Georges Feydeau - Oeuvres lci-108

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Ce volume contient la quasi intégralité des oeuvres de Georges Feydeau (66 titres et 3 annexes)

CONTENU :

LES GRANDES PIÈCES
La Lycéenne (1887)

Tailleur pour dames (1886)

À qui ma femme ?

Un bain de ménage (1889)

Chat en poche (1888)

Les Fiancés de Loches (1888)

L’Affaire Edouard (1889)

Le Mariage de Barillon (1891)

Monsieur chasse ! (1892)

Champignol malgré lui (1892)

Le systeme Ribadier (1892)

Un fil à la patte (1894)

Le Ruban (1894)

L’Hôtel du Libre Echange (1894)

Le dindon (1895)

La Dame de chez Maxim (1899)

La duchesse des Folies-Bergère (1902)

La main passe ! (1904)

L’Age d’or (1905)

Le Bourgeon (1906)

La Puce à l’oreille (1907)

Le Circuit (1909)

Je ne trompe pas mon mari (1914)

Cent millions qui tombent
LES COURTES PIÈCES

L’amour doit se taire

Par la fenêtre (1882)

Amour et piano (1883)

Gibier de potence (1885)

L’Homme de paille

Fiancés en herbe (1886)

Deux Coqs pour une poule

C’est une femme du monde (1890)

Monsieur Nounou (1890)

Notre futur (1894)

Les Pavés de l’ours (1896)

Séance de nuit (1897)

Dormez, je le veux ! (1897)

Feu la mère d eMadame (1908)

Léonie est en avance ou le mal joli (1908)

On purge bébé ! (1910)

«Mais n’te promène donc pas toute nue!» (1911)

Léonie est en avance (1911)

On va faire la cocotte (1913)

Hortense a dit : « Je m’en fous ! » (1916)
LES MONOLOGUES
La petite révoltée (1880)

Le mouchoir (1881)

Un coup de tête (1882)

Un monsieur qui n’aime pas les monologues (1882)

Trop vieux (1882)

J’ai mal aux dents (1882)

Le potache (1883)

Patte en l’air (1883)

Aux antipodes (1883)

Le petit ménage (1883)

Les Célèbres (1884)

Le volontaire (1884)

Le colis (1885)

Le billet d emille (1885)

Les Réformes (1885)

L’Homme intègre (1886)

L’Homme économe (1886)

Les enfants (1887)

Tout à Brown-Séquard !.. (1890)

Le Juré (1898)

Un monsieur qui est condamné à mort (1899)

Complainte du pauv’ propriétaire (1916)
AUTRES
La Mi-carême (Conte)

Le vaudeville et le mélodrame sont-ils morts ? (Lettre, 1905)

comment je suis devenu vaudevilliste (Article, 1908)


Publié le : samedi 2 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782918042280
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GEORGES FEYDEAU
ŒUVRES LCI-108

 

La collection ŒUVRESlci-eBooks se compose de compilations d’œuvres appartenant au domaine public. Les textes d’un même auteur sont groupés dans un volume numérique à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur.

 

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MENTIONS

 

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ISBN : 978-2-918042-28-0

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SOURCES

 

— Sources des textes : Theatregratuit.com exceptés :

Libretheatre : Le colis, les enfants, Tout à Brown-Sequard., Le volontaire, Le billet de mille, Comment je suis devenu vaudevilliste (BnF/Gallica), Le vaudeville et le mélodrame sont-ils morts ?, Léonie est en avance.

Wikisource : Par la fenêtre, Léonie est en avance, Les célèbres, L’amour doit se taire, L’homme de paille, Deux coqs pour une poule, A qui ma femme?, Monsieur Nounou, La mi-carême.

 

— Source des informations sur chaque pièces : Libretheatre. alalettre.com a été également consulté.

