Gallagher Academy 4 - Espionnera bien qui espionnera le dernier

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En étudiant à la Gallagher Academy, Cammie savait qu’elle se préparait à la dangereuse vie d’espionne. Ce qu’elle ignorait, c’est que le vrai danger surgirait avant même la fin de ses études. Une ancienne organisation terroriste a juré de la kidnapper, et désormais, elle n’est plus en sécurité nulle part. Même elle, pourtant surnommée le Caméléon, ne parvient pas à se cacher : un comble ! Quand elle découvre que l’un de ses meilleurs alliés est en réalité un agent double, Cammie ne sait plus à qui se fier. Qui d’autre s’apprête à la trahir ? Ses amies ? Ses professeurs ? Son cœur ?
Publié le : mercredi 16 juillet 2014
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EAN13 : 9782012043817
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À papa

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— Cibles repérées au nord-ouest.

La voix de ma meilleure amie était aussi froide que le vent qui balayait la Tamise, sa détermination aussi solide que la Tour de Londres qui s’élevait à quelques mètres de nous. La nuit s’obscurcissait, les lumières de la ville s’intensifiaient, et son assurance était presque contagieuse. Je dis bien presque, parce que, en scrutant la foule, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que je n’étais pas préparée à ce genre de cibles.

Et pourtant, j’ai été confrontée à un tas de situations effrayantes. Rien que ces deux dernières années, on m’a kidnappée une fois pour de faux, j’ai failli me faire kidnapper deux fois pour de vrai, et j’ai été dans la ligne de mire d’une organisation terroriste internationale et de deux garçons super-mignons. Avouez qu’il y a de quoi avoir peur…

À ce moment-là, Rebecca Baxter et moi, on patinait sur une des anciennes douves de la Tour de Londres. Nos cibles étaient plus nombreuses et plus baraquées que nous. Et ça, c’était vraiment… flippant. Même si ma meilleure amie se trouvait près de moi. Même si, grâce à notre lycée, on a reçu un excellent entraînement.

Même si ce lycée est un établissement pour apprenties espionnes…

— Hé, Cammie ! Ils regardent de ce côté…

J’ai prié pour que Bex parle de son père, devant la buvette, ou de sa mère, qui se tenait près de la sortie est de la patinoire. Ou encore des agents, dans la foule, censés me protéger – comme cette femme, avec le sac à dos, qui nous avait filés tout l’après-midi. Ou cet homme, posté sur le Tower Bridge, le pont qui enjambe la Tamise et offre une vue imprenable sur toutes les rues dans un rayon d’un kilomètre. Pourtant, je connaissais assez Bex pour savoir qu’elle ne parlait pas des espions qui nous entouraient… mais des garçons.

Quand elle a pivoté avec grâce pour s’élancer vers moi, puis qu’elle est passée devant la bande de types qui frimaient en riant, ils l’ont tous suivie du regard. Son écharpe rouge volait au vent, et elle m’a lancé avec un sourire :

— Alors, lequel t’intéresse ?

— Aucun, merci. J’essaie d’arrêter avec les garçons.

Bon, OK, ils avaient l’air sympas, mignons et complètement inoffensifs. Mais, s’il y a bien une chose que les filles de la Gallagher Academy savent, c’est que les apparences peuvent être trompeuses.

— Allez, Cammie, a insisté Bex. Qu’est-ce que tu penses du grand, là ?

— Rien du tout.

— Et du petit ?

— Non merci, ai-je répliqué en secouant la tête.

— Et de celui avec…

La phrase de mon amie est restée en suspens. Ses yeux écarquillés fixaient un point derrière moi, et j’ai aussitôt repensé aux deux pires moments de ma vie : une soirée de novembre noyée dans le brouillard à Washington, et un après-midi lourd sur un toit de Boston.

Mon cœur s’est mis à battre à toute allure.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

J’ai parcouru la foule du regard, à la recherche de ce que Bex venait de voir.

— Cam…

J’ai fait volte-face vers la mère de mon amie, son père et nos gardes du corps en m’attendant à découvrir la même stupeur sur leurs visages. Mais leurs traits restaient impassibles.

— Bex, qu’est-ce qu’il y a ? ai-je insisté.

— C’est rien… Juste que… Dis-moi, Cammie…

Elle m’a lancé un sourire moqueur avant de me demander tout doucement :

— T’es bien sûre d’avoir fait une croix sur tous les garçons ?

— Qu’est-ce que tu entends par là ?

