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J'aime pas les filles

De
128 pages

Raoul est un garçon qui se sent un peu différent : sa maman est morte quand il avait quatre ans et il est le seul métis de son école. Une école où on apprend la musique. À part ça, Raoul aime plein de choses, ses copains, le foot, les glaces… mais pas les devoirs, et surtout pas les filles. Être amoureux ? Beurk ! Tout le contraire de son copain Rito qui, lui, est un vrai cœur d'artichaut. Raoul a beau être doué au piano, s’il continue à être indiscipliné et à collectionner les mauvaises notes en classe, il ne pourra jamais intégrer le Conservatoire. Heureusement, Laurent, un jeune professeur haut en couleurs le prend sous son aile et l'encourage. Avec lui, même les gammes deviennent amusantes. Et l'aide inattendue de Clémence qui, pour une fille, est plutôt sympa, va le transcender. Au piano, Raoul se dévoile et enchante le monde.


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À Antoine, Raphaël, Éloïse et Jérôme, qui enchantent ma vie.
Merci aux bonnes fées (par ordre d’apparition) : Céline, Marguerite, Geneviève, Chloé, Victoria.
Mariannick Bellotaime beaucoup les histoires. Elle les aime tellement qu’elle a décidé d’en faire sa vie : en radio, au cinéma, dans les livres, au théâtre, sur le web, comme documentaires ou comme fictions… L’histoire deJ’aime pas les fillesa d’abord été une fiction pour la radio France Culture. Elle est devenue son premier roman jeunesse. www.actes-sud-junior.fr www.actes-sud-junior.fr/premierroman/ Éditeur : François Martin assisté de Camille Giordani-Caffet Directeur de la création : Kamy Pakdel Maquette : Christelle Grossin © Actes Sud, 2017 – ISBN 978-2-330-07352-7 Loi 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse.
ROMAN J’AIME PAS LES FILLES
MARIANNICK BELLOT
ACTES SUD JUNIOR
PROLOGUE
Lui, c’est Raoul. Là, c’est son école. Là, c’est sa maison, et là, sa rue. Là-bas, c’est sa mère. – Raoul ! C’est l’heure de ton bain… Raoul hausse les épaules. Pour lui, ce n’est même pas sa vraie mère, c’est juste son père qui l’a épousée quand il était petit. Et voilà son meilleur copain, Rito, dans la cour de l’école, avec les filles en train de jouer à loup glacé. “J’aime pas les filles”, proclame Raoul. Ce qu’il aime, c’est jouer du piano. Et le foot. Et les glaces quand il fait bien chaud, après une longue partie de foot avec les copains… Au fond, il a beau râler, il aime pas mal de choses. Mais pas les filles. L’école de Raoul est spéciale. Au premier regard, elle a l’air indestructible : carrée, trapue, avec des grosses pierres. Elle a résisté aux boulets de canon des guerres napoléoniennes et aux concerts de la classe de harpe. Car dans cette école, on apprend la musique. Côté rue, on n’entend rien. Mais quand on entre dans la grande cour, la musique saute aux oreilles de tous les côtés. Ça couine, ça grince, ça pète, ça sonne et ça trombone. Ça tape. Ça râpe… On a l’i mpression qu’il y a des fanfares dans le sous-sol et des orchestres jusqu’au grenier. Spécial. Raoul aussi est spécial. D’abord il est orphelin, puisque sa mère est morte quand il avait quatre ans. “C’est pas triste”, dit Raoul, il ne s’en souvient pas car il était trop petit. Ensuite, dans cette école, il est le seul enfant métis. Tous les autres sont blancs, sauf Dido, une adulte qui range les classes après les cours. Personne n’y pense, sauf lui. Raoul a choisi piano, mais comme il faut aussi un i nstrument pour faire de la musique d’ensemble, il a pris trompette. En trompette, il est nul, mais il s’en fiche, parce qu’il peut jouer bien fort. “Le piano, c’est l’instrument roi”, dit le directeur d’un air important. “Dans mon école, on est les rois du piano”, complète Raoul.
1