— Couverture : Portrait de Georges Feydeau, auteur dramatique, par Carolus-Duran (1837-1917). Musée des Beaux-Arts de Lille. Wikimedia Commons (Vassil)

— Page de titre : Wikimedia Commons (Yuma)

 

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LISTE DES TITRES

GEORGES FEYDEAU (1862-1921)

img2.pngLES GRANDES PIÈCES

img3.pngLA LYCÉENNE (1887)

img3.pngTAILLEUR POUR DAMES (1886)

img3.pngÀ QUI MA FEMME ?

img3.pngUN BAIN DE MÉNAGE (1889)

img3.pngCHAT EN POCHE (1888)

img3.pngLES FIANCÉS DE LOCHES (1888)

img3.pngL’AFFAIRE EDOUARD (1889)

img3.pngLE MARIAGE DE BARILLON (1891)

img3.pngMONSIEUR CHASSE ! (1892)

img3.pngCHAMPIGNOL MALGRÉ LUI (1892)

img3.pngLE SYSTEME RIBADIER (1892)

img3.pngUN FIL À LA PATTE (1894)

img3.pngLE RUBAN (1894)

img3.pngL’HÔTEL DU LIBRE ECHANGE (1894)

img3.pngLE DINDON (1895)

img3.pngLA DAME DE CHEZ MAXIM (1899)

img3.pngLA DUCHESSE DES FOLIES-BERGÈRE (1902)

img3.pngLA MAIN PASSE ! (1904)

img3.pngL’AGE D’OR (1905)

img3.pngLE BOURGEON (1906)

img3.pngLA PUCE À L’OREILLE (1907)

img3.pngLE CIRCUIT (1909)

img3.pngJE NE TROMPE PAS MON MARI (1914)

img3.pngCENT MILLIONS QUI TOMBENT

img2.pngLES COURTES PIÈCES

img3.pngL’AMOUR DOIT SE TAIRE

img3.pngPAR LA FENÊTRE (1882)

img3.pngAMOUR ET PIANO (1883)

img3.pngGIBIER DE POTENCE (1885)

img3.pngL’HOMME DE PAILLE

img3.pngFIANCÉS EN HERBE (1886)

img3.pngDEUX COQS POUR UNE POULE

img3.pngC’EST UNE FEMME DU MONDE (1890)

img3.pngMONSIEUR NOUNOU (1890)

img3.pngNOTRE FUTUR (1894)

img3.pngLES PAVÉS DE L’OURS (1896)

img3.pngSÉANCE DE NUIT (1897)

img3.pngDORMEZ, JE LE VEUX ! (1897)

img3.pngFEU LA MÈRE DE MADAME (1908)

img3.pngLÉONIE EST EN AVANCE OU LE MAL JOLI (1908)

img3.pngON PURGE BEBE ! (1910)

img3.png«MAIS N’TE PROMÈNE DONC PAS TOUTE NUE!» (1911)

img3.pngLEONIE EST EN AVANCE (1911)

img3.pngON VA FAIRE LA COCOTTE (1913)

img3.pngHORTENSE A DIT : « JE M’EN FOUS ! » (1916)

img2.pngLES MONOLOGUES

img3.pngLA PETITE RÉVOLTÉE (1880)

img3.pngLE MOUCHOIR (1881)

img3.pngUN COUP DE TÊTE (1882)

img3.pngUN MONSIEUR QUI N’AIME PAS LES MONOLOGUES (1882)

img3.pngTROP VIEUX (1882)

img3.pngJ’AI MAL AUX DENTS (1882)

img3.pngLE POTACHE (1883)

img3.pngPATTE EN L’AIR (1883)

img3.pngAUX ANTIPODES (1883)

img3.pngLE PETIT MÉNAGE (1883)

img3.pngLES CÉLÈBRES (1884)

img3.pngLE VOLONTAIRE (1884)

img3.pngLE COLIS (1885)

img3.pngLE BILLET DE MILLE (1885)

img3.pngLES RÉFORMES (1885)

img3.pngL’HOMME INTÈGRE (1886)

img3.pngL’HOMME ÉCONOME (1886)

img3.pngLES ENFANTS (1887)

img3.pngTOUT À BROWN-SÉQUARD !.. (1890)

img3.pngLE JURÉ (1898)

img3.pngUN MONSIEUR QUI EST CONDAMNÉ À MORT (1899)

img3.pngCOMPLAINTE DU PAUV’ PROPRIÉTAIRE (1916)

img4.pngAUTRES

img3.pngLA MI-CARÊME (Conte)

img3.pngLE VAUDEVILLE ET LE MÉLODRAME SONT-ILS MORTS ?  (Lettre, 1905)

img3.pngCOMMENT JE SUIS DEVENU VAUDEVILLISTE (Article, 1908)

