Icônes - Tome 2 - Idoles

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Pourchassés par les Sympathisants des Seigneurs, Dol, Ro, Tima et Lucas, les quatre « enfants Icônes » trouvent refuge dans un repaire des rebelles caché sous une montagne. C’est là que Dol a une vision qui la fait entrer en contact avec un cinquième enfant Icône. La course contre la montre a commencé : il faut le retrouver avant que leurs poursuivants ne les trouvent, eux. En route vers l’Asie du Sud-Est à la recherche du cinquième membre, Dol est bouleversée par des rêves, des sentiments et des craintes qui se heurtent dans une confrontation épique et vont changer plus que leurs vies - et arrêter un cœur pour toujours.
Publié le : mercredi 19 novembre 2014
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EAN13 : 9782012037700
Nombre de pages : 400
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Pour mes amis de Chiang Mai, Chiang Rai,
Bangkok, Hong Kong, Kuala Lumpur et Singapour
– et pour leurs histoires.

Khorb khun ka. Xièxiè. Terima kasih1.

PARCE METU

N,AIE CRAINTE.

Virgile, L’Énéide, chant I

1. Soit : « merci » en thaï, chinois et indonésien. (Toutes les notes sont du traducteur.)

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J’ai très envie de fermer les yeux. Je ne le fais pas.

Je m’y refuse. Pas question que les ténèbres soient mon ultime vision.

Je reste donc témoin de mon univers qui tournoie. Incontrôlable. Littéralement. Notre queue virevolte sur elle-même, nos signaux d’alarme stridulent, nos lampes clignotent, et le rugissement sidérant des rotors en panne submerge mon cœur de terreur.

Il est trop tôt, je songe. Pitié.

Pas comme ça. Il nous reste douze Icônes à détruire. Notre relation, à Lucas et à moi, n’a pas eu le temps de s’épanouir, et Ro, celui de me pardonner d’avoir embrassé son rival.

J’ai encore du pain sur la planche.

Chaque pirouette, chaque secousse nous rapprochent du désert pierreux. Par le hublot, je ne distingue qu’un kaléidoscope chaotique et flou d’étoiles, de sol et de lune. La fumée envahit mes poumons. J’attrape Tima d’une main, plaque mes affaires contre mon torse de l’autre. Dans ma besace saillent les contours de l’éclat d’Icône ramassé dans la Chute ; ses rebords acérés appuient sur mes côtes. Je n’oublie jamais – même en ce moment – sa présence, ni le pouvoir dont il a semblé me doter alors. Le voudrais-je, je n’y parviendrais pas.

Aucune importance. Plus maintenant.

Comme tout le reste, d’ailleurs.

Nouveau soubresaut, nouvelle dégringolade. À l’avant, Ro et Fortis manquent de se fracasser contre le pare-brise. Bien que coincée entre Lucas et Tima, je m’assomme à moitié sur le dos du fauteuil de Ro.

— Nom de Dieu ! jure Fortis.

Les doigts de mon voisin agrippent mon épaule ; sa peur contamine ma poitrine. Brutus aboie de toutes ses forces, comme s’il était en mesure de contrer l’attaque du destin, de mettre en déroute notre fin imminente. En réalité, il arrive tout juste à ne pas tomber des genoux de Tima.

Idiot de chien. Idiot de destin.

Idiot d’hélico. Oui, idiot.

— Accrochez-vous, les enfants ! lance Fortis par-dessus son épaule, un sourire bref et sinistre aux lèvres. L’atterrissage risque d’être un tantinet brutal.

— Tu nous avais pourtant juré savoir piloter ! braille Ro.

Je capte les puissantes vagues de l’affolement et de la colère qui se télescopent en lui.

— Tu veux me remplacer ? hurle Fortis.

Il n’a pas levé les yeux, trop occupé à tenter de reprendre le contrôle des commandes.

— Dol…

Lucas trouve ma main, l’étreint, entrelace ses doigts aux miens. Si, en cet instant, il irradie une chaleur plutôt mince, je la perçois cependant.

Elle subsiste, telle une lueur ténue, malgré la catastrophe qui menace.

Nous sommes ensemble. Lucas et moi. Ro. Nous tous. Ça compte.

La Pleureuse, le Furieux, l’Aimant, la Terreur.

Nous aurons été unis la nuit où nous nous serons écrasés. Cela au moins nous aura été donné.

L’astre lunaire éclaire faiblement le paysage – rochers et canyons sculptés par le vent – qui défile à toute vitesse. Est-ce notre fin ? Qui nous découvrira ?

Si cela se produit un jour, s’entend.

