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Contes des nuits congolaises

219 pages
Il y a longtemps une sorcière habitait dans un village. Elle n'avait qu'un seul fils qui habitait avec elle. Les années passant, il grandit et devint un jeune homme. Parvenu à l'âge de la majorité, il aurait bien aimé se marier. Ce n'était pas facile. Ses camarades se moquaient de lui depuis qu'il était tout petit. On lui repprochait d'être le fils de la sorcière. Se marier, d'accord ; mais comment faire, quand on est le fils d'une sorcière ?
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CONTES DES NUITS CONGOLAISES

Collection La Légende des Mondes dirigée par Isabelle Cadoré, Denis Rolland et Joelle Chas sin

Dernières parutions
Jean-Claude RENOUX:, Contes de la belle gitane, 2003 Francis GARNUNG, Contes et coutumes Canaques au X/Xe, 2003 Michèle MADAR-HAVEL, Les sept jarres et autres contes de Tunis, 2003. Ali Ekber BASARAN, Le Padichah et ses fils, contes populaires de Turquie, 2003. Mariana COlAN NEGULESCO, La petite bourse aux pièces d'or, Contes des Carpates, 2003. Jean-Lucien MIKSA, Le ruisseau aux larmes d'amour, conte polonais, 2003. Eric Joël BEKALE, Le voleur de rêves, 2003.

Célestin N' GUEMBA
dit Kassa-Kassa

CONTES DES NUITS CONGOLAISES

L'HARMA TIAN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

<QL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4622-5

Remerciements à ma mère et à ma tante Koukanga Thérèse pour mes soirées peuplées d'histoires, à Jean-Marie, à Gygih et Sylvie pour la frappe du manuscrit, à Maïté et Nono-Lotengé pour leur amitié et leurs encouragements.

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LES TROIS

ORPHELINS

Il était une fois dans un village, une veuve qui avait trois enfants, deux filles et un garçon. Devenue vieille, la femme était souvent malade. Elle souffrait beaucoup. Un soir, sentant la mort s'approcher, elle réunit ses enfants. «Ecoutez-moi bien, mes petits. Je vous ai élevés seule et vous n'avez manqué de rien, malgré notre pauvreté.

Maintenant, je suis bien fatiguée. Mon heure est arrivée. Avant de vous quitter, je vous donnerai 1}nseul conseil: aimez-vous les uns les autres, soyez unis, restez solidaires en toute circonstance et vous vivrez heureux. Portez-vous bien, mes enfants. Au revoir. » Ces paroles furent les dernières. Un an passa. Les trois enfants continuèrent à vivre ensemble, comme par le passé. Mais bientôt, les deux sœurs changèrent de comportement envers leur jeune frère. Elles ne s'occupèrent plus de lui. Elles l'abandonnèrent dans sa case, seul, sans même s'inquiéter de le nourrir. Le pauvre petit n'arrivait plus à sortir à cause de ses pieds infestés de tiques.

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Les deux sœurs étaient pourtant devenues de grandes danseuses, célèbres dans tout le pays, à tel point qu'on les appelait pour danser tous les samedis, partout, dans tous les villages, elles étaient de toutes les fêtes. Par contre, elles ne traitaient pas mieux leur petit frère. Pire même. Elles finirent par le chasser de la maison, si bien qu'il dut se réfugier dans le poulailler pour dormir. Là, il pleurait toutes les nuits en gémissant: «Maman, viens me chercher. Tu m'as laissé avec de méchantes sœurs qui me chassent pour ne plus me nourrir, tu m'as abandonné à de vilaines sœurs qui me traitent moins bien que leurs animaux. Vois, Maman, je dors avec la volaille et, pour survivre, je mange le grain des poules! Viens me prendre! Je suis trop malheureux. Je ne supporte plus cette souffrance. S'il te plaît, Maman, viens et emmène-moi. » Chaque soir, Maboulou (c'était son nom) suppliait ainsi sa mère de venir le secourir. Enfin, après bien des nuits, sa maman lui parla en rêve. « Mon fils, j'ai bien vu le mauvais comportement de tes sœurs. Je vais t'aider. Voici ce que tu dois faire: quitte le~rillage, marche doucement jusqu'à la forêt. Tu trouveras un grand acajou.

