La Fille de la Lune

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Delinda Marine Esmée Rekon est une jeune enfant de la Lune qui a passé sa vie à servir les Solarians commandés par le roi Valamen. Le jour de son seizième anniversaire, elle reçoit en cadeau une bague, qui se trouve dans sa famille depuis des générations. En la passant à son doigt, elle réveille alors les pouvoirs de la Lune, détruits des centaines d'années auparavant. Désormais, pourchassée par ceux dont elle a été l'esclave toute sa vie et en quête de vérité, Delinda réussira-t-elle à maîtriser ses pouvoirs ? Mais plus important encore, parviendra-t-elle à libérer les siens du joug des Solarians ?


Publié le : jeudi 10 juillet 2014
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EAN13 : 9782332736031
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ISBN numérique : 978-2-332-73601-7

 

© Edilivre, 2014

Prologue
La chute de l’astre de nuit

La princesse Héléna Sélis d’Aïlar scrutait minutieusement son reflet afin de s’assurer qu’elle était parfaite. Là, elle ajustait une mèche de cheveux qui ne tombait pas, ici, elle effaçait une tâche de noir pour les yeux qui n’existait pas. Elle se remit encore un peu de rouge sur les lèvres, ajusta une nouvelle fois la poudre qui accentuait son teint d’albâtre et poussa un profond soupir.

« Serait-ce de l’angoisse que je suis en train de lire sur ton visage ? Fit une petite voix d’humeur taquine.

Héléna sursauta et se retourna vers Julianna, sa sœur cadette.

– Par les dieux Julianna, tu aurais pu t’annoncer ! Tu m’as fait peur…

– Détends-toi, la tranquillisa-t-elle. Tout va très bien se passer.

Héléna fit mine de se mordre la lèvre mais ne le fit pas réellement de peur de ruiner le maquillage que ses servantes avaient patiemment appliqué sur son visage avant qu’elle n’insiste pour terminer de se préparer seule.

– Dis-moi, tu ne comptes pas sérieusement te rendre à ton mariage coiffée de la sorte ?

– Pourquoi ? Tu n’aimes pas ? S’affola-t-elle en se tournant à nouveau face au miroir pour essayer de voir ce qui ne convenait pas avec son chignon élaboré.

– Si, si bien sûr, c’est très joli, ne t’inquiète pas pour ça.

– Mais ?

– Mais, c’est peut-être un peu trop sophistiqué et classique.

– Sophistiqué ? Classique ?

– Oui. Mère avait la même coiffure à son mariage, et…

– Je sais bien, c’est une coiffure typiquement lunane. C’est pour ça que je l’ai choisie.

– Certes, mais tu n’épouses pas un lunan aujourd’hui. Tu te maries avec l’homme que tu aimes et qui te préfère les cheveux lâchés, ajouta-t-elle en agitant la main.

Une douce brise accompagna son geste et les pinces du chignon de sa sœur s’enlevèrent et allèrent se poser délicatement sur sa console. Sa masse de boucles noires retomba alors en cascade sur ses épaules.

– Ne te trouves-tu pas plus jolie ainsi ? Demanda Julianna en prenant sa sœur par les épaules.

– Si mais ça ne fait pas très… Princesse. Et encore moins future reine !

– Certes… Mais aujourd’hui, tu n’es ni l’une, ni l’autre. Tu es juste une belle jeune fille qui va se marier.

Héléna sourit et soupira de soulagement.

– Tu sais toujours quoi dire pour me remonter le moral !

– Et oui… Je suis peut-être ta petite sœur, mais je reste la plus mature !

– Ha ! Ça, ça reste à voir !

Elles se sourirent, puis Héléna prit sa petite sœur dans ses bras. Dans un souffle, elle murmura :

– J’ai peur…

– Mais de quoi ? S’étonna Julianna en relâchant son étreinte.

– De Valamen… J’ai vraiment un très mauvais pressentiment.

– Héléna… Soupira-t-elle. Nous en avons parlé des dizaines de fois, il ne peut rien faire ici, nous sommes chez nous, à Aïlar. Et puis, dès que toi et William serez mariés, vous deviendrez les deux personnes les plus puissantes de ce monde et alors il ne pourra plus rien contre vous.

Héléna fit la moue, elle n’était pas vraiment convaincue.