Nos sièges tremblent violemment, à présent. Les fenêtres vibrent. Tima raffermit sa prise autour de ma paume et ferme les paupières. La terreur qu’elle éprouve me frappe avec une telle force que son contact est presque brûlant. C’est une idée vivace qu’il engendre dans mon cerveau, toutefois.

— Nous avons besoin de toi, Tima.

Fouillant ma mémoire, je traque le souvenir que j’ai d’elle quand, près de l’Icône, elle a utilisé sa peur pour protéger Lucas de la déflagration.

Je m’insinue en elle.

Essaie. Au moins, essaie.

Elle rouvre vivement les yeux. Contemple son tatouage de sang, lignes colorées qui s’entremêlent sur son bras. Elle étreint Brutus. Intensément.

Passionnément.

Pourvu que ça marche ! Nous tombons avec une rapidité vertigineuse, maintenant.

— L’engin ne répond pas ! crie Fortis. Un oiseau aux ailes brisées ne vole pas. Serrez les dents, les enfants ! Choisissez-vous un dieu et…

Priez !

Prie !

Telle est la pensée qui me traverse l’esprit quand nous heurtons la paroi du canyon.

Je prie, oui.

Telle est la pensée qui me traverse l’esprit quand éclate le fracas du métal rebondissant sur la pierre.

Chumash Rancheros Espagnols Californiens Américains Glaneurs Les Seigneurs La Chute. Chumash Rancheros Espagnols Californiens Américains Glaneurs Les Seigneurs La Chute. Chumash Rancheros Espagnols Californiens Américains Glaneurs Les Seigneurs La Chute…

Je récite cette litanie par-devers moi, seule supplique que m’ait vraiment apprise le Padre.

J’implore lorsque m’atteint la chaleur incandescente des flammes envahissant l’habitacle.

J’adjure quand un éclair m’oblige à fermer les yeux, si violent qu’il transperce mes paupières à la peau aussi fine que celle d’un oignon ou qu’une feuille de papier.

Je supplie tandis que je plonge dans le silence.

Choisissez-vous un dieu…

Je ne connais pas de dieu. Juste une fille.

Dont je pétris les doigts quand l’hélicoptère s’écrase et se transforme en boule de feu.

COMMUNIQUÉ DE L’AMBASSADE GÉNÉRALE : SUCCURSALE D’ESTASIA

CLASSÉ URGENT / ACCÈS RÉSERVÉ

Sous-commission des enquêtes internes II5211B
Re : Incident dans les Colonies ASE

Messieurs,

Après beaucoup d’efforts et de frais financiers, j’ai localisé et piraté les archives sécurisées de Paulo Fortissimo. Je considère comme instructive, ou pour le moins éclairante, leur pertinence au regard du récent désastre s’étant produit dans les Colonies. C’est à cet effet que je vous propose mes services, par fidélité au Dr Yang, notre chère et excellente amie commune.

Le décryptage des dossiers est en cours. Je vous ferai parvenir toute information utile au fur et à mesure que je les décompresserai et les décoderai, selon un ordre chronologique.

Vous trouverez en pièces jointes divers documents transcrits, des contacts initiaux noués par l’intéressé avec les Seigneurs (par le biais d’une Intelligence artificielle/virtuelle) aux notes sur ses recherches en passant par des extraits de son journal intime.

Nous conviendrons de ma rémunération en temps voulu. Je recommande la destruction de tous les dossiers après lecture, les Humains Physiques étant, comme on sait, sous l’influence néfaste de leurs émotions. La décision vous appartient, naturellement.

Bien à vous,

Jasmine3k

Hybride Humain Virtuel 39261 Estasia

Assistante de laboratoire du Dr E. Yang

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Je suis allongée à plat ventre sur le sol. J’en ai le goût dans la bouche. Poussière mêlée de sang, dents aussi déchaussées que des grains de maïs trop mûrs. Le moindre de mes os est douloureux. La mort ferait moins mal.

Des mains me retournent et palpent mes bras, mes jambes.

— Non, ne la touche pas. Elle est en état de choc.

Fortis.

Dans l’obscurité, je distingue d’abord une tignasse blond sale, puis la chaleur familière envahit mes joues quand on effleure mon visage.

— Dol ? Tu m’entends ?

Lucas.

Je remue les lèvres, tente d’émettre un son. Ça se révèle plus difficile que dans mon souvenir.

— Tima… finis-je par croasser.

Il me sourit.

— Elle va bien. Elle n’a pas encore repris connaissance, mais elle est indemne.

Je pivote la tête et la découvre en effet qui gît à côté de moi. Tima, son cabot maigrichon, des cactus, des étoiles et… pas grand-chose d’autre. Brutus geint et lèche le bras tatoué de sa maîtresse qui a l’air de saigner.

