Dangereuses Créatures

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Ridley ne s’en cache pas : elle est mauvaise, maléfique. C’est une Enchanteresse des Ténèbres. Une Sirène. Impossible de lui faire confiance, ou même de se faire confiance à soi-même quand elle se trouve dans les parages. Mais Link a tendance à l’oublier et retombe sans cesse dans ses filets. Il a beau être en partie Incube, son cœur n’en reste pas moins un cœur de Mortel…
Publié le : mercredi 21 mai 2014
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EAN13 : 9782012041752
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Pour Link et Ridley,
parce que nous savions que leur histoire ne s’arrêterait pas là,
et pour nos lecteurs qui ont demandé à la découvrir.

À tous les vieux amis, partout.

Odi et amo. Quare id faciam, fortasse requiris ?

Nescio, sed fieri sentio et excrucior.

J’aime et je hais en même temps.

– Comment cela se fait-il ? demanderez-vous peut-être.

Je l’ignore ; mais je le sens, et c’est là un supplice.

Catulle (Poème 85)
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Le proviseur Harper rappait. Quatre mots que je n’aurais jamais cru prononcer un jour. « Tout doit s’achever, lancez ces mortiers, appuyez sur Entrer. » Essayez un peu de vous sortir cette mélopée idiote de la tête !

Assis par ordre alphabétique sur les gradins du stade du lycée Défense Jackson1 pour la cérémonie de remise des diplômes – mon nom, Ethan Wate, inconfortablement coincé entre ceux de Savannah Snow et d’Emory Watkins –, je n’avais pas du tout l’impression d’un achèvement.

J’aurais bien aimé, pourtant. Ne serait-ce que celui de la cérémonie, par exemple.

Malheureusement, elle s’éternisait. Nous allions devoir attendre que la grosse dame ait chanté. En l’occurrence, que la petite maigrichonne, Mlle Spider, ait dirigé l’orchestre du bahut pour – d’après mon programme plié en deux – un pot-pourri des chansons de Céline Dion.

Avec à la clef un solo d’Emily Asher. My Heart Will Go On… là encore, ça promettait de durer, et son cœur de battre pour toujours.

Tu m’étonnes ! Celui d’Emily était susceptible de défier le Titanic dans une infinie dérive, jusqu’à ce que mort s’ensuive. J’avais beau m’efforcer de ne pas croiser son regard, je voyais bien qu’elle me fixait depuis les sièges étiquetés A.

Mais bon, je devais être en mesure d’encaisser. Une dernière fois. Certes, ça relevait de la torture, sauf que je m’étais colleté avec pire. Après tout, il ne s’agissait là que d’un supplice à la Gatlin, pas d’un perpétré dans l’Autre Monde, labyrinthe d’ossements qui ne mène nulle part, ni dans les flots de la damnation, règne des morts vivants.

Harper a continué son rap, délirant sur la société qu’il allait nous falloir affronter avec courage, debout contre vents et marées – sa rime, société et marées, m’a semblé un tantinet pauvre. Le connaissant, j’étais en outre à peu près certain que la notion de lutte, dans son esprit, ne supposait guère de se lever pour se faire le héraut d’une cause quelconque.

Il était plutôt du genre à rester assis en attendant que la tempête se tasse.

C’est pourquoi j’ai été drôlement soulagé quand il s’est enfin rassis, après nous avoir soûlés une bonne vingtaine de minutes. Des minutes que j’ai été sûrement le seul à compter, au demeurant. Ensuite, notre chef de classe, Savannah Snow a pris le relais pour raconter que se moquer de Link lui manquerait, qu’elle avait hâte de copiner avec les filles les plus populaires de l’Université de Caroline du Sud, là-bas dans la grande ville de Columbia, que son papa allait lui offrir une Dodge Charger (la rivale des Ford Mustang !) toute neuve pour la récompenser d’avoir terminé le bahut sans s’être fait mettre en cloque, qu’elle était contente de pouvoir enfin avouer qu’elle supplantait, depuis le début et de loin, Emily et Charlotte, ainsi que la bande des cheerleaders au complet.

