L'Enigme sarmate, tome 2 - La Prophétie des runes

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« Disparu aujourd’hui, renaîtra demain, car doit régner la lignée de Mérovée. » Telle est la prophétie qui s’inscrit en runes de feu pour annoncer le retour du prince Childéric. Quatre ans plus tard, Mogiane veut croire que la prédiction s’accomplira. Si elle n’a plus l’espoir de trouver un époux depuis une erreur de jeu- nesse, elle a toujours celui de protéger le domaine de son père contre l’invasion des Huns et les complots de ses ennemis. Des ennemis prêts à tous les malé ces pour empêcher l’accomplissement de la prophétie.
Publié le : mercredi 11 mai 2016
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EAN13 : 9782354883867
Nombre de pages : 208
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DU MÊME AUTEUR

CHEZ GULF STREAM ÉDITEUR

 

Le Passage des Lumières, tomes 1 à 5

Le Mystère de la Tête d’Or, tomes 1 à 3

Prix Dimoitou / Ouest-France 2013

La Malédiction de la Pierre de lune, tomes 1 à 3

 

DANS LA MÊME SÉRIE

tome 1 . La Rouelle de feu

À PARAÎTRE

tome 3 . La Guerre des dieux

 

Direction éditoriale : Paola Grieco

Direction artistique : Marie Rébulard

Correction : Maud Bataille

 

LA GAULE AU VeSIÈCLE

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Afin de faciliter la lecture, les noms des personnages, accompagnés d’une brève notice, sont tous reportés à la fin du livre.

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PROLOGUE

Tricassium1, juillet 451.

 

L’évêque releva la tête de sa bible, apaisé. En se retirant dans sa chambre, il craignait de ne pas parvenir à se concentrer. Heureusement, Dieu lui avait donné la force de chasser ses tourments pour se vouer entièrement à la méditation des Saintes Écritures. À la lecture du passage de l’Apocalypse où l’archange Michel affronte victorieusement le mal incarné par le grand dragon rouge feu, il avait recouvré sa confiance en l’avenir.

Le prélat referma le volumineux ouvrage et quitta son écritoire. Depuis le début de sa lecture, le rayon de soleil qui tombait de l’étroite fenêtre située au-dessus de sa tête s’était déplacé vers le fond de la pièce. L’après-midi touchait à sa fin. La peur s’empara de l’évêque. Il était tard. Bien trop tard. Il ouvrit la porte de sa chambre et se précipita dehors. La cour de l’épiscopat était vide.

— Monseigneur Loup !

Un petit clerc longeait la galerie dans sa direction, portant un plateau chargé d’une cruche et d’un gobelet.

— Je pense bien que vous devez avoir soif, annonça l’enfant, mais je n’osais pas frapper, de peur de vous déranger.

— Sont-ils rentrés ? l’interrompit Loup d’un ton nerveux.

— Pas encore, monseigneur.

— Ils doivent être sur le chemin du retour, déclara l’évêque. Je vais à leur rencontre.

Traversant les rues désertes écrasées de chaleur, il courut jusqu’aux portes de la ville. Elles n’avaient pas été rouvertes depuis le départ de la délégation, plusieurs heures auparavant.

— Y a-t-il des cavaliers en vue ? demanda-t-il aux gardes.

— Pas un seul, monseigneur.

Un guetteur aida Loup à monter sur le chemin de ronde. Haletant, le prélat plongea son regard dans la plaine en contrebas. Les tentes et les chariots qui encerclaient la cité semblaient vibrer dans l’air brûlant, comme rongés par un feu invisible. L’anxiété de l’évêque monta d’un cran. Tricassium soutenait le siège depuis plus de deux semaines. Il se rappelait le vent de panique qui avait soufflé sur la cité à l’annonce de l’arrivée d’Attila. L’armée du célèbre chef hun avait incendié des dizaines de villes et de villages depuis son arrivée en Gaule et massacré les populations qui avaient osé lui tenir tête. Ce n’était pas sans peine que Loup avait convaincu ses ouailles de ne pas céder devant le mal mais, au contraire, de se dresser contre lui. Il avait organisé la défense de la ville, ordonné de renforcer les murailles et de rassembler des provisions pour tenir le siège. Au même moment, il avait appris l’arrivée du général romain Aetius et son armée de secours. Ses efforts étaient récompensés, Dieu était à ses côtés !

