La Dernière des sorcières blanches

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Après avoir subi de grandes catastrophes naturelles, les hommes sont prêts à s'entre-déchirer au risque de sacrifier leur milieu naturel. Seule une jeune sorcière pourra, selon une prophétie ancienne, sauver l'humanité grâce à la goutte d'eau qui se transmet au sein de sa famille de génération en génération. Estelle ne croit ni à la magie ni aux prophéties. C'est pourtant à cette condition qu'elle pourra découvrir comment utiliser l'unique goutte d'eau contenue dans son pendentif pour accomplir son destin. Sa quête la conduira sur des chemins qu’elle n’aurait jamais imaginé explorer un jour. Réussira-t-elle à réveiller la sorcière qui dort en elle et à accomplir sa destinée ?


Publié le : lundi 14 mars 2016
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EAN13 : 9782334100854
Nombre de pages : 146
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ISBN numérique : 978-2-334-10083-0

 

© Edilivre, 2016

Préambule

Je ne suis qu’une femme ordinaire. Je le désire, je me comporte comme telle. Et pourtant, je vais influencer la vie d’une femme dont le destin et l’existence seront extraordinaires. Elle-même sera un être hors du commun. Nous sommes proches de la fin du XXIe siècle, époque où individualisme et rationalité sont à leur apogée. Mais on a atteint une frontière, la science elle-même parvient à ses limites. La nature est pleine de surprises et elle n’est pas si prévisible. Elle ne répond pas qu’aux formules mathéma­tiques. Le mystère de la vie même n’est finalement pas si déchiffré qu’il n’y paraît et le corps de la femme reste un mystère se déjouant de toutes les règles que l’on voudrait pouvoir lui appliquer. La nature est à son image : indomptable, mystérieuse et parfois d’une violence sans nulle mesure.

La recherche d’un retour aux sources est tangible. L’homme n’est pas infaillible et chacun en quête de réponses ou de réconfort se tourne vers les médecines parallèles ou naturelles. Les religions ne sont pas en reste. La science, la technologie redescendent petit à petit du piédestal où l’homme les avait assises. Il y a une renaissance de la mystification de dame nature. Celle-ci effraie et force l’homme au respect. Elle le met à genoux. Force est de constater que ces phénomènes s’accompagnent d’une régression de l’espèce humaine qui se laisse aller à la convoitise, à la violence et à la destruction.

La fin du monde, ou d’un monde, s’annonce. C’est là, à ce moment où le monde semble devenir fou, que mon histoire commence.

1

Une soirée comme bien d’autres où je sors en ville avec mon amie. Cette amie douce et sincère, à qui pourtant je ne confie pas tous mes secrets. Je me sens gaie, légère, comme tous les jeunes devraient l’être à vingt-cinq ans. Pourtant, les trottoirs sont gris, la ville a bien changé. Les places que nous traversons sont envahies de dealers côtoyant les personnes qui dorment dans la rue, les rares couples qui se promènent après avoir dîné au restaurant et les petits groupes de jeunes étudiants, ou non, qui sortent pour s’amuser le soir. Oui, la ville a bien changé. Autrefois, on chantait dans les rues au son de la musique qui s’échappait des bars, les gens se saluaient, s’interpellaient sans avoir la peur au ventre. La peur de l’agression. La peur du noir. Désormais, il y a beaucoup moins de monde dans les rues, les gens n’ayant plus les moyens financiers suffisants pour se payer des sorties, des verres, ou simplement pas les moyens pour se déplacer. Les loisirs, longtemps considérés comme indispensables, sont replacés au rang des futilités. Les habitants de la ville restent chez eux à méditer sur des besoins plus importants. Le monde entier avait changé. Le progrès, la technologie moderne : rien n’avait pu arrêter la vague de catastrophes qui s’était abattue sur la terre.

Je regarde Marie. Elle, elle ne change pas. Sa coupe de cheveux, ses yeux noisette et ses petites fossettes qui me donnent toujours l’impression qu’elle est plus jeune que moi. Elle regarde toujours droit devant elle et ne semble pas avoir peur. Jamais. Elle semble à l’aise, comme chez elle, contrairement à moi qui sens mon assurance me quitter.