– Souris-moi Héléna ! C’est le plus beau jour de ta vie et si tu ne souris pas aujourd’hui, tu ne souriras plus jamais ! »

Bon gré, mal gré, la princesse obtempéra puis Julianna, satisfaite, partit vérifier que tout était bien en place pour le mariage. Une fois à nouveau seule, Héléna se détourna de son miroir pour s’avancer jusqu’à son balcon et elle laissa son regard se perdre dans la contemplation des eaux sauvages de l’océan Occidental. Il était bientôt dix-huit heures et elles étaient plus étincelantes que jamais, en parfait accord avec l’humeur de leur maîtresse, Héléna. Les reflets pourprés du coucher de soleil mélangeaient agréablement la couleur perle à celle de l’améthyste et devant cette vision paradisiaque, Héléna sentit ses tensions s’apaiser quelque peu.

En tant que princesse héritière lunane, elle descendait directement de la déesse lunaire et possédait donc la maîtrise des deux éléments associés à l’astre de la nuit, l’eau et l’air. Elle était également maîtresse de la guérison et elle aurait souhaité être capable de soigner toutes ses inquiétudes d’une seule pensée. Malheureusement, ses propres pouvoirs ne fonctionnaient pas sur elle.

Elle entendit frapper timidement à la porte. Elle demanda alors :

« Qui est là ?

– C’est moi ! Répondit une voix avant d’entrer.

La jeune fille se précipita derrière son paravent et lança :

– William, vous savez que vous n’avez pas le droit de me voir avant notre mariage. Cela porte malheur !

Ils n’avaient pas pour habitude de se vouvoyer, mais elle espérait qu’en agissant de la sorte elle lui ferait comprendre qu’il ne pouvait pas rester.

– Je sais, mais il fallait que je te parle !

– Et de quoi donc ? S’alarma la jeune femme.

– De toi.

– Quoi ?

– Julianna m’a dit que tu étais inquiète…

– Elle ne sait pas tenir sa langue !

– Ne lui en veux pas, c’est moi qui lui ait tiré les vers du nez. Elle avait l’air très troublée en te quittant. Tu t’inquiètes à propos de mon père ?

– Oui… J’aimerais tant qu’il soit là, qu’il m’ait pardonné…

– Tu sais, si j’avais la possibilité de choisir, je préférerais que ce soit ma mère qui soit toujours là.

Il y eut un silence gêné.

– Excuse-moi je ne voulais pas dire cela…

Héléna sortit de sa cachette et se jeta dans ses bras.

– Je suis tellement désolée William. Je me sens tellement responsable, j’ai brisé ta famille !

William la repoussa pour la forcer à le regarder dans les yeux.

– Héléna, ma mère ne pouvait être sauvée… Quant à mon père, il faut juste qu’il fasse son deuil. Tu n’as pas brisé ma famille, au contraire, tu vas m’en donner une nouvelle. Une, que je chérirai jusqu’à la fin de ma vie.

– Oh William ! Fit-elle tandis qu’il la prenait dans ses bras.

Ils restèrent un moment ainsi, puis Héléna s’exclama :

– Et voilà, maintenant tu m’as vue. Notre mariage est gâché ! »

Il sourit et l’embrassa sur le front les yeux fermés. Il sortit en prenant grand soin de garder ses paupières closes. Héléna retourna alors sur le balcon, ferma les yeux et remercia Belle, la déesse de l’amour de lui avoir permis de rencontrer William.

« Ma chérie, tu es prête ? C’est l’heure.

Héléna fit volte-face et ses longues boucles brunes se déployèrent en éventail dans son dos lui donnant un air de poupée sauvage. C’était son père qui venait de parler et dès qu’il la vit, il plaqua une main sur sa bouche et murmura :

– Par le saint esprit de la déesse lunaire, Héléna, tu es… magnifique. Tu me rappelles tellement ta mère… Soupira-t-il.

Il y eut un bref silence seulement comblé par l’émotion qui les tenait dès qu’ils évoquaient la défunte reine. La jeune princesse s’avança alors et se lova dans les bras de son père.

– Je t’aime.

– Je t’aime aussi, répondit-il avant de l’embrasser sur le front. Maintenant, il est temps que nous y allions.

– Oui, acquiesça Héléna.

Loras d’Aïlar, le père d’Héléna, n’aurait jamais pu deviner le jour de la naissance de sa fille aînée que lorsqu’elle aurait vingt-trois ans, il lui permettrait de se marier à un solarian, maître du feu et de la terre, rivaux de son peuple depuis la nuit des temps. Et c’était pourtant ce qu’il s’apprêtait à faire. Il était très fier d’être le père de celle qui unirait les deux peuples de Delendor par son mariage avec le prince William Galatée de Vilirvath’ll.

