//img.uscri.be/pth/d784bceb547833d1bf4b8d5fe5519d7c7057ac0e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Contes du Grand Sud Tunisien

De
158 pages
A travers ce recueil de contes, vous serez emportés avec les personnages dans un monde de djinns et de derviches, de sorciers et de sorcières où l'encens et les formules magiques permettent l'impossible : une démarche initiatique pour les héros avec au bout, l'apprentissage de la sagesse.
Voir plus Voir moins

Contes du Grand Sud Tunisien

@ L'Harmattan, 1998 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-6613-3

Mahl110ud NAJET

Contes du Grand Sud Tunisien

L'Harl11attan

Illustration

de couverture:

Martine Michon.

AVANT-PROPOS

Tunisienne par mes origines, française par ma culture, j'ai constamment été ballottée entre ces deux mondes. Cela a été une énorme source de richesse car on apprend à regarder, à écouter et à essayer de comprendre; on apprend la tolérance. Les hommes, pour moi, n'appartiennent pas à une race, à un pays, à une culture ou à une religion. Ce sont des hommes tout simplement qui ont une même histoire: essayer de vivre au mieux dans un monde qui souvent les dépasse. C'est ce que j'ai voulu exprimer à travers ces contes inspirés de mes souvenirs d'enfance et que ma grand-mère se faisait un plaisir de raconter à des petits enfants qui l'écoutaient avec ravissement. Il est vrai que ces récits sont propres à l'esprit oriental: ils mettent en scène des sultans et des sultanes, des vizirs, des gens du commun, et même des djinns qui n'hésitent pas, chaque fois que cela est nécessaire, à faire appel aux rituels de la magie à grand renfort d'encens. C'est ce qui leur donne un cachet car ils reflètent l'imaginaire d'un peuple, en sont la mémoire et font partie intégrante de son patrimoine. Mais, c'est aussi l'histoire d'une quête du bonheur qui ne peut se faire qu'à travers une initiation. Les héros ne parviennent à l'objet de leur désir qu'en surmontant des obstacles qui exigent le dépassement de soi. C'est là que le conte se fond dans une expérience universelle de l'homme; une façon pour moi de jeter un pont entre une rive et l'autre par le biais de l'écriture en montrant qu'au-delà des différences qui naissent des divers milieux socioculturels, la nature de l'homme reste la même qu'il soit d'ici ou d'ailleurs. 9

J'ai éprouvé énonnément de bonheur à faire revivre ces personnages à qui j'ai insufflé une âme, donné une identité et un caractère et que j'ai animés de passions. J'espère que le temps d'une lecture, vous prendrez autant de plaisir à les découvrir en suivant leur histoire car la fonction essentielle du conte n'est-elle pas, avant tout, de nous plonger dans un monde magique?

10

LE RÊVE D'AicHA

Il était une fois, une oasis dans un désert aride où nulle végétation ne poussait. Les palmiers-dattiers se dressaient de toute leur hauteur vers le ciel pour que les rayons d'un soleil torride parviennent à faire mûrir les dattes, le moment venu. Il était une fois, un village à côté de cette oasis; un village couleur sable. Les briques en argile séchée permettaient de protéger les maisons de la chaleur en été, et du froid en hiver car dans ces régions, il peut faire très froid. Il était une fois, les hommes qui vivaient dans ce village. Il y avait, d'un côté, ceux qui étaient propriétaires d'une ou plusieurs palmeraies; ils n'étaient pas très nombreux. De l'autre, ceux qui travaillaient pour eux. Mais en ce temps-là, ils n'étaient pas payés en espèces sonnantes et trébuchantes comme de nos jours: on leur donnait des dattes, des légumes, des fruits, de la luzerne s'ils avaient des bêtes et, très exceptionnellement, de l'argent. Il était une fois, deux frères qui habitaient ce village. L'un était riche et l'autre, pauvre. Chacun avait une fille. Aïcha, la fille du pauvre était d'une grande beauté mais elle était plus douce, gentille, serviable que belle: malgré sa grande pauvreté, elle se débrouillait pour venir en aide à tous ceux qui venaient lui demander un service. Ils repartaient toujours le sourire aux lèvres et la joie au cœur. Naîma, la fille du riche, elle, était 'd'une laideur monstrueuse qu'aurait pu compenser un minimum de qualités humaines; mais non, pensez-vous! Elle avait toujours les sourcils froncés et l'on entendait ses vociférations du matin au soir. Soit elle invectivait les gens, soit elle s'en prenait aux Il

