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L'Esprit et l'enfant perdu

De
51 pages


Sauvé par l’essence de vie du gnome Fart, le jeune Paul a bien grandi pour devenir un enfant solitaire qui ne se sépare jamais de son pendentif, une petite fiole dont il ignore l’origine.



Sa grande famille s’est installée dans une nouvelle demeure. Mais un jour, en rentrant de l’école, une femme aux allures de monstre le prend en chasse. Après cet incident, les évènements étranges s'enchaînent pour bousculer son existence. Des lutins lui apparaissent notamment pour le mener à un sombre sorcier taciturne. Et tous ces faits perturbants le lancent sur les traces d’une enfant disparue depuis trois longues années, une enfant qui pourrait être sa propre sœur, l’ancienne alliée de l’Esprit noir, la courageuse Mélusine.

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Résumé

Sauvé par l’essence de vie du gnome Fart, le jeune Paul a bien grandi pour devenir un enfant solitaire qui ne se sépare jamais de son pendentif, une petite fiole dont il ignore l’origine.
Sa grande famille s’est installée dans une nouvelle demeure. Mais un jour, en rentrant de l’école, une femme aux allures de monstre le prend en chasse. Après cet incident, les évènements étranges s'enchaînent pour bousculer son existence. Des lutins lui apparaissent notamment pour le mener à un sombre sorcier taciturne. Et tous ces faits perturbants le lancent sur les traces d’une enfant disparue depuis trois longues années, une enfant qui pourrait être sa propre sœur, l’ancienne alliée de l’Esprit noir, la courageuse Mélusine.

DU MÊME AUTEUR
L'Esprit et les larmes, Numeriklivres, 2015.

GEHEL

L'ESPRIT
ET L'ENFANT PERDU

ROMAN JEUNESSE

editionsNL.com

Prologue

Avant même d’avoir posé les yeux sur les collines enneigées qui s’étendaient face à elle, la petite fille eut le sentiment que ce second voyage surpasserait le premier par bien des aspects. Parce qu’elle savait cette fois les dangers, les mystères et les créatures étranges qui peuplaient cette contrée. Et si l’enfance était le terrain de l’innocence, peut-être n’était-elle déjà plus tout à fait une enfant.

Le pompon de son bonnet se balançait dans son dos comme l’aiguille d’un métronome alors qu’elle empruntait un chemin parcouru des années plus tôt en compagnie de deux précieux amis ; un chemin reliant une gare du bout du monde à une cabane magique.

Sur sa nuque, une étiquette presque décousue battait au gré du vent, révélant un prénom quasi effacé. Il y était noté Ludivine. Ce manteau, qui avait appartenu à sa grande sœur Ludivine, était maintenant trop petit pour elle aussi. Le froid s’infiltrait par les manches, et la neige continuait à tomber en tourbillonnant, formant autour de la jeune fille une cage blanchâtre qui aurait dû l’empêcher d’avancer.

Bien sûr, celle qui avait été l’alliée de l’Esprit noir savait le froid, les épreuves et le découragement. Un vieux barbu bedonnant lui avait un jour dit, dans le compartiment d’un train qui la ramenait chez elle, que son audace et son courage ne connaitraient pas de limites. Elle n’avait jamais oublié ces mots et marchait à présent avec la régularité d’un métronome. Aucune bourrasque ne saurait la retenir. Les flocons pouvaient bien la gifler, encore et encore. Elle se forcerait à avancer le pied gauche, puis le droit, puis le gauche à nouveau, et fermerait son esprit à toute autre pensée.

Des larmes glissaient sur ses joues avant d’être emportées par le vent. Souvent ces derniers mois, elle avait pleuré, sans que jamais un nouvel être ne naisse de son chagrin. Et parfois, elle s’était réveillée en sursaut, au milieu de la nuit, en pensant que, peut-être, sa grande aventure n’avait été qu’un long rêve. Au petit matin, une preuve de la réalité de sa quête venait la rejoindre dans ses draps.

Bien sûr, le gnome Fart et son véritable maître, ce vieux sorcier mystérieux, appartenaient au passé. Mais ce passé était réel et au bout de ce chemin, une cabane en bois délabrée viendrait en apporter la preuve. De l’extérieur, cette maisonnette au toit troué, aux volets branlants et à la porte chancelante semblait être le pire abri pour un enfant lancé dans la tempête. C’était toutefois une illusion qui cachait la vaste et chaleureuse demeure de l’Esprit noir et de ses compagnons, une troupe de gnomes invisibles.