— Indemne ? rouspète une voix dans la nuit. Tu n’en sais rien du tout.

Ro.

Je l’aperçois, derrière Lucas, en train de jeter des brassées d’herbes sèches sur un feu de camp improvisé. Ro, lui, ne dégage pas seulement de la chaleur ; il est un feu qui couve. Je capterais la rage incandescente qui l’anime n’importe où. Lucas frotte mes paumes entre les siennes.

— J’en suis certain, rétorque-t-il avec un coup d’œil par-dessus son épaule. Sinon, nous serions tous morts. Qui a ralenti notre chute, à ton avis ?

Tima. Donc, ça a dû fonctionner. Elle l’a fait.

Me reviennent la lumière bleu vif qui a émané d’elle juste avant le crash, l’impact violent et assourdi, la déflagration brûlante de l’hélicoptère explosant… ensuite, plus rien. Je me redresse lentement. J’ignore comment nous nous sommes retrouvés à l’écart de l’épave, qui fume au loin. L’odeur âcre flotte jusqu’à mes narines.

Je tousse pour m’en débarrasser.

Lucas me tire jusqu’à un rocher auquel il m’adosse. Sitôt après, Ro est à mon chevet et plaque une gourde sur ma bouche. Je m’étrangle en avalant l’eau froide.

Je n’arrive pas à m’arracher au spectacle du brasier. La carcasse métallique, notre unique chance d’échapper aux Sympathisants et de nous mettre en lieu sûr, se calcine. Comme tout le reste. Soudain…

PANPANPANPAN

La rafale me prend au dépourvu. On dirait des coups de feu, ce qui est inimaginable. Pas dans un lieu aussi reculé.

— Qu’est-ce que c’était ? je demande.

Fortis soupire.

— Des pétards, chérie. Nos munitions qui grillent avec l’oiseau.

Il s’éloigne en direction de l’incendie.

PANPANPANPAN

Partis en fumée.

Nos espoirs de survivre un jour supplémentaire explosent comme autant de bulles. Comme une poêlée de pop-corn sur la cuisinière de Bigger.

PANPANPANPAN

Fichus, fichus, fichus.

Nos rêves de parvenir à accomplir notre impossible mission : débarrasser le monde de douze Icônes.

PANPAN

Notre tentative d’approcher de la deuxième Icône, mieux encore, d’échafauder un plan pour la détruire.

PAN

J’étouffe mes réflexions. La situation est trop déprimante. Je me borne à regarder. Les flammes seraient plus hautes qu’un arbre… s’il y avait des arbres dans cette région. À la lumière du sinistre, je n’en distingue aucun. Rien que nous cinq et une étendue désertique vacillante au relief sans cesse en mouvement, plateau brisé par des falaises, des rochers, des montagnes. Couverture irrégulière de broussailles hirsutes et de schiste hérissé.

Rien de commun avec la vie. À croire que nous avons échoué dans la nécropole de la Terre.

Je frissonne. Fortis s’en revient de l’épave en traînant deux sacs à dos carbonisés. Les pans de son cache-poussière volettent et claquent au vent, m’évoquant une sorte d’animal mutilé.

— Où sommes-nous ? je croasse.

— Aucune idée, et on s’en fout, répond Ro en s’affalant près de moi. Des nouvelles de Toubib ?

— Déconnecté, souffle Lucas, dépité. Inerte. Depuis notre départ.

— Qu’est-ce qu’on a ? demande Ro à Fortis.

Déçu, ce dernier laisse tomber ses trouvailles à nos pieds.

— Trois fois rien. L’incendie n’a pas épargné grand-chose. Pas de véritables rations et encore moins d’eau. Assez pour tenir deux jours, trois peut-être.

Fortis tripote la manche de son manteau, n’obtient que quelques bruits parasites. Lucas jette une branche dans le feu.

— Bon, commente-t-il. Mais on ne peut pas être seuls au monde. Il y a forcément quelqu’un quelque part.

— Nous ne sommes même pas sûrs d’avoir ces deux jours, je rétorque. Nous avons échappé de justesse à une embuscade, sur la base militaire de Nellis. Et voici que nous nous écrasons. Les Sympathisants vont nous ramener au Trou sans même nous laisser le luxe de mourir de faim.

— Il y a peut-être une colonie de Glaneurs, dans les parages ? suggère Ro.

C’est peu probable, et nous le pensons tous.

Il n’y en a pas.

Il n’y a rien, par ici. Nous le savions quand, après l’attaque des Sympathisants, nous avons fui Nellis sans nous soucier de notre destination. Grave erreur de notre part, puisque nous avons échoué dans ce trou perdu. Où nous sommes coincés.

