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CONTES KABYLES TIMUCUHA

De
172 pages
Sur les conseils de son père, l'auteur reprend ici les contes et proverbes qu'il a entendu dans son enfance. " Chaque pays a ses visages Mais Dieu est partout le même. Yal tamurt s wudmawwen-is Ma d Rebbi yiwen i-gellan ".
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CONTES KABYLES TIMUCUHA +2r:~:g.

Texte bilingue Berbère- français

Collection La Légende des Mondes dirigée par Isabelle Cadoré, Anne Pouget

Dernières

parutions

Didier LEMAIRE, ontes et récits métissés de Guyane, 1998. C Najet MAHMOUD, Contes du Grand Sud tunisien, 1998. Catherine FOURGEAU, ami Wata et autres contes pour aujourd'hui, M 1998. Clémente MAMANILARUTA,Parlanaka, contes et légendes aymaras des hauts plateaux boliviens, 1998. Zoé VALASSI, nna ANGELOPOULOU, A Claire MONFERIER, petit paon et Le la pièce d'or et autres contes grecs (bilingue français-grec), 1999. Najet MAHMOUD, e Jardin aux Marabouts et autres contes du Grand L Sud tunisien, 1999. François-Xavier DAMIBA, ieu n'est pas sérieux, 1999. D Jean-Louis ROBERT,Larzor et autres contes créoles (bilingue créolefrançais),1999. Alphonse LEGUIL,Contes berbères de l'Atlas de Marrakech, 2000. Pierre SAULNIER, Bangui raconte. Contes de Centrafrique, 2000. Pascal BACUEZ, Contes swahili de Kilwa/Hadithl za kiswahili kutoka kilwa (contes bilingues), 2000. Pascal BACUEZ (collectés et traduits par), Les ruses de la malice, contes swahili, 200 I. Noël LE COUTOUR, Contes de malice et de sagesse, 200 I. Catherine CASTALI, Lafête des Lumières, 2001. Marie-Christine CABAUD, Ombres et fantômes du Népal - Contes du rire et de l'aigre, 2001.

Mariana Cojan NEGULESCA, Le méchant Zméou
2001. Noël Le COUTOUR, Penda la belle bambara, 2001.

-

contes roumains,

Y Qucef ALLIOUI

CONTES KABYLES

DEUX CONTES DU CYCLE DE L'OGRE

Précédés de TANDELLA, LA CREATRICE DES CONTES

3 - BOURGEON D'OR 4 LOUNDJA FILLE DE TSERYEL

Texte français

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan UaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Autres ouvrages de l'auteur Devinettes berbères de Kabylie, Conseil International de la Langue Française, 1987. Timsal, Enigmes L'Harmattan, 1990. berbères de Kabylie,

Contes kabyles

-

deux contes du cycle de

l'ogre, L'Harmattan, 2001.

Illustration de couverture: L'oliveraie« Pièce de monnaie» (Tamuzunit). Vallée de la Soummam - Alma Asemmam - 1967. Le père de l'auteur, Améziane Achivane (1898-1972).

A mes enfants Damia Tawes et Améziane Gaya « Ecrivez ce que vous pouvez en kabyle, vos enfants le trouveront ». «Aruwt ayen i-wi tzemrem s teqbaylit, arraw nwen a-t-id afen ». A ma sœur Malika Rappelle-toi. Nous étions tout petits... Autour du kanoune, mon père racontait: « Titit wit! Ma tufit ! ! Titit wit! Ma tufit !» disait le petit oiseau qui cherchait la lumière... comme les enfants kabyles.

@L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-1551-6

CONTES KABYLES

Livre 2

Avaut propos

Qu'est-ce qui sépare le mythe du conte? Ce n'est pas le feu, ce n'est pas l'eau Ce n'est pas la terre, ce n'est pas le ciel C'est simplement un fil caché dans une perle! (Ma mère, Tawes Ou-Chivane).

« Bourgeon

d'or»

serait-il un mythe désacralisé? Quelle est la différence? Qu'estLes le

Mythe ou conte? ce qui les sépare anciens

aux yeux des Kabyles? qu'il y a mythe lorsque

considéraient

Souverain Suprême - Dieu - intervient dans un récit1. Si tel est le cas, les anciens attribuaient un caractère sacré à ce dernier (awal ademyi). Ils
savaient aussi qu'il y a eu transformation mythes en contes. Ma mère disait de certains de certains

contes:« mythe2».

Dans celui-ci, il y a encore un peu de

I La Kabylie, mythes, pensée et traditions, ouvrage à paraître. 2 L'attitude des conteurs et les formules d'introduction et de

Certains mythes sont aujourd'hui

connus seulement

sous forme de contes. Il n'en demeure pas moins

qu'il y a encore beaucoup de mythes et de chants religieux kabyles dans leur forme originelle. Nous avons également recueilli un récit sur l'origine des mythes, textes sacrés3. Mais, les légendes qui n'étaient mythes, d'où viennent-elles? C'est la question que j'avais posée un Jour à ma grand-mère Ferroudja. A mon grand étonnement, elle me répondit qu'elle connaissait l'origine du conte. Selon elle, les contes furent créés par une femme kabyle. C'est la voie(x) qu'elle avait trouvée pour mettre fin aux violences que son mari lui faisait subir. Voici donc ce conte4 tel qu'il nous a été transmis par cette sage et douce grand-mère venue de la confédération des At Yedjer.
clôture des deux formes de récits - mythes et contes - sont différentes. 3 Lire « le maître du mythe », voir note 1.

pas d'anciens

10

TANDELLA

LA CREATRICE DES CONTES5

Que mon conte soit beau Et se déroule comme une tresse de laine
Que celui qui l'entend, àjamais s'en souvienne!