La jeune fille serrait les dents. La perspective de retrouver ce refuge magique était la flamme attisant son courage entre deux bourrasques. L’idée de se perdre, de se tromper de chemin, de disparaitre au fond d’une forêt enneigée ne l’effleura pas. La chance, le sort, le destin la mèneraient là où elle souhaitait se rendre. Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas le temps passer. De petit pas en petit pas, elle avait su vaincre la distance. Et elle reconnut le chemin étroit qui menait au porche de la cabane.

Elle allait avoir onze ans.

Quatre années s’étaient écoulées, et le fragile édifice n’avait pourtant pas changé. N’importe quel promeneur s’en détournerait dans la seconde, pensant voir l’abri de fortune d’un chasseur abandonné depuis quelques décennies, un taudis ouvert aux vents et à la neige.

Elle se mit à courir dans la poudreuse qui lui montait jusqu’aux genoux. La fatigue s’était envolée, elle pouvait laisser libre cours à son exaltation.

Elle allait serrer la main de l’Esprit. Son premier élan serait de lui sauter au cou, mais il était de bon ton de conserver une certaine distance avec ce personnage solennel qui se nommait lui-même « Le grand ordonnateur du bien ». Et l’Esprit, d’ordinaire renfrogné, n’arriverait pas à réprimer un sourire en la revoyant. Il pesterait contre cette surprenante apparition puis l’inviterait à se réchauffer au coin du feu. Et quand elle tournerait le dos, quand il serait sûr de ne pas être vu, son sourire s’épanouirait sur ses traits.

La jeune fille ne prit pas la peine de frapper, elle saisit la poignée et poussa la porte. Mais son salut victorieux resta coincé quelque part dans sa gorge. L’intérieur valait l’extérieur : des planches, du vide, du bois pourri.

La cabane délabrée aurait dû, sous l’effet de la magie, laisser place à une demeure accueillante, chaleureuse. En ouvrant la porte, une grande salle à manger aurait dû apparaitre, avec, au centre, une table destinée à accueillir des festins réunissant les innombrables habitants des lieux et leurs amis de passage. L’âtre était froid, les braises, devenues cendres, avaient été emportées par le vent. Cette cabane, sur le point de s’effondrer, n’était pas le refuge espéré.

Elle ôta son bonnet détrempé et ressortit. Avait-elle pu se tromper de lieu, prendre un mauvais chemin ? Son cœur lui disait que non. Sur la route givrée, tous les détails correspondaient à son souvenir.

Et un dernier détail sortit du bois pour s’ajouter à la liste. Avec le vent, elle n’avait pu entendre le son de ses pattes écrasant la neige. Mais elle vit son pelage gris-noir et ses yeux jaunes qui brillaient dans la lueur du clair de lune.

Le loup se coucha là, face à elle, calme et imperturbable.

Ce même loup l’avait observé avec ce même regard, quatre ans plus tôt, avant qu’elle ne fende la meute sur un grand traineau. Et il l’avait poursuivi, les crocs dénudés, dans les grands prés, jusqu’à la voie ferrée. Quatre ans plus tôt, elle avait pu compter sur les pouvoirs de l’Esprit et sur l’énergie de ses serviteurs pour s’en tirer à bon compte.

Mais cette fois, Mélusine était bien seule. Cette fois, Mélusine avait peur.

1.

Une petite fiole en pendentif

Théléma Fart, la chevelure imposante, mais largement parsemée de gris, surplombait son fils Paul et tentait de faire les yeux ronds pour montrer un semblant d’autorité.

— Paul, cette fois, tu attends ton frère à la sortie de l’école !

Elle marqua une pause, dans l’attente d’une quelconque réponse. Mais si Paul n’avait pas envie d’obéir, il n’avait pas plus envie de répondre.

— Bastien ! Non, Alexandre, viendra te chercher. Enfin, lui, là !

Et elle désigna l’un de ses nombreux fils, celui qui traversait le couloir à cet instant, un adolescent maigrichon et boutonneux à la lèvre supérieure surmontée d’un petit duvet noirâtre.

— C’est Gaston, M’man, crut bon d’ajouter le jeune homme à la voix déraillante. T’as pas intérêt à bouger, Bijou. Compris ?