Bon, d’accord, elle ne l’a pas formulé dans ces termes exacts, mais l’idée était là. De toute façon, l’assistance n’écoutait plus. Il faisait trop chaud, et il était trop tard pour ça.

Seul point positif, Savannah n’a pas rappé, elle.

Vu la touffeur ambiante, on avait du mal à croire que l’Ordre des Choses avait été rétabli ; que la malédiction et le chaos qui avaient bien failli mettre un terme au monde tel que Gatlin le connaissait étaient désormais derrière nous. Une dette avait été payée. Nous avions vécu si longtemps dans l’inquiétude de cette épée de Damoclès qu’il était bizarre de ne plus se soucier que de la canicule qui flétrissait les fleurs commandées au Jardin d’Éden par nos familles et en cuisait les boutons au point qu’ils avaient des allures de brocolis morts.

Paupières plissées, j’ai cherché mon père dans la foule. Il ne m’avait pas autorisé à porter des lunettes de soleil, prétextant qu’Amma se serait retournée dans sa tombe – si elle en avait eu une, s’entend. Mais je savais qu’Amma, là où elle se trouvait, se fichait complètement que j’arbore mes Ray-Ban avec la tunique et le mortier noirs traditionnels des remises des diplômes. Elle était sûrement bien trop occupée à enguirlander la ribambelle des maris de tante Prue ou ma mère à cause de ses beignets de tomates vertes, à moins qu’elle ne soit en train de bavarder avec oncle Abner sur la véranda. Car c’était ça, l’Autre Monde. Sauf que je ne pouvais pas espérer que mon père comprenne.

J’ai fini par le repérer. Il était installé auprès de ma tante Caroline, venue en voiture de Savannah pour l’occasion. Sa nouvelle bonne amie, Mme English, fonction oblige, était assise en compagnie du corps enseignant. J’étais plutôt content de ne pas avoir eu à faire la bise à la dame ce jour-là. Ni, pire encore, à regarder mon paternel l’embrasser.

Mieux valait – pour tous – ne rien brusquer.

De l’autre côté de son siège venait la famille de ma copine Lena : sa cousine Ridley, coiffée d’une capeline en paille noire vaste comme un enjoliveur de camion et vêtue d’une petite robe de la même teinte aussi couvrante qu’un mouchoir ; tante Del, qui agitait un éventail en plumes de paon ; les cousines Reece et Ryan, en lunettes de soleil rondes identiques. Oncle Macon était resté à la maison, puisque toute la ville le croyait mort. Sacrée histoire. Mais nos amis John Breed et Liv Durand étaient là pour tout lui raconter – du moins, ce que Boo Radley n’était pas en mesure de lui montrer depuis son poste d’observation, dans l’herbe, au pied de la scène, agitant la queue au rythme de la fanfare.

Quand il m’a aperçu, John m’a adressé un grand signe de la main ; Liv lui a flanqué un coup de coude dans les côtes ; je n’ai pas réagi.

Ça va durer encore longtemps ?

Lena. En mode Chuchotement et d’humeur aussi ronchonne que moi, visiblement. Il n’y avait pas que des avantages à avoir une petite copine Enchanteresse ; ça s’accompagne, parfois et par exemple, d’une malédiction et d’une mère encore plus maudite (désormais coincée dans l’Autre Monde, encore une sacrée histoire). Mais il y en avait aussi. Lena avait des tas de dons spéciaux, comme celui qui nous permettait d’écouter nos réflexions mutuelles.

Je me suis dévissé le cou pour la contempler, en bas, dans la rangée des bancs allant de A à D. Duchannes, Lena, se trouvait dangereusement près d’Asher, Emily.

J’ai souri.

J’essaye de ne pas tourner de l’œil, L.

Encore cinq minutes de ce régime, et j’en serai au même point, Ethan.