Je regarde à nouveau devant moi et je me sens subitement inquiète. Devant nous, un groupe de personnes se tient dans l’ombre. Machinalement, je pose la main sur l’amulette qui pend à mon cou. Je la porte jour et nuit. Elle me rassure, me réchauffe, comme un talisman. À l’intérieur de ce talisman pendu sur un cordon de cuir, de l’eau si pure que le verre a été soufflé autour, de façon à ce qu’elle soit emprisonnée à jamais. Comme si cette eau était la dernière de son espèce. Et si l’idée me venait de vouloir récupérer cette eau, je devrais casser son réceptacle. Elle se transmet de génération en génération. De mère en fille. Toutes les générations passées ont donné le jour à une fille afin de transmettre cette eau si pure et si précieuse. Il n’y en aura plus, car je sais que je ne pourrai jamais procréer. Une maladie dans ma petite enfance m’a privée de cette faculté. Ma grand-mère, qui aura bientôt connu un siècle d’histoire, affirme que c’est un mauvais présage. Pour moi, ce ne sont que superstitions et légendes. Cette histoire, ma mère me l’a contée lorsque j’étais enfant et me l’a remise en mémoire lorsqu’elle m’a transmis cette goutte d’eau au moment de ma puberté. Notre famille descendrait des fées. Les fées étaient les gardiennes de l’équilibre naturel. Elles devaient préserver la vie et toutes les espèces vivantes sur terre. Au fil du temps, et malgré leur magie, elles étaient devenues de moins en moins nombreuses. Inquiètes de leur extinction probable et des conséquences que cela pourrait avoir, elles avaient décidé de choisir des êtres au cœur pur et dotés d’une intelligence suffisante pour préserver la vie.

Il s’agissait souvent de femmes sensibles, aimantes et fortes. Les fées leur ont transmis certains de leurs pouvoirs pour que ces personnes puissent communiquer avec la nature et les éléments afin de protéger toutes formes de vie et assurer leur renouvellement. Ces femmes, nommées avec le temps sorcières ou magiciennes, avaient un grand respect de la nature et se transmettaient leur savoir de génération en génération. Mais au fil du temps, elles-mêmes avaient été menacées d’extinction. L’une d’entre elles aurait créé cette goutte d’eau que nous nous transmettons précieusement. Cette eau aurait subi un rite de purification en prévision d’une terrible catastrophe qui toucherait l’humanité dans son ensemble. Elle aurait été préparée par notre ancêtre pour sauver le monde, après qu’elle ait eu une vision d’apocalypse. Ce qui inquiète mon aïeule, c’est le fait qu’il aurait été prévu que ces évènements se déroulent au cours du siècle où la dernière sorcière blanche de notre lignée vivrait. À savoir moi. Seule une sorcière saura et pourra utiliser cette eau. Et même si je ne crois pas à cette histoire, je ne peux m’en défaire. Comme les femmes des générations précédentes, je porte cette goutte d’eau, je la couve comme si elle avait été de l’or pur. Et pourtant, même si je connais le rituel de purification dont elle a fait l’objet, en aucun cas je ne vois comment elle pourrait éviter tel ou tel cataclysme. Comme toutes les femmes de ma famille, je m’adonne aux arts divers et variés de la magie blanche, mais jamais je n’ai senti en moi la moindre flamme de quelconque pouvoir surnaturel.

Néanmoins, à cet instant précis où je ne me sentais pas en sécurité, machinalement je serrai cette dérisoire goutte d’eau entre mes doigts. Nous marchions côte à côte, Marie et moi. Pour un peu, j’avais l’impression qu’à tout moment elle pouvait se mettre à sautiller comme une petite fille. Tous mes sens étaient en alerte et je sentis plus que je ne vis, le déplacement des personnes cachées dans l’ombre.

2

Jonas était tranquillement assis à la terrasse de son bar, à déguster une bière, lorsque cela se produisit. Dante, son chien, était couché sur le seuil. Dante était une belle bête, un berger belge à poil long pesant quarante kilos. Un compagnon intelligent, qui pour l’instant humait les odeurs de la nuit d’un air serein. Mais soudain, Dante se redressa brutalement. Assis, les pattes de devant bien ancrées dans le sol, il se mit à hurler tel un loup au clair de lune. Sous l’effet de la surprise, Jonas lâcha sa bière qui se renversa en partie sur la table. Il jura. Que se passait-il ? Son chien n’avait jamais fait ça. Il sentait l’anxiété lui nouer l’estomac. Il rappela Dante et lui dit de se taire, mais en guise de réponse celui-ci attrapa son tee-shirt dans sa gueule et tira dessus comme s’il l’agressait. Jonas connaissait Dante et comprit que celui-ci voulait qu’il le suive. Il tenta de le calmer.