À cette heure, Paul ne bougeait plus. Il se contentait d’écouter calmement les tentatives de sa mère pour organiser quelque peu le quotidien de la famille la plus désorganisée du monde.

— Tu as compris, Bijou ? Tu attends ton frère et vous rentrez ensemble !

Le petit Paul, cadet de la famille Fart, n’attendrait pas son aîné à la sortie de la classe. Parce que, si Gaston venait effectivement le chercher, il le trainerait le long d’un grand boulevard embouteillé, pour rejoindre sur un coin de trottoir ses amis laids et idiots qui ponctuaient d’un rire gras des blagues que l’enfant ne comprenait pas.

Paul voulait rentrer par le parc, dont les arbres perdaient à cette période de l’année une multitude de feuilles colorées. Il voulait rêver à ce qui pouvait se trouver derrière tel ou tel bosquet, il voulait observer le vol d’un oiseau d’une branche à une autre. Le parc lui rappelait de grandes étendues, un pays immense, blanc et mystérieux qu’il n’avait jamais vu, mais était pourtant sûr de connaitre.

Alors que sa mère resserrait autour de son cou une détestable écharpe en laine qui gratte, Gaston le bouscula en l’appelant une dernière fois Bijou ; une dernière fois, pour les heures à venir. Il recommencerait dès le dîner. Paul détestait qu’on le surnomme ainsi.

Ce sobriquet, il le devait à un petit pendentif, une fiole creuse et de la taille d’un dé à coudre, fermée d’un minuscule bouchon de liège, qu’il portait autour de son cou depuis la petite enfance.

Paul détestait s’entendre appeler Bijou, mais il détestait plus encore l’idée de se séparer de cet objet. Ce pendentif faisait partie de lui, comme sa peau, l’ongle de son pouce ou la plus petite mèche de ses cheveux marron. Alexandre, qui surpassait aisément en bêtise le stupide Gaston, se souviendrait longtemps du jour où il avait, pendant un petit déjeuner animé, tenté d’arracher le collier du petit Paul. Le tout petit garçon avait alors dégainé sa fourchette et l’avait plantée entre les deux sourcils de son aîné qui garderait longtemps, en bas du front, une déplaisante marque rouge.

Ce jour-là, Théléma l’avait bien appelé Paul, et non Bijou, au moment de le punir. Et il était parti dans sa chambre, le ventre vide, mais la tête haute.

À l’école, Paul était forcé de s’asseoir au premier rang. Il n’avait pas particulièrement envie de se montrer studieux et attentif, mais il était petit, plus petit que ses camarades et devait pouvoir disposer d’une bonne vue sur le grand tableau noir. Comme il appréciait particulièrement la géographie, la place lui apparaissait toutefois idéale puisqu’elle offrait une vue unique sur la grande carte du monde. Et ce soir-là, quand la cloche sonna, il était justement plongé dans l’observation de cette carte, comme hypnotisé, les yeux rivés vers le haut, vers ces zones mystérieuses où les noms de ville se raréfiaient.

Brusquement tiré de sa rêverie, il sortit par la petite grille, pour ne pas croiser Gaston. Il rentrait chez lui, retrouver sa mère, son triste et tendre père Salomon, une fratrie qu’il aimait en dépit de tout. Mais il rentrait par son propre chemin, entre les ormes dépouillés par le vent, entre les allées du parc et leurs bancs désertés.

Déjà seul, déjà loin, il entendit, quelque part dans son dos, la voix d’un adolescent en pleine mue s’éteindre dans un son aigu. Gaston l’appelait. Il appelait Bijou-ou-ou.

Paul s’enfuyait donc. Et quand Paul s’enfuyait, il le faisait de telle manière que personne n’était en mesure de le rattraper. Parce que cet enfant, pâle, frêle et plus chétif que n’importe lequel de ses amis, avec ses yeux souvent rieurs, mais toujours cernés de noir, cachait une insoupçonnable vigueur.

Et si l’on prêtait attention à sa respiration, on pouvait percevoir un vague et perpétuel sifflement, auquel on s’habituait comme au bruit du vent derrière les fenêtres, une nuit d’automne. C’était le dernier souvenir d’une grave maladie qui l’avait frappé des années plus tôt. En surprenant une conversation, il avait compris, comme on comprend l’importance de certains mots prononcés à mi-voix par les adultes, qu’il avait été sur le point de mourir. Et puis, il s’était senti mieux. Et puis, il s’était mis à rire, à courir. Avant, il ne parlait pas. Après, il parlait peu. Mais il n’en était pas moins l’enfant le plus vivant, le plus énergique, le plus curieux à venir se promener sous les chênes.