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Tu verras sous cet arbre un instrument de musique qu'on appelle NGONFI. Prends-le, ramène-le dans la case et joue. » L'enfant protesta dans son rêve: «Maman, comment pourrai-je jouer de cet instrument sans avoir jamais appris? Je ne saurai pas! » « Mon fils, fais comme je t'ai dit. » Dès l'aube, Maboulou suivit les conseils de sa mère. Il quitta le poulailler, sortit du village, marcha droit dans la forêt, lentement, car ses pieds le faisaient terriblement souffrir, arriva près de l'acajou, trouva le NGONFI et rentra chez lui. Alors, sans attendre, il commença à Jouer en cachette de ses sœurs, sans difficulté, comme s'il avait toujours possédé l'instrument. Un jour, un samedi, les deux sœurs se rendirent à une fête où on les avait conviées à danser, abandonnant leur jeune frère, comme chaque fois. Elles étaient à peine sorties que ce dernier s'étonna en regardant son corps. Il ne le reconnaissait plus. Il avait changé d'apparence physique! afin de le rassurer. «Mon fils, va à la fête toi aussi. Tiens, revêts ces beaux habits et enfile ces belles chaussures. » 9 C'est alors que sa mère lui apparut

Cette fois, Maboulou ne posa aucune question. Son corps était guéri, les tiques avaient disparu de ses pieds, il marchait facilement. C'est ainsi que les villageois virent arriver un bel adolescent à la fête. Tout le monde le regardait en s'interrogeant sur sa provenance: «Mais d'où vient un si beau garçon qui joue si bien de son instrument et chante si mélodieusement? » Les deux sœurs tombèrent aussitôt amoureuses du joli musicien, comme toutes les autres filles d'ailleurs. Celui-ci chantait: «BOU YI KALA MUNTIMBOULA NTANDA.» «Quand j'avais des tiques aux pieds, tout le monde me chassait. » Les invités dansaient, chantaient, buvaient. Personne ne reconnaissait le malheureux fils de la veuve dans cet habile musIcIen. Celui-ci rentra aussitôt la fête terminée. Tout disparut: les beaux vêtements, les jolies chaussures, le corps en bonne santé, l'instrument de musique. YE NTANDA, BAM BOUTA

YAYÉ NTANDA AYÉ AYÉ YAYÉ

10

Le garçon retrouva par contre les tiques sur ses pieds, la misère, les haillons, les poules avec lesquelles il dormait. Les sœurs rentrèrent un peu plus tard. Maboulou les appela: «Mes sœurs, j'ai faim et soif. Donnez-moi un peu d'eau, s'il vous plaît! » Comme il insistait, elles répondirent méchamment: «Fiche-nous la paix! Tu nous embêtes à la fin ! » Et chaque jour ainsi. Les deux sœurs maltraitaient leur jeune frère et ce dernier, abandonné, pleurait dans le poulailler. Une nuit, sa mère le visita à nouveau en rêve. Elle lui apparut dans une grande lumière. «Ne pleure pas, mon fils. Je vais t'aider encore une fois. » Pendant ce temps, les deux sœurs ne parlaient que de ce beau musicien qui chantait si bien. «Je pense souvent à ce garçon, disait l'aînée. Il joue si merveilleusement de son instrument! Il chante si bien! En vérité, je suis amoureuse. Il est si beau! » La mère parla une fois encore à son fils pendant son sommeil afin de lui apprendre la nouvelle, pour lui dire que les deux sœurs l'aimaient d'amour. «v oici ce que tu feras. Tu les inviteras chez toi, puisqu'elles ne te reconnaissent pas dans ton nouveau corps. Il

-

Ici? protesta Maboulou ! Mais comment pourrai-je?

