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La côte d’émeraude

De
143 pages
Lucy est prise entre deux puissants pouvoirs magiques : la magie scintillante qui l’a toujours protégée depuis la mort de ses parents: des cartes parlantes aux jolis dessins, une flûte chantante et un navire enchanté qui la mène vers son destin; et la magie noire de la malédiction de la famille Simmons, celle qui a provoqué la noyade de ses parents: un fléau qui a condamné ses ancêtres à mourir en mer.
Le combat de Lucy pour survivre à la malédiction l’a menée dans un épique voyage autour du monde — en Australie pour y trouver sa dernière parente — et maintenant, sur les côtes rocheuses de l’Irlande. Lucy et son équipage hétéroclite d’amis savent que c’est là que se trouve le trésor de pirate volé à Mary Maude Lee.
Le trouver, voilà le seul moyen pour Lucy de briser la malédiction et de protéger ceux qu’elle aime. Mais le temps file. Le danger plane plus que jamais et Lucy devra faire preuve d’un courage plus fort que la magie pour se préserver du sort qui l’attend.
La côte d’émeraude est la merveilleuse conclusion de la série Le voyage de Lucy P. Simmons écrite par Barbara Mariconda.
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Codyright©2014BarbaraMariconDa Titre original anglais : The Voyage of Lucy P. Simmons : The EmeralD Shore Codyright © 2016 ÉDitions ADA Inc. dour la traDuction française Cette dublication est dubliée en accorD avec HarderCollins ChilDren’s Books, une Division De HarderCollins Publishers, New York, NY Tous Droits réservés. Aucune dartie De ce livre ne deut être redroDuite sous quelque forme que ce soit sans la dermission écrite De l’éDiteur, sauf Dans le cas D’une critique littéraire. ÉDiteur : François oucet TraDuction : Karine GauDette-PruD’homme et Sodhie Beaume (CPRL) Révision linguistique : Isabelle Veillette Correction D’édreuves : Nancy Coulombe, Émilie Leroux Concedtion De la couverture : © 2014 Jeff Nentrud Montage De la couverture : Amélie Bourbonnais Sureault Mise en dages : Amélie Bourbonnais Sureault ISBN dadier 978-2-89767-485-4 ISBN PF numérique 978-2-89767-486-1 ISBN ePub 978-2-89767-487-8 Première imdression : 2016 édôt légal : 2016 Bibliothèque et Archives nationales Du Québec Bibliothèque Nationale Du CanaDa Éditions AdA Inc. Diffusion 1385, boul. Lionel-Boulet CanaDa : ÉDitions ADA Inc. Varennes, Québec, CanaDa, J3X 1P7 France : .G. iffusion Télédhone : 450-929-0296 Z.I. Des Bogues Télécodieur : 450-929-0220 31750 Escalquens — France www.ada-inc.comTélédhone : 05.61.00.09.99 info@ada-inc.comTransat — 23.42.77.40Suisse : Belgique : .G. iffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada Particidation De la SOEC. Nous reconnaissons l’aiDe financière Du gouvernement Du CanaDa dar l’entremise Du FonDs Du livre Du CanaDa (FLC) dour nos activités D’éDition. Gouvernement Du Québec — Programme De créDit D’imdôt dour l’éDition De livres — Gestion SOEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada MariconDa, Barbara [EmeralD shore. Français] La côte D’émerauDe (Série Le voyage De Lucy P. Simmons ; 3) TraDuction De : The emeralD shore. Pour les jeunes De 13 ans et dlus. ISBN 978-2-89767-485-4 I. Beaume, Sodhie, 1968- . II. Titre. III. Titre : EmeralD shore. Français. IV. Collection : MariconDa, Barbara. Voyage De Lucy P. Simmons ; 3. PZ23.M3588Co 2016 j813’.54 C2016-941635-6
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Pour Thomas F. Lynch, de qui l’on a dit: Il est un étrange mélange de timidité, de fierté et de vanité, et d’un refus obstiné de s’incliner devant la défaite. Il est bouillant et prêt à se battre, mais le sourire d’un enfant remplit son cœur de bonheur. Ses yeux sont les premiers à se remplir de larmes, mais sa force sait le mieux chasser vos peurs. Sa haine est aussi féroce que sa dévotion est grande, Et pour lui, il n’y a pas de juste milieu. Il est sauvage et il est doux, il est gentil et mauvais. Il est fier et humble, heureux et triste. Il est amoureux de l’océan, de la terre et du ciel. Il est enchanté par la beauté où qu’elle se trouve. Il est le vainqueur et la victime, une étoile et un bourrin, Mais surtout, il est Irlandais, amoureux de son Dieu.