Bex s’est contentée de poser la main sur sa bouche en lâchant :

— Oups !

Rebecca Baxter, l’élève la plus habile de la Gallagher Academy pour Jeunes Filles Exceptionnelles (qui, croyez-moi, abrite des élèves extrêmement habiles), venait de chuter sur la glace.

Si vous voulez que les garçons qui vous regardent se précipitent vers vous, il suffit de tomber. Ça marche à tous les coups ! Liz, notre voisine de chambre, aurait sans doute essayé de prouver par A + B qu’il s’agit d’une réalité scientifique. Mais, vu que, sur les huit garçons qui ne nous avaient pas quittées des yeux, sept s’étaient rués au secours de Bex, il me semble que les faits parlaient d’eux-mêmes.

D’ailleurs, pour être honnête, les statistiques étaient le cadet de mes soucis, à ce moment-là. Des flocons de neige duveteux flottaient dans la pénombre entre moi et le seul garçon qui n’avait pas bougé. Le seul qui ne bavait pas d’admiration. Il se tenait près de la rampe d’accès, les mains dans les poches et le regard rivé sur moi.

— Bonne année, Gallagher Girl ! a-t-il lancé.

 

Ce n’est pas toujours facile de dissimuler ses sentiments. Surtout quand on éprouve à la fois de la tristesse, de la frustration et de l’excitation.

Pendant que les sept soupirants de Bex s’agenouillaient devant elle, je me suis approchée du garçon.

— T’as l’air d’avoir froid, ai-je réussi à articuler.

— J’avais une veste bien chaude avant, mais je l’ai donnée à une fille.

— C’était très sympa de ta part.

— Non, a-t-il rétorqué avec un petit sourire en coin. Je ne crois pas.

Même si je connaissais Zachary Goode depuis presque un an, il y avait encore un tas de choses que j’ignorais sur son compte. Par exemple, pourquoi le savon et le shampoing sentaient si bon au contact de sa peau. Où il allait lorsqu’il n’apparaissait pas sans crier gare dans ma vie – dans les moments où j’étais en danger, d’ailleurs. Et surtout, comment il s’y prenait pour me faire oublier que, le soir où il m’avait donné sa veste, en novembre dernier, des terroristes avaient tenté de m’enlever.

Du coin de l’œil, j’ai pu constater que les chevaliers servants de Bex l’avaient aidée à s’asseoir sur un banc. Zach, indifférent à la scène, s’est penché vers moi avec un sourire.

— De toute façon, elle te va beaucoup mieux qu’à moi.

La Gallagher Academy nous a appris plein de choses, mais, malheureusement, pas à oublier. J’en aurais eu bien besoin. Parce que je voulais à tout prix éviter de penser aux circonstances dans lesquelles j’avais vu pour la dernière fois ce garçon incroyablement sexy qui me souriait. J’aurais vraiment voulu ne plus jamais me rappeler les pneus qui crissaient et les hommes masqués. Mais je suis une Gallagher. Et une Gallagher n’oublie jamais rien.

— J’ai comme l’impression que t’es pas là pour t’amuser… ai-je lancé.

Tandis que le rire de Bex retentissait à quelques mètres de nous, j’ai senti que la main de Zach glissait doucement sur la rampe vers la mienne. L’espace d’un instant, j’ai espéré qu’il me dise : « C’est pour te voir que je suis venu. »

— Je cherche Joe Solomon.

Il a jeté un coup d’œil autour de lui.

— J’ai pensé qu’il pouvait être avec toi. Il est là ?

Mon cœur a battu de plus belle.

— Qu’est-ce qui se passe ? ai-je demandé.

J’avais beau me creuser la tête pour comprendre pourquoi M. Solomon devrait se trouver avec moi à Londres, rien de cohérent ne me venait à l’esprit.

— Pas grand-chose, sans doute, a répliqué Zach.

— Si tu ne craches pas le morceau tout de suite, j’appelle M. et Mme Baxter, et tu comprendras comment Bex est devenue ce qu’elle est…

J’ai donné un coup de pied dans une congère.

— On était censés se retrouver il y a quelques jours, a-t-il expliqué, mais il n’est pas venu au rendez-vous.

Zach m’a regardée droit dans les yeux.

— Et il ne m’a pas appelé.

J’ai senti le froid me transir de la tête aux pieds, tout à coup.

— Il ne fait pas partie de ma garde rapprochée.

