Deux amis de Cocody

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Un collège à Cocody, un des quartiers d' Abidjan
Une année scolaire comme les autres, et une classe de 5e avec des élèves bien vivants, tour à tour chahuteurs, passionnés, endormisà
Parmi ces élèves, Georges et Awa. Réunis par le hasard, il deviendront bientôt deux vrais amis, toujours prêts à s'entraider.
Publié le : mercredi 20 avril 1983
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EAN13 : 9782753105706
Nombre de pages : 128
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1.
Le jour de la rentrée
Abidjan, 15 septembre 197. : c'est aujourd'hui la rentrée des classes !
Des groupes de jeunes stationnent devant la porte principale du collège de Cocody. On se retrouve après trois mois de vacances. On bavarde avec entrain, heureux de revoir les camarades de l'an passé.
– Konaté, comment vas-tu ? Et ces vacances ?
– Formidables, mon vieux! J'étais à Séguélon, chez les parents de ma mère.
– Si loin ! Et tu ne t'es pas ennuyé ?
– Pas du tout! Tous les matins, j'allais à la pêche, à midi je faisais la sieste au bord de l'eau, à la fraîcheur; le soir, je mangeais des poissons grillés. Tiens ! Regarde mon sac : c'est un ami qui l'a fabriqué exprès pour moi !
Et Konaté tout fier montre à ses amis son sac en peau brune ornée de franges de cuirs de différentes couleurs.
Georges qui aime prendre de grands airs se moque de lui :
– Très couleur locale, ton sac! Tu retardes, mon vieux! Regarde mon cartable. Il vient directement de France. C'est mon cousin, Paul, pilote à Air Afrique, qui me l'a rapporté. Il est chic, tu ne trouves pas ? En tout cas, il est plus réussi que ta sacoche de paysan !
La conversation pourrait tourner mal si la sonnerie ne retentissait à ce moment-là, rappelant aux élèves que les choses sérieuses vont maintenant commencer.
Des files se forment devant les salles de classe. Sur chaque porte on a collé un numéro et la liste des élèves affectés dans cette classe. Le silence s'installe et chacun attend, avec un petit pincement au coeur, le premier professeur qui les prendra en charge.
***
Une jeune femme au visage souriant s'approche de la file où se trouvent Georges et Konaté. Elle demande avec assurance :
– C'est bien la se 3?
– Oui, Madame.
– Alors, entrez!
Georges regarde avec admiration la tenue en pagne de leur professeur : une jupe serrée qui s'évase gracieusement vers le bas, un corsage ajusté aux larges manches bouffantes, le tout dans un tissu vert aux fins motifs bruns et noirs.
– C'est du « wax1 », glisse Georges à Konaté.
Qui eût pensé qu'un garçon de treize ans ait de telles connaissances ! Mais Georges oublie de préciser que c'est lui qui accompagne habituellement sa sœur Akissi au marché de Treichville lorsqu'elle doit acheter des pièces de pagne pour envoyer aux parents restés au village.
Georges entre en sifflotant, comme si les vacances n'étaient pas finies. Un bref rappel à l'ordre l'oblige à revenir rapidement à la réalité.
***
Il y a un peu de bousculade pour occuper les places, chacun essayant de retrouver un bon camarade; les places des premiers rangs sont prises d'assaut2. Georges constate avec regret que Konaté s'est assis à côté de Konan. Il parcourt du regard l'ensemble des élèves qui sont maintenant tous assis. Il n'y a plus qu'une place libre à côté d'une fille qu'il ne connaît pas. Tant pis ! Il n'a pas le choix. Il va donc s'asseoir à côté d'elle. Il pose sur la table, bien en évidence, son cartable neuf, espérant bien que sa voisine le remarquera !
Le professeur fait l'appel. Elle est du pays : aussi prononce-t-elle correctement les noms de tous les élèves. Dommage! Georges se souvient avec malice des hésitations des professeurs étrangers et du fou rire qui gagnait toujours la classe tout entière lorsqu'on entendait défiler les noms baoulé, agni ou malinké
3, plus ou moins écorchés !
Le professeur tousse légèrement pour s'éclaircir la voix et attirer l'attention de sa classe :
– Eh bien ! Les vacances sont finies ! Tout le monde les regrette, élèves comme professeurs ! Il faut donc se mettre au travail ! Autant le faire dans la joie et la bonne humeur. D'accord ?
Un murmure dépourvu d'enthousiasme accueille ces paroles d'introduction.
– Bon! je me présente : Madame Kouamé; j'ai trente ans; je suis mariée et j'ai trois enfants; il y a déjà cinq ans que j'enseigne le français dans ce collège. Je suis sûre que nous nous entendrons très bien.
Une vague d'approbation parcourt la classe cette fois-ci. Plusieurs élèves se retournent, cherchent du regard un vieux camarade pour lui lancer un clin d'œil complice*.
Georges en profite pour dire à sa voisine, à voix basse :
- C'est chouette d'avoir un professeur jeune et dynamique!
Mais il ne reçoit aucune réponse; sa voisine toujours silencieuse a déjà sorti de son cartable assez usé un cahier de textes soigneusement recouvert de plastique bleu vif et deux crayons à bille qu'elle pose devant elle.
Georges se dit en lui-même :
– Pimbêche ou bonne élève ? C'est trop tôt pour le savoir ! Affaire à suivre !
Une élève demande la parole en agitant son bras :
– Oui, que veux-tu ?
– Madame, vous êtes sévère ?
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