Fur West, petit mais cow-boy !

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Lorsqu'un mystérieux étranger à l'allure de cow-boy entame le récit des aventures d'un petit furet, les personnes présentes cette nuit-là, dans ce bar que l'on croirait perdu au milieu de nulle part, lui prêtent une oreille attentive. Vous aussi, installez-vous confortablement et écoutez l'histoire de Sniff, le petit furet qui rêvait d'être un cow-boy aux côtés de son idole John Wayne, sa rencontre avec Grumo l'éléphanteau et Salad le serpent végétarien, ainsi que leur quête commune de partir à la recherche de la légende...


Publié le : vendredi 21 novembre 2014
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EAN13 : 9782332844057
Nombre de pages : 138
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-84403-3

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

En hommage à John Wayne (1907-1979),

et à nos amis les bêtes.

Filmographie sélective de John Wayne :

La piste des géants

La prisonnière du désert

La rivière rouge

Rio Bravo

Le grand Sam

 

Prologue

Par une nuit sans lune clairsemée d’étoiles, il y avait un homme, seul, dans un désert de rocailles. Il portait dans ses bras avec beaucoup d’attention une petite chose à fourrure qui semblait dormir. Il se tenait debout, immobile, le visage tourné vers son petit compagnon, lui chuchotant des mots doux d’une voix à peine audible. La nature elle-même semblait s’être tue comme pour ne pas déranger la communion de ces deux êtres ; l’homme, majestueux, immense cow-boy venu d’un autre lieu et d’un autre temps et le petit animal dans le creux de ses bras. Très haut dans le ciel brillait une étoile plus intensément que les autres, diffusant un rayon de lumière réconfortante dans leur direction. L’étoile que personne n’avait encore jamais vue semblait douée d’une respiration, grossissant puis se rétractant dans un infini ballet de lumière. Son éclat éclipsait toutes les autres étoiles qui restaient en retrait, s’inclinant devant leur grande sœur qui venait d’apparaître. Au cœur de cette nature sauvage, l’image de l’homme au chapeau marron et au gilet en cuir sans manches s’estompa peu à peu. Son corps était devenu si cristallin que l’on pouvait distinguer le paysage à travers lui, comme s’il se trouvait à la fois ici et ailleurs, à la croisée de deux chemins. Cet homme reconnaissable entre mille fut autrefois connu sous le nom de Morrison. Marion Robert Morrison était un nom peu commun pour un homme de sa carrure et de sa trempe, surtout dans le milieu où il évoluait de son vivant. Ainsi décida-t-il très tôt d’en changer et d’opter pour un nom de scène qui sonnait comme un coup de poing en pleine figure. Si je suis capable de vous en parler, c’est parce que je connaissais cet homme, très bien même, et c’est non sans nostalgie que j’évoque ces moments passés qui un jour peut-être disparaîtront. Mais si vous êtes attentif et que vous écoutez l’histoire que j’ai à vous raconter, alors peut-être perdureront-ils encore un peu et le petit Sniff continuera-t-il à vivre dans votre mémoire.

Sniff, c’est son nom, était un petit furet qui comme tant d’autres furets vivait dans la chaleur d’un foyer avec sa famille humaine. Il fut adopté très tôt, alors qu’il n’était encore qu’un bébé. Puis, il se passa quelque chose d’extraordinaire, quelque chose qui n’était arrivé à aucun autre furet. Celui-ci regardait la télévision, beaucoup, et il se prit d’affection pour une idole, une icône du cinéma à force de voir ses films en boucle de ses petits yeux émerveillés. Sniff se mit à aimer les westerns et John Wayne. Il prit goût à l’aventure, au grand air, aux fabuleux paysages de Monument Valley et à tout ce qui fait le sel des films de western : les chevauchées fantastiques, les duels dans la boue, les joyeuses beuveries dans les saloons qui finissent presque toujours par une bagarre générale, les convois de bétail à travers une nature inhospitalière. Sniff, le petit furet qui rêvait d’être un cow-boy comme Charlie Bronson, le héros du film qu’il regardait ce jour-là, enroulé dans son panier rembourré avec une petite couverture, le museau délicatement posé sur le rebord en tissu. Sniff laissa ses pensées vagabonder ici et là, s’imaginant à l’intérieur du film aux côtés de son idole John Wayne, L’homme au regard de cristal.

