousculades emplissaient maintenant les lieux. En passant devant le troglodyte, les élèves lui donnaient des coups de pied dans les genoux.

– Aïe, aïe, aïe, se plaignait-il.

Puis il passa sa main dans son dos et décrocha une affiche sur laquelle avaient été écrits les mots : « Tapez-moi dessus. »

– Très drôle, marmonna-t-il d’un ton morose. Vous avez qu’à essayer, vous, d’être panneau d’affichage et sonnerie en même temps !

– Vous êtes aussi homme de ménage, Clochette, gronda soudain une voix exaspérée juste derrière lui. Les toilettes de la tour sont encore bouchées !

Vlam, vlam, vlam !

Les portes du couloir se refermèrent. Et ce fut de nouveau le silence. Une punaise tomba par terre.

– Véronica, rappelle-moi de discuter avec Norbert de son idée de servir des prunes au curry au petit déjeuner !

Clochette le troglodyte des cavernes sonnerie, panneau d’affichage et homme de ménage, se retourna pour se retrouver face à un petit homme bedonnant à la barbe blanche en broussaille. Il était coiffé d’un chapeau de sorcier, sur le rebord duquel était perchée une perruche.

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