bêtes. Même le temps n'était pas à l'abri de son mauvais caractère. S'il pleuvait, elle se plaignait des flaques d'eau et de la boue qui salissaient tout. Qu'il fasse chaud ou froid, elle trouvait cela insupportable. Mais ce qui la rendait folle de rage, c'étaient les tempêtes de sable. Le ciel et la terre se confondaient alors, et ils se retrouvaient plongés dans une sorte de brouillard qui pouvait être jaune-gris ou rouge-brique selon le cas. Le vent, qui soufflait avec violence, entraînait avec lui le sable du désert qui ensevelissait tout sur son passage. Non, cela elle n'aimait pas du tout. Mais tout le monde supportait ses sautes d'humeur. N'était-elle pas fille de riche?

Une nuit, la fille du pauvre s'endormit et rêva que le muezzin allait appeler les croyants à la prière. Il se tenait comme à l'accoutumée en haut de la tour de la mosquée pour que sa voix, qui était déjà très puissante, porte le plus loin possible. Il faisait cela cinq fois par jour. Mais ce matin-là, au lieu de commencer son appel par la formule consacrée: "Allah est grand !", il parla de tout autre chose, à la plus grande surprise de tous. Jamais personne n'avait assisté à un événement pareil et c'est avec stupeur qu'ils entendirent le discours suivant: "Au moment où je vous parle, tous les muezzins du pays sont chargés de la même mission car le sultan - que Dieu le protège! - a envoyé des émissaires dans toutes les mosquées, pour mettre à contribution ses humbles sujets. Espérons que nous serons les élus à qui reviendra l'insigne honneur de satisfaire notre vénérable maître après Dieu. Le sultan d'un pays voisin a demandé un service à notre souverain bienaimé, car il a fait un rêve étrange. Son astrologue lui est 12

apparu pour lui dire qu'il épouserait une jeune fille très pauvre mais d'une grande beauté et qu'il aurait un moyen pour la reconnaître; c'est une marque de naissance: un croissant qu'elle porte sur le sein gauche. Alors, si une de nos jeunes filles a une telle marque, qu'elle se manifeste !" Aïcha, très émue, alla voir son père. Celui-ci se rendit à la mosquée, le cœur battant. Bientôt, la ville connut une effervescence sans précédent. L'émotion de tous était telle que, partout, on ne parlait que de cela. Certains l'enviaient, d'autres la jalousaient mais tous s'accordaient à dire que personne, mieux qu'elle, ne méritait un tel don du ciel. La ville était devenue semblable à une marmite sous pression sur le point d'exploser! Puis, ce fameux sultan arriva, magnifiquement beau et apprêté sur un cheval splendide. Suivi de son armée, il se rendit dans la modeste demeure d'Aïcha, demanda la main de celle-ci à son père et épousa, en grande pompe, la fille du pauvre qui, du jour au lendemain, devint une sultane aimée, choyée, habitant le plus beau palais qui soit et régnant aux côtés de son époux sur l'un des pays les plus puissants. Mais lorsqu'elle se réveilla les yeux encore éblouis et le cœur battant, elle ne vit que la triste chambre et l'ignoble grabat sur lequel elle dormait et comprit que ce n'était qu'un rêve, seulement un merveilleux rêve. Pourtant Aïcha se mit à sourire. Ce rêve, c'était elle qui l'avait fait et personne d'autre. Elle avait vu un monde dont elle ne soupçonnait même pas l'existence et avait vécu des moments inoubliables. Cela n'appartenait qu'à elle. Aïcha travaillait par nécessité chez sa cousine, la fille du riche. Ce matin-là, les yeux encore remplis d'étoiles, elle courut raconter dans les détails son rêve à sa cousine. Celle13