Acte 1

L’homme au regard de cristal

1

Durant sa longue vie, Charlie Bronson connut tout. La joie, la douleur, les blessures, les duels au pistolet contre des hommes ayant bâti leur réputation sur leur rapidité à dégainer le premier, et d’autres qui excellaient dans l’art de tirer dans le dos, les poursuites à cheval contre toutes sortes de bandits, les charges sabre au clair contre des ennemis invisibles. Il participa au génocide perpétré contre les indiens d’Amérique du temps où il était enrôlé dans l’armée régulière, en première ligne sur tous les champs de bataille. On lui ordonna de tirer à vue, sans aucun discernement sur des êtres humains qui étaient chez eux et aspiraient à la paix. Même après avoir quitté l’armée, il frôla la mort des dizaines de fois, jeta les dés de la vie au cours d’affrontements dantesques face aux meilleurs tireurs du continent, parfois même contre plusieurs adversaires à la fois. Il y avait une chose qui semblait le consumer de l’intérieur, l’obligeant à errer alors que n’importe qui d’autre se serait installé dans un havre de paix pour couler de vieux jours heureux ; le remords qui, chaque nuit, prenait la forme de cauchemars ; vestiges des horreurs qu’il avait vues et ressenties au cours de nombreuses campagnes et qui se rappelaient à lui. Alors, il tua beaucoup d’hommes, des blancs pour l’essentiel, dénués de tout sens moral. Faciles à débusquer, on les trouvait dans les saloons à se repaître de femmes et d’alcool. Une poignée d’hommes tels que Charlie Bronson avaient le courage de se tenir debout face à eux ; les derniers des pistoleros, une espèce alors en voie d’extinction, l’humanité commençant mollement à accepter le monde tel qu’il est, délaissant tout idéal pour un maigre confort et vivre dans la peur. Le destin l’épargna à chaque fois, quand le carillon du village s’apprêtait à tonner les douze coups de midi tandis que les rares témoins retenaient leur souffle alors que retentissait le premier coup de feu, brisant le silence d’une attente insoutenable ou bien le prenant par surprise il s’en sortait toujours, parfois avec une blessure due à une balle qu’il ne put éviter, la plupart du temps sans la moindre égratignure. Charlie Bronson connut tout, toutes les souffrances mais aussi l’amour. L’amour unique et indéfectible d’une femme, Gilda. Un amour auquel il répondit en sacrifiant tout, son ego, son côté ours solitaire, ses errances à travers l’Ouest sauvage alors qu’il avait oublié ce qu’était un foyer. Avec Gilda, tout changea. A ses côtés, il vécut les dix plus belles années de sa vie. Elle repose désormais à l’orée d’une clairière, là où elle fut heureuse, là où ils se rencontrèrent.