Le mariage avait lieu dans le temple du château de Dilendyall, qui signifiait dans la langue lunane chute d’eau, demeure des seigneurs d’Aïlar, capitale des îles lunanes. Le château devait son nom à l’immense chute d’eau sur laquelle il était bâti. La rivière Marine, du nom de la déesse de l’eau, séparait le palais en deux. Le temple, tout en cristal, avait été construit au-dessus même de la cascade. Les cristaux qui le constituaient, étaient en fait des pierres de lune, qui tout au long de la nuit maintenaient le temple en lévitation grâce à l’énergie puisée dans les rayons de l’astre de nuit. En journée, les pierres de lune se servaient de la force de l’esprit de la rivière Marine pour recharger leur pouvoir le jour afin que le temple continue de planer même en plein soleil. C’était là l’épicentre du pouvoir de la lune.

La plus haute tour du palais, la tour de la Consécration, perçait les nuages et certains allaient même jusqu’à dire que son sommet frôlait Endar, la demeure des trois-cent-soixante-six dieux de Delendor. Seize de ces dieux étaient majeurs et siégeaient au conseil tandis que les autres n’étaient que des dieux mineurs. Une journée était consacrée à une divinité, la seule particularité existante étant celle du vingt-et-un décembre, jour de Marine et de sa fille Esmée, déesse de la paix et de la guérison. Le deuxième prénom des habitants de Delendor ne relevait pas du désir des parents mais correspondait en fait à celui du dieu célébré le jour de leur naissance qui devenait alors leur dieu protecteur. C’était une coutume qui s’avérait très gênante parfois puisque des jeunes garçons naissant des jours de déesse se retrouvaient donc avec un second prénom féminin et inversement. Le deuxième prénom d’Héléna, Sélis, était par exemple celui du dieu du jour.

C’était au sommet de cette même tour de la Consécration qu’Héléna avait été bénie par les dieux et avait reçu ses pouvoirs ainsi que son titre de princesse héritière à la mort de sa mère, contaminée et terrassée par la peste alors qu’elle cherchait à guérir son peuple.

Tous les hauts dignitaires d’Aïlar étaient présents pour l’union d’Héléna et William. Il y avait aussi quelques nobles de Vilirvath’ll, mais avec le deuil imposé par leur roi suite à la mort de leur grande reine Serena, ils étaient très peu à avoir eu le courage de déplacer.

Quand Héléna et Loras entrèrent dans le temple, la lune se leva dans le ciel et aussitôt il se mit à étinceler de mille feux. La foule soupira au passage d’Héléna, qui était comme une apparition divine, un véritable ange blanc.

William lui sourit et elle lui rendit. Toutes ses inquiétudes avaient disparu. Tout allait bien se passer. Julianna était là aussi, elle rayonnait au moins autant que sa sœur. Condraïn, le prêtre du temple d’Aïlar s’avança et commença alors son discours :

« Mes chers concitoyens lunans et solarians, nous sommes réunis ici, en cette nuit étoilée, pour célébrer…

– Ma victoire ! Coupa alors une voix glaciale.

Un frisson de stupeur agita les invités du mariage.

– Non ! Souffla Héléna en apercevant l’homme en noir qui venait de s’exprimer.

– Père ! S’écria William. Que faites-vous ici ?

– Je suis venu accomplir ma vengeance, fils et après ta charmante fiancée, tu es la deuxième sur ma liste de personnes à anéantir.

– Vous ne pouvez pas gagner Valamen, vous êtes seul et au centre même de mon pouvoir ! Déclara calmement Héléna qui se sentait pleine d’énergie et une force à déplacer des océans.

– Ma chère, sache que pour gagner je n’ai pas besoin d’une armée, seulement d’une alliée.

– Que voulez-vous… Ah ! S’écria-t-elle.

– Ce qu’il veut dire chère sœur, c’est que ce n’est pas le plus beau jour de ta vie, mais le mien, dit Julianna avec férocité alors qu’elle venait d’enfoncer son bras dans le dos de sa sœur, remontant jusqu’à son cœur.

– Héléna ! S’écria William en se précipitant vers elle.