ci, qui avait la rocheuse manie d'écraser les autres avec son argent, d'acheter tout et n'importe quoi, lui dit: - C'est un trop beau rêve pour toi, il faut me le vendre! Aïcha, qui pensait pourtant connaître tous les défauts de

Naïma, se sentit révoltée, elle qui avait appris avec le temps à
ne jamais l'être: - Quoi, moi qui n'ai jamais rien eu, tu veux même me déposséder d'un rêve que j'ai fait! Pour la première fois, elle tint bon. Plus sa cousine insistait et plus elle se braquait. Depuis tant d'années, elle avait supporté tant d'humiliations que, tout à coup, elle perdit tout contrôle. Et, pour la première fois, les gens de la maison furent surpris d'entendre les cris d'Aïcha. Les deux cousines se disputaient violemment à présent et la mère de Naïma, en entendant tout ce tapage, arriva en courant pour demander ce qui se passait. Sa fille, qui était dans une grande fureur, lui en expliqua la cause. Aussitôt, la mère se tourna outrée vers sa nièce. Comment pouvait-elle refuser de vendre un malheureux rêve à sa chère enfant! Aïcha, touchée au fond de son être, continua à opposer le même refus. La mère d'Aïcha était aussi à leur service et ce jour-là, elle était occupée à laver le linge dans le patio. Assise par terre, elle avait une bassine entre les jambes et s'activait avec beaucoup de cœur, car elle aimait le travail bien fait. Quand les cris lui parvinrent, elle évita de s'en mêler mais, lorsqu'elle perçut les propos de sa belle-sœur, elle ne put tenir plus longtemps devant tant d'injustice et se leva, bien décidée à porter secours à sa fille. Elle aussi avait enduré trop de brimades, et trop c'était trop! Elle y alla d'un pas calme en apparence. A la réponse de sa belle-sœur, elle s'entendit répondre d'un ton sec: 14

- N'avons-nous pas notre lot de misères? Faut-il que nous n'ayons même plus le droit de rêver et que, lorsque cela nous arrive, nous soyons obligés de vendre nos rêves? Le père de Naïma entra à ce moment-là et lui aussi eut la même réaction que sa fille. Il lui avait toujours passé ses moindres caprices et ça n'était pas cette gueuse qui allait la contrarier. Aïcha et sa mère, la mère et la fille, ressentirent cela comme un insupportable affront, un de trop et cette fois, elles n'avaient pas l'intention de se laisser faire. Ils étaient tous là à se défier quand arriva le père d'Aïcha, qui lui aussi travaillait pour son frère. Il avait une carriole de légumes à décharger, mais quand il vit l'attroupement, il vint aux nouvelles. En entendant son frère, il se retourna vers sa femme et sa fille pour leur dire: - Si les rêves enrichissaient ceux qui les faisaient, il y a longtemps que nous le serions. Vendez-leur celui-là puisque cela leur fait si plaisir; nous n'en avons pas besoin. Les deux femmes, qui avaient un profond respect pour cet homme, sage entre les sages, lui obéirent aussitôt. Elles furent donc payées et Naïma put raconter, à qui voulait l'entendre, le merveilleux rêve qu'elle avait fait. Mais un matin à l'aube, alors que le muezzin s'apprêtait à appeler les croyants à la prière, il vit du haut du minaret où il se trouvait une caravane d'une longueur impressionnante qui se dirigeait vers leur village. A cette époque, les dromadaires étaient le moyen de transport le plus approprié pour traverser le désert en raison de leur rapidité et de leur endurance à la soif, à la faim et à la fatigue. On s'en servait en temps de paix pour transporter des marchandises. Ils permettaient aussi de guerroyer entre tribus quand c'était nécessaire. Le brave 15