2

C’était un 14 septembre. Un vent d’automne commençait à soulever les premières feuilles mortes qui frétillaient au pied de grands arbres. A cette époque, Charlie Bronson avait tout juste trente-cinq ans. Il était arrivé dans cette région peu peuplée au cours d’une de ses errances qui figuraient son mode de vie et cherchait un endroit où il pourrait se reposer. C’est alors qu’il la vit, à l’ombre de grands arbres dominants âgés de plusieurs décennies, il la vit telle qu’elle fut et telle qu’elle sera toujours, sirène aux longs cheveux noirs tombant sur ses épaules nues. Ce jour là, leurs regards se croisèrent et jamais plus ne se quittèrent. Charlie Bronson, le cow-boy solitaire, avait trouvé un endroit où se reposer, pensant rester quelques temps puis repartir avant la tombée des premiers flocons. Il regarda la neige tomber avec Gilda au cours de nombreux hivers, puis fondre laissant ainsi place aux premières pousses du printemps dans un cycle de vie qu’il apprît à voir d’une façon différente, de sa façon à elle. Le Vieux Pierce, le père de Gilda, l’adopta immédiatement comme s’il s’était agi de son propre fils et témoigna une immense joie à l’annonce de leurs fiançailles. Charlie Bronson sut alors ce qu’était le vrai bonheur, et depuis la disparition tragique de Gilda, emportée par la maladie par un bel après-midi d’été, chaque année que Dieu lui accordait, en ce même jour du 14 septembre, il venait se recueillir devant la croix taillée dans le bois, surplombant une couronne de pierres bien entretenue entourée d’une herbe verte et foisonnante et parsemée de fleurs belles et colorées. Les deux premières années, le Vieux Pierce l’accompagna mais il n’avait désormais plus la force de se déplacer, prisonnier d’un corps agonisant qui ne répondait plus à sa volonté. Alors, Charlie venait seul rendre hommage à la seule femme ayant fait de lui un homme respectable ne craignant plus la nuit, dont les cauchemars qui hantaient son âme autrefois torturée furent dissipés par tant de beauté et de bienveillance. Tenant maladroitement son chapeau devant lui, les lèvres tremblantes et son regard bleu cristal timidement tourné vers le sol, il lui parla de longues minutes durant. Il lui avoua combien elle lui manquait, qu’il l’aimait et ce qu’il donnerait pour la revoir ne serait-ce qu’une fois, la serrer très fort dans ses bras et sentir leurs deux cœurs battre à l’unisson. Il lui dit qu’elle ne devait pas trop s’inquiéter, qu’il essayait de mener une vie correcte bien qu’il buvait beaucoup et il promit d’essayer d’arrêter car il savait que cela la rendait triste. Il s’attarda longuement, laissant la nostalgie des moments passés resurgir et imprégner son esprit d’une douce mélancolie. En fermant les yeux, il pouvait entendre le son de sa voix, lointain, diaphane. Il pouvait la voir sourire, sentir son doux parfum et la façon qu’elle avait de le regarder d’un air taquin. La mélancolie se fit plus présente, le flot des souvenirs affluant puis s’estompant jusqu’à devenir un faible écho au creux de son âme, bientôt remplacé par une vague de tristesse inattendue. Tandis qu’il se laissait aller, remontant le cours du temps loin dans le passé, un frémissement d’herbe à quelques pas de lui le sortit subitement de sa torpeur. Sa réaction immédiate fut de sursauter tel un enfant découvert que l’on aurait surpris le doigt dans un pot de confiture. Il se retourna d’un geste rapide, par un réflexe devenu naturel, sa main droite cherchant à tâtons l’étui à revolver qui était resté avec son cheval. Ne voyant personne derrière lui, il se détendit aussitôt, relâchant son attention, laissant son regard vagabonder vers une petite chose marron, pas plus haute qu’une feuille de chou que l’on ferait pousser dans son jardin et que l’herbe peinait à camoufler. Un petit animal à poil ras se tenait debout sur ses deux pattes arrières. Il portait un minuscule ceinturon autour de la taille, d’où on pouvait voir dépasser de chaque côté ce qui ressemblait à deux six-coups rengainés dans un étui en cuir marron. Au sommet de sa petite frimousse trônait fièrement un authentique chapeau de cow-boy. Il reniflait l’air autour de lui, faisant papillonner ses fines moustaches au bout de son museau. Se sachant découvert, le furet fit mine d’être désolé, ne souhaitant visiblement pas déranger Charlie en plein recueillement. Devinant qu’il était trop tard pour reculer ou même s’excuser, il ôta son chapeau et le tint devant lui, à la façon de Charlie lorsqu’il se croyait seul. Il émit un léger sifflement pour lui signifier qu’il attendait une réaction de sa part, quelque chose qui lui fasse comprendre s’il devait partir ou bien rester. Comprenant qu’il n’y avait aucun danger à attendre de l’étranger, le cow-boy rompit le silence. D’un air grognon et la mine renfrognée, il lui lança avec un brin d’agacement feint :

– Qu’est-ce qu’une marmotte comme toi vient fiche ici ?