De sa main libre, Julianna le projeta contre le mur. Il retomba violemment sur la tête et l’horrible craquement que produisit sa nuque ne laissa pas de place à l’imagination concernant son sort. Les invités tentèrent d’intervenir, mais Valamen restait l’homme le plus puissant du monde tant qu’Héléna et William n’étaient pas mariés. Il fit jaillir un mur de feu, qui les empêcha de bouger. Il s’avança ensuite jusqu’à Héléna et à son tour il plongea son bras dans sa poitrine jusqu’à prendre la main de Julianna dans la sienne.

– Ahhhhhh ! Hurla Héléna en tombant sur ses genoux.

– Es-tu prête à récupérer l’immortalité avec moi, Julianna ?

– Ma sœur, je t’en prie… Implora Héléna.

La jeune fille hésita une demi-seconde puis, d’un coup sec elle retira sa main en même temps que Valamen. Il y eut alors une formidable explosion de couleurs, puis tout redevint calme. Valamen enlaça Julianna tandis qu’Héléna gisait sur le sol, tentant vainement de reprendre son souffle. Loin derrière eux, les invités cédaient à la panique. Ils hurlaient et tentaient d’échapper au mur de flammes.

Dans un râle, Héléna déclara :

– Vous n’avez pas idée de ce que vous venez d’accomplir…

– Oh si, nous le savons ! S’écria Valamen. Nous venons de détruire l’esprit de la lune et bientôt l’astre de la nuit va disparaître du ciel et la rivière Marine va s’assécher une bonne fois pour toute. Toi et tout ton peuple avez perdu vos pouvoirs à jamais et vous allez être traités comme les esclaves que vous êtes dans mon nouveau royaume éternel !

– Ces mots sont sûrement les derniers que je vais prononcer, mais entendez-moi bien. Je jure de revenir à la vie dans un autre corps et d’obtenir la justice pour moi et les miens. Vous venez de vous condamner à l’enfer…

– Non Héléna, parce que c’est toi qui meurs, lui susurra Julianna au creux de l’oreille. »

Sa sœur émit un dernier gémissement avant de mourir. Une larme cristalline roula sur sa joue avant de retomber sur sa bague de fiançailles qui luisit faiblement. Julianna le vit et s’en saisit. Valamen l’aida à se relever. Il la prit dans ses bras et d’un geste de la main, il envoya une gigantesque boule de feu qui fit exploser le plafond de roches lunaires. Julianna le serra bien contre elle et ils s’envolèrent.

Ils observèrent ensuite la lumière de la lune décliner lentement. Lorsque l’astre de la nuit eut complètement disparu, la rivière Marine s’assécha et le temple, ainsi que toutes les personnes présentes à l’intérieur, s’effondra et alla s’écraser au pied de la chute. Toutes les lumières d’Aïlar s’éteignirent progressivement et les deux félons se retrouvèrent seuls dans le noir. Julianna, très pâle à cause de toute l’énergie qu’elle perdait à utiliser ses pouvoirs, les posa au sommet d’une tour.

« Nous avons gagné, tu as eu ta vengeance mon amour.

– Oui… Nous allons maintenant pouvoir préparer la Grande Traversée de ton peuple pour qu’ils soient nos esclaves pour l’éternité sur Palatéa.

– Certains vont se rebeller…

– Nous les anéantirons. Après tout, nous sommes immortels et tu es la seule lunane à encore avoir des pouvoirs.

– C’est vrai, mais je sens que je ne vais pas les garder très longtemps…

– Tant pis, nous aurons au moins l’éternité dont nous avons rêvé. Pourquoi as-tu pris la bague de ta sœur ?

– Une larme cristalline est à l’intérieur.

– Une part de son esprit donc, s’énerva Valamen.

– J’en ai peur.

– Pouvons-nous le détruire ? S’enquit-il.

– J’en doute. La bague symbolise son amour et nous ne pouvons aller contre cette force.

– Alors, nous allons la faire reposer pour l’éternité dans son océan chéri, qu’en penses-tu ?

– Je connais un capitaine qui s’acquittera à merveille de cette tâche.

– Quel est son nom ?

– Thomas Rekon, avoua-t-elle. Valamen…

– Seigneur Valamen, corrigea-t-il.

– Seigneur Valamen, reprit-elle. Nous devrions y aller.

– As-tu la force de nous dématérialiser une dernière fois avant que tu ne perdes tes pouvoirs ?