— Ta mère est partie enquêter sur le Cercle, pas vrai ? Est-ce que M. Solomon pourrait être avec elle ?

— Je ne sais pas. Peut-être…

— Est-ce qu’il a donné de ses nouvelles aux Baxter ?

— J’en sais rien.

— Est-ce qu’il…

— Personne ne me dit jamais rien, t’as oublié ?

J’ai scruté son visage dans la pénombre, savourant malgré moi le fait qu’il y avait au moins une chose que Zach ignorait.

— C’est énervant de ne pas être au courant, pas vrai ? ai-je ajouté.

— Rebecca ! a soudain appelé la mère de Bex.

— Tu dois y aller, je crois, a constaté Zach en montrant les Baxter du menton.

— Si M. Solomon n’a pas donné de nouvelles, on doit partir à sa recherche. On doit en parler aux parents de Bex… On doit appeler ma mère pour qu’elle puisse…

— Non ! m’a interrompue Zach.

Il m’a adressé un sourire forcé.

— C’est sans doute une fausse alerte, Gallagher Girl. Allez, vas-y. Et amuse-toi bien.

Comme si c’était possible, avec ce qu’il venait de me révéler !

— Cameron, a lancé le père de Bex. Fais tes adieux à ce jeune homme, maintenant.

— On doit leur dire, Zach. Si M. Solomon a disparu…

— S’il avait disparu, ils le sauraient, m’a-t-il rappelé.

Sa voix s’est adoucie :

— Quoi qu’il se passe, ils en sauront toujours beaucoup plus que nous, crois-moi.

Il s’est écarté de la rampe et la voix de M. Baxter est devenue plus insistante :

— Allez, Cammie, tu viens ?

J’ai tourné la tête en direction des parents de ma meilleure amie et des gardes du corps qui ne me quittaient plus depuis plusieurs semaines.

— J’arrive.

Quand j’ai reporté mon regard vers la rampe, Zach avait déjà disparu.

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Le père de Bex est l’un des meilleurs agents secrets d’Angleterre – c’est lui qui a appris à sa fille comment se servir d’une poupée Barbie en guise d’arme quand elle avait sept ans. Je me suis donc abstenue de courir après Zach. Ou de crier. Et je me suis contentée de glisser sur la glace à côté d’Abe Baxter.

— La Tour de Londres est l’un des plus vieux édifices royaux en service aujourd’hui, Cammie, m’a-t-il expliqué.

— Elle sait tout ça, papa, est intervenue Bex, même si A) en fait je l’ignorais, B) j’avais autre chose en tête.

— Monsieur Baxter… ai-je commencé.

Mais le père de Bex, le doigt pointé vers l’édifice, continuait son cours :

— Les joyaux de la Couronne sont une cible très convoitée.

— Elle le sait, papa, a répété Bex, les yeux au ciel.

Pourtant, elle a aussitôt reporté son regard sur lui, attendant la suite avec impatience.

— Cette pièce dispose de portes en titane renforcé et d’un quadrillage laser qui peut se modifier tout seul.

Il s’est soudain interrompu.

— Excuse-moi, Cammie, qu’est-ce que tu voulais me dire ?

Quelque chose dans ses yeux m’a fait tout oublier – Zach, M. Solomon et même le Cercle de Cavan. Quelque chose qui m’a rappelé que les pères aiment raconter des blagues stupides. Et déblatérer pendant des heures sur des trucs dont quatre-vingt-dix-neuf pour cent des gens se fichent complètement. Comme des sujets historiques. Parfois, les pères regardent leurs filles comme si elles étaient plus précieuses que tous les diamants d’Angleterre. Et je me suis souvenue qu’un jour quelqu’un m’avait contemplée comme ça.

— Je… Je voulais juste vous remercier de m’avoir laissée passer les vacances de Noël avec vous, ai-je finalement murmuré.

J’ai senti sa main se serrer sur mon épaule.

— Ça nous a fait plaisir, Cameron.

Zach avait sans doute raison. Il n’y avait pas de quoi s’alarmer. M. Solomon allait bien. C’est un agent secret exceptionnel, et il n’a pas l’habitude de prendre des risques inutiles.

Mais c’était plus fort que moi. Quand, assise sur un banc, j’ai essayé de défaire les lacets de mes patins, mes doigts étaient tout engourdis et j’avais du mal à respirer.

— Oh ! Des corbeaux ! s’est soudain exclamé M. Baxter.