Je n'ai pas de maison! Je dors dans le poulailler! Maman, pas ici, tout de même? Ne t'en fais pas, répondit la mère. Et fais-moi

confiance. » Le samedi suivant, après la fête, le beau musicien attendit les danseuses, ses sœurs. Ils marchèrent ensemble. L'aînée finit par l'interroger, dévorée de curiosité: «Où habites-tu?
-

Pas loin d'ici, répondit le garçon. Derrière la colline. »
passèrent donc cette colline. Ils

Les trois marcheurs

découvrirent une grande maison, toute fleurie. Maboulou fit entrer les danseuses et là, à l'intérieur, quelle surprise! Les trois orphelins retrouvèrent leur père et leur

mère qui les attendaient. «Soyez les bienvenus, mes enfants, dit la mère. Quand j'ai quitté votre monde, je vous ai demandé de rester solidaires en toute circonstance et vous avez désobéi. » Elle regardait fixement ses deux filles avec une VOIX chargée de reproches. «Vous avez abandonné votre jeune frère. J'ai pourtant dit avant de partir: aimez-vous les uns les autres. Vous m'avez désobéi» 12

Et montrant le beau musicien: «Ne reconnaissez-vous donc pas votre frère dans ce joli garçon que vous souhaitiez épouser toutes deux? Je vous le dis: si vous ne traitez pas mieux votre cadet, vous nous

rejoindrez dans ce monde que vous ne connaissez pas. » Stupéfaites, les filles découvrirent leur frère devant elles, avec son corps maigre, dans ses habits misérables, trébuchant sur ses pieds infestés de tiques, puant la crotte de poule. Leur père les regardait gravement, sans mot dire. Elles lisaient les reproches dans les yeux de leur mère. Soudain, la plus jeune s'effondra, honteuse. Elle prit dans les siennes les mains du jeune garçon en s'écriant: «Pardonne-moi, petit frère! Pardonne la dureté de mon cœur. Je ne te traiterai plus jamais de la sorte! » L'aînée, qui avait le cœur plus dur que sa sœur, céda à son tour devant une si grande honte et elle implora son pardon. Maboulou accepta d'oublier rentrèrent dans la case. Ils vécurent heureux tous les trois, dansant, chantant et jouant du NGONFI dans toutes les fêtes pour le plus grand plaisir des villageois. leur méchanceté et ils

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14

MOSEKA

ET lA VIEillE FEMME

Il était une fois dans un village une fille du nom de Moseka. Un matin, les amies de l'adolescente passèrent devant sa case. «Eh! Moseka, tu viens? Nous allons chercher de l'eau à la rivière. Veux-tu nous accompagner? » demandèrent-elles dans un éclat de rires. Elles se réjouissaient de cette promenade, entre elles. Mais, à cet instant, Moseka n'avait pas envie de les suivre. Pas tout de suite. «Je suis un peu fatiguée, prétexta l'adolescente. Allez-y d'abord; ne m'attendez pas. Je vous rejoindrai bientôt. » Les amies de la jeune fille ne l'entendaient pas ainsi; d'humeur joyeuse aujourd'hui, elles se moquaient de leur camarade en gloussant, elles insistaient, cherchant à deviner la véritable raison du refus de Moseka qui, d'habitude, les accompagnait toujours à la source. Un amoureux, peut-être? '«Dis, Moseka, tu fais la tête? » L'adolescente les laissa parler et, bientôt, de guerre lasse, les amies s'éloignèrent; Moseka entendit leurs rires décroître, puis disparaître tout à fait. 15