– Non… Soupira-t-elle. Mes forces ont été grandement éprouvées.

– Très bien, je vais te donner mon énergie, toi amène-nous à ton capitaine Rekon. Nous retournerons ensuite au Palais d’Or.

– Le Palais d’Or ?

– C’est le nouveau nom d’Evilateï (note : « terre brûlante » en solarian). Mon palais va devenir le reflet de ma toute puissance.

Elle allait les dématérialiser quand il l’arrêta :

– Julianna, ton visage, il est en train de changer sous mes yeux…

– C’est parce que nous avons détruit la lune. Je suis en train de perdre les charmes et les attributs de mon peuple. Au moment où je te parle, la même chose est en train d’arriver à nos futurs esclaves. Quand ce sera fini, ils ne seront plus des êtres magiques, juste des hommes. Il faut que je nous dématérialise au plus vite, avant de définitivement perdre mes pouvoirs.

– Vas-tu rester immortelle ? S’enquit-il !

– C’est à toi de le décider mon amour… »

(…)

« Capitaine Rekon…

– Bague maudite, tais-toi !

– Capitaine Rekon, je ne suis pas une malédiction mais bien le dernier fragment de l’esprit d’Héléna, votre princesse légitime…

– J’ai eu de nombreux différents avec ma « princesse légitime », comme tu le dis si bien bague maudite !

La capitaine Rekon se tenait assis sur la figure de proue et une de ses jambes se balançaient négligemment dans le vide. C’était une énième nuit sans lune, comme il était coutume d’en voir désormais. L’océan occidental avait beau être parfaitement calme le capitaine ne se sentait pas à l’aise maintenant qu’il avait perdu tous ses pouvoirs.

– Capitaine, même si vous ne m’appréciez guère, vous savez que ce que vous apprêtez à faire est mal. Tout comme ce qu’ont fait Julianna et Valamen.

Il hésitait. Après tout, ce n’était pas si compliqué que ça. Tout ce qu’il avait à faire, c’était jeter cette fichue bague. Pourquoi n’y arrivait-il donc pas ?

– Thomas Brave Rekon, fils de Garrow capitaine de la flotte d’Aïlar et héros de la bataille d’Iceira contre les sauvages, vous êtes un homme droit et juste. Ne jetez pas cette bague. Je sais que vous avez conscience que le fairecondamnerait tous les lunans à une servitude éternelle. Est-ce vraiment ce que vous voulez ?

Je…

– Capitaine, l’avenir des nôtres, dépend de votre décision. Je… je m’affaiblis. Faites le bon choix Thomas Rekon, je vous en prie. »

Le capitaine hésita toute la nuit. Puis au lever du jour, les rayons du soleil levant l’aveuglèrent. Gêné, il détourna la tête et il sut alors ce qu’il devait faire. Il prit une profonde inspiration, attrapa une corde de son bateau qu’il détressa à l’aide de son couteau. Il passa la bague autour de la chaîne ainsi obtenue et la passa autour de son cou.

« Merci… Un jour, le sang de votre sang sera mon sang. »

Chapitre 1
La naissance de l’espoir

Le chant clair de la fontaine qui trônait au centre de l’étang aux nénuphars, sanctuaire de la déesse Esmée, ne parvenait pas à apaiser l’immense tristesse de la mère de toutes les guérisons. Son cœur saignait si abondamment dans sa poitrine qu’elle s’étonnait parfois de ne pas être encore morte. « Idiote, pensait-elle alors, tu ne peux pas mourir, tu es une déesse ! ».

Elle poussa un profond soupir et s’assit de façon à ce que ses pieds trempent dans l’eau claire et fraîche de son étang. La plupart des dieux ne voyaient que des rides dans cette eau, mais elle, elle était capable de discerner le monde des hommes, Delendor. Esmée ne s’intéressait qu’à une seule famille humaine, la famille Rekon. Elle attendait le retour du sang d’Héléna.

Elle tourna la tête et des larmes perlèrent au coin de ses yeux lorsqu’elle aperçut l’immense autel et surtout les deux statues qu’elle dédiait à ses parents Eléos et Marine, disparus depuis le coup de folie de Valamen et Julianna. Elle ne pouvait en vouloir à ces deux humains parce qu’elle était persuadée que leur haine avait été alimentée par les mauvaises intentions de Galatée, la froide et calculatrice déesse de la terre et surtout par celles de Créos, l’intempéré dieu de la guerre mais également son instable frère jumeau, qu’elle haïssait plus que tout au monde.

