Jean et Pascal

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Pascal est jaloux de son grand frère Jean et de son vélo flambant neuf. Il veut absolument l'accompagner en balade, mais Jean le sème rapidement. Le petit garçon, furieux, abandonne son vélo et part à l'aventure. Jean, de son côté, a retrouvé Isabelle au sommet de la côte, non loin du cimetière. Une belle évocation de l'enfance : rêve éveillé, jalousie du petit frère, séduction sont décrits avec finesse. Le récit aborde aussi le sujet de la mort avec humour et fantaisie.
Publié le : mercredi 25 février 1998
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EAN13 : 9782246543596
Nombre de pages : 48
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Chapitre 1
Jean a sorti son vélo du garage, c'est un vélo à huit vitesses, il crâne un peu. Il a dit :
— Je vais faire une balade sur la route des grands tournants.
— Je veux aller avec toi, a répondu Pascal.
Pascal est le petit frère de Jean, son vélo n'a pas de vitesses, c'est un petit vélo complètement démodé, qui appartenait à Jean.
Un jour Pascal aura un vélo tout neuf, avec des vitesses, mais c'est pas demain la veille. Et en attendant, Jean ne veut pas que Pascal vienne avec lui.
— T'es trop petit, t'arrives jamais à me suivre.
— C'est pas moi qu'est petit, c'est mon vélo ! c'est parce que j'ai pas de vitesses.
— Laisse-moi passer.
Mais Pascal s'est accroché au vélo de Jean.
Jean s'est montré patient, au début, il a croisé les bras, attendant que ça se passe.
— Bon, maintenant, ça suffit, a-t-il dit. Lâche mon vélo, s'il te plaît.
Mais Pascal tenait le guidon à deux mains et de toutes ses forces.
On appelle ça un caprice.
Au bout d'un moment, Jean a décidé d'en finir. Il a arraché les mains de Pascal de son guidon et il est parti.
— Je vais avec toi ! crie Pascal.
— Non !
— Tu pourras pas m'en empêcher !
Et en effet, on a vu Pascal monter sur son petit vélo et suivre son frère. Il avait du mal, car Jean était déjà loin, mais il pédalait de toutes ses forces, et petit à petit il est arrivé à le rejoindre. Alors il a appuyé sur les pédales encore plus fort, et, emporté par son élan, il a réussi à dépasser son grand frère.
C'était tellement bon de n'avoir personne devant lui, il s'est senti invincible, il s'est retourné pour voir la tête de son grand frère, il avait envie de lui tirer la langue, mais elle était déjà dehors, sa langue, bien pendante, assoiffée, et bientôt, ils sont entrés dans la forêt, la route a commencé
à monter, Pascal a vu le vélo de son frère se rapprocher, se rapprocher encore, et c'est alors qu'il a entendu le bruit du changement de vitesse, un bruit qu'il connaissait bien, un bruit qu'il adorait, qu'il aurait tellement voulu avoir sur son vélo.
Il en a frissonné d'entendre le bruit de cette chaîne, ça lui a donné envie de pleurer, de gémir, de dire : " Non, c'est pas juste, c'est pas du jeu ! " Et quand le vélo de Jean est arrivé à sa hauteur, Pascal a senti toutes ses forces l'abandonner. C'est devenu soudain horriblement dur de pédaler, et horrible de voir le vélo de Jean le dépasser, puis s'éloigner sur la route. Jean s'est mis debout sur les pédales, en danseuse, comme s'il lui chantait cette chanson idiote qui avait le don d'exaspérer son petit frère au plus haut point : Et mon cul c'est du poulet, en veux-tu une aile ?
C'est exactement ce que Pascal avait envie de lui faire : lui arracher les ailes.
On appelle ça de la jalousie.
Au bout d'un certain nombre de virages, Pascal ne pouvait même plus apercevoir son frère tellement il avait pris d'avance. Ç' a fini de le décourager. Il s'est arrêté sur le bord de la route.
— Je déteste le vélo, c'est un sport d'imbéciles, a-t-il dit en y mettant un grand coup de pied. Puis il s'est assis dans l'herbe et il a commencé à pleurer.
Chapitre 2
Arrivé au sommet de la côte, Jean a levé les bras en signe de victoire, comme s'il y avait une foule pour l'applaudir, mais il n'y avait personne, à part Isabelle avec ses fleurs.
Isabelle est une fille très gentille, qui, tous les mercredis, porte des fleurs sur la tombe de son grand-père. Des dahlias blancs.
— Tu fais la course tout seul ? a-t-elle demandé à Jean.
— Pas du tout ! J' ai semé tout le peloton dans la côte.
— Menteur.
— T'as qu'à rester là avec moi, on va les attendre.
— D'accord, a dit Isabelle.
Elle s'est assise par terre, en posant son bouquet, et Jean est allé s'asseoir à côté d'elle, le plus près possible. Il lui a fait des compliments sur ses fleurs qui allaient bien avec sa robe, qui allait bien avec sa peau, et la couleur de ses yeux.
On appelle ça un flirt.
— Ton grand-père doit être très content d'avoir des fleurs aussi belles, a dit Jean.
— Il est ni content, ni furieux, il est mort. D'ailleurs il n'aimait pas les fleurs.
Jean ne savait plus quoi dire, il s'est demandé si cette fille n'était pas un peu méchante, ou alors très intelligente, ce qui parfois revient au même.
— C'est ça qui est agréable avec les morts, a continué Isabelle, on peut leur offrir ce qu'on aime le plus.
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