Une pensée plus virulente a soudain bousculé les autres.

Tu crois qu’on pourrait se planquer sous les gradins sans qu’on nous remarque ?

Link. Mon meilleur pote et ancien Mortel, désormais quarteron d’Incube. Lena et moi avions la sale habitude d’oublier qu’il était lui aussi capable de Chuchoter depuis sa mutation. Résultat, il se débrouillait pour s’immiscer entre nous aux moments les plus embarrassants.

Fous le camp de mon esprit, raclure de bidet.

Vautré sur le rang juste en dessous de moi, il a secoué la tête.

Hé, ne t’en prends pas à moi ! Et demande à ta nana de nous arroser d’un peu de pluie. Je suis à poil sous cette robe, et je transpire tellement des fesses qu’on dirait que je me suis pissé dessus.

J’ai éclaté de rire, ce qui m’a valu d’être foudroyé du regard par Savannah.

Bouclez-la, vous deux ! Ça commence. On va peut-être réussir à rentrer chez nous avant minuit.

Le président du conseil du lycée s’était en effet mis à appeler les élèves.

— Emily Asher.

La mère de l’heureuse élue a déclenché une salve d’applaudissements hystériques dans ses troupes – elle avait rameuté tous les Asher vivant dans un rayon de cent cinquante kilomètres. Quelques Snow les ont soutenus pour faire bonne mesure. Mais bon, c’étaient quand même les Asher, et il n’y a pas eu grand monde pour participer à la claque.

Emily a gagné l’estrade d’un pas décidé, auréolée des éclats triomphants de Pompe et Circonstance2. Ses chaussures étaient deux gratte-ciel attachés à ses pieds. Même ses cheveux étaient plus crêpés que jamais, à croire qu’elle avait été électrocutée. Son mascara dégoulinait sous l’effet de la chaleur, lui donnant des allures de raton laveur. Elle avait carrément mis le paquet.

Difficile de ne pas la suivre des yeux. Même depuis les W.

Elle n’avait pas plutôt reçu son papelard officiel en souriant aux objectifs – Ozzy Phelps, du Stars and Stripes3, l’unique journal de Gatlin, bossait au noir comme photographe du lycée – qu’il s’est transformé en serpent.

Sifflant et crépitant, le reptile s’est enroulé autour de son poignet, tel un exotique bracelet de pharaon.

Emily a hurlé, vite imitée par le public, car la corbeille contenant les diplômes et posée près du podium était soudain devenue un nid de serpents qui dégoulinaient de leur panier en se tortillant.

Des crotales, apparemment. Tout un paquet.

S’est ensuivi le charivari habituel : cris, bousculades, fuite générale de tous sauf de l’orchestre dirigé par Mlle Spider qui, gagné par le bazar ambiant, a entonné My Heart Will Go On.

En quelques minutes, la cérémonie a été pliée. Les spectateurs et les participants avaient déguerpi en masse.

À l’exception, bien sûr, de la famille de Lena qui, assise en rang d’oignons, tirait la tronche d’affligés assistant à l’enterrement d’un cher disparu. La mer de bancs vides alentour m’a incité à me demander si leurs voisins n’avaient pas profité du prétexte des reptiles pour se carapater en toute bonne conscience.

Mon père est allé retrouver Mme English sur le parking, et tant mieux. Je ne tenais pas à devoir lui expliquer ce qui s’était produit à l’instant. À mon goût, je m’étais suffisamment collé à l’exercice, ces dernières années.

Dans un même élan, Lena et moi avons quitté nos places respectives et filé droit sur la seule qui avait vu venir le truc.

La seule aussi qui s’en moquait comme d’une guigne.

— Franchement, Ridley !

Tante Del a battu Lena au poteau de la réprobation – battre étant ce qu’elle semblait vouloir littéralement faire à sa fille –, la Sirène de sinistre réputation, accessoirement cousine de Lena et intermittente des amours de mon meilleur copain. Une gentille vilaine fille ou une vilaine gentille fille selon ses humeurs.