Il indiquait de l’index des oiseaux noirs qui fouillaient le sol à la recherche de miettes, au pied de la Tour.

— D’après la légende, a repris le père de Bex, l’Angleterre verrait sa chute arriver si les corbeaux quittaient un jour la Tour de Londres.

J’ai contemplé les oiseaux sans rien dire. Leur plumage sombre se détachait nettement sur la neige.

M. Baxter a soupiré.

— On leur coupe les ailes pour qu’ils ne puissent pas s’envoler.

Malgré le vent glacé, j’ai senti mon visage s’enflammer. Mes mains sont devenues moites, et j’ai dénoué mon écharpe. Puis, en chaussettes sur le sol glacé, tandis que les patineurs tournaient encore et encore, j’ai cru un instant que j’allais tomber dans les pommes.

M. Baxter s’est levé.

— Qu’est-ce que tu as, Cammie ?

J’ai secoué la tête.

— C’est rien…

Une sensation étrange m’avait submergée – comme une impression de déjà-vu, mais en plus fort. Pourtant, j’étais incapable de savoir d’où elle venait. Un détail, dans la foule, avait dû m’échapper. Soudain, je me suis souvenue d’une silhouette mince sur la glace. Une silhouette mince qui ressemblait à la femme du toit, à Boston…

J’ai jeté un coup d’œil à M. Baxter et à sa collègue au sac à dos. Ils ont tous les deux levé leur tasse de café de la main droite pour signifier que la voie était libre. Personne ne nous filait. Tout allait bien. En apparence, seulement. Quelque chose clochait dans la foule, j’en étais certaine, maintenant.

— Cammie ?

M. Baxter avait posé la main sur mon épaule.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Je ne sais pas… C’est juste que…

Avant que j’aie pu terminer, un bruit a résonné dans l’oreillette de M. Baxter – un cri étouffé. Sur la glace, la femme au sac à dos s’est retournée et a semblé chercher quelque chose du regard. Ou plutôt quelqu’un. Sa tasse lui a échappé des mains, et mes pensées sont retournées à Washington et à Boston.

« Emparez-vous d’elle. » Les mots ont résonné dans ma tête.

« Emparez-vous d’elle. »

Puis on s’est retrouvés dans le noir.

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Même dans l’obscurité la plus profonde, je savais que des ordres retentissaient dans les oreillettes des agents secrets, sur la patinoire. Soudain, M. Baxter m’a attrapée par le bras pour m’entraîner à l’abri, vers l’enceinte de la Tour.

Le sol était froid sous mes pieds, mais pas le temps d’enfiler mes bottes. Il fallait courir. Tandis que des cris résonnaient dans la nuit, je me suis enfoncée avec M. Baxter dans le flot des touristes paniqués. Puis, tout à coup, j’ai senti qu’il me lâchait.

— Cammie ! a-t-il crié.

J’ai tendu les doigts vers lui dans le noir, mais la foule nous avait déjà séparés.

— Cammie ! a-t-il répété.

Avant que j’aie pu répondre, deux bras musclés m’ont saisie par la taille et quelqu’un m’a immobilisée contre le mur. J’ai essayé de contre-attaquer, mais l’homme a riposté comme s’il connaissait parfaitement mon niveau d’entraînement. Il m’a bloqué les bras le long du corps si fermement que je n’avais plus qu’une solution : j’ai jeté ma tête en arrière et l’ai frappé de toutes mes forces. L’individu a gémi. Puis une voix familière a soufflé dans mon oreille :

— Gardez votre calme, Cammie.

L’espace d’une seconde, j’ai cru que j’étais munie d’une oreillette et que mon prof d’opérations secrètes me donnait des directives.

— Cammie, arrêtez, a insisté la voix pendant que, une par une, les lumières de secours de la Tour s’allumaient.

À travers la pâle lueur, j’ai distingué Joe Solomon qui me regardait droit dans les yeux. Puis j’ai senti qu’il m’attrapait la main, et je l’ai entendu murmurer :

— Courez !

 

— Ils sont tout près, pas vrai ?

Mon souffle formait de petits nuages dans l’air froid pendant que mes pieds continuaient d’avancer mécaniquement et que mon professeur m’entraînait vers une rue bondée.

— Les gens du Cercle… ai-je insisté. Ils sont là ?

— Mademoiselle Morgan, ils peuvent nous rattraper d’une minute à l’autre, alors écoutez-moi bien.