Juillet 1908
n vent vif battait les voiles duLucy P. Simmons et la brume glaciale qui virevoltait autour de Clew Bay ruisselait sur mon visage et mes cheveux. Ma salopette et mon tricot s’accrochaient à mon corps comme une couverture froide et humide. Je frissonnai, puis m’étreignis fermement. Monsieur Pugsley se secoua et s’accroupit à mes pieds en branlant sa petite queue, malgré les conditions météorologiques. Après 10 mois éprouvants passés en mer à essayer d’échapper à la menace de la malédiction familiale (de Port Lincoln, sur la côte sud de l’Australie, à travers l’océan Indien et au-delà du grand continent africain, à la dérive pendant près d’un mois sur une mer calme, sans un souffle de vent, à rôtir sous le soleil équatorien), la promesse d’atteindre notre destination rendait les conditions le long de l’île d’émeraude presque accueillantes. Je tirai la longue-vue de mon père de ma poche et appuyai le bord en laiton contre mon œil, cherchant la moindre trace de vert indiquant que l’on approchait de Clare Island. J’observai la scène jusqu’à ce que mes yeux deviennent irrités. — Mets ça autour de toi, mon enfant, tu n’as pas l’habitude du climat irlandais, tu vas prendre froid, c’est vrai ! Addie posa un châle épais sur mes épaules, enroula son bras autour de moi et m’attira contre elle. Son visage était brillant d’enthousiasme en dépit de la grise morosité persistante de la mer, du ciel et du brouillard. La cloche de bateau retentit et Grady apparut près de nous, son visage sournois grimaçant. — J’ai grandi ici et je connais ces eaux comme le fond de ma poche… Mais ça, dit-il en agitant son bras mince et musclé devant lui, ce n’est pas un brouillard ordinaire. Walter déambula près de moi et prit sa place au bastingage, ses cheveux noirs lissés sur son front alors que la brume s’accumulait sur son tricot comme une fine rosée blanche. — Ah, Grady, plaisanta-t-il en esquissant un sourire. Qu’y a-t-il cette fois ? Nous avons déjà vu plus de fantômes que je ne saurais en compter, un vaisseau fantôme qui disparaît, un jeu de cartes parlantes, sans mentionner… comment dirais-je… les caractéristiques inusitées de ce navire. J’avais espéré que nous pourrions finir ce voyage sans plus de bizarreries. — Ce n’est pas drôle, marmonna Grady. Vous, les jeunes, devez apprendre à respecter ce que vous ne comprenez pas. Il ajusta sa casquette et regarda fixement l’horizon à tribord. Un sentiment familier de terreur s’empara de moi comme de l’eau froide et saumâtre s’infiltrant dans la cale. Elle clapota et me fit frémir. — Soyez à l’affût ! cria le capitaine Obediah. Je ne vois plus ma main devant mon visage. Tonio, va sonner l’alarme. Les Rouquin, regardez bien en avant ! L’Irlandais, j’ai besoin de toi à la poupe. Écoutez aussi bien que vous regardez ! L’équipage se pressa vers son poste, chacun disparaissant dans l’épais brouillard gris au son de la cloche d’avertissement : un tintement, suivi de deux courts bruits métalliques. Cette alarme servait à alerter les autres vaisseaux de notre présence. Je sentis la petite main d’Annie se glisser dans la mienne. Elle s’approcha de moi et ses cheveux blonds en bouclettes humides encadraient son visage où se lisait l’inquiétude dans ses