Ridley Duchannes.

Del en était à la moitié de sa mercuriale quand nous les avons rejointes. Ridley se défendait comme une diablesse.

— Oh, arrête un peu ! Dès que ça déraille un brin dans le coin, tout le monde part du principe que c’est ma faute. J’hallucine !

Une sucette rouge vif roulait entre ses doigts impeccablement manucurés.

Reece a levé les yeux au ciel.

Ryan, elle, ne pouvait s’empêcher de rigoler.

— Non mais vous avez vu leurs têtes ?

Assise jambes croisées, Ridley avait l’air de sortir d’un film dont la méchante héroïne se révèle, au dénouement, ne pas avoir un cœur en or. Pas même en étain. À la place, il y a sûrement un gros trou béant.

— Ben quoi ? a-t-elle ricané. Elle le méritait, cette espèce de vipère. Qui se ressemble s’assemble. J’ai à peine levé le petit doigt. Ces chéris mouraient d’envie de participer à la fête. D’être avec leur déesse.

Elle a siffloté avant d’ajouter :

— Parlez-moi de venin. Cette nana a la langue proprement mortelle.

— Bien dit ! s’est exclamé Link.

La prenant par la taille, il l’a enlacée.

— Wesley Lincoln !

Il a relevé la tête et vu sa mère qui, de l’autre côté du stade, lui indiquait, à grand renfort de signes frénétiques, de la rejoindre.

— Faut que je me sauve, a-t-il soupiré avant de déposer un baiser sur la joue de Ridley. Vous savez comment ma vieille réagit quand je suis en compagnie du diable.

Mme Lincoln ayant eu des démêlés avec ma famille et celle de Lena, elle avait maintenant pris le parti de s’en tenir le plus à distance possible. Ce qui explique pourquoi elle avait préféré s’arrêter à la lisière opposée du stade au lieu de venir nous cracher directement dessus.

— D’autant que j’ai mis mes plus jolies cornes, aujourd’hui, a lâché Ridley en entortillant des longs cheveux blonds autour de son index.

L’espace d’un instant, j’aurais juré que ses célèbres mèches roses étaient en effet rouges.

 

Si Amma était encore en vie, on aurait eu une charlotte au chocolat. Voilà à quoi je pensais, allongé sur mon lit, transpirant comme un bœuf, les yeux rivés sur le vieux plafond bleu de ma chambre. Le gâteau de mon repas de bac. Ça aurait dû être une charlotte au chocolat.

À la place, j’avais englouti trois parts de la tarte au chocolat et noix de pécan de ma tante Caroline. Même si elle avait été bonne, elle n’avait pas été bonne à la manière d’Amma. J’avais été obligé d’en bouffer trois morceaux, sinon mon père et tante Caroline auraient deviné ce qui me trottait dans le crâne – à savoir que les choses changeaient à Gatlin, et que, par-dessus le marché, elles changeaient un peu plus chaque jour.

Il était temps d’en partir. Jamais je ne me serais douté que, quand elle sonnerait, cette heure émettrait un bruit aussi étrange.

Alors que j’étais encore tout gosse, mes parents ne m’avaient pas demandé ce que je voulais devenir plus tard, ils m’avaient demandé où je voulais aller. J’avais répondu « ailleurs », ils m’avaient acheté une carte routière.

J’imagine que ma réaction était un réflexe naturel face à la vie qu’on menait à Gatlin, en Caroline du Sud. Notre modeste ville était située assez loin de Charleston – de toute vraie civilisation, en réalité – pour donner l’impression de constituer une planète à part entière. Comme tout bon astronaute, à partir du moment où j’avais su assez bien lire pour étudier ma carte, j’avais consacré toutes mes heures de veille à planifier avec minutie comment l’utiliser. J’avais sous mon lit une boîte à chaussures pleine de dépliants d’universités diverses et variées et j’avais toujours affirmé que j’étais prêt à aller n’importe où, dès lors que ça se trouvait à au moins mille cinq cents kilomètres de Gatlin.