Le jour de la rentrée de CE1, dans cette école, les enfants et leurs parents sont tous réunis dans la grande salle de concert. Les professeurs viennent leur jouer un petit morceau et présenter leur classe, et si on veut aller avec eux, on lève la main. Pour la rentrée de Raoul, d’abord, il y a eu le violon (“Couine couine crin crin couine couine”, a chantonné Raoul dans sa tête), et puis la clarinette (“Pouet pouet”), la flûte (“Nut nut”), le violoncelle (“Zhin-zhin-zhin”), les maracas (“Moi !” a crié Rito avec enthousiasme, mais sa mère a dit qu’il s’était trompé), et puis Mme Zabourevski est montée sur scène avec son chignon et les aiguilles à tricoter qui lui rentrent droit dans le crâne pour fixer sa coiffure. Elle a toisé la salle, puis elle a joué vite, telle ment vite que le piano s’est mis à fumer. On aurait dit de la formule un. Tout le monde a agité la main en criant “Moi ! moi ! moi !”, sauf Raoul. Tout le monde sait que Mme Zabourevski est la meilleure professeure de piano de la ville. Elle a les meilleurs élèves, les meilleures médailles au concours général, et un de ses élèves est entré au Conservatoire de Moscou. Les gens viennent dans cette école exprès pour elle. “Moi, ça m’est égal, dit Raoul, je suis déjà un génie.” Après la démonstration de Mme Zabourevski, il ne restait pas beaucoup de monde qui n’avait pas encore levé la main. C’était le tour de Laurent, le dernier et le plus jeune des professeurs de piano. Quand il s’est levé, la salle a commencé à s’agiter. Il portait une chemise d’un rose intense, au-delà d u rose cochon, un rose de cochon qui clignote parce qu’il veut se faire manger par le lo up. D’habitude il met des pulls verts tout boulochés, aussi hirsutes que lui. Comme il est très grand, ça le fait ressembler à un sapin tout maigre, avec des mains oiseaux qui bougent très vit e, des mains de pirate qu’on ne peut pas s’empêcher de regarder. C’est exactement la première image que Raoul a eue de lui : celle d’un pirate rosedingue à l’abordage du grand piano noir et brillant. Laurent s’est assis au piano. Il a pris une grande respiration… et il s’est relevé sans rien jouer : il a un peu tourné autour de l’instrument, gratouillé à l’intérieur, comme si c’était un moteur, puis il est retourné s’asseoir et là, il a tapé comme un sourd, blang blang blang ! Et après, des petites notes, et après des gros blan g ! et à chaque gros blang, la mère de Rito pinçait les lèvres. Ça n’a pas duré longtemps : au bout de deux minutes le piano de Laurent est tombé en panne. Quand il a fini, il a dit : – Kurtág. Raoul a levé la main aussi haut qu’il pouvait et Laurent l’a vu, tout seul debout dans la salle, au milieu des gens qui se regardaient bizarrement, et il lui a fait un clin d’œil. Raoul a su que c’était exactement ça, ce qu’il voulait faire : jouer du piano comme un sauvage, et que la mère de Rito en tombe dans les pommes. Puis Laurent s’est remis au piano, et il a joué un morceau très simple, très doux, rempli d’oiseaux. Les oiseaux se répondaient, tout le long du clavier, dans les aigus, dans les graves. Le piano était devenu une forêt. Raoul n’avait pas bes oin de fermer les yeux pour voir le soleil derrière les feuilles, les kaléidoscopes de couleurs, les oiseaux cachés dans les bruissements. Rien qu’on puisse danser, ni chanter, ni fredonner. Rien qui puisse être mis dans une cage.
Rien de rassurant non plus, car qui comprend le langage des oiseaux ? Et pourtant… Cette musique, on aurait pu la boire comme de l’eau. Laurent a salué d’un signe de tête, puis il est allé se rasseoir, juste devant Raoul, près d’une jeune femme blonde. Très blonde, mais avec une toute petite crête, le reste de la tête rasé, un collier de pinces à linge, et de très grands yeux, comme une chauve-souris. C’est là que Raoul a vu que Laurent portait une boucle d’oreille, et qu’il était amoureux. Raoul a soupiré. Personne n’est parfait… Une boucle d’oreille, passe encore, mais une amoureuse… Même chauve-souris, même avec une crête… À la fin, tout le monde a voulu aller avec Mme Zabourevski, mais le directeur a annoncé que Laurent était aussi grand prix du concours Marguerite Long, et tous les parents ont voulu aller avec lui. Mme Zabourevski lui a lancé un regard de haine. Elle a fulminé. Elle a pensé, tellement fort que ça a fait comme un nuage noir au-dessus de sa tête, dans lequel on pouvait lire en lettres de feu : “On verra qui sera le meilleur professeur de nous deux dans cette ville.” Et comme elle n’obéit à aucune règle, elle a commencé par choisir ses élèves en premier. Elle a pris Rito qu’elle avait déjà repéré au cours spécial “Les petits Mozart”, où sa mère l’a inscrit à trois ans. Adieu les maracas.