– Là, ça va mon gros, je te suis, montre-moi ce qui te tracasse.

Dante lui grogna dessus, puis partit en courant, en direction de la ruelle la plus proche. Après avoir couru derrière son chien pendant quelques minutes, Jonas arriva à l’endroit où un petit attroupement commençait à se former. Dante s’était déjà faufilé, et Jonas ne le voyait plus. Il décida de jouer des coudes pour voir ce qui se passait. Après avoir bousculé quelques personnes et écrasé quelques orteils, il put enfin voir ce qui avait tant perturbé son chien.

Une fille était allongée par terre, apparemment inanimée. Cette scène n’était pas si rare en ces temps où les jeunes gens se saoulaient à en perdre connaissance. Mais ce n’est pas cela qui attirait l’attention, ni ce qui empêchait les personnes présentes de lui porter secours. Dante était là, lové contre cette fille, mais il n’était pas le seul. En fait, elle était entourée d’une marée de fourrures vivantes. Des chiens, de nombreux chiens, étaient couchés autour de son corps comme une barrière protectrice que rien ni personne ne pourrait traverser. Jonas appela son chien. Si celui-ci le regarda d’un air placide, il ne bougea pas pour autant. On aurait dit que les spectateurs retenaient leur souffle. Les gens murmuraient, mais ne s’approchaient pas, comme glacés d’effroi. Jonas remarqua que la fille avait du sang à la commissure des lèvres. Soudain, un bruit de cavalcade se fit entendre et un groupe de punks déboucha d’une ruelle en face de lui. Ils étaient précédés de leurs chiens qui apparemment avaient mordu et brisé leurs laisses. Néanmoins, de ce groupe se distinguait un chien énorme, qui lui, était tenu par une chaine. Son maître essoufflé avait dû s’accrocher et courir derrière lui pour l’empêcher de s’échapper par la force. Le chien était imposant et ressemblait plus à un loup qu’à un chien. Il s’avança vers la fille et son maître en fit autant, mais il lâcha la chaine pour se précipiter vers elle. Son approche ne provoqua aucune réaction parmi les chiens. Contre toute attente, la fille entrouvrit les yeux et lui sourit. Il s’approcha encore, et lui murmura quelques mots.

Il se tourna vers Jonas et lui demanda en désignant Dante.

– C’est ton chien ?

Sans attendre sa réponse, il poursuivit.

– Aide-moi, veux-tu ?

Jonas s’approcha et les chiens finirent par se lever et s’écarter, mais ce qui suivit glaça le sang des badauds qui se trouvaient là. Les canins se regroupèrent et se mirent à hurler tout le temps que les deux hommes relevaient la jeune fille avant de la porter à l’abri. Une fois qu’elle fut éloignée, les chiens se dispersèrent dans la nuit comme ils étaient venus.

3

Je revins à moi plusieurs fois et mon cerveau enregistra plusieurs informations. J’étais dans un véhicule et j’avais chaud. Je me sentais en sécurité. J’avais mal, mais en bougeant, mes doigts rencontraient une étrange fourrure chaude et réconfortante. Toutes ces informations contras­taient étrangement avec ce qui venait de se passer quelques minutes auparavant, à moins que ce ne soit des heures. Dès que ma conscience me le permit, je me repassai le fil des événements qui venaient de m’arriver. Au moment où mon cerveau avait enregistré le mouvement dans l’ombre, j’avais compris qu’ils étaient là pour moi. Ils étaient trois. Le chef de la bande était une brute à qui malheureusement j’avais dû emprunter de l’argent quelque temps auparavant. Une somme dérisoire que j’avais déjà commencé à rembourser grâce à mon emploi de serveuse. Mais pas assez vite à son goût. Il avait commencé par m’interpeller vulgairement. Provocation à laquelle je n’avais pas répondu. Malheureusement, il nous barrait la route et j’avais compris qu’il n’avait pas l’intention de me laisser passer avant de se faire plaisir avec quelques tours tordus. Il a commencé par me bousculer avant de me plaquer contre un mur. J’avais peur, je tentais de lui expliquer que j’allais lui rendre son solde dans la semaine, mais ce n’était manifestement pas ce qui l’intéressait le plus à cet instant. J’étais devenue le divertissement de la soirée qui tombait au bon moment sur son chemin.