Au lieu de planquer des brochures sous son lit, Link avait, lui, collé son avenir sur les murs de son garage, où répétait son dernier groupe, Les Colosses – à entendre comme celui qu’on fait pleurer, éternelle élégance de Link. Ceux qu’il vénérait, Led Zeppelin, Black Sabbath et les Rolling Stones avaient déjà prouvé qu’il ne fallait guère plus que de grands rêves et des potes musicos pour vous tirer d’un bled crapoteux. Link avait des rêves et des potes musicos. Il avait également Ridley et une destination : New York.

Grâce à Lena, j’avais, ces deux dernières années, fourni assez d’efforts au lycée pour décrocher une bourse dans une fac qui me plaisait.

Bon, j’avoue… une fac située pas très loin de là où elle avait envie d’aller.

Que voulez-vous ? Je suis un gars raide dingue de sa copine.

J’irais au bout du monde pour Lena Duchannes, dont le nom rime avec « chaîne », dont la tache de naissance a la forme d’une lune d’Enchanteur, dont les cheveux bouclent quand elle utilise ses pouvoirs magiques, dont les yeux vert et or brillent avec plus d’éclat que le soleil.

Elle est ma moitié d’orange.

Ces deux dernières années, je les avais aussi mises à profit pour découvrir une chose à laquelle je n’aurais jamais songé si je n’avais pas rencontré une Enchanteresse et n’en étais pas tombé amoureux ; si je ne m’étais pas battu jusqu’à la mort pour protéger nos existences des agissements malsains de sa mère, l’Enchanteresse des Ténèbres Sarafine ; si je n’étais pas mort une seconde fois afin de sauver le monde et ceux que j’aimais, avant de revenir vers eux au prix de mille et une épreuves.

Les fins heureuses coûtent un max.

Il ne suffit pas de savoir qu’on a trouvé l’âme sœur. Pour peu qu’on croie à ce genre de truc, ce qui est mon cas, puisque j’ai dégoté la mienne.

Il faut également se débrouiller pour que ça arrive. Il faut forcer le monde entier à se plier à ses propres fins et à celles de l’aimée. Il faut péter les crocs du destin et arracher les yeux à la fortune. Il faut en découdre à coups de pied, à coups de poing, à coups de griffe, à coups de dent pour parvenir jusqu’à l’aimée. Il est impossible de laisser qui et quoi que ce soit, n’importe quel prétexte – surnaturel ou autre – vous barrer le chemin.

L’amour, le vrai ?

La destinée ?

Un avenir commun ?

Les obtenir, c’est s’opposer à toutes les vacheries que nous réserve le monde. C’est envoyer paître la Roue de la Fortune pour qu’elle en écrabouille un autre. C’est refuser de se résoudre aux fins différentes qui se dessinent.

C’est tenir bon.

Si Amma avait été là, elle aurait dit que tout était dans les cartes. Sauf que cela n’était vrai que si elle les lisait. Telle était la leçon qu’elle nous avait donnée.

Nous autres devions construire notre propre destin.

Lena et moi étions mieux placés que quiconque pour le savoir. Ridley et Link, eux, avaient encore à l’apprendre. À la dure.

J’imagine que c’est ici, en gros, que cette histoire commence.

1. D’après le sobriquet de Thomas Jonathan Jackson (1824-1863), vrai nom du lycée. Un des généraux de la guerre de Sécession les plus respectés après Lee, réputé pour sa stratégie militaire de défense acharnée. (Toutes les notes sont du traducteur.)

2. Titre de cinq marches composées par l’anglais Edward Elgar (1857-1934). La première est jouée lors de toutes les cérémonies de remise des diplômes aux États-Unis.

3. Autrement dit, le drapeau américain. Journal fondé à l’origine par les armées confédérées lors de la guerre de Sécession.