Un jour et une nuit, l’air avait résonné des terribles échos de la bataille qui se déroulait de l’autre côté de la plaine, sur les pentes de la colline du Campus Mauriacus. Puis le calme était revenu. Des messagers avaient rapporté qu’Attila avait subi un sérieux revers. En revanche, la défection d’une partie des alliés barbares d’Aetius ne lui permettait plus d’attaquer pour défaire définitivement son ennemi. Le général comptait que le chef hun finirait par se retirer. Mais les jours passaient et Attila ne bougeait pas. Depuis longtemps, les champs autour de Tricassium avaient été pillés, les greniers vidés, les troupeaux raflés pour nourrir les hommes et leurs montures. La campagne ravagée ne pouvant plus rien leur offrir, les troupes hunniques ne tarderaient pas à manquer de vivres. Et elles attaqueraient la cité. C’était pour éviter le massacre que Loup avait délégué quelques membres de son clergé auprès d’Attila. Il fallait convaincre le chef hun de partir pour épargner la ville.

— Pourquoi ne sont-ils pas encore revenus ? grogna l’évêque en arpentant le chemin de ronde.

— Ils tardent peut-être à se mettre d’accord sur un arrangement, suggéra un garde. Attila est un âpre négociateur…

Le doigt pointé vers la plaine, il héla soudain l’évêque.

— Monseigneur ! Un homme à cheval !

Loup se pencha entre deux créneaux. Prostré sur la selle, le cavalier laissait filer sa monture vers les portes de la cité.

— C’est Camélien ! s’écria l’évêque. Ouvrez les portes !

Les panneaux pivotèrent lourdement sur leurs gonds et le prélat se précipita au dehors pour accueillir le visiteur. C’était un prêtre d’une vingtaine d’années. Blafard, le regard fou, il tremblait de tout son corps en serrant dans ses mains la petite croix qu’il portait autour du cou.

— Que s’est-il passé, Camélien ? interrogea Loup. Où sont les autres ?

Le prêtre dégringola de la selle dans ses bras.

— Attila les a égorgés, monseigneur, hoqueta-t-il. Tous nos frères, les uns après les autres. Tous, sauf moi… pour que je puisse témoigner auprès de vous… de son refus d’accéder à votre requête.

Pétrifié, l’évêque Loup songea à saint Michel défiant le dragon. Ainsi, le Seigneur le mettait à l’épreuve. Il ne se déroberait pas.

 

Brandissant un crucifix comme un bouclier, Loup avançait seul sur la plaine. L’aube pointait et la moiteur de l’air annonçait une nouvelle journée de canicule, la dernière qu’il lui serait peut-être donné de vivre sur cette Terre. Il n’avait pas peur. Ses frères survivants et les habitants de Tricassium avaient eu beau tenter de l’en dissuader, il était décidé à se rendre seul chez Attila. Une nuit de jeûne et de prières avait affermi sa détermination. Pourtant, lorsqu’il vit deux guerriers en vêtements sombres, armés d’arcs et de sabres, jaillir des tentes et galoper à sa rencontre, il se sentit défaillir. Se raccrochant à son crucifix, il recommanda son âme à Dieu et se redressa.

— Je suis Loup, évêque de Tricassium, prélat de l’Église romaine, annonça-t-il en latin. Je viens parlementer avec votre maître, Attila. Conduisez-moi à lui.

Sans un mot, les cavaliers l’invitèrent à les suivre. Serrant toujours sa croix, Loup pénétra dans le campement. Les Huns assemblés devant les chariots chargés de butin lui décochèrent des regards hostiles. Plusieurs d’entre eux lui emboîtèrent le pas. L’évêque s’efforça de garder son calme.

Arrivés devant une grande tente, les cavaliers s’effacèrent pour le laisser entrer. Le seuil franchi, la première chose qu’il vit fut l’homme assis sur un escabeau de bois juste devant lui : un individu de petite taille, aux larges épaules drapées dans une tunique bleu nuit à pans croisés. Son visage mat recouvert d’une fine barbe avait un aspect juvénile, mais les rides sur ses tempes démontraient qu’il avait dépassé la quarantaine. Il accueillit Loup avec un mélange d’ironie et d’agacement.

— Que viens-tu faire ici, évêque ? s’enquit-il dans un latin parfait. La mort de tes messagers ne t’a-t-elle pas suffi ? Faut-il que j’ajoute ta tête aux leurs pour que tu comprennes que je n’accepte aucun marchandage ?

Loup s’était préparé à une telle entrée en matière. Enfoncés dans leurs orbites, sous des sourcils proéminents, les yeux noirs d’Attila le fixaient, implacables. Tels les yeux du dragon rouge feu lançant des flammes… Le prélat les affronta avec courage.

— J’ai compris que j’aurais dû assumer seul cette tentative de négociation au lieu d’envoyer des frères à ma place, répondit-il avec sang-froid. C’est par ma faute qu’ils ont péri.

— Tu recherches donc la mort ?