Le furet écarquilla les pupilles avec une petite moue visant à lui faire comprendre que non, il n’appartenait pas à la famille des marmottes et que, de fait, il ne mangeait pas ses crottes. Ainsi, il finit par répondre avec une vaine assurance :

– Pas marmotte, furet !

– Furet, marmotte, furet… Tu peux bien être un castor armé d’une ombrelle si ça te chante, je te demande ce que tu fiches ici ?

– Sniff ! Sniff Lomax !

– Lomax, c’est comme ça que tu t’appelles, eh bien ça me fait une belle jambe. Eh mais attend, tu veux dire que c’est toi Lomax ? Le Lomax ? Le chasseur de primes qui a réussi à mettre hors d’état de nuire les trois frères Hanson, les troubadours voleurs de bétail ?

– Sniff !, approuva le petit animal.

– Eh bien ça alors, si on me l’avait dit, j’aurai renvoyé le bougre avec un bon coup de pied aux fesses. Viens, ne reste pas planté là comme un piquet !

Charlie accompagna cette dernière tirade d’un geste de la main amical, sous la forme d’une invitation tacite. Un dernier regard vers l’endroit où reposait Gilda et ils s’éloignèrent tous deux, marchant côte à côte d’un pas léger. Sur le sentier défraîchi les menant à une charmante maison en pierres dont la cheminée laissait échapper un nuage de fumée accueillant, Sniff raconta à son nouvel ami ses récentes aventures et les dernières nouvelles en provenance de la ville. Ils riaient de bon cœur, le soleil couchant donnant au ciel une magnifique teinte rouge, les herbes folles traversées d’une brise à la senteur d’automne venant caresser leurs bottes usées par le temps qui passe.

3

– Kot ! Kot ! Kot ! Ce bruit étrange et pourtant familier éveilla quelque peu la conscience du cow-boy endormi. Le bruit persistant, il ouvrit paresseusement un œil embué, dévoilant à demi une chose mouvante surplombée d’une crête rouge qui le regardait fixement. La poule attendait visiblement quelque chose de lui. Il commença à se dandiner pour redonner vie à son corps endolori au même rythme que le brouillard obstruant sa vue se dissipait. Ainsi, il put prendre la pleine mesure du vide qui régnait dans le regard de la poule, à quel point elle n’attendait rien ; elle était juste là à le regarder stupidement. Il la fit déguerpir d’un geste lent tout en maugréant quelque chose, puis s’assit sur le rebord de son lit et se gratta la tête, grognon. Charlie Bronson avait négligé de se déshabiller pour dormir, n’ayant même pas pris la peine de retirer ses bottes comme lorsqu’il cuvait son vin un lendemain de beuverie. Il se leva avec une lenteur extrême et fit quelques pas dans la maison, laissant l’envie d’un bon café infuser dans son esprit et son estomac, prenant le temps de ne rien faire comme à son habitude. On pouvait entendre le chant des oiseaux qui provenait du dehors par une petite fenêtre restée ouverte donnant sur le devant de la maison. Une fois que l’eau fut bien chaude, Charlie dégusta enfin son café et traîna les pieds jusqu’à l’ouverture où pénétraient les doux rayons du soleil accompagnant l’agréable brise du matin. Il se tint debout devant la fenêtre, profitant de la chaleur réconfortante des rayons et de la fumée...

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