Djeha

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« De retour chez lui, Djeha longea une école sans enceinte, et dont les salles de cours donnaient à même la rue. Il entendit une enseignante s'adresser à ses élèves au milieu d’un chahut indescriptible.
Curieux, il se plaça sous la fenêtre et tendit l’oreille.

L’institutrice disait de sa voix fluette :

- Savez-vous, mes enfants, ce qui est arrivé au doux agneau qui n’a pas écouté sa maman ?

Et toute la classe de répondre en cœur :

- Oui, maî... tres... se ! Le mé... chant loup l’a... man... gé !

Djeha esquissa un petit sourire et dit en lui-même : - Pauvre agneau ! Mais malheureusement, les autres agneaux qui eux ont écouté leur maman, c’est nous qui les avons mangés !

Mais laissons nos chérubins dans leur innocence... »


Publié le : mercredi 24 février 2016
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EAN13 : 9782334075312
Nombre de pages : 102
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ISBN numérique : 978-2-334-07529-9
© Edilivre, 2016
Ouvrages du même auteur en langue française
L’Orpheline Les gifles du destin Digo, le petit chien roux Ma chatte tigrée Minette dans le beau verger Minette In The Beautiful Garden(translator : Azzi Rachid)
Et les larmes se sont taries !...
I Ah ! les beaux oignons !
Uésœuvré, Ujeha se rendit en fin de journée à la campagne. Soudain, un vent violent se déchaîna, secouant les arbres et soulevant une poussière fine qui emplissait le nez du promeneur solitaire et lui desséchait la gorge. À demi aveuglé, Ujeha aperçut au loin un mur d’une hauteur impressionnante. « Pourquoi ne m’y réfugierai-je pas, se dit-il, en attendant que l’ouragan se calme ? » Il se dirigea d’un pas pressé vers l’enceinte, mais, à peine s’y adossa-t-il, qu’il se tint ce monologue : « Si la clôture est surélevée, c’est qu’elle cache quelque chose ; et si on cherche à mettre ce quelque chose à l’abri des yeux fureteurs, c’est parce qu’il est précieux. Alors, que peut-il se trouver derrière cet étrange mur ? Je brûle de le savoir… » Il lutta un moment contre sa curiosité grandissante. Finalement, il céda et parvint après maintes tentatives à escalader la muraille. « Que vois-je ! s’exclama-t-il. Mais c’est un splendide jardin toute verdure ! Oh ! les jolis pieds d’oignons ! » Il mit sa main en écran devant ses yeux, promena son regard dans toutes les directions, scruta l’horizon, puis n’y apercevant personne, il se résolut à prendre un peu de ce légume dont il raffolait depuis sa tendre enfance. Il déracina un gros oignon, le trouva bien odorant. « Je le dégusterai chez moi à mon aise », dit-il en lui-même. Il le mit furtivement dans le capuchon de sa djellaba et ajouta : « J’en prendrai un deuxième et je m’en irai. » Mais à chaque fois, il succombait à la tentation et changeait d’avis : « Encore un dernier et ce sera tout ! » Hélas ! C’était toujours l’avant-dernier qu’il cachait. Pendant qu’il s’apprêtait à arracher le douzième oignon, une voix grave l’interpella par derrière : – Est-ce toi, Ujeha ? Que fais-tu dans mon jardin ? Ujeha sursauta et, sans se retourner, s’accrocha de ses deux mains aux plants de légumes et garda le silence. Le propriétaire, du ton de quelqu’un qui tente de contenir sa colère, posa de nouveau sa question : – Est-ce que tu es sourd ? Je te demande ce que tu fais là ! Cette fois-ci, Ujeha, tel un homme qu’on vient d’arracher à de profondes réflexions, feignit l’étonnement, se retourna à demi et sans lâcher prise, dit : – Quel drôle de temps, mon bon Monsieur ! C’est une vraie tempête. L’orage menace d’éclater d’un moment à l’autre ; dans ce cas, il… L’homme qui le regardait d’un œil froid l’interrompit : – Je ne te parle ni de tempête, ni d’orage. Réponds vite à ma question. Que viens-tu faire dans mon jardin ? Ah ! je vois bien que tu voles mes oignons ! N’essaie surtout pas de raconter des histoires, à moi, Hadj Merbouh ! Ujeha se redressa et prit un air consterné : – Moi ! Voler vos oignons ? Jamais ! U’ailleurs je ne suis même pas entré dans ce champ de ma propre volonté. Hadj Merbouh se fâcha de plus belle. Son visage s’empourpra. Plein de dépit, il vociféra : – Te moques-tu de moi ? Comment prétends-tu n’y être pas entré de ton propre chef ? Qui croira de telles paroles insensées ? – Tout doux, mon ami ! Je vais vous expliquer la chose : Au moment où je longeais le mur, un miracle s’est produit. Le vent souffla si violemment qu’il me souleva comme paille et me jeta par-dessus la clôture. « En vérité, j’ai senti la terre se dérober sous mes pieds. Ûne fois remis de mon étourdissement, je me suis trouvé en plein champ, à cet endroit même. Bien sûr, j’en ai rendu grâce à Uieu pour sa protection.
– Bien, Ujeha ! Tu veux dire que tu t’es brusquement transformé en sac de papier. Soit ! Mais qui a arraché tous ces oignons ? Ce n’est pas le vent, je suppose ? » – Pardon, mon bon Hadj Merbouh ! J’ai oublié d’ajouter que, pour résister à la tempête qui s’acharnait à m’emporter, j’ai dû m’accrocher aux pieds des plants, et les oignons sont venus à moi d’eux-mêmes ! – À la bonne heure ! U’accord, je te concède également cette baliverne ! Mais qui a placé les oignons dans ton capuchon ? – Cette question est bien pertinente. J’y pensais sérieusement lorsque vous m’avez surpris. – Et as-tu trouvé explication à cette énigme ? – Oh ! oui Monsieur ! C’était tout bonnement la volonté de Uieu qui s’est manifestée. Ne Lui suffit-il pas de dire à la chose : Soit ! pour qu’elle fût ? Ûn large sourire éclaira le visage de Hadj Merbouh. Il regarda Ujeha d’un air admiratif de la tête aux pieds, puis il s’en alla en marmonnant : « Et dire que l’ami passe pour un niais ! S’il n’est pas un grand philosophe, du moins est-il d’une perspicacité étonnante et d’une ruse sans égale !… » Ujeha retourna chez – lui, le capuchon plein d’oignons avec lesquels il prépara un plat succulent. Il dîna de bon appétit. Evidemment, il ne manqua pas de remercier, en son for intérieur, le brave Hadj Merbouh pour sa générosité et sa cordialité.
II La déception du larron
ne fois bien rassasié, Djeha se mit au lit. Il dormait profondément quand il fut réveillé par des pas feutrés dans la chambre. Il entrouvrit à demi ses yeux et vit sous un rayon de lune entrant par la porte entrebâillée, une ombre allant et venant : C’était bien un voleur qui s’appliquait à ramasser, sans gêne, tout ce qu’il pouvait emporter. Djeha ne bougea pas ; mieux, il ferma les yeux et fit semblant de ronfler. Une minute après, l’intrus était dehors, un sac pesant sur le dos. Aussitôt, Djeha courut au débarras, retira une vieille poussette, la remplit en un clin d’œil de menus meubles et suivit le voleur. La petite voiture branlante, gémissant sur ses essieux rouillés et ses roues déformées, attira l’attention du larron. Malgré son fardeau, il doubla le pas. Djeha, de son côté, avançait à grandes enjambées. Voyant la distance qui le séparait de son poursuivant se rétrécir de minute en minute, le fugitif bifurqua brusquement vers une ruelle sombre et courut aussi vite que le lui permettait sa lourde charge. Cependant, il se dispensa de se retourner cette fois-ci, le grincement, de plus en plus strident, retentissait dans ses oreilles sans répit, lui rappelant, à son grand désarroi, que l’inconnu était toujours attaché à ses pas. Fort intrigué, il dut s’arrêter, et d’une voix trahissant son émotion, s’adressa au « fantôme » qui était déjà à cinq mètres de lui : – Que me veux-tu ? Il y a longtemps déjà que je te vois à mes trousses !