muezzin était très inquiet car il ne savait pas ce que voulaient ces étrangers. Avaient-ils des intentions pacifiques ou étaientils là pour leur faire la guerre? Très ému, il oublia de commencer son appel par la formule rituelle: "Allah est grand !"et s'écria: - Une caravane se dirige vers notre village, une caravane se dirige vers notre village! Tous les villageois sortirent de leur maison et prirent la direction des remparts. Des hommes en armes se tenaient prêts à intervenir à chaque porte, tandis que des cavaliers furent envoyés aux nouvelles. On apprit enfin que le sultan d'un pays lointain avait fait un rêve où son astrologue lui prédisait qu'il épouserait une jeune fille très pauvre mais d'une grande beauté et qu'une marque, un croissant sur le sein gauche, lui permettrait de la reconnaître. Tous les habitants avaient entendu parler du rêve de Naïma qui était identique à celui du sultan. Bien que la sachant très laide, ils conduisirent l'émissaire du sultan chez elle. Reçu par le père de la jeune fille, ce dernier lui raconta le rêve de son maître et lui fit part de l'intention du sultan de voir sa fille et de l'épouser. Le père, dans tous ses états, se précipita chez son frère. Il lui proposa une grosse somme d'argent. En échange, c'est Aïcha qui rencontrerait le sultan et c'est Naïma qui prendrait sa place pour la nuit des noces. Quand on est très pauvre, on ne peut s'offrir le luxe de refuser une somme aussi importante. Elle les mettrait à l'abri du besoin, pendant longtemps. C'est pourquoi le père d'Aïcha accepta la proposition. Il éprouvait tout de même une pointe de remords d'avoir sacrifié son enfant à leur bien-être commun. Ils préparèrent donc Aïcha, l'habillèrent de vêtements neufs, la maquillèrent, la coiffèrent. Belle de nature, elle devint éblouissante: un diamant dans son écrin. Le sultan, 16

qui s'était installé dans le palais d'un notable, attendait qu'on la lui amène. Quand il la vit, il resta sans voix. Elle était encore plus belle que tout ce qu'il avait pu imaginer! Il aurait voulu en rester là, mais la curiosité fut la plus forte. Il eut envie de vérifier jusqu'à quel point son rêve était conforme à la réalité. Il fit donc appeler une femme de confiance, qui fut chargée de confirmer l'existence de la marque de naissance: ce croissant sur le sein gauche. Elle l'avait. Resté seul avec Aïcha, il se mit à discuter avec elle. A présent il désirait voir si une telle beauté pouvait cacher une belle âme. Mais la jeune fille semblait préoccupée et ne cessait de soupirer. Il lui demanda ce qui la tracassait. Après un moment d'hésitation, elle lui raconta leur pauvreté, son rêve en tout point semblable au sien et l'obligation dans laquelle elle s'était trouvée de vendre ce rêve à sa cousine. Il voulut savoir si sa cousine était aussi belle qu'elle. Jamais on ne lui avait posé une telle question. Elle ne savait pas mentir. Surprise et gênée, elle lui apprit, après un moment d'hésitation, que Naïma n'avait pas été gâtée par la nature. A présent qu'elle avait commencé à parler, il fallait tout dire mais c'était difficile. Elle se tut de nouveau un instant, puis décida d'aller jusqu'au bout. C'est ainsi qu'il sut que l'oncle d'Aïcha voulait se jouer de lui. Le sultan verrait Aïcha mais c'est Naïma qu'il aurait pour femme la nuit de ses noces! Une Naïrna qu'il verrait comme la plus sublime des créatures car on avait l'intention de lui faire boire un philtre d'amour. Le sultan furieux ne savait que dire. Il se sentit pris au piège. Il réfléchit un moment, tournant et retournant cette incroyable histoire dans sa tête, et décida qu'il fallait répondre à la ruse par la ruse. Regardant Aïcha, il lui demanda: - Pourrais-tu, quelle que soit la situation, arriver jusqu'à moi?
17