Il y avait sur cet autel, quatre-cent-quarante bougies. Esmée et son frère aîné, Pamis, le timide dieu de la mer et des métiers associés à l’élément liquide, en allumaient une tous les vingt-et-un décembre jour de l’anniversaire de leur mère, et aussi celui d’Esmée, en signe de commémoration. C’était là leur devoir de mémoire. Aujourd’hui encore, ils devraient en allumer une : la quatre-cent-quarante-et-unième.

« Encore perdue dans tes pensées petite sœur ? Demanda une voix grave.

– Pamis…

La déesse se leva et se jeta dans les bras de son frère. Elle se mit à pleurer pour de bon et Pamis la berça doucement.

– Chacune de tes larmes est une promesse de guérison ma chère, déclara doucement Pamis. Il fit apparaître une fiole et récolta les larmes cristallines de sa sœur. Bon anniversaire ! Ajouta-t-il de bonne humeur en l’embrassant sur le front.

– Comment peux-tu être aussi guilleret ?

– C’est ton anniversaire et le jour de ta naissance a été le plus beau de toute mon existence…

– … Pas comme la veille qui a vu naître Créos, acheva Esmée. Tu dis ça tous les ans.

– Parce que je le pense. Es-tu prête à allumer une nouvelle bougie ?

– Non. Mais il le faut bien.

Pamis fit apparaître une bougie en cristal et en saphir, identique à toutes celles déjà présentes sur l’autel, puis d’un geste de la main Esmée l’alluma. Pamis la déposa ensuite à sa place, à côté de la quatre-cent-quarantième et ils observèrent ensuite une minute de silence en l’honneur de leurs parents disparus.

– Ne t’en fais pas Esmée… commença-t-il.

– Comment veux-tu que je ne m’en fasse pas ? Cela fait maintenant quatre-cent-quarante-et-un ans que nous sommes bannis du conseil et traités comme des parias par les autres dieux. Cela fait maintenant quatre-cent-quarante-et-un ans que je n’ai plus été avec mon mari, Sélis, et qu’il se prélasse avec cette sale traînée de Djaïa… Je suis si fatiguée ! Je ne peux en supporter davantage ! Tu sais ce qu’il me ferait vraiment plaisir, là tout de suite maintenant ? C’est voir Galatée, Créos et surtout Sélis dégradés, rendus mortels et envoyés terminer leur vie misérable sur Delendor. Après tout ce qu’ils nous ont fait, ça serait la moindre des choses qu’ils terminent comme ça.

D’un coup de pied rageur, elle fit tomber des cailloux dans son étang. Elle n’avait pas pour habitude de s’énerver, mais il était hors-de-question pour elle de rester aussi impassible que Pamis, qui comme toujours s’efforçait de l’apaiser :

– Esmée, Esmée… Calme-toi ma chérie ! Tu sais aussi bien que moi ce que ta naissance, un jour après celle de Créos, signifie.

– Oui, que la paix vient toujours après la guerre. La guérison après les blessures.

– Alors garde espoir !

La jeune déesse se rassit au bord de son étang et de nouvelles larmes cristallines tombèrent dans l’eau, guérissant alors des malades sur Delendor.

– Comment se porte Mélina Talisa Rekon ?

– Qui ça ?

– Ne joue pas à ça avec moi, Esmée. Je sais que tu surveilles cette famille. Je sais que tu attends le retour d’Héléna Sélis d’Aïlar.

– Elle va accoucher demain. Et son enfant aura comme déesse protectrice cette sale gar…

– Oui je sais ce que tu penses de Djaïa. Attention à ton langage ma douce petite sœur.

– J’aimerais tellement que l’enfant naisse aujourd’hui, le premier fils de Mélina, Jaime, est né pour toi, j’avais espéré que celui-ci pourrait naître pour moi…

– Je peux peut-être arranger ça ! Fit une voix sensuelle derrière eux.

Pamis et Esmée sursautèrent et virent alors s’avancer vers eux la très outrageusement séduisante et surtout très dévêtue Belle, déesse de l’amour, de la beauté et des plaisirs charnels. Elle portait des bas de soie noire, retenue par un porte-jarretelle rouge. Sa taille de guêpe était affinée par un corset en cuir noir qui faisait ressortir sa plus que généreuse poitrine. Elle était perchée sur des chaussures possédant des talons de quinze centimètres de haut. En effet, la déesse était très petite et avait inventé ses chaussures pour compenser sa petite taille sans tout le temps user de magie. Elle n’avait pas encore divulgué le secret des talons aiguilles aux humaines mais semblaient se préparer à le faire.