PAGINATION

Ce volume contient 946 364 mots et 4 221 pages

1. L’amour doit se taire : 23 pages

2. La petite révoltée : 8 pages

3. Le mouchoir : 4 pages

4. Un coup de tête : 5 pages

5. Un monsieur qui n’aime pas les monologues : 3 pages

6. Trop vieux : 3 pages

7. J’ai mal aux dents : 3 pages

8. Par la fenêtre : 16 pages

9. Amour et piano : 24 pages

10. Le potache : 4 pages

11. Patte en l’air  : 5 pages

12. Aux antipodes : 3 pages

13. Le petit ménage : 4 pages

14. Les Célèbres : 4 pages

15. Le volontaire : 6 pages

16. Gibier de potence : 32 pages

17. L’Homme de paille : 23 pages

18. Les Réformes : 4 pages

19. Le colis : 6 pages

20. Le billet de mille : 17 pages

21. Fiancés en herbe : 17 pages

22. L’Homme intègre : 4 pages

23. L’Homme économe : 3 pages

24. Tailleur pour dames : 90 pages

25. Les enfants : 5 pages

26. Deux Coqs pour une poule : 23 pages

27. À qui ma femme ? : 71 pages

28. La Lycéenne : 97 pages

29. Un bain de ménage : 27 pages

30. Chat en poche : 95 pages

31. Les Fiancés de Loches : 91 pages

32. L’Affaire Edouard : 85 pages

33. C’est une femme du monde : 32 pages

34. Monsieur Nounou : 31 pages

35. Le Mariage de Barillon : 112 pages

36. Tout à Brown-Séquard !... : 5 pages

37. Monsieur chasse ! : 139 pages

38. Champignol malgré lui : 140 pages

39. Le systeme Ribadier : 94 pages

40. Un fil à la patte : 152 pages

41. Notre futur : 15 pages

42. Le Ruban : 112 pages

43. L’Hôtel du Libre Echange : 134 pages

44. Le dindon : 145 pages

45. Les Pavés de l’ours : 37 pages

46. Séance de nuit : 49 pages

47. Dormez, je le veux ! : 41 pages

48. Le Juré : 5 pages

49. La Dame de chez Maxim : 251 pages

50. Un monsieur qui est condamné à mort : 5 pages

51. LA Duchesse des Folies-Bergère : 175 pages

52. La main passe ! : 199 pages

53. L’Age d’or : 217 pages

54. Le Bourgeon : 181 pages

55. La Puce à l’oreille : 183 pages

56. Occupe-toi d’Amélie : 228 pages

57. feu la mère de Madame : 49 pages

58. Le Circuit : 139 pages

59. On purge bebe ! : 74 pages

60. «Mais n’te promène donc pas toute nue!» : 50 pages

61. Léonie est en avance ou le mal joli : 66 pages

62. On va faire la cocotte : 41 pages

63. Je ne trompe pas mon mari : 158 pages

64. Hortense a dit : « je m’en fous ! » : 45 pages

65. Complainte du pauv’ propriétaire : 3 pages

66. Cent millions qui tombent : 104 pages

67. La Mi-carême : 3 pages

68. Le Vaudeville Moderne / De la paresse à la gloire : comment je suis devenu vaudevilliste : 4 pages

69. Le vaudeville et le mélodrame sont-ils morts ? : 3 pages

 

L’AMOUR DOIT SE TAIRE

Drame en un acte

1878

(Inédit)

Première pièce de Georges Feydeau.

23 pages

TABLE

Personnages

Scène première

Scène II  Robert, puis René

Scène III  René, puis Madame de Sorges et Germaine

Scène IV  Les mêmes, plus Robert

Scène V  Madame de Sorges, Germaine

Scène VI  Germaine, puis René

Scène VII

Scène VIII  Germaine, Madame de Sorges.

Scène IX  Les mêmes, René, la redingote jetée sur les épaules, les bras hors des manches, Robert, soutenant René.

Scène X  Les mêmes, moins Madame de Sorges

Scène XI  Robert, René

Scène XII  Les mêmes, Madame de Sorges, Germaine.

PERSONNAGES

René

Robert

Madame de Sorges

Germaine

SCÈNE PREMIÈRE

Un grand salon de château. Grandes portes vitrées au fond, donnant sur une terrasse. — On aperçoit le parc - A droite second plan, une grande porte donnant sur les appartements. — A droite, premier plan, une porte donnant chez Germaine. — A gauche, second plan, une porte donnant sur les communs. A gauche, premier plan, une grande cheminée. — A droite, au milieu de la scène, une table chargée de journaux et de papiers, deux ou trois chaises près de la table. — A gauche, au milieu de la scène, un petit guéridon avec un grand fauteuil faisant face au public et un canapé un peu éloigné du guéridon, à gauche.

