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Contes de la Grande Yeuse

De
124 pages
La grande yeuse, c'est le chêne vert du Midi. Par temps de mistral, il bruisse de mille et une histoire et nous emmène à la rencontre de l'aulne, de l'olivier et du baobab ! Il devient l'arbre conteur
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Contes de la grande yeuse
Paroles d'arbres des quatre coins du monde

Collection Jeunesse dirigée par Aliette Sallée, Martine Michon et Denis Rolland
AUGER J.-c., La pagode d'or. Aventures en Birmanie. BELLET A, La vengeance de la Joconde. BELLET A., Le cahier rouge de Lisa Mabelle.
BELLET A., Black label à Belleville. BELLET A, Les démons du Petit Palais. BENREDJAL L., Naïveté et malices animales (contes berbères). CADORE Isabelle, Soleil, diable et merveilles. COLLÈGE HÉLÈNE BOUCHER, L'île de tous les dangers et autres robinsonnades. ESTIVAL E, Au Pérou les poches vides. GOHIER 1., Au pays des dunes. GOTIN M., La maman d'lo et autres contes créoles (bi!. français-créole).

HARGOUS S., LEGENDRE A, C'est arrivé au Tibet. HATUBOU S., Contes de ma grand-mère (contes des Comores). KERISEL E, Histoires de justice au.x quatre coins du monde. KICHENASSAMY E, Chabin ou la trilogie bouclée. LAFLAQUIÈRE A, Fatoumata, ma tante.

LAFLAQUIÈREAnne, Lefils du vent. (illustrationReine Berthelot).
LAFLAQUIÈRE A, La folle de Barbès. LYCÉE MOLIÈRE de Rio de Janeiro, Rio aux Éclats. MAURIN-GOTIN R., Manman D'lo et autres contes bilinguesfrançais-créole

MEJA MWANGI,Kariuki.Aventuresavec le petit homme blanc.
MONTLAHUC S. (ed.), Rue des origines. 51 récits d'adolescents. MONTLAHUC S. (ed.), Les voleurs de mémoire. PASCALE R., Sarajevo. 125 questions sur une ville assiégée. PINGUILLYY., Le gros grand gri-gri. PINGUILLY Y, Le tatouage blanc. REBERG E., BOUBRIT S., L'Ogre et lafévette. RENOUX 1.-C., Contes du montreur d'ours (contes provençaux). RENOUX1.-C.,Le voyagedu paillassier (contes provençaux). RENOUX J.-c., Le mulet maladrech (contes provençaux, bilingue). SAUVARD 1., Le ballon de Yacine. SAUVARD 1., Les palais d'or de Belleville. SAYAR H., Contes de la mythologie persane (bil.persan-français).
SIEBERT R., Une île sur le fleuve noir

- Histoire

d'une enfance vendue

en Thai/ande. YASMIN H., Le petit cavalier noir.

<9 L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6560-9

Dominique Schwob

Contes de la grande yeuse
Paroles d'arbres des quatre coins du monde

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechr:1ique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal
(Qc)

- CANADA H2Y lK9

Le Chêne, la Lune et la Parole

n jour, Mireille, la responsable de la bibliothèque, me téléphona et me dit:

- On voudrait des séances de contes qui parleraient des arbres.
Bien sûr, j'étais conteuse mais des histoires sur les arbres: je n'en avais pas. J'en connaissais sur les fées, les sorcières, les lutins, les ogres... Mais sur les arbres: rien du tout.

- Tu chercheras dans des livres, me conseilla Mireille...
Je cherchais, mais aucune histoire ne me plaisait vraiment... J'étais bien ennuyée. Qu'est-ce que j'allais raconter? Une nuit de décembre, dans mon lit, j'essayais d'imaginer l'histoire d'un acacia aux fleurs transformées en grelots par une fée... Mais impossible de trouver la suite. Cette nuit-là, j'avais laissé mes volets ouverts car c'était une splendide nuit de pleine lune. Il y avait le grand silence d'un 7