Aïcha, dont le cœur était déjà rempli d'amour pour le séduisant sultan, n'hésita pas un instant. Elle était prête à se vendre comme esclave sur la place du souk pour le contenter et elle le rassura. Le sultan, qui avait un tempérament de joueur, fut séduit par sa réponse. Aussi insista-t-il. Il fallait qu'elle lui donne sa parole. Elle lui en fit le serment. Il lui montra alors deux objets qui appartenaient à sa mère et qu'il conservait religieusement; ces deux objets faisaient partie des présents que le fiancé offre à sa future épouse chez les bédouins: une magnifique boucle de ceinture en argent massif et un collier parfumé constitué de grains d'ambre en forme de trapèze. - Je te les confie, Aïcha. Ce sera le "signe" entre nous le moment venu; surtout, prends-en grand soin! J'enverrai mes hommes acheter des esclaves, ajouta-t-il. Chaque esclave, qui ne s'avérera pas être toi, sera tuée jusqu'à ce que tu parviennes jusqu'à moi. Aïcha le regarda, surprise. Quelque chose n'allait pas. La bonté qu'elle lisait au fond de son regard ne correspondait pas à la cruauté dont il faisait preuve par cette menace. Mais elle n'avait jamais eu affaire à un sultan: on les disait tellement puissants! L'entretien fini, ils se quittèrent. Tout le monde voulait savoir si Aïcha avait plu au sultan et si celui-ci était disposé à l'épouser. Leur attente ne fut pas longue et très rapidement on publia les bans. Une somptueuse cérémonie eut lieu. Mais notre sultan ne partageait pas l'euphorie générale. Il se préparait à donner une telle leçon à Naïma et à son père qu'ils allaient regretter d'être venus au monde. A cet effet, il prit une solide corde qu'il cacha sous le matelas.

18

La nuit de noces, il put enfin la voir. Elle était assise au bord du lit; un voile de soie lui couvrait le visage comme c'était la coutume. C'était à l'époux de le soulever pour découvrir la beauté qui se cachait dessous. On avait disposé sur une table une coupe de fruits et une carafe contenant une boisson. Le jeune homme, d'un geste faussement maladroit, en renversa le contenu. - Plus de philtre d'amour, pensa-t-il, voilà une bonne chose de faite! Puis il tenta d'amorcer une conversation mais sa future se contenta de rire bêtement. - Dieu, que sa voix nasillarde et son rire sont désagréables! songea-t-il. Soudain, le sultan qui en avait assez sortit la corde de dessous le matelas et, avant même qu'elle eût réalisé ce qui lui arrivait, Naïma se retrouva attachée à une des solives du plafond avec un mouchoir dans la bouche. Le voile était tombé par terre. La scène était tellement cocasse qu'il éclata de rire mais il ne fallait pas perdre de temps. Il partit donc à cheval rejoindre ses hommes qui campaient au-delà des remparts, les réunit et, en un clin d'œil, la caravane disparut aussi vite qu'elle était apparue, comme si tout n'avait été qu'un mauvais rêve. Le jour se leva. Les gens étaient venus nombreux: c'était la coutume que de venir voir la mariée le matin de ses noces. Les femmes la prépareraient pour cette occasion; elle devait être aussi belle qu'elle l'avait été le jour de son mariage. Tous défilaient alors pour voir si la jeune épouse n'avait rien perdu de ses charmes, si elle semblait heureuse, épanouie, enfin, si tout s'était bien passé. Le sujet alimentait ensuite les conversations pendant des jours et des jours. 19