M. Solomon a resserré son étreinte autour de mon bras. Puis il a accéléré le pas pour se frayer un passage à travers la rue embouteillée jusqu’à ce qu’on se retrouve sur le Tower Bridge.

— Vous avez votre oreillette ? ai-je demandé. Dites aux Baxter que je suis avec vous. Il faut qu’on appelle une équipe d’agents secrets à la rescousse et…

— Cammie, écoutez-moi ! a-t-il ordonné.

Quelque chose dans le ton de sa voix m’a obligée à m’arrêter net, au milieu du pont. Il avait l’air à la fois en colère et effrayé.

Joe Solomon avait peur !

Il m’a saisie par les épaules.

— Cammie, nous n’avons que quelques minutes avant qu’ils nous rattrapent et qu’ils vous emmènent…

— Non ! ai-je crié.

— Écoutez-moi ! Ils vont vous ramener à la Gallagher Academy. Ce jour-là, vous devrez…

— Bonjour, Joe.

Le père de Bex était apparu sur la berge sombre du fleuve. Sa voix était calme, mais il affichait la même expression que mon amie quand elle est en colère. Dans ces moments-là, il vaut mieux ne pas se trouver en travers de sa route, je peux vous le dire…

Pourtant, M. Solomon ne s’est même pas tourné vers lui. Il agrippait toujours mes épaules, comme si les consignes qu’il s’apprêtait à me donner étaient les plus importantes de toute ma vie.

— Cammie, écoutez-moi !

— Allez, Joe ! a repris M. Baxter en s’approchant de nous avec la détermination de quelqu’un prêt à se battre. Laisse-la partir.

J’ai secoué la tête, abasourdie. Qu’est-ce que tout ça signifiait ? Qu’est-ce que M. Solomon racontait ? Pourquoi M. Baxter nous regardait comme ça ? Ni l’un ni l’autre ne semblaient savoir qu’ils étaient du même côté – le mien.

— Tout va bien, monsieur Baxter, ai-je expliqué en me tournant vers le père de Bex.

Après tout, il n’avait peut-être pas reconnu mon professeur.

— C’est M. Solomon, ai-je continué. Joe Solomon. C’est…

— Je sais qui est cet homme, Cammie, m’a interrompue le père de Bex, tout près, maintenant. Et il va venir avec moi à Langley pour s’expliquer.

— Cammie !

M. Solomon me secouait légèrement.

— Ne l’écoutez pas ! Écoutez-moi !

— Laisse-la partir, Joe, a repris M. Baxter.

La mère de Bex a surgi dans la lumière derrière son mari.

— Cammie, ma chérie, viens me rejoindre, maintenant.

Le pont avait beau être froid et dur sous mes pieds nus, je n’ai pas bougé. J’ai scruté la berge à la recherche de Bex : j’avais besoin qu’elle m’aide à expliquer à ses parents quelle énorme erreur ils étaient en train de commettre. Mais, tout ce que je voyais, c’étaient des gardes du corps et des agents secrets qui se rapprochaient en cercle. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé une chose. Aucun d’entre eux ne guettait le danger dans la foule. Personne ne recherchait les membres du Cercle. Mes gardes du corps avaient les yeux fixés sur le pont comme si j’étais en train de risquer ma vie.

Quand les agents qui se tenaient sur la tour d’observation sont apparus à l’autre extrémité du pont, j’ai compris qu’on était cernés.

— Cammie, maintenant ! a ordonné M. Baxter.

Mais je suis restée clouée sur place.

— Son père était mon meilleur ami ! a crié mon professeur.

Tandis que ses paroles résonnaient dans la nuit, M. Baxter, acquiesçant de la tête, s’est approché encore un peu plus.

— Je sais.

— Tout ça n’a aucun sens, Abe.

— Sans doute, a répliqué calmement M. Baxter. Mais ce n’est pas pour rien qu’il y a des règles, Joe. On sait…

— On sait comment ça se termine !

— Pas cette fois. Pas forcément. Pas si tu laisses Cammie partir et que tu viens avec moi.

— Monsieur Solomon…

J’ai eu du mal à reconnaître ma propre voix. Elle était si faible, si lointaine. J’avais l’impression d’assister de l’extérieur à la scène : j’étais incapable du moindre mouvement, incapable de résister à mon professeur.

— Cammie, viens, a insisté la mère de Bex.

Mon amie se tenait immobile derrière elle, sidérée.

— Cammie ! a repris de plus belle M. Baxter.

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