froid très vif. Au-dessus de la terre gelée, les étoiles brillaient. Un fin verglas recouvrait les chemins et les routes. La grande yeuse qui est devant ma fenêtre, me parut différente. C'est que je la connaissais sur le bout des doigts ma grande yeuse, ce chênevert qu'on trouve dans le midi! A ne pas confondre avec le chêne-rouvre aux feuilles dentelées qui perd ses feuilles l'automne venu. La yeuse, elle, fait resplendir sa verdure même au coeur de l'hiver. J'en avais passé, du temps, à l'admirer à chaque saison! Un arbre, ce n'est jamais pareil. Ce n'est pas seulement un tronc, des branches et des feuilles... Ce chêne, le maçon voulait le couper quand la maison fut construite! Couper un chêne qui doit bien avoir cent ans! Qui vous donne une belle ombre en plein été! Qui se couvre de chatons blancs au printemps! Qui porte des glands énormes fort appréciés des écureuils à l'automne! Ce chêne-là ne pouvait pas être abattu et il ne le fut pas. Car pour lui, on changea la forme de la maison. Forcément, ça crée des liens. Cette nuit là, il était étrange: tout son feuillage était irisé d'une lumière dorée, chaque feuille renvoyait la clarté de la lune, on aurait dit qu'elles s'étaient transformées en or. Il était merveilleux... En l'examinant, il me revint une question que je me posais étant enfant: est-ce que les arbres ont froid? Allons, es-tu folle à ton âge d'avoir des idées pareilles! Endors-toi, plutôt. Tandis que je fermais les yeux, j'entendis cogner. Je me levai, m'approchai de la fenêtre: personne. Il n'y avait que mon chêne qui resplendissait de plus en plus sous la lumière de la lune. J'ai rêvé, pensais-je en allant me recoucher, mais dès que j'eus le dos tourné, trois petits coups secs se firent entendre. Cette 8

fois, décidée à comprendre qui tapait, j'ouvris en grand les deux battants: c'est alors que j'entendis cette phrase incroyable. - Enfin! Tu en as mis du temps pour venir me parler! Veuxtu des histoires sur les arbres? C'était bel et bien mon chêne qui parlait! Et pour preuve il agita sa branche la plus basse pour heurter à nouveau la vitre. - Tu vois, c'est moi qui ai frappé. J'en restai bouche bée. - Réponds-moi, on se connaît depuis assez longtemps pour ne pas faire de manières! Que dire à un chêne?

- Monsieur

le chêne, je vous salue.

Non, ça fait cérémonieux... Ou: - Bonjour, c'est moi ta voisine" ça fait idiot... Peut-être: - Salut vieux pote ... ou comment ça va vieille branche. - Trop familier... Comment parler à un arbre? Je n'arrivais pas à prononcer un seul mot. Alors toutes ses branches se secouèrent de rire et il se moqua de moi. - Pour une conteuse, tu n'es pas bavarde! - Ça m'intimide de parler à un arbre. - Allons, nous sommes de vieilles connaissances mais il est vrai qu'il est très rare que les arbres parlent aux humains. Cependant je te dois la vie, et je ne l'ai pas oublié. Je sais que tu ne trouves pas de contes sur mes frères. Tu n'auras plus à en chercher: chaque nuit de pleine lune, je te raconterai une histoire sur l'un d'entre nous. 9

Après avoir bégayé un "merci", je calculai en bonne "compteuse" combien il y aurait de pleines lunes jusqu'à Noël. Il m'interrompit dans mes comptes:

- Pour que je te donne une histoire, il te faudra formuler cette phrase magique que je vais te donner:
"Parle, parle l'arbre; souffle, souffle le vent; cogne, cogne le chêne; conte, conte lefeuillage jusqu'aux oreilles des enfants. " La phrase rituelle répétée, le chêne commença sa première histoire...

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La Naissance de l'arbre

u commencement du monde, bien avant que les hommes existent, le grand génie qui avait presque tout créé, parcourut l'espace du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest. A cette époque, la mer était en place, les montagnes étaient en place, les collines étaient en place; I'herbe et les animaux étaient déjà là, eux aussi. Il se dit que tout cela faisait un peu nu et pensa: "Voyons qu'est-ce que je pourrais inventer qui soit joli et utile, avant de créer l'homme? "
Et le génie se transforma en serpent. Le génie-serpent se rendit compte qu'il était très difficile de s'emouler autour d'un rocher: soit il est trop gros, soit il n'est pas rond. Alors il fabriqua des troncs pour que tous les serpents du monde puissent s'y emouler quand ils ont envie de faire la sieste. Puis le génie se transforma en chèvre.