Tout de même, il fallait bien aller chercher l'eau et, malgré son peu d'entrain aujourd'hui, elle n'échapperait pas à la corvée. Moseka prit donc la calebasse de la maison, sortit de la case et se mit en chemin à son tour. Le chemin de terre traversait une forêt; oh, pas une

grande forêt, mais un bois assez touffu où les enfants n'aimaient pas se promener la nuit. Les personnes âgées contaient volontiers des histoires de sorcières, de revenants ou de mauvais génies qui se divertissaient parfois à égarer les passants, qui les accablaient de mille facéties, les conduisant droit sur le marigot, les abandonnant au milieu de taillis épineux. Aussi l'adolescente pressait-elle le pas, peu rassurée. Elle s'en voulait un peu d'avoir boudé ses amies et elle commençait à avoir peur, sans toutefois oser se l'avouer. Mais elle surveillait au loin les rires des jeunes villageoises. Ah, qu'elle aimerait les apercevoir au détour du chemin! Mais rien, le silence, même les oiseaux du bois taisaient leur chant; oui, elle s'en rendait compte subitement, le silence complet; et cela effrayait la jeune fille qui pensa un moment faire demi-tour. La crainte du ridicule l'empêcha de tourner les talons; comment expliquerait-elle qu'elle rentrait avec sa calebasse vide? Elle devrait repartir à la rivière et, pour le 16

coup, la nuit la surprendrait bel et bien. Sans compter les moqueries perfides de ses amies! Elle força le pas afin de sortir du bois au plus vite, regardant droit devant elle, s'efforçant d'oublier le silence étonnant à cette heure de la journée, au moment où pourtant les oiseaux s'égosillent. Elle marchait si vite, tant absorbée par le souci de rejoindre ses amies avant leur retour, elle allait d'un si bon pas, qu'elle faillit passer à côté de la vieille sans la
VOIr.

Moseka poussa un cri lorsqu'une branche accrocha sa jambe. Elle dut s'arrêter, voulant dégager son vêtement qu'elle croyait pris dans un épineux. Mais ce n'était pas cela. L'adolescente eut un sursaut, prête déjà à fuir en courant, laissant d~rrière elle la calebasse vide, et tant pis si elle se cassait en tombant sur le sol! Ce n'était pas une branche. C'était une main. Une main décharnée comme le rameau d'un buisson, des doigts maIgres au bout d'un long bras

squelettique, couvert de mouches attirées par les plaies suppurantes qui recouvraient le corps de la vieille femme. Celle-ci avait retiré sa main tout de suite et elle observait la jeune fille avec ses yeux caves, un regard perçant en vérité, un regard qui déshabillait jusqu'à l'âme.

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Passé le moment de peur, Moseka reprit le contrôle d'ellemême, plutôt curieuse maintenant, pas du tout effrayée, étonnée de rencontrer ici cette vieille qu'elle ne reconnaissait pas. Ayant observé le visage osseux, le corps mal recouvert de haillons, tout purulent, mangé de mouches, elle ne reconnut pas la miséreuse; non, elle ne venait pas du village. Une mendiante sans doute, comme il en passe de temps à autre. Après la peur, la curiosité; après la curiosité, la

compassion. Moseka vit avec stupéfaction des larmes couler sur les joues sèches comme du vieux cuir. Elle oublia la calebasse à remplir, elle oublia la nuit qui menaçait de la surprendre en route, elle ne songea qu'à aider la pauvre vieille. Son bon cœur parlait spontanément: «Pourquoi pleurez-vous? » Moseka s'en doutait bien un peu; sans doute la vieille était-elle abandonnée de tous, à bout de forces, incapable d'arriver au village avant la nuit, affamée peut-être. La malheureuse lui dit que, effectivement, elle souffrait

beaucoup à cause de sa maladie et de la vieillesse. Un peu d'eau lui ferait du bien. «Saurais-tu me porter jusqu'à la rivière, où je pourrai me rafraîchir et laver mes plaies? » demanda la vieille. 18