Djeha observa une immobilité de statue, prit un malin plaisir à le regarder dans les yeux et fut surpris par les tics nerveux qui agitaient son interlocuteur. Enfin, il rompit le silence et dit d’une voix calme : – Je veux, mon cher, emménager chez toi. C’est ce que tu souhaites, ce me semble. Toi, tu as emporté une bonne partie de mes vêtements, et moi, je t’aide à transporter le mobilier ! Le fripon écarquilla les yeux. Saisi de stupeur, il resta là, muet, sans mouvement. Il s’éclaircit la gorge à trois reprises, mais il ne parvint pas à proférer une parole. Djeha le fixait toujours, amusé de son trouble. Après une pause, il ajouta d’un air narquois : – Je ne t’avais pas vu trembler tout à l’heure lorsque l’insolence t’avait poussé à t’introduire chez-moi sans mon consentement. Or, quand on est effronté, il faut être également brave. Si je prends la peine de te suivre avec les meubles, c’est que tout n’est pas fini entre nous ! Ces derniers et mystérieux propos excitèrent la curiosité du visiteur nocturne. Il balbutia : – Et que penses-tu faire encore ? – Dans quelques heures, le jour commencera à poindre. Alors, j’emmènerai chez-toi ma femme et ses onze enfants. Nous serons tout heureux de quitter notre vieux logement exigu pour nous établir dans ta maison qui est, sans doute, bien spacieuse et plus agréable. « Bien sûr, les membres de nos deux familles seront trop nombreux. Mais qu’importe ! L’essentiel est que nous vivions ensemble sous le même toit dans la paix et la bonne entente, surtout que je suis à l’heure actuelle sans travail, et par conséquent, sans aucun argent. » Le pauvre larron demeura interloqué. Il ne sut que répondre. La déception, en dépit de la demi-obscurité, se peignait sur son visage. Il jeta à terre le gros sac et, avant de prendre ses pieds à son cou, trouva le moyen de lancer : – Hélas ! Alors que je me débats dans mes propres soucis, tu veux me faire endosser le problème de ton épouse et de sa marmaille. Tiens, reprends tes effets et laisse-moi tranquille, s’il te plaît !
U
III e mauvaise farce
Pour se rendre au marché du quartier, Djeha empruntait toujours une rue grouillante de gamins. Ceux-ci remarquèrent que l’homme avait une allure respectable. D’ailleurs, il ne passait jamais auprès d’eux sans les saluer poliment. Les enfants le prirent en estime. Aussi, de loin, dès qu’ils le voyaient, ils s’arrêtaient de jouer et couraient vers lui pour l’embrasser. Malgré leur grand nombre, Djeha ne manifestait aucune gêne en leur présence. Bien au contraire, il les recevait avec douceur, caressait les plus petits, louait la bravoure des aînés, ne se souciant nullement du temps à écouter les enfantillages des uns et les exploits un peu exagérés des autres. Un jour, au moment où ses jeunes amis se bousculaient autour de lui comme à l’accoutumée, il leur cria pour plaisanter : – Ne savez-vous pas que l’épicier de la rue de derrière est en train de répartir une grosse somme d’argent entre les enfants du quartier ? Je pense qu’il fait cette aumône pour l’amour de ses parents défunts. Pendant que les autres se remplissent les poches, vous restez là à jouer comme des écervelés. Les garçonnets le crurent et ne se le firent pas répéter deux fois. Ils s’envolèrent avec l’espoir de recevoir quelques sous. Djeha continua son chemin, riant du bon tour qu’il venait de leur jouer. À peine eut-il fait dix pas qu’il s’arrêta. Sans doute, une idée lumineuse lui effleura-t-elle l’esprit comme un éclair. Il sourit et dit : « Et si le commerçant distribuait effectivement de l’argent ? Pourquoi ne tenterai-je pas ma chance ? Peut-être aurai-je, moi aussi, ma part de l’aumône ! » Sans perdre une seconde, il se lança à la suite des enfants, courant à toutes jambes. Il était déjà au coin de la rue quand il se trouva face à face...
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