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La chèvre-génie se dit que ce n'était pas agréable d'avoir toujours le nez à terre pour brouter l'herbe. Alors il planta quelques feuilles juste au-dessus des troncs. Puis le génie se transforma en girafe et celle-ci estima que le monde était mal fait; aucun arbre n'était à sa hauteur. Alors il inventa les branches qui sont très hautes. Ensuite, il se fit oiseau, et quand le génie-oiseau voulut fabriquer son nid, il trouva les branches bien trop écartées du tronc. Alors il créa des branches ayant des angles parfaits pour y blottir un nid. Le génie se fit lion et le lion considéra que les feuilles n'étaient pas assez larges, il n'y avait pas assez d'ombre pour faire la sieste. Alors il inventa une belle ramure, de celles qui donnent une délicieuse ombre aux heures les plus chaudes. Ensuite le génie se transforma en renard et le renard pensa qu'il préférait manger les poules plutôt que les feuilles, mais on n'a pas tous les jours des poules à se mettre sous la dent. Alors il inventa les fruits et l'on vit sur terre toutes sortes d'arbres fruitiers: orangers, bananiers, cerisiers, poiriers, pruniers, abricotiers, néfliers, pêchers, figuiers et d'autres encore. Il se transforma en sanglier et celui-ci avait du mal à se nourrir, il ne pouvait atteindre que les fruits des branches les plus basses. Alors le génie inventa les arbres à baies sauvages qui ont toutes les tailles. Ainsi furent créés: les prunelliers, les arbousiers, les églantiers pour les" gratte-cul", les merisiers pour les cerises sauvages et les chênes pour les glands. Puis il se transforma en écureuil mais dès l'automne celui-ci ne trouvait plus rien à manger. Alors il inventa les arbres aux 12

fruits que l'on peut conserver tout l'hiver. Ainsi apparurent le noisetier, l'amandier et le noyer. Le génie se fit fouine au long nez et la fouine eut envie d'une bonne odeur. Il inventa alors le parfum des arbres et de leurs fleurs. Les magnolias, les acacias, les lilas et tant d'autres apparurent. Puis le génie se dit:

- Voyons avant d'inventer l'homme, faisons un dernier petit tour sur terre, pour voir si tout est parfait.
En parcourant l'Afrique, il eut soif, alors il inventa l'arbre-auvoyageur. Ses larges feuilles retiennent l'eau de pluie et permettent au passant de se désaltérer. En voyageant en Europe, il eut faim, et il inventa alors le châtaignier qu'on nomme aussi l'arbre à pain car avec la châtaigne on fabrique de la farine. Le génie pensa que cela suffisait, il avait donné assez d'arbres de toutes sortes: avec des fleurs, des fruits, des parfums, de l'ombre, des branches serrées pour que les oiseaux y fassent leurs nids. Il était fatigué. Alors il inventa l'homme et il lui dit: de t'occuper de la terre, tu vas entretenir tous ces arbres que je viens de fabriquer. Mais tous les Animaux se réunirent. Trouvant qu'il y avait beaucoup de coins vides sur terre, ils n'étaient pas satisfaits. Le génie les entendit et leur proposa: le pouvoir à chacun d'entre vous de créer un arbre qui vous convienne, mais un seul, m'entendez vous? L'homme qui avait tout entendu, se récria: 13

- A toi à présent

- Je donne

- Ah, non! Il y a déjà assez d'arbres sur la terre, c'est moi qui devrai tous les entretenir! - Et bien, toi, je te donne le droit d'en abattre pour ton usage personnel.
Tout le monde repartit, satisfait. Les animaux se dispersèrent: Le bison créa le séquoia dans la Sierra Nevada; l'aigle inventa le cèdre du Liban; l'ours, ce fut le tsuga : le sapin du Canada; les poissons voulurent des tamaris au bord de la mer; le kangourou créa le kauri en Nouvelle-Zélande; et l'araignée l'araucaria sur les montagne du Chili. C'est ainsi qu'apparut une multitude d'arbres: l'aune, le sophoras, l'eucalyptus, le tremble, le mélèze, le frêne, l'orme, le ginkgo, le platane et tant d'autres encore Alors l'homme se mit à la tâche... - Voilà termina le chêne, la rose des vents du monde entier m'a rapporté son histoire. A présent, il te faudra attendre la prochaine lune qui illuminera toutes mes feuilles.

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