Au moins d’août, il n’aurait pas eu l’idée de rester sur le principal chemin bordé de bancs.

Il se serait mis à courir dans l’herbe, à plonger entre les racines des arbres. Mais l’automne était alors déjà bien avancé.

Les feuilles, tombées en nombres, encore jaunes pour certaines, déjà oranges pour la plupart, tapissaient les pelouses. Et il s’agissait de slalomer entre les grandes flaques, pour ne pas subir les remontrances de sa mère une fois à la maison.

Il l’entendait déjà :

— Paul, ces mêmes chaussures, presque neuves, quasiment intactes, ont été portées par Alexandre, Jean, Jacques et Jean-Jacques. Et jamais, jamais, jamais, mon fils, elles n’ont foulé ce parquet si trempées, boueuses et sales.

Alors il resterait au sec, sur le sable humide de l’allée, et choisirait avec soin ses détours et ses explorations. Bien sûr, les jours humides comme celui-ci, le parc était presque désert. Tout au plus pouvait-on y trouver une femme à la figure triste, occupée à nourrir les pigeons, du pain sec à la main. Il croisa précisément cette femme-là, assise sur un banc, emmitouflée dans un grand manteau beige au col épais qui faisait ressortir la maigreur de son cou. Et la femme sourit à Paul, d’un sourire plein de dents, auquel il répondit d’un vague hochement de tête. Paul était poli, mais peu bavard. Il prêtait attention aux gens, mais fuyait, s’il le pouvait, toute conversation.

Là, un peu plus loin, il y avait la mare aux canards. En vidant sous leurs becs les miettes du goûter qui trainaient au fond de son sac, il pourrait les voir se disputer avec les grands cygnes blancs. Il tourna à gauche, sans prêter attention à une autre femme, assise sur un autre banc. Après quelques pas, il se retourna toutefois en se faisant la remarque qu’elle portait le même manteau clair que la première.

Peut-être la nuit était-elle trop proche, peut-être faisait-il déjà un peu trop froid : les canards étaient absents. Un rien déçu, il coupa par la pelouse pour donner de grands coups de pieds dans les feuilles. La fine pluie tombée le matin même le privait d’un grand plaisir. En effet, les feuilles ramollies n’émettaient pas de craquement sous ses semelles. Chaque pas était silencieux, aussi silencieux, finalement, que ce grand parc à une petite heure de la fin du jour.

Paul retrouva l’allée centrale et prit le temps de s’essuyer les semelles sur une bordure de fer. Il pensa que cette période de l’année était bien triste. À cet endroit précis, du printemps à la fin de l’automne, se trouvait le marchand de glace. Dans quelques semaines, il serait remplacé par le vendeur de marrons chauds. Et là : rien. Rien que Paul, son envie de gambader, et une autre dame solitaire munie de croutons de pain.

Il était à quelque distance de la sortie du parc, et fut surpris de constater que cette troisième femme occupée à nourrir des pigeons portait exactement le même manteau que les deux précédentes. Et du manteau sortait un même cou de poulet destiné à soutenir une tête bien ronde. Mais Paul avait à peine 8 ans, et ce qui pourrait sembler absolument invraisemblable à bon nombre d’adultes n’était, pour un enfant de cet âge, qu’un fait vaguement surprenant et au final tout à fait inintéressant.

Les bancs se succédaient sur sa route. La plupart étaient vides. Mais sur l’un des suivants était assise une nouvelle femme en manteau clair, qui ne prêtait plus du tout attention aux pigeons, mais conservait les yeux rivés sur le petit garçon. Et quand elle sourit, de ce même sourire maladroit, deux de ses dents tombèrent sur ses genoux.

Paul savait bien que les dents tombent, lui-même en avait jusque-là perdu 7. Mais il savait aussi qu’elles ne tombaient pas si facilement. La bouche de la femme laissa alors apparaitre deux trous noirs et celle-ci ne s’était aperçue de rien. Elle continuait à fixer l’écolier. Il la dépassa, glissa un vague regard derrière lui pour voir tomber deux autres quenottes. C’était assez de bizarreries pour interpeller n’importe quel enfant. Il accéléra donc le pas.