ROBERT, GERMAINE

ROBERT. — Là ! Monsieur René m’a dit : «va m’attendre au salon ! j’ai à te parler». Il ne peut tarder : attendons !

GERMAINE, en costume de pêche, tenant une ligne et un filet vide. — Bonjour Robert !

ROBERT. — Mademoiselle ! déjà levée !

GERMAINE. — Oh ! Et depuis longtemps !… j’arrive de la pêche. Oh ! mais bredouille, mon ami, absolument bredouille ! et comme dans le parc il n’existe pas le moindre marchand de poissons, on est bien forcé de convenir honteusement de son échec.

ROBERT. — Alors, pas la plus petite morsure !

GERMAINE. — Si, une fois… un petit imprudent, gourmand comme on l’est à son âge, s’est jeté sur mon hameçon… Mais je l’ai rejeté à l’eau. Ils étaient là une bande, c’étaient des truites… et je les apercevais à travers cette eau courante, transparente comme du cristal… Une truite plus grosse était au milieu de tout ce frétillon… je me suis dit que c’était la mère… et alors… c’est bête n’est-ce-pas, mais je ne sais pourquoi, je me suis vue dans l’avenir, j’étais la femme de René, et j’avais des bébés blancs et roses, puis soudain l’on m’arrachait l’un d’eux… et alors… oh ! alors j’ai bien vite rejeté son petit à la vieille truite.

ROBERT. — Oh bien ! si tous les pêcheurs avaient de ces sentimentalités là… Je ne sais pas trop ce que l’on mangerait en carême.

GERMAINE. — Oui, je te dis, cela n’a pas de raison d’être, et franchement quand on aime la pêche et la chasse on ne s’érige pas en protecteur des animaux. Je me fais l’effet d’un Mandrin doublé d’un Saint Vincent de Paul.

ROBERT. — je ne connais pas !

GERMAINE. — Ça ne m’étonne pas !… Dis donc, tu n’as pas vu mon cousin, ce matin ?

ROBERT. — Monsieur René, justement je l’attends en ce moment : c est pourquoi je suis dans ce salon… il a quelque chose de particulier à me dire…

GERMAINE. — De particulier… Oh ! oh ! du mystère… C’est à dire qu’il faut que je te laisse !… Oh ! c’est bien, c’est bien, je m’en vais.

ROBERT. — Mais mademoiselle…

GERMAINE. — Oh ! non, non, non, je m’en vais… Quelque chose de particulier ! voyez vous ça ! (avec importance.) Ah ça ! est-ce qu’il aurait commis l’impardonnable oubli de te demander ton consentement à notre mariage… Oh ! en ce cas ne sois pas cruel ! (riant) Allons, allons ! puisque je suis de trop, je me retire. (Elle se sauve en courant.)

SCÈNE II
 
ROBERT, PUIS RENÉ

ROBERT. — La chère petite… est-elle gentille… je la considère comme mon enfant. Une enfant que j’appelle mademoiselle, voilà tout… (Il se promène de long en large puis, après un moment.) Non, mais qu’est-ce que Monsieur René peut avoir à me dire… il avait un air grave, lui si gai d’habitude !… Ah ! ma pauvre défunte disait toujours : «Mon Robert, n’est pas un nigaud, il y voit clair, avec ses petits yeux en vrille ! Eh bien ! je suis sûr qu’il se passe ici quelque chose… Voilà deux jours qu’il est préoccupé, mon maître ; il s’enferme, et travaille sans cesse, il écrit, et madame elle-même a l’air tout soucieux. Ah ! non, ça n’est pas naturel !

RENÉ, arrivant avec des papiers. — Ah ! te voilà ! tu m’attendais !

ROBERT. — je ne fais que d’arriver, monsieur René.

RENÉ. — C’est bien ! Robert, j’ai une confidence à te faire.

ROBERT. — A moi !

RENÉ. — A toi ! Mais tu me jures de me garder le plus grand secret ! donne-moi, ta main, tu m’aimes bien, n’est-ce pas ?

ROBERT. — Si je vous aime, mon cher maître ! Ah ! Dieu du ciel ! vous que j’ai élevé, vous que j’ai fait sauter sur mes genoux !

RENÉ. — Robert, je vais me battre.