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Wesley Lincoln n’aurait jamais imaginé être aussi béni-oui-oui avec sa copine que son meilleur ami, Ethan. Pas une seconde de sa vie. Pas même quand il était cent pour cent Mortel, avant qu’une morsure et un quart de sang Incube le transforment.

Avec Ridley, ça ne fonctionnait pas comme ça. Ils ne se susurraient pas des mamours, ils ne s’entraidaient pas ; ils se défiaient à grand renfort de piques et de provocations. Ils ne se tenaient pas par la main, ne faisaient pas des courses ensemble, ne dînaient pas à la table de leurs familles respectives. Leur relation était celle de deux pétards absorbant l’oxygène d’une unique allumette.

Parfois, ils ne se parlaient pas pendant des semaines.

C’était torride.

Bête, mais torride.

Quand Rid entrait dans une pièce, Link avait la chair de poule. Il n’avait même pas besoin de la regarder pour ça. Il suffisait qu’il sente sa présence. Comme si une sorte de radar interne se déclenchait en lui quand elle était là. Pour le bien ou le mal. Le pire ou le meilleur.

Si ça se trouve, c’était de l’allergie.

Une grave allergie.

Minute ! Est-ce une espèce de soumission aussi ? Une relation est-elle censée se dérouler ainsi ? Semblable à une infection ? À du sumac vénéneux, un truc de ce style ?

Le couple formé par Ethan et Lena ne dérangeait pas Link. Aussi indissociables qu’Ernest et Bart, or c’était plutôt triste de voir Ernest sans Bart. Ces deux petits chéris ébouriffés étaient faits l’un pour l’autre, quoi qu’en dise la mère de Link. Et puis, il s’était accoutumé à la présence de Lena, surtout à l’époque où tous deux avaient été séparés d’Ethan, égaré dans l’Autre Monde. Lena était sa sœur cadette. Une sœurette ébouriffée.

Ridley, elle, relevait franchement d’autre chose.

Rien n’était simple, avec elle. Rien ne ressemblait aux apparences. C’est ce qu’il aimait le plus chez elle. Elle pouvait vous arracher les yeux puis fondre en larmes devant les griffures qu’elle vous avait infligées. Elle était à la fois sa pire ennemie et sa meilleure amie. Elle se menait une vie tellement dure, et tout aussi dure aux autres, qu’elle tenait du miracle. Un miracle à l’envers, genre.

En tout cas, elle n’a rien en commun avec les autres filles que j’ai connues.

Link observait l’objet de ses réflexions depuis l’autre extrémité de la piscine. Ils avaient débuté leur journée à Ravenwood avant que, dans une déchirure soyeuse, il les transporte tous ailleurs. Parce que Ridley avait piqué une crise et décrété qu’il faisait trop chaud pour ne pas se baigner.

Lorsqu’elle se fourrait des idées comme ça dans le crâne, elle était trop têtue pour accepter de les oublier. Alors, c’était à lui ou à Lena de la tirer d’affaire. À chaque fois.

Lena avait appelé la piscine municipale de Gatlin pour découvrir qu’elle était fermée, suite à une malencontreuse fuite de couche-culotte. Du coup, Ridley avait insisté pour qu’ils dénichent un autre lieu où nager.

— En quoi le lac Moultrie te pose-t-il un problème ? avait demandé Link.

— Ce n’est pas Saint-Tropez, avait-elle rétorqué.

— Je suis un plouc de la campagne.

— Saint-Tropez, c’est presque la campagne. Française, mais la campagne quand même !

— Eh bien, tu n’as qu’à te saint-trouper toi-même ailleurs, parce que ça ne me dit rien qui vaille.

Sur ce, elle s’était mise à bouder, et il avait cédé. Évidemment qu’il avait cédé. Ces derniers temps, il ne faisait plus que ça. Il était l’esclave amoureux typique… Malheureusement, l’intéressée refusait d’admettre qu’elle nourrissait des sentiments réciproques. Des gars avaient écrit des chansons pour moins que ça.

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