– Bon anniversaire ma puce ! S’exclama-t-elle en s’approchant d’Esmée.

– Que fais-tu là Belle ? Ne devrais-tu pas être avec ton mari à la fête que vous organisez tous les ans pour Créos ?

– Ouh… détends-toi chérie ! Pamis, comment fais-tu pour supporter une déesse constamment à fleur de peau ?

– L’habitude certainement !

– Que fais-tu là Belle ? Et surtout comment pourrais-tu accélérer l’accouchement ? Demanda Esmée déterminée à ignorer leurs moqueries.

– Je suis la déesse des plaisirs, fit-elle en se vautrant par terre et en se positionnant de telle sorte que Pamis dut tourner la tête tant il était gêné.

– La déesse des plaisirs charnels, nous le savons déjà, compléta Esmée.

– Faux ! Vous m’avez affublée de ce titre parce que je me suis mariée au dieu de la fête et que j’adore m’amuser, mais à la base je suis la déesse des plaisirs, de tous les plaisirs quels qu’ils soient. Or il se trouve que rien ne ferait plus plaisir à l’époux de Mélina que les souffrances de celle-ci s’arrêtent le plus rapidement possible. Et qui mieux que moi peut lui accorder ce plaisir ?

– Pourquoi ferais-tu cela ?

– Pour trois raisons, la première est parce que je t’aime bien Esmée. La deuxième est parce que ça te fera plaisir, or ce qui te fait plaisir, me fait plaisir. La troisième raison est tout aussi égoïste que la seconde. J’ai prévu à cette petite une destinée en amour plutôt compliquée, je lui ai choisi un amant des plus dangereux et j’aimerais que tu…

– C’est une fille ?

– Oui pourquoi ?

– Pamis ! C’est le sang d’Héléna ! Il n’y a pas eu de filles dans la famille Rekon depuis que le capitaine Thomas a choisi de garder la bague. Mais si c’est une fille du sang des Rekon, alors ça ne peut signifier qu’une chose, il s’agit d’Héléna ! Tu avais raison ! La guérison vient toujours après les blessures.

Ses yeux s’étaient mis à briller d’un éclat nouveau, elle s’était levée et dansait pratiquement debout.

– Esmée… Tu ne crois pas que tu t’emballes un peu vite ?

– Mais non ! J’en suis certaine à présent.

Elle se détourna de son frère pour s’agenouiller en face de Belle :

– Belle, je t’en prie, fais que cette enfant naisse avant la fin du jour.

– D’accord, mais à une condition, qui ne tolérera aucun refus.

– Je t’écoute.

– Tu seras sa déesse protectrice, mais je veux que tu me laisses une totale liberté et un total contrôle sur sa vie amoureuse.

Esmée se mordit la lèvre et sembla beaucoup hésiter avant de reprendre la parole.

– D’accord mais promets-moi juste de ne pas en faire une traînée !

– Moi faire une chose pareille ? S’offusqua-t-elle. Tu sais que je vaux mieux que ça. Ton vœu est exaucé. Je viens d’accélérer son accouchement !

– Merci Belle, s’exclama Esmée en la serrant dans ses bras.

– Bon ce n’est pas le tout, mais il est temps pour moi de retourner faire la fête.

Elle se leva et alors qu’elle allait partir, elle ajouta :

– Vous savez, j’ai beaucoup de sympathie pour vous. J’en ai toujours eu et sachez que je ne suis pas la seule à croire en un nouvel équilibre des forces. »

Elle se volatilisa sur ses mots. Pamis et Esmée se regardèrent un long moment puis des pleurs de bébé les interrompirent. Esmée se précipita dans l’étang et observa la petite fille qui venait de naître.

La mère de l’enfant la berçait doucement et murmurait à son oreille :

« Bonjour ma petite chérie ! Bonjour…

– Delinda, murmura Esmée.

– … Delinda Marine Esmée Rekon, bienvenue chez toi ! »

La déesse de la guérison envoya alors un baiser à travers le reflet de l’étang et l’enfant cessa de pleurer.

« Tu l’as très bien nommée. Une Delinda pour sauver Delendor.

– Merci.

Un éclair de génie passa alors dans son regard.