Mécontent de mon silence et de mon calme apparent, il me donna un violent coup de poing dans l’estomac. Je me retrouvai pliée en deux par la douleur, le cœur au bord des lèvres. À peine avais-je eu le temps de me redresser qu’il me gifla violemment. Je sentis mon propre sang couler dans ma gorge. C’est alors que tout bascula.

J’avais soudain aperçu le reflet du couteau qu’il venait de tirer de sa poche. Une sourde panique s’empara de moi. Je sentais le sang battre dans mes oreilles. Je finis de me redresser en hurlant de terreur. Mais alors que j’aurais dû avoir envie de courir pour m’enfuir, je me sentis au contraire violemment attirée vers le sol. J’avais besoin de toucher la terre. Même si sous mes doigts je ne sentais que le bitume usagé, je sentais l’attraction terrestre, source de toute force et source de puissance. J’implorai la terre. Cet élément qui est le mien, celui de mon signe zodiacal. J’implorai la nature, mère de toute vie, sans réfléchir, sans préméditation, mais dans un réflexe vieux comme le monde inscrit dans mes gènes. Une prière silencieuse composée de mots inconnus. J’entendis le hurlement des loups et la course des chiens lorsqu’ils vinrent à mon secours. Je me rappelle le regard d’incompréhension que m’a lancé Marie. Les chiens sont arrivés de toute part, en aboyant, certains en grognant. J’eus le temps de voir le désarroi puis la peur s’inscrire sur le visage de mon agresseur avant de le voir prendre la fuite avec ses amis, poursuivis par plusieurs chiens. Puis, je me souviens m’être sentie épuisée et avoir perdu connaissance.

Néanmoins, quand j’ouvris les yeux, la première personne que je vis fut mon frère. Je sus alors que j’étais vivante et qu’il allait s’occuper de tout. Le véhicule s’arrêta. Je sentis qu’on me portait et qu’on m’allongeait sur un lit. Je savais que Marie était là, ainsi que mon frère et un inconnu. Ils murmuraient. J’entendis mon frère appeler son chien, mais celui-ci ne semblait pas vouloir obéir. Alors il ferma la porte. À peine celle-ci s’était-elle refermée que je sentis deux chocs lourds et successifs sur le lit. J’ouvris les yeux malgré la douleur qui me vrillait les tempes. Je vis César, l’énorme chien de mon frère, allongé près de moi, à ma droite. Et de l’autre côté de mon flan, un berger belge inconnu tout aussi énorme. Ils me regardaient tous les deux comme s’ils attendaient un ordre de ma part. Je compris que la douce fourrure qui m’avait réconfortée lorsque mon frère m’avait transportée leur appartenait.

4

Mon frère. Tristan. Aussi blond que je suis brune. Il vit dans la rue. Diplômé d’une grande école de commerce, la vie lui souriait. Il n’avait pas à chercher de travail, les employeurs venaient à lui tant il était brillant. Et puis un jour, sa vie avait basculé. Le matin où il avait vu une jeune fille se faire gravement blesser lors de manifestations étudiantes. Il avait choisi ce mode de vie pour contester, disait-il. Contester la dérive de la société qui n’avait plus le pouvoir, ni les moyens, de protéger ou de prendre soin de ses ressortissants. Il disait ne pas vouloir rentrer dans le moule, le carcan, comme il l’appelait. Il avait des économies qu’il utilisait afin de nourrir ou de soigner les personnes vivant dans la rue. Des personnes, qui elles, ne l’avaient pas choisi. Il était connu et reconnu par ses pairs, mais parfois, j’avais l’impression que César restait son unique compagnon. Je le voyais presque tous les jours, lui donnait une pièce pour le taquiner ou buvait une bière à ses côtés, tout en lui confiant mes tourments. Souvent, il caressait entre son pouce et son index la goutte d’eau qui pendait à mon cou. Lui croyait à cette...

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