1 - Il était une fois un village de la fédération des Kabyles dans l' Akfadou qui s'appelait « Le col de la chance» (Tizi n twenza6). Dans ce village vivait une jeune fille qui s'appelait Tandella.

Un jour sa mère mourut (est parvenue au pardon de Dieu). Son père se remaria très vite. La marâtre
4 On remarquera que la formule de clôture est différente. 5 Littéralement, « Tandella, le conte existe ». 6 Tawenza a pour première signification « le front ».

supporta la jeune fille, fort sage et très belle, jusqu'au jour où elle eut elle-même une fille. Cette dernière n'était pas très jolie.

Du jour au lendemain, elle décréta qu'il fallait que Tandella soit mariée. Le père finit par s'incliner et la
maria avec un homme du village, bûcheron de son état.

Tandella fut très malheureuse

de quitter la maison

où elle était née. La maison où persistait le souvenir

(l'odeur) de sa mère chérie. Elle le fut encore davantage car son mari était méchant. Il la battait tous les soirs, quand il rentrait de son travail.

Elle chercha un moyen pour que son mari arrête de la battre. Mais, hélas! Ô mon Dieu! Elle ne trouva point comment se soustraire aux coups.

12

2 - Un jour parmi les jours de Dieu, elle se rendit compte qu'elle était enceinte. Elle ressentait quelque chose qui bourgeonnait dans son ventre. Elle fut pénétrée par la joie mais aussi par la peur: elle eut soudain peur de perdre son enfant (que le fœtus lui tombe) si son mari continuait de la battre. « Il suffirait d'un coup au ventre 1...», pensa-t-elle avec effroi.

Elle s'était mise à réfléchir sur la façon de changer sa vie et de sauver, par la même occasion, l'enfant qui était dans son ventre.

Quand son mari rentra un soir, il était de méchante humeur. Elle lut dans ses yeux qu'il voulait encore la battre. Au moment où il leva la main sur elle, elle lui dit calmement et de façon ferme: « Attends!

Assieds-toi, mon mari! Nous avons quelque chose de très important (un mot intelligent) à te dire ».

13

Surpris, il eut un mouvement main et lui dit:« De

de recul. Il baissa la chez la

l'intelligence

femme! ? » Tandella lui rétorqua:« Ô oui, monsieur! Nous
(Nous

avons tous été enfantés de la même façon! sommes tous sortis du même mur de Dieu!) »

Quand elle commença à dire les choses, elle n'avait pas encore toute la trame du récit dans la tête. Elle

avait peur de ne pas y arriver. Elle pensa fort à la vie qui était en elle. Et le visage de sa mère lui apparut
(entre ses yeux). Elle l'entendit pas peur, ma fille chérie! qui lui dit: « N'aie Laisse

N'aie pas peur!

(seulement) aller ta langue! »

14

3

- Alors

elle se mit à conter, à conter, à conter, à matin. Quand l'aurore traversa la

conter7 jusqu'au

porte, Tandella s'aperçut

que son mari dormait du

sommeil du juste. Il ronflait.

Depuis, tous les soirs, elle racontait d'autres contes à son mari. Elle racontait. Elle racontait en passant

la main sur son ventre en disant:« mon ange chéri? »

N'est-ce pas

Son mari y prit goût. Au lieu de la battre, il demandait de lui-même qu'elle lui en racontât

encore. C'est ainsi que les nuits s'écoulèrent, neuf mois et lunes8 durant, jusqu'au jour où l'enfant de Tandella naquit.

7 Deux verbes, synonymes (hku et cehwu), sont employés pour marquer la durée, la continuation et la persistance de l'effort rhétorique déployé dans le récit. S Lune signifie« mois» en kabyle. L'aspect pléonastique de la phrase est voulu. Il stigmatise les efforts déployés par

l'héroïne - femme et mère - pour sortir de sa condition. ]5

Le mari se transforma. Il n'était plus le même. Il s'occupait de son fils et de sa femme. Depuis, il n'avait plus jamais porté la main sur Tandella. Il était devenu doux et affable. Il avait fini par être convaincu qu'il avait dans sa maison une femme sage, digne d'amour et de respect.

Le fils de Tandella avait atteint l'âge d'entendre et de comprendre les contes. Un soir, elle attendit
qu'ils soient tous les trois autour du Kanoune, elle leur raconta d'abord la première histoire. L'histoire

de la femme qui mit fin aux violences de son mari en créant les contes. Quand elle eut terminé, son
mari baissa les yeux. Alors, elle dit à son fils:

« Ô fils de mes entrailles!

Si tu devais un Jour

porter la main sur ta femme, souviens-toi que ce que Je vIens de te raconter est I'histoire de ta propre mère ».

16

Mon conte passera et passera Comme passeront les misères! Qui sait si Dieu punira le chacal? Ou est-ce que c'est nous qui avions péché? La parole est claire comme l'eau Purifiée par le tison du ciel Là où elle arrive, nous espérons Que nous parviendrons aussi!

17