– Pamis, donne-moi s’il-te-plaît, la fiole de mes larmes que tu as recueillie.

– Que comptes-tu en faire ? Demanda-t-il en lui tendant.

– Regarde.

Elle ouvrit la fiole et d’un geste de la main elle en fit sortir le liquide qu’elle contenait et elle le renversa dans l’herbe. De ses mains agiles, elle se mit à dessiner un petit corps humanoïde. Elle se pencha ensuite au-dessus de l’étang, elle attrapa un nénuphar en fleur et tailla une robe dont elle habilla le dessin. Elle lui souffla alors dessus et murmura :

« Je te nomme Petite-Goutte-D’eau-Luisant-Au-Clair-De-Lune, première naïade à voir le jour depuis la disparition de Marine. Lève-toi et nage !

Le dessin s’anima alors et laissa place à un petit être entièrement constitué d’eau et vêtu d’une robe blanche en pétale de fleurs.

– Esmée déesse de la guérison je te remercie de m’avoir donné la vie.

Sa voix était chantante comme un cours d’eau.

– Seulement, il n’est pas dans tes attributions de créer un esprit de l’eau. C’est la tâche de ta mère.

– Je sais bien mais elle a disparu et si je t’ai créée c’est pour que tu descendes sur Delendor et que tu veilles sur celle qui va la ramener.

– Je m’en vais alors exécuter vos ordres maîtresse Esmée. Seigneur Pamis, le salua-t-elle avant de se dissoudre dans l’étang.

– Tu n’aurais pas dû invoquer un esprit de l’eau. Si Créos ou quelque d’autre venait à s’en apercevoir…

– Qu’ils viennent ! Le coupa-t-elle. En attendant, Delinda est en sûreté.

– En es-tu bien certaine ?

– Oui pourquoi ?

– Tu as donné son cœur à Belle.

– Et alors ?

– Et alors ? Chère sœur… Tu sais aussi bien que moi que c’est au travers de ses émotions que ses ennemis trouveront le meilleur moyen de la détruire, or, tu n’es plus capable de la protéger de ce genre de blessures maintenant… »

Chapitre 2
Dans le froid de l’hiver…

Le crépitement du feu dans la cheminée parvint aux oreilles de Delinda mais cela ne la réveilla pas complètement. Elle entendit ensuite le hurlement du vent qui ébranlait l’appentis en bois qui lui servait de chambre, à elle mais aussi à son grand frère, Jaime et cette fois elle sursauta. La jeune fille se redressa alors dans son lit et frissonna. Elle donna un coup dans le dos de son frère pour qu’il se réveille. Il avait le sommeil très lourd et ce fut un grognement qui lui répondit.

« Dépêche-toi de te lever ! On a beaucoup de travail aujourd’hui.

– Tu veux dire encore plus que d’habitude ? Maugréa-t-il.

– Jaime, tu sais ce que je veux dire.

– Oui ça va merci ! Fit-il avec humeur.

Le jeune garçon sortit du lit et se dirigea vers la pièce principale de leur maison, la seule chauffée, où dormait leur mère dans son fauteuil à bascule, près du feu.

Delinda s’occupa alors de retaper le matelas en foin. Elle balaya rapidement le sol et ouvrit le volet en bois pour aérer la pièce. Elle secoua la couverture à travers la fenêtre et laissa son regard se perdre dans l’immensité de l’océan. Elle observa quelques minutes durant Fisteers, sa ville natale, s’éveiller. Elle aperçut au loin un bateau de pêche qui revenait vers le port et pensa à Félix, le meilleur ami de son père, et à ses quatre fils qui allaient saler du hareng toute la journée en prévision du grand feu de joie qui aurait lieu le soir même sur la plage.

Le roi Valamen avait exigé que chaque ville du royaume, que chaque petit village, même le plus insignifiant, devait participer à la préparation du repas de fête organisé pour honorer le dieu dont il portait le nom, Créos. Fisteers était le plus grand port du nord du pays et depuis quelques jours, bon nombre des habitants des villages situés aux alentours faisaient le déplacement pour apporter leurs offrandes. Ce soir-là, les habitants de la ville allumeraient donc un grand brasier, y jetteraient la moitié de leur bonnes victuailles et remettraient le reste au prince Caleb qui repartirait alors pour Iceira, la capitale du nord de Palatéa où il régnait en maître. Vilirvath’ll, la capitale du sud du