L'esthétique de l'ombre

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296341074
Nombre de pages : 192
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Collection Poètes des cinq continents dirigée par Maguy Albet, Geneviève Clancy, Gérarc/ da Silva, Patrice Kanozsai, Alain Mabanckou et Emlnanuelle Moysan

131 - Marcel Migozzi, D'autres étés, plus au sud 132-Myriam Tangi, Le ciel en désordre 133-Roger Parsemain, Désordre ingénu 134- Remdan At Mensur, Tighr; 135- Jean-François Ménard, D'écu/11-e u vent la vie a 136 - Noureddine Aba, Je hais les trains depuis Ausch\1'itz. 137- Jacques Galan, Le chenzin de traverse 138- Michel Gay, Miroirs lucides 139- Maurice Couquiaud, Chants de gravi té 140- Cândido Geron, Passé lesflanunes, poèmes hilingues~ traduction de Claude Couffon. 141- Joëlle Basso, Collyre. 141 bis- Marc Alyn, Les 111.0tS passe (Liberté de voir. Le tClnps des de autres, Brûler le feu)

142-Jacques Eladan, Espérancepoétique: Chahnn - SahlI/I.
143- Luisa Ballesteros Rosas, Phones de colihri. 144- Eszter Forrai, Collection privée, ouvrage hiIiI1R/lcfi'on{'oÎshongrois, traduction de Sylvie ReYI110nd-LépÎne. ] 45- Leopold Congo Mbemba, D~ià Ie sol cst SCI7U;. 146- Jacques Guigou, Son chant. 147- Nohad Salameh, Les lieux visitellrs. 148- Jean-Dominique Pénel, Pays gorge Île dans /0 ferre. 149- Julia Roessler, Cilnetière d'eau vive. 150- Jean Bensimon, OÙ luit l'origine. 151- Bernard Barbet, Squa/11eS d'œil. 152 - Adama Diané, Errances Océanes 153 - Jean Gillibert, Plus béant que le tel11ps. ] 54 - George El1enbogen, La porte allX rhinos. ouvrage hjJjngLlc français-anglais. 155 - Alain Mabanckou, Les arbres aussi versent des lanncs. 156- Edouard VaIdman, Les larnles du tenlps. ] 57- Henri Falaise, Les beau:r n1iracles. 158 - Michel Ecoffard. A Ines "eu,x des en/bruns, ri ton ventre l'océon.
. ,

159 - Jean-Claude Villain, Thalassa pOllr un retour. 160 - Seyhmus Dagtekin, Artères solaires. 161 - Monique-Lise Cohen, Unjardin d'inco!1!1aiss{lllce /.:rondit oit
I'appe I de ton n(H1'1.

L'EsTHÉTIQUE DE L'OMBRE

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5437-2

GENEVIÈVE

CLANCY

PHILIPPE T ANCELIN

L'EsTHÉTIQUE

DE L'OMBRE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

des mêmes auteurs:

GENEVIÈVE CLANCY
FÊTE COUCHÉE.

Ed. Seghers = 1973
du Sud .= 1997

RÉSEAUX. Ed. Silex - 1984 L'ESTHÉTIQUE DE LA VIOLENCE. Ed. Nouvelles

PHILIPPE l"ANCELIN

MANOEl DE OLIVEIRA.Ed. Dis=voir

1987

THÉÂTRE SUR PAROLE. Ed. Ether vague ~o1989 IJE LIVRE DES 24 HEl/RESo Ed. Kaléidoscope = 1993

ÜOVRAGES GENEVIÈVE CL,ANCY

COLLECTIFS: -PHILIPPE TAN(~FIJN

T1ERS~IDÉ'ES< Edo Hachette - 1978 FRAGME.NTS~DÉLITS. Ed. Seghers = 1979 ,~ 1995 l/ETÉ INSOUMIS. Ed. L'harmattan ,~ 1996 LE BOIS DE VIVRE" Ede L'harmattan

6

INTRODUCTION

~.. Tout fait en son surgir, porte la chair, l'éclat, le signe de celles et ceux par qui il devient événement c'est-à-dire, un partage d'ombre et de lumière dont l'histoire ne transmet souvent avec retard que les reliefs, quand elle n'entrave pas, n'obscurcit pas ce qui de l'intensité, de la résonance du fait lui-n1ême, avait permis à des témoins en foule d'être instruits et de devenir passeurs de futurs insoumis. La narration d'un fait, quelles que soient les suites prometteuses ou déniantes qu'elle lui inflige, rend ce dernier naufragé des croisières qu'il inspirait et au long desquelles, il défiait les écueils de toute une rationalité du cours de l'histoire. La narration jette alors le fait sur la grève d'une mémoire désincarnée qui n'ose plus le simple souvenir. La composition volontaire de l'histoire en durées continues impose un sens qui recouvre la matière lumineuse du fait-événement avec tout ce dont l'ont investi les témoins en leur vécu. Ce vécu est d'instants, de couleurs, de tonalités différenciées qui déplacent la vérité stricte des apparences au profit d'une vérité plus profonde, celle de l'incessant effort des témoins-acteurs de l'événement qui à travers lui ont engagé les premiers mots d'une conversation avec leur propre vérité. Un tel déplacement réalise un écart, une brèche dans la composition des interprétations, des opinions sur l'événement. C'est par cet écart que la puissance agissante du souvenir-fragment offre une parole autre. Quand la cohérence domestique et gouverne ce flux chaotique des souvenirs-fragments, elle l'obstrue. Elle fige tout ce qui par l'écart entre les souvenirs, permettait l'accès aux dimensions d'une voix de l'irreprésentable de ce qui fut; elle comble ce qui singularisait l'élan d'appel du 7

souvenir qui ne vient plus dès lors que dans un mêle noueux d9indifféc renciations, d'unifications des choses sensibles. Pour briser cette asphalte rabattue sur les instants défigurés par la conjugaison des cohortes de mémoire, il faut ressaisir les passages d'écart où se rêve une histoire libérée du linceul de la narration. Il faut plonger dans l'imaginaire de sa propre histoire, celle d'un sens en tous ses états de rupture avec le représenté, le surimposé d'une réalité unifi« catrice. C'est sans doute la seule condition pour sauvegarder le potentiel d'of frande à l'autre. On ne peut avoir de mémoire commune hors de cette rêverie dans l'histoire où chaque souvenir devient puissance d'agir ensembleo Une telle condition a permis la réunion en ce livre des écritures de frag~ ment-souvenirso A l'origine, des aphorismes, ces éclats de poème, serrés sur eux~mêm.es contre les mémoires du désarroi de tant de vécus sans résonance~ Nous appelons aphorismes, ces arrachements au discours même du poème, lorsqu'ils sont lancés telle une ligne dans l'étang magmatique du passé-mémoire dont ils rapportent un souveniro Tout se passe comme si l'aphorisme réalisait dans la masse-mémoire indifférenciée un champ de fortune aux souvenirs singuliers, leur permettant de s'expulser de l'ensemble pour découvrir les espaces, les visages,les pays de lumière intense qu'ils avaient su révéler en leur surgir. Un tel découvrement donna naissance aux "notes", sorte de courrier d'écha11:ges éclairés de l'aphorisme et passeurs d'un passé-futur, vers la communauté de tous les temps afin qu'elle se désengage de l'indétermination massive et pacifiante du nostalgique "c'était enoo.Jadis on.oou Ces courriers voudraient pratiquer des saisons dans les temps de l'his~ toire, ils voudraient redonner la parole à l'ombre c'est-à-dire, rendre 8

aux écarts entre les faits visibles, les visions que les nœuds du récit d'une transmission sélective ont occultéeso Une "Esthétique de l'ombre" n'est pas un révélateur des profondeurs de l'événement mais ce dessein des voies d' "entre" les choseso L'aphorisme permet de prendre la saison cosmique d'une histoire entre les hommes. Ci est une saison" entre" l'été et son arbre, "entre" la terre et sa soi£ "entre" le froid et son étreinte, "entre" l'éclipse et son urgence, "entre" la communauté des hommes et ses souvenirs futurso L'aphorisme est luminescence de l'imaginaire passé, il est présent-futur des fragments de devenir qui rapportent la voix perdue de l' "entre" et tend un monde au tiers-banni. C'est par la déchirure que l' "entreii pratique dans la continuité, le cours des choses, que s'élève notre présence comme Être-monde. L'esthétique de fombre n'est pas et ne fait pas œuvre de résistance, elle

est "topos" c'est de là que l'Être peut prendre voix et prononcer le
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soufRe d'autres mondes debout sur le temps. Être~monde c'est être lumière fleurissante, arbre éclairant~ appel d'autres réalités que les réels poétiques suggèrent. Nous croyons qu'il n'y a pas de rapports mécaniques entre l'Histoire et l'Être. Ce qui apparaît ici depuis les "notesfi, au long des fragments-souvenirs, n'est ni finalisé, ni individualisé, il ne s'y exprime de l'espoir révolutionnaire qu'on voudrait y cerner, rien d'autre que ce qu'il devient sans cesse, cette fracture dans la prise en masse de l'existence pour qu'affleurent des temps-espaces où l'Être s'abrite au soleil dans l'explosion des ombrelles sécurisantes d'un sens déterminant de l'histoire.
L'ombre.oo une pièce secrète des temps de l' "entre" où nos excès se joignent.

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GENEVIÈVE CIJANCY

Il

"

L'ombre du désir est notre exil le plus rapproché de l'originee (3)

C'est liberté que d'être guidé par cette lumière lointaine, qui vient à l'avance en n'éclairant rieno

Le nu de l'ombre est à la mort, ce que l'étendue est à la beauté d'une seconde.

13

Il yale fond rouge des vagues dans l'espace

du cri d'homme à ombreo (5)

La présence est vierge et monde comme url geste du temps,

(7)

Marcher sur le silence pose la mer sur l'ombre"

14

Comme la vitre pâle d'un visage abandonné, l'ombre bleue et seule de l'aile rappelle le possible à son vertigee (17)

La lumière de rinvisible allonge la solitude d'ombree

Le poème visite l'incertitude du mot vers sa naissance.

15

L10mbre est cet éclair du sang où la liberté sacrifie ses doubleso

Quand la langue gît entre ombres et blessures, l'image parle de métamorphose.

Le sens prend sa lumière à l'amour qui protège son rêvec (9)

16

Comme une braise de sable sur l'offrande~ l'ombre oubliée fait fond au futur.

IJa jeunesse des morts sert de foi à l'histoireo (11)

Iolehasard est une altitude

profondeo

17

L'ombre est cette voûte du temps où vient

l'espace invulnérableo (13)

IJa présence est invisible parce qu'elle nous regardeo

IJa parabole de la révolte est l'aile océarle du feu sur la nuiro (2l)

18

.Aiguilleur dVabîmes, le hasard tisse ses eaux dYillisibles.

Le froid des signes renverse l'errance en fuite dYhorizons rapiécés de voyages.

Le mythe gémit sous le pas qui cherche à imiter son ombre. (23)

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