ROBERT. — Vous ?…

RENÉ. — Moi !

ROBERT. — Avec de vraies armes !

RENÉ. — Avec de vraies ! Tu comprends que tout le monde l’ignore ici, et que personne ne doit le savoir ; dans un quart d’heure mes témoins seront là… tu les feras entrer dans mon cabinet, sans qu’on les remarque et aussitôt, tu viendras me prévenir ! Est-ce dit ?

ROBERT. — Mais !…

RENÉ. — Est-ce dit ?…

ROBERT. — C’est bien, monsieur René, mais…

RENÉ. — Oh ! Il n’y a pas de mais… Tu prépareras mes armes, les fleurets qui sont dans ma chambre.

ROBERT. — Les pointus ?

RENÉ. — Dame !

ROBERT. — Oh ! ils sont si piquants !

RENÉ, souriant. — Ah ! bon Robert, va ! (Il lui serre la main.)

ROBERT, brusquement. — Eh bien ! non, ce combat n’aura pas lieu. je ne veux pas que vous vous battiez, moi… laissez-moi aller le trouver, votre adversaire ! Je lui parlerai ! je lui dirai… je ne sais pas ce que je lui dirai, mais j arrangerai tout.

RENÉ. — Merci, mon pauvre ami ! Il est des choses qu’on n’arrange pas !… Ce duel, personne ne peut l’empêcher, il s’agit de la plus grave des insultes, entends-tu, une insulte qui suffirait à ternir notre réputation, et ce sont là de ces choses qui ne s’effacent que dans le sang.

ROBERT. — Une insulte ! monsieur ! Est-ce qu’on se bat pour une insulte ? Mais moi qui vous parle, j’en ai reçu plus d’une dans ma vie et je ne me suis jamais battu ! je ne m’en porte pas plus mal, voyez-vous. Tenez : un jour, Emile, votre ancien cocher, m’a appelé, je ne sais pas pourquoi, «vieux dindon ! « savez-vous, ce que j’ai fait, je l’ai traité de «grand veau». Nous, nous en sommes dit de toutes les couleurs, nous avons eu chacun notre part, de sottises, et nous n’avons pas pour ça versé une goutte de notre sang.

RENÉ. — Ce n’est pas la même chose, mon bon Robert : ici, c’est une affaire d’honneur ! le nom de ma mère a été calomnié indignement par un journaliste infâme… un de ces écrivassiers tarés qui trouvent un renom facile en versant le venin sur tout ce qu’il y a de saint et de respectable ! Ma mère a été cruellement blessée, je le sens, je le vois… Mais son amour pour moi la force à se taire ! son cœur saigne en silence et elle préfère se sacrifier dans sa tendresse aveugle plutôt que de me voir exposer ma vie… Heureusement, cet article, je l’ai lu ; et avant peu, vois-tu, ma mère aura été vengée et notre honneur satisfait.

ROBERT. — Calmez-vous, monsieur René !

RENÉ. — Oh ! je suis calme !… Ecoute, Robert, j’aime à croire que tout se passera bien… Cependant on ne peut répondre de rien, n’est-ce pas ?… Si, par hasard, quelque malheur arrivait… (essuyant une larme) si je ne devais plus vous revoir, voici certains papiers que tu remettrais à ma mère ainsi que cette lettre, une lettre où je lui demande pardon pour toute la douleur que je lui aurai causée, et cette autre pour ma petite Germaine, ma fiancée ; les deux seuls êtres que j’aime au monde avec toi, mon bon Robert. (Il lui serre les mains avec effusion.)

ROBERT, essuyant une larme. — Mon cher maître !

RENÉ. — Allons, n’est-ce pas, je puis compter sur toi !…

ROBERT. — Ce sera pour moi, une chose sacrée.

RENÉ. — C’est bien, mon ami, va, et surtout, ne dis rien à personne !

ROBERT. — je ne dirai rien ! (Il va pour sortir puis se retourne avant de s’en aller et avec une tendresse pleine d’admiration.) Se battre, lui ! si c’est Dieu possible ! un gamin que j’ai vu, c’était gros comme rien !

SCÈNE III
 
RENÉ, PUIS MADAME DE SORGES ET GERMAINE

RENÉ. — Pauvre Robert ! En voilà un qui m’aime vraiment ! Ah ! l’on n’en trouve plus beaucoup comme lui ! (Madame de Sorges entre, suivie de Germaine.)