Il fallait encore marcher cinq bonnes minutes pour dépasser le mur d’enceinte, gagner la rue, le boulevard, apercevoir Gaston et ses amis et le toit de leur petite maison. D’ordinaire, la promenade dans le parc ne lui semblait jamais assez longue. Les quelques centaines de mètres à parcourir pour s’en extraire allaient cette fois lui paraitre interminables.

La prochaine femme, qui n’avait ni pain sec ni intérêt pour les pigeons, s’était levée. Son cou rachitique semblait s’étendre à volonté, à la manière de celui d’un vautour. Elle pinçait les lèvres, pour, peut-être, retenir ses dents, mais ses gros yeux affleuraient sous ses paupières, comme si celles-ci étaient trop fines pour les retenir et les empêcher de quitter leurs orbites. Elle fit un pas supplémentaire et croassa un mot : FART.

Paul FART n’aurait pas dû se trouver seul au cœur d’un parc désert en cette fin d’après-midi. Jamais auparavant, il n’avait fait de mauvaises rencontres. Et voilà que cinq, six, sept femmes, toutes identiques et toutes bien étranges, semblaient en avoir après lui.

Il se souvint alors de mots prononcés par l’une de ses sœurs, des années plus tôt, alors qu’il venait de trouver coup sur coup sur un coin de trottoir deux pièces de monnaie venues d’un pays étranger. Cette sœur (il ne savait plus précisément s’il s’agissait de Lucie, Marie ou Ludivine) était d’une sagesse peu commune pour son âge et elle lui avait alors dit :

— Paul, il y a une chose dont tu t’apercevras vite. Les faits étranges ne se produisent jamais seuls. Le premier entraine le second.

Et face à Paul, qui courait au centre d’une grande allée détrempée, le vent se mit à agiter violemment les feuilles mortes. Celles-ci quittaient le sol, s’élevaient à deux mètres de haut, comme soulevées par le souffle d’une tornade. Le petit garçon fonça sans réfléchir dans ce mur végétal. Les couleurs, rouge, jaune, brun, dansaient devant ses yeux. De surprise, il ouvrit la bouche et manqua d’avaler une feuille.

Il était prisonnier d’un tourbillon. La sortie se trouvait quelque part devant lui, alors il se força à avancer, le bras tendu. L’espace d’un instant, il jeta un vague regard par-dessus son épaule. Les étranges femmes ne l’avaient pas suivi dans le cœur du petit cyclone. Paul était étourdi par ce défilé incessant de feuilles qui valsaient pour former autour de lui une sorte de bouclier. Le terrible vent l’ébouriffait et lui faisait perdre toute notion du temps.

Mais il ne paniquait pas. Quelque part, au fond de lui, il était un peu excité par le danger. Après tout, il était venu se promener là en quête d’aventure et n’avait pas eu à se créer une histoire trépidante. L’aventure venait à lui.

Alors, les yeux plissés, Paul enchainait les petits pas hésitants. Et il fut alors bousculé par une forme. Un grand homme, qui portait un grand manteau noir virevoltant comme une cape, passa tout près de lui et le frôla. Le petit garçon sentit un pincement au niveau de son cou. Il voulut lever les yeux, voir ce visage et s’agripper peut-être à un morceau de tissu, comme un naufragé à une planche de bois. Mais le personnage s’évapora dans le tourbillon aussi vite qu’il était apparu.

Paul tendit à nouveau le bras dans ce qui lui semblait être la direction de la sortie, et en l’espace d’une seconde, les feuilles retrouvèrent le sol. Le vent était tombé. Le parc était silencieux. De la paume de sa main, il pouvait toucher le mur d’enceinte. Sans chercher à voir s’il était suivi, l’écolier contourna ce mur pour se retrouver en pleine rue. Le ciel s’assombrissait rapidement. Les femmes, la tornade miniature paraissaient d’un coup irréelles. Le boulevard, avec ses voitures et ses passants, était terriblement normal.

Paul tremblait encore lorsqu’il passa la main le long de son cou pour remettre en place son écharpe. Il ne lui fallut qu’une seconde pour comprendre que son pendentif avait disparu.

ISBN : 978-2-89717-985-4

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GEHEL
et Numeriklivres, Paris, France 2016

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