— Je recherche la vie, pour les innocents qui vivent entre les murailles de la ville que tu assièges. Mais si Dieu a décidé de me rappeler à lui, je quitterai ce monde bienheureux.

Attila eut un sourire amusé et cligna de l’œil à l’attention des gardes qui l’entouraient. Les hommes sourirent à leur tour. Loup déglutit. Le chef hun avait-il perçu sa peur derrière ses vaillantes déclarations ?

— Tes paroles sont bien celles d’un chrétien ! lâcha enfin Attila. Les chrétiens ne craignent pas la mort, n’est-ce pas ? Rome a massacré bon nombre des vôtres, avant que votre religion ne devienne celle de l’empire. Vous êtes habitués à verser votre sang.

Il fixa Loup un long moment sans mot dire. Assurément, il était en train de décider de son sort… Une nouvelle fois, l’évêque recommanda son âme à Dieu. Attila abattit soudain son poing sur l’accoudoir de son siège.

— Ta hardiesse et ta ténacité me plaisent, chrétien, décréta-t-il. Pour cette raison, j’ai envie d’accéder à ta requête. Mais ce ne sera pas sans contreparties.

— Lesquelles ?

— Tu vas fournir de quoi nourrir mes hommes jusqu’à notre repli sur le Rhin. Et pour preuve de ton dévouement, tu nous accompagneras pour nous servir.

Loup voulut protester. Pour approvisionner toute une armée, il faudrait sacrifier les réserves de la ville et réduire ses habitants à la famine. Mais c’était à ce prix qu’il épargnerait leurs vies.

— Ce sera fait, promit-il à contrecœur.

— J’attends les premiers fourrages et les provisions de viande à l’aube, précisa Attila. Ne t’avise pas de faillir à ta parole, ou demain soir il ne restera plus de ton église qu’un tas de ruines pour prier ton dieu.

— Tu as ma parole, noble Attila.

— Ce n’est pas tout.

Loup tressaillit. Son hôte le considérait toujours de son regard implacable. Il songea au dragon de l’Apocalypse. Mon Dieu, venez-moi en aide, pria-t-il de toutes ses forces.

— Je sais ce que tu penses, évêque, reprit Attila d’un ton conciliant. Tu te dis que je te laisse bien peu de choses pour survivre. Comme tu le sais, j’ai amassé un important butin lors de mon expédition à travers la Gaule. Pour subvenir à tes besoins et à ceux de tes gens, je t’abandonnerai volontiers deux coffres d’or et de pierreries si tu acceptes de remplir une mission pour moi.

— Une mission ? bégaya Loup.

— Une fois que mes troupes seront en sécurité de l’autre côté du Rhin, je te confierai de quoi il s’agit.

Attila souriait avec une amabilité qui glaça le sang de l’évêque.

— La décision finale t’appartiendra, chrétien, ajouta le chef hun d’un ton avenant. Mais je suis persuadé que tu feras le bon choix.

1 Nom latin de la ville de Troyes.

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CHAPITRE I

Tornacum1, royaume franc, septembre 451.

 

Mogiane trempa un linge dans la cuvette d’eau posée à côté du guerrier blessé. Lorsqu’elle s’approcha pour nettoyer sa plaie, l’homme repoussa sa main.

— Ne perds pas ton temps avec moi, commanda-t-il. Avant que le jour se lève, je serai près de Wotan2 et je goûterai aux plaisirs de son banquet.

Il avait raison. La lame de l’épée ennemie avait entamé trop profondément ses chairs. Son large visage affichait déjà la pâleur de la mort. La bataille avait été acharnée. Il y avait eu tant de victimes que l’hospice chrétien, à l’entrée de la ville, n’avait pas pu tous les accueillir. Les granges attenantes étaient remplies de guerriers aux corps ensanglantés. La plupart d’entre eux étaient condamnés. Les lèvres du blessé s’entrouvrirent sur une dernière supplique :

— Donne-moi de la cervoise3.

Mogiane attrapa une cruche encore pleine parmi les récipients qui traînaient sur le sol de la grange. Le guerrier la vida jusqu’à la dernière goutte et renversa la tête sur la botte de paille qui lui servait d’oreiller.

— Le banquet de Wotan est sans fin pour les valeureux combattants, murmura-t-il dans un soupir d’aise.

Il ferma les yeux, le sourire aux lèvres, s’imaginant sûrement en train de festoyer en compagnie du dieu des dieux. Mogiane posa une main sur son front en priant Wotan de lui réserver une place de choix parmi ses fidèles. Un concert d’exclamations étouffa le dernier souffle du moribond. Un guerrier blond à la tête enturbannée dans un bandage sanglant apparut sur le seuil de la grange.

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