RENÉ, va à la rencontre de sa mère et lui baise la main. — Ma mère !

MADAME de Sorges. — Mon cher enfant !… (Elle va s’asseoir sur le fauteuil.)

GERMAINE. — Bonjour, monsieur mon fiancé.

RENÉ, la baisant au front. — Vous allez bien, ma petite Germaine ?

GERMAINE. — Mais oui… Ah ! je suis bien aise de vous trouver… A nous deux, peut-être parviendrons nous a dissiper ce vilain nuage de tristesse qui assombrit le visage de ma tante… Oh ! ne dites pas non, ma petite maman, vous êtes toute chagrine depuis deux jours. (Elle embrasse Madame de Sorges.)

MADAME de Sorges. — Mais non, je t’assure… J’ai un peu de migraine, voilà tout.

GERMAINE, à René. — Ah ! vous savez, j’ai réfléchi.

RENÉ. — Vraiment, cela m’étonne.

GERMAINE. — Vilain !… Oui ! nous n’allons pas en Italie, c’est trop banal ! je préfère l’Espagne !

RENÉ, tristement. — Ah ! pour notre voyage de noces ?

GERMAINE. — Eh ! bien oui ! L’on dirait que cela vous est indifférent. Croyez-vous que je n’y pense pas, à notre mariage, moi… Allons, venez ici ! (Elle s’assied sur le divan.) Asseyez-vous là, près de moi, et tenez cet écheveau. (René s’assied près de Germaine et lui tient son écheveau pendant que Germaine enroule sa laine.)

MADAME de Sorges, à part. — je tremble que René ne sache tout ; il n’est plus le même depuis deux jours ; en vain je lui ai caché cet article odieux… quelque âme charitable se sera trouvée pour le lui adresser… et s’il l’a lu… Oh ! je le connais, il est fier… et il fera son devoir. Ah ! je souffre bien !

RENÉ. — A quoi songez-vous ainsi, ma mère ?

MADAME de Sorges. — Moi ! A rien, mon enfant ! Je vous regarde et je suis heureuse ! Vous faites un si joli petit couple tous les deux !

GERMAINE. — N’est-ce pas ? quel beau mari !

RENÉ, lui prenant les mains. — Et quelle jolie petite femme… Que je vous trouve de grâces et de séductions ! et aujourd’hui surtout, je ne sais pourquoi, il me semble que jamais je ne vous ai vue plus belle, je vous regarde, je vous admire et j’éprouve en vous contemplant une impression étrange.

GERMAINE. — Ah ! Flatteur !… d’abord, aujourd’hui, j’ai la coiffure que vous aimez… et je tiens à vous plaire.

RENÉ. — Ma chère Germaine ! Ah ! combien nous allons être heureux tous les deux ! Vous serez mon enfant gâtée à moi ; tous vos caprices seront des ordres, je vous aimerai, je vous cajolerai, et ces jolis yeux où mes regards se perdent, ignoreront toujours ce que c’est qu’une larme !… Ah ! ce sera le bonheur… et ce bonheur n’est pas loin. Encore quinze jours d’attente et vous serez à moi, rien qu’à moi !… qu’il me tarde, mon Dieu, que ce rêve charmant devienne la réalité…

GERMAINE, à voix basse. — René, je suis heureuse !

MADAME de Sorges. — Oui. Et moi l’on me laisse dans mon coin pendant ce temps là. Oh ! les enfants, quels ingrats !…

RENÉ. — Ma mère !

MADAME de Sorges. — Allez, je ne suis pas jalouse ! Aimez-vous ! vous ne savez pas combien je suis heureuse.

SCÈNE IV
 
LES MÊMES, PLUS ROBERT

ROBERT, entrant avec précipitation. — Monsieur René… Pardon mesdames… Monsieur René !

RENÉ, allant au devant de Robert. — Quoi !

ROBERT, bas à René. — Ces messieurs sont là… ils vous attendent dans votre cabinet.

RENÉ. — Ah ! C’est vrai… (à part.) Ce rêve m’avait fait un moment tout oublier… (haut.) C’est bien, dis-leur que je suis à eux.

MADAME de Sorges, inquiète. — Qu’y a-t-il, René ? et que nous veut Robert ?

RENÉ, embarrassé. — Oh ! Rien, ma mère ! une affaire importante… un ami !… pardonnez-moi, il faut que je vous quitte.

MADAME de Sorges. — Que dit-il ?

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