Moseka eut d'abord un recul de dégoût, oh ! juste un petit sursaut, car elle se reprit tout de suite; elle ne pouvait laisser mourir cette pauvre vieille dans la forêt. Après tout, l'eau n'était pas loin. Une fois au bord de la rivière, elle posa délicatement la malade sur le sol. Elle remplit sa calebasse, l'approcha des lèvres desséchées. La pauvre femme but un peu. Puis, d'une voix fêlée comme une crécelle, elle demanda une nouvelle faveur à Moseka : «Enlève mes habits, s'il te plaît, et lave-les dans la rivière.» La jeune fille voyait bien que la nuit tombait, mais elle n'eut pas le cœur de refuser à cette moribonde. Tout occupée à décrasser les loques, elle ne s'étonna pas non plus de l'absence de ses amies, qu'elle aurait pourtant dû rencontrer en route. Elle frotta de son mieux les pauvres hardes, soucieuse avant tout de ne pas les déchirer davantage, puis elle les rendit à la vieille femme qui remercia Moseka : «Merci, ma fille, merci beaucoup.» L'adolescente réalisa soudain que la nuit était toute proche, qu'elle tomberait en un clin d'œil et qu'il faudrait marcher dans le noir, seule à travers le bois effrayant. Elle se hâta de remplir la calebasse, la cala sur sa tête et s'élança pour rentrer de son pas le plus rapide. 19

Mais la vieille ne la laissa pas encore; rocailleuse arrêta la jeune fille dans son élan :

la voix

«Prends cet œuf; ramasse également du sable et deux cailloux, ajouta l'étrange moribonde en désignant le bord de la rivière.» Et Moseka vit effectivement qu'un œuf se trouvait là, posé sur l'herbe. Elle vit aussi, tout près, deux cailloux blancs, au ras de l'eau. «Ecoute-moi bien petite, continuait la vieille femme

squelettique, si tu es en difficulté un jour, jette l'une ou l'autre chose que je te donne. Va, maintenant. Rentre chez toi.» La vieille n'eut pas besoin de le répéter. Moseka était déjà loin, presque à l'orée de la forêt qui lui apparaissait plus noire que la nuit. Bravement, elle n'hésita pas et fonça droit devant elle pour sortir au plus vite de ce mauvais lieu. Après tout, elle connaissait le chemin comme sa poche, pour l'avoir parcouru si souvent depuis son enfance. Elle marcha longtemps, longtemps, des heures entières; du moins eut-elle cette impression. Comme si la forêt était devenue vraiment immense. Et ne voilà-t-il pas que le chemin se divisait en deux! Comment était-ce possible? Moseka ne gardait absolument aucun souvenir d'un tel carrefour dans le bois. Elle avait de plus en plus peur. Car elle 20

réalisait qu'elle était perdue et que c'était l'œuvre des mauvais génies. Tant pis! Elle prit le chemin de gauche qui lui semblait plus large. Et bien sûr, elle tomba en plein milieu d'une troupe de démons qui la saisirent avec leurs pattes griffues. Le chef ordonna qu'on l'enferme dans une case jusqu'au lendemain, le temps que les enfants démons ramassent du bois mort pour allumer un grand feu, le temps que les femmes démons rapportent de l'eau pour la marmite dans laquelle on jetterait Moseka. Le chef avait décidé qu'ils la mangeraient au repas de midi. L'adolescente se savait perdue. Elle se rappelait toutes ces histoires de personnes disparues au cours d'un voyage. Elle savait maintenant ce qu'elles étaient devenues. Peut-être aurait-elle dû prendre le chemin de droite. Mais la jeune fille n'ignorait pas que cela revenait au même. Ensorcelée par les démons, elle n'avait aucune chance. Moseka s'en voulait aussi d'avoir perdu son temps avec la vieille femme. Pourtant, avait-elle le droit d'abandonner une pauvre malheureuse qui demandait un peu d'eau? Seule dans le noir, terrifiée par les glapissements fous des monstres, elle pleurait tout doucement; jamais ses amies, ni ses parents. 21 elle ne reverrait