— On ne va pas se contenter de rester ici à attendre la mort, plaide Ro. Pas après ce qu’on a infligé à l’Icône, dans la Chute. On a redonné de l’espoir aux gens. À nous-mêmes. Si on ne saisit pas l’occasion, qui le fera ? Et que se passera-t-il ensuite ?

La réponse à cette question est évidente pour nous tous. Les Seigneurs détruiront notre espèce sous les ricanements des Sympathisants.

— Il y a forcément un moyen de se tirer d’ici, poursuit Ro à l’intention de Fortis. De gagner un avant-poste Mercenaire ? Une station scientifique ?

Il ne lâche pas le morceau, décidément. Une telle ardeur serait presque stimulante.

Elle est dingue aussi.

— Ah ! s’exclame Fortis en lui assenant une claque dans le dos. Je suis heureux de retrouver ta combativité. Quant à la mienne, la voici.

Il tire une flasque de sa poche et se laisse choir près de moi. Le pire, c’est qu’il est sérieux.

— Ro a raison, je dis en le toisant sans aménité. Nous ne pouvons plus renoncer. Pas maintenant.

Pas après l’Ambassade. Après le Trou. Après l’Icône. Après le Désert. Après Nellis.

— Renoncer, Glaneuse ? plaisante-t-il en tapotant ma jambe (je grimace). Alors que nous venons de commencer ? Ne m’enterre pas si vite, chérie. Je suis encore trop jeune et beau pour mourir.

Le feu de camp projette des ombres qui dissimulent ses yeux et exagèrent grossièrement ses traits saillants couverts d’une barbe naissante. En cet instant précis, il a tout d’une marionnette malfaisante qui hanterait les cauchemars d’un enfant.

À peine humaine.

— Permettez-moi de vous dire que vous n’êtes pas si beau que ça, je riposte, la gorge pleine de poussière.

Il part d’un rire qui a des allures d’aboiement, rempoche sa bouteille.

— Exactement ce que me serinait ma mère, s’amuse-t-il.

Il glisse un bras autour de mes épaules. Je frémis. Tout à coup, Tima gémit. Elle revient à elle, colle une main sur son avant-bras. Cela suffit pour que j’oublie tout, sauf l’idée que je suis en vie et mon envie de le rester.

COMMUNIQUÉ DE L’AMBASSADE GÉNÉRALE : SUCCURSALE D’ESTASIA

CLASSÉ URGENT / ACCÈS RÉSERVÉ

Sous-commission des enquêtes internes II5211B
Re : Incident dans les Colonies ASE

Chose promise, chose due.

Vous trouverez-ci-dessous des extraits de conversations enregistrées entre Fortissimo (« FORTIS ») et son IA – Intelligence artificielle – (HAL2040 – itération primaire de l’Humain Virtuel quelque peu rudimentaire que nous connaissons sous le sobriquet de « Toubib »). Ce sont là les premières tentatives de Fortissimo et de son IA pour contacter l’objet étranger qu’il a d’abord pris pour un astéroïde et a, par conséquent, baptisé Persès, preuve de son intuition précoce concernant une éventuelle menace.

Note : l’usage par Fortissimo de « bonjour le monde » (en plusieurs langues ici) correspond à un ancien trope de programmation. L’affichage de cette phrase indique qu’il a réussi à connecter une nouvelle machine à son réseau, à établir une communication ou à faire la démonstration d’une forme d’intelligence. Ce sont là des critères très humains. (Remarque : Humains Physiques, s’entend. Les standards des Humains Virtuels sont par définition beaucoup plus élevés.)

Bien à vous,

Jasmine3k

Hybride Humain Virtuel 39261 Estasia

Assistante de laboratoire du Dr E. Yang

HAL2040 FORTIS

Transcription – contact du 13/04/2042

HAL :: PERSÈS

 

//note de session : {tentative de communication PERSÈS no 413} ;

 

fichier transféré : ascii.tab ;

fichier transféré : dict.glob.lang ;

 

note de session : comme précédemment, envoi des fichiers avec dictionnaires/protocoles textes ;

 

envoi : bonjour le monde ;

retour : … pas de réponse ;

 

envoi : 01101000 01100101 01101100 01101100 01101111 0100000 01110111 011011111 0000 01101100 01100100 ;

retour : … pas de réponse ;

 

envoi : 48:65:6c:6f:20:57:64:72:6c:64 ;

retour : … pas de réponse ;

 

envoi : an ki lu sal an ki lu sal an ki lu sal an ki lu sal ;

retour : … pas de réponse ;

 

//note de session : les tentatives de communication en anglais, langages binaire et hexadécimal, ou langues anciennes ne déclenchent aucune réaction de la part de PERSÈS ;

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