énormes yeux bleus. Son frère, Georgie, apparut à ma gauche. Beaucoup plus grand que lors du début de notre quête, bien qu’il fût toujours petit pour ses 10 ans, il avait réussi à pousser considérablement pendant toute l’aventure. Walter rassura son petit frère et sa petite sœur. — Nous avons survécu à pire, énonça-t-il. — Allons-nous faire naufrage ? gémit Annie. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Il y avait eu un jour comme ça, sur la côte du Maine, où ma vie avait pour la première fois été touchée par la malédiction vieille de plusieurs générations, et que le petit sloop sur lequel je naviguais avec mon père et ma mère avait chaviré, faisant de moi la seule survivante. Même si cet évènement s’était déroulé depuis déjà plus de deux ans, cette pensée réussissait toujours à me faire monter les larmes aux yeux. — Bien sûr que nous n’allons pas faire naufrage ! Je me tournai vers la voix confiante de ma tante Pru. Elle était perchée sur le pont de la poupe et regardait l’horizon, la main placée en visière et ses longs cheveux roux si semblables aux miens, fouettés comme la crinière d’un étalon sauvage. Son profil déterminé et majestueux tourné vers l’inconnu me réconforta. — Pff ! répondit Grady avec son mépris habituel. Imbéciles ! Vous oubliez que ces promontoires rocheux tirent leur nom des navires qu’ils détruisent ! Il se pencha en avant, étendit son maigre cou, incurva ses lèvres et renifla l’air. Une fois, puis deux, puis trois. — Vous sentez ça ? aboya-t-il. Nous prîmes tous une grande inspiration, les narines dilatées. — De la fumée de bois, expliqua-t-il. De la tourbe et de la cendre. Walter et moi échangeâmes un regard. Pru se tourna vers nous, ses cheveux balayés hors de son visage. C’était vrai. Il y avait une drôle d’odeur de brûlé, comme si un feu de bois en décomposition venait d’être éteint. — L’homme gris… murmura Grady, ses yeux perçants plissés, essayant de pénétrer le brouillard. Soudain, Monsieur Pugsley bondit, les poils de son dos se hérissant en petites crêtes. Un grognement émergea de sa gorge. — Même le chien le voit, marmonna Grady. — Absolument pas, rétorqua Addie, son visage rempli d’indignation. Tu crois être le seul à connaître les légendes irlandaises ? Elle tendit un bras protecteur autour des enfants et jeta un regard noir à Grady, puis au chien. — Assis, Monsieur Pugsley, et arrête de ronchonner ! Le chiot gémit, tourna en rond et se coucha à mes pieds en poussant un grognement résigné. — L’homme gris ? demandai-je. Comme en guise de réponse, une vague à bâbord plongea sur nous comme une douche froide. Grady sembla prendre ma question pour une affirmation. — Un lutin irlandais de la pire espèce, raconta-t-il en s’arrêtant pour mordiller l’intérieur de sa bouche. Il s’alimente de la fumée de cheminée. Partout où il passe, il jette son manteau de brume grise par-dessus son épaule, couvrant tout sur son passage d’un voile de la mort. Enveloppant la côte d’un brouillard enfumé, il rit lorsque les bateaux sont projetés sur les rochers. Sur la terre, la présence de l’homme gris provoque la pourriture des pommes de terre, les transformant en bouillie noire. Annie enfouit son visage entre les plis de ma salopette. Georgie se redressa.
— Quaide m’a expliqué comment les marins se servaient des pommes de terre ! cria-t-il. Dans le brouillard, gardez un seau de patates près de la proue et lancez-les une à la fois devant vous. Si elles font des éclaboussures, poursuivez. Sinon, virez de bord ! Marni apparut soudain, ses longs cheveux argentés et ses pâles yeux verts se mêlant au paysage marin. — La navigation et le lancer de pommes de terre ont, à mon avis, peu en commun, dit-elle doucement. Et, Dieu merci, Quaide n’est pas ici. Calmons-nous. En Irlande, selon mes souvenirs, le brouillard peut arriver et se dissiper en l’espace d’une seconde, n’est-ce pas vrai, Mademoiselle Addie ? Addie, comme elle l’avait toujours fait lors de ces années où elle était ma nourrice bien-aimée, acquiesça d’un air confiant et rassurant. — Vous avez parfaitement raison, Mademoiselle Marni ! Nous, les femmes irlandaises, le savons lorsque les marins nous baratinent, c’est vrai ! C’est assez, Grady ! Pourquoi ne vous concentrez-vous pas sur la navigation ? — Là-bas ! cria Pru. À tribord ! Nous nous retournâmes tous, bouche bée. À l’est, il y eut une soudaine éclaircie entre les nuages. Un petit bout de ciel bleu vif apparut avec un énorme arc-en-ciel qui descendait vers les terres les plus vertes que j’eusse vues. Mon cœur se gonfla et j’eus l’étrange sentiment de revenir à la maison, bien que je n’aie jamais mis les pieds ici. — Regarde, Annie ! dis-je, le souffle court. Marni ferma les yeux un moment en touchant le médaillon d’argent à sa gorge. Walter tapota le dos de Georgie et, un instant plus tard, jeta ses bras autour de moi, me souleva de terre et me fit tournoyer. — La voilà ! cria le capitaine à la barre, une main guidant le gouvernail massif et l’autre, pointant la côte qui, quelques instants plus tôt, était voilée par le brouillard. — Clare Island ! LeLucy P. Simmonssemblait fendre les vagues avec une confiance renouvelée, sa figure de proue sculptée à l’image de mon malheureux oncle Victor et de ma tante Margaret s’avançant vers notre destination finale. — Vous savez ce qu’on dit ! s’exclama Addie en me faisant un clin d’œil. Il y a un trésor au pied de l’arc-en-ciel, c’est vrai ! J’acquiesçai, en priant silencieusement que nous trouvions le trésor que nous cherchions pour dissiper la malédiction qui m’avait enlevé ma mère et mon père. Addie se tourna triomphalement vers Grady et rétorqua : — On dirait que le soleil a chassé votre homme gris, n’est-ce pas ! Une dernière volute de brume enfumée tourbillonna autour du vieux marin et un rayon de soleil projeta sa longue et mince ombre sur le pont. Grady mordilla sa lèvre inférieure et secoua la tête, un air distant dans les yeux. — Seul le temps le dira…
es larmes aux yeux, Walter, Marni, Pru et moi débarquâmes duLucy P. Simmonsamarré sur Clare Island. Après tous ces mois en mer, nous étions devenus comme une famille. Il y avait les Rouquin (de vrais jumeaux au sourire malicieux qui avaient égayé tant de jours en mer) et l’Irlandais, avec ses yeux bleus espiègles. Ils étaient tous les trois impatients de revenir à Dublin. Le chauve Tonio à la moustache tombante de morse prévoyait déjà de prendre la route de Galway pour se joindre à l’équipage d’un navire italien. Rasjohnny et son fils, Javan, grelottant dans la brise irlandaise, attendaient impatiemment de retrouver leurs Caraïbes natales en travaillant dans les cuisines d’un autre navire, à remplir d’autres ventres des épices traditionnelles de leur île. Ils allaient tous me manquer comme Coleman, l’homme silencieux au bégaiement paralysant qui chantait comme un rossignol, me manquait. Il avait débarqué avec nous en Australie et avait décidé, à la dernière minute, de rester dans le ranch de ma tante Pru pour l’entretenir, car la vie dans la brousse lui convenait parfaitement. Il fut également difficile de dire au revoir à Addie, au capitaine, à Annie et à Georgie, même si notre séparation n’allait être que temporaire. Nous en étions tous venus à considérer Addie et le capitaine comme un couple, les deux se rapprochant de plus en plus au fil du voyage. — Les petits vont adorer Ballyvaughan, dit le capitaine d’une voix rassurante. Il avait été décidé qu’Annie et Georgie se rendraient au village natal du capitaine et y séjourneraient un certain temps avec mademoiselle Addie. Après tous ces mois en mer, Marni croyait que ce dont ils avaient le plus besoin, c’était de poser les pieds sur la terre ferme et de récupérer après cette aventure des deux dernières années. — Ma famille y a une ferme, Annie, continua le capitaine, avec des moutons, des vaches, des canards et quelques chèvres. Les yeux d’Annie s’ouvrirent grand d’enthousiasme. Georgie regarda avec envie son frère, puis le capitaine. — Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, maître Georgie, le rassura le capitaine. Je vous apprendrai à conduire un tracteur et à ferrer un cheval. Vous pourrez à la fois être un marin et un cultivateur… Comme moi ! — Et Walter ? demanda Georgie. — Lucy a besoin de moi, expliqua Walter. Mais ne t’inquiète pas. Nous viendrons te chercher lorsque nous aurons besoin d’une autre paire de bras forts. Avec tout ce travail à la ferme, ce sera toi qui auras les plus gros muscles ! Georgie sourit et banda ses biceps, se faisant un peu à l’idée. Nous coupâmes court à nos adieux un peu plus tôt que nous l’aurions souhaité, ne voulant pas remettre en question une décision prise dans l’intérêt supérieur des petits. Quelques instants plus tard, nous étions sur un petit esquif nous guidant vers l’île. Il y avait peu de vent, mais je regardais ses voiles battre comme en guise d’au revoir. Puis, notre navire adoré, et les silhouettes du capitaine, d’Addie, d’Annie, de Georgie et de l’équipe se dérobèrent à notre vue. Une fois que nous eûmes posé le pied sur Clare Island, nos amis étaient déjà loin sur la terre ferme, chacun prenant son chemin respectif. — Ne t’inquiète pas, murmura Marni en me tapotant le bras. Nous irons bientôt les chercher, j’en suis certaine.
Et le temps pressait. À chaque jour qui passait, Pru et moi sentions peser sur nous la menace de la malédiction, la promesse malveillante de la tristement célèbre reine pirate Mary Maude Lee, qui avait déjà volé la vie de mon arrière-grand-père, Edward Premier, puis de mon grand-père, Edward le second, et finalement de la génération précédant la mienne, prenant d’abord celle de mon père, puis celle de mon oncle Victor. Tante Pru et moi étions les seules survivantes. Lorsque nous avons découvert que Marni était la fille d’Edward et de Mary Maude Lee, il est devenu évident qu’elle avait, elle aussi, un réel intérêt à conjurer le sort, et à retrouver son fils perdu depuis longtemps, peut-être emporté lui aussi par ce puissant serment vindicatif. Puis, il y avait la question du trésor disparu. Si nous avions de la chance, nous allions le récupérer en Irlande ; du moins, c’était ce que semblaient indiquer tous les indices. Juste avant de nous amarrer au quai, mes doigts glissèrent dans mon sac de marin et en tirèrent le bout de papier sur lequel Coleman avait griffonné les mots de la ballade qui expliquait tout clairement. Je le regardai pour la centième fois, mémorisant les mots :
Voici la ballade de Mary Maude Lee, Reine et pirate, sorcière des mers à ce qu’on dit. Quoique blanche de peau et de frêle carrure, sous sa main, de nombreux marins moururent ! A la di da da… a la di da di, Voici la ballade de Mary Maude Lee.
Leurs grand-voiles, d’un grand coup de tromblon, elle enflamma, se moquant des marins, de leurs cris, de leur désarroi. S’empara de leur argent ! S’empara de leur or ! S’empara de tout ce qu’ils possédaient alors ! A la di da da… a la di da di, Voici la ballade de Mary Maude Lee.
Ses coffres se remplirent, puis Edward, ce malotru S’enfuit avec son butin et, dans la brume, disparut. De ce malheureux traître, elle promit de se venger, Et jeta un sort aux fils de ce vaurien qui l’avait trompée. A la di da da… a la di da di, Les fils de ses fils en mer auront tous péri ! A la di da da… a la di da di ! Voici la ballade de Mary Maude Lee !
Mary Maude Lee dit : sur leurs tombes je cracherai ! Elle recula, cracha dans les vagues blanches agitées ! Et chaque génération de garçons qui suivit Dans la mer fut avalée, engloutie ! A la di da da… a la di da di, Voici la ballade de Mary Maude Lee.
La seule vraie façon de conjurer le sort fut révélée par Mary juste avant sa mort : Si de mon vivant j’échoue, que mes descendants Libèrent mon trésor et apaisent Mary, ce faisant ! A la di da da… a la di da di, Voici la ballade de Mary Maude Lee !