L'oracle de feu

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Série Aspect of Crow, tome 3

Voilà des années déjà que les terres des Kalindons sont envahies par les Ilions, leurs villes occupées, leurs richesses pillées... Un jour, une jeune fille est assassinée par un groupe de soldats ennemis. Comme un signal, l'annonce du meurtre se propage parmi les groupes de résistants, attisant la colère et la volonté de résistance. Rhia, la femme Corbeau, et tous les siens se jettent alors à corps perdu dans un combat inégal pour l'honneur et la liberté.
A Kalindos, Sura, la nièce de Rhia, est venue faire son apprentissage de Serpent auprès de Dravek. Dès qu'ils se rencontrent, une passion dévorante naît entre eux. Mais ils n'ont pas le droit de s'aimer car ils sont l'un et l'autre Serpent et l'oracle interdit toute union entre deux esprits frères. Luttant contre leurs sentiments, Dravek et Sura se séparent.
Jusqu'au jour où Vara, leur mentor, leur fait une révélation stupéfiante : la force de leur attirance mutuelle peut à elle seule allumer le plus terrible des incendies, constituant ainsi une arme redoutable contre les Ilions.
A une condition : celle de ne jamais assouvir leur désir...

Dans la série Aspect of Crow, de Jeri Smith-Ready :

Tome 1 : La messagère des deux mondes
Tome 2 : L'enfant de la prophétie
Tome 3 : L'oracle de feu
Publié le : dimanche 1 novembre 2009
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280290562
Nombre de pages : 592
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En souvenir de Francisca « Paquin » Martin,
dont l’Esprit continue de vivre dans les murmures du vent,
dans les sommets enneigés et dans nos cœurs.

PREMIÈRE PARTIE
1.

Tiros

Rhia sentait la poussière crisser entre ses dents tandis qu’elle enterrait un autre soldat. Elle remonta le morceau de tissu rêche devant sa bouche et son nez et en rentra l’extrémité dans son col. Le vent chaud changea de direction et Rhia lui tourna le dos afin de se protéger les yeux.

Une main chaude se posa sur son épaule.

— Laisse-moi terminer, Rhia.

Elle leva les yeux vers le visage buriné de Marek, son époux, qui se détachait sur le crépuscule naissant.

— J’ai autant besoin que toi de m’occuper l’esprit aujourd’hui. Et puis, je suis la seule capable de libérer leurs âmes.

— Oui, mais tu n’es pas la seule à savoir manier une pelle. Ses yeux bleus lui sourirent par-dessus son foulard, faisant ressortir ses petites rides. Garde des forces pour danser.

Elle essuya la sueur qui perlait à son front d’un revers de manche et jeta un œil par-dessus son épaule, sur la route menant à Tiros.

— Ça va être dur de faire la fête dans un endroit pareil, soupira-t-elle.

Les arbres avaient été rasés sur un périmètre de plus d’un kilomètre autour du village, afin de ne pas fournir de couverture à l’ennemi. Les troncs et les branches avaient servi à fabriquer des tours de guet, et deux d’entre elles s’élevaient derrière Rhia, de part et d’autre de la route qui menait à l’intérieur du village. En haut des tours, des guets Aigles et des archers Couguars montaient la garde.

Difficile de quitter Tiros sans être vu, et presque impossible d’y pénétrer sans être tiré à vue.

Aux pieds de Rhia, le soldat ilion était allongé dans un trou suffisamment profond pour éviter que les vautours ne s’en repaissent, tout en permettant aux Ilions, ou plutôt aux Descendants, comme Rhia les appelait, de retrouver les corps, la prochaine fois qu’ils se présenteraient aux portes de Tiros en mission diplomatique, comme ils disaient.

Cinq de ses camarades étaient allongés en ligne près du soldat. Ils portaient des vêtements de tous les jours, et non leur uniforme rouge et jaune habituel. L’espion qui les avait conduits jusque-là était parmi eux. D’autres Tirons avaient creusé des tombes dans la matinée, mais il revenait à Marek et à Rhia d’y enfouir les corps et d’aider les défunts à passer dans l’Autre Monde. Personne ne se joignit à eux dans cette tâche ; les soldats et leur espion n’avaient rien fait pour qu’on leur montre le moindre respect.

Marek jeta une pelletée de terre sur le visage du Descendant.

— Si Lycas avait été là, il aurait planté leurs têtes sur des piques et en aurait décoré la route menant à Asermos.

Elle soupira en songeant à la brutalité de son frère.

— Ce qui n’aurait fait que fournir un nouveau prétexte aux Descendants pour lancer une invasion à grande échelle. Au moins, en leur donnant une sépulture convenable, on peut prétendre que nos archers les ont abattus en défendant le village, ce qui n’est que la stricte vérité.

— Vérité ou pas, ils ne le prendront pas bien pour autant. Sa pelle heurta une pierre. On aura appliqué à la lettre la devise officieuse de la ville : Les étrangers restent dehors.

Ils échangèrent un regard triste en contemplant les rangées de tentes adossées au mur du village. Tiros, qui était conçu pour abriter une centaine d’âmes, avait dû en accueillir trois fois plus lorsque les réfugiés avaient afflué de Velekos et d’Asermos, fuyant l’avancée des armées d’Ilios venues du nord. Et c’était précisément ce qui rendait Tiros si facile à défendre : pas de source à proximité, un terrain plat et sec niché entre trois plateaux escarpés, qui faisait aussi sa faiblesse, y rendant la survie difficile. En vingt ans d’occupation des Descendants, Tiros avait eu son lot de larmes et de sang et avait bien des fois frôlé la disparition.

Du plat de sa botte, Marek tassa la terre sur le dernier soldat avant de marquer l’emplacement de la tombe avec un drapeau ilion improvisé — deux morceaux de tissu rouge et jaune accrochés au bout d’un long bâton.

Rhia s’agenouilla près de la tombe, ferma les yeux et leva les mains. Elle prit une première inspiration, qui dressa un rempart entre elle et l’âpre réalité. La seconde intensifia son empathie avec Corbeau, son esprit gardien totémique, dont elle sentait la présence près d’elle depuis bientôt trente-six années. Il attendait à présent de prendre ce qui lui revenait de droit.

A la troisième inspiration, elle appela les corbeaux.

La litanie monta, gutturale, du fond de sa gorge, et fut emportée par le vent, à peine prononcée. Cela n’avait pas d’importance, cet air voyagerait jusque dans l’Autre Monde, là ou tout ne faisait qu’un. Elle aurait aussi bien pu murmurer ce chant ou se l’imaginer, les corbeaux l’auraient entendue, ils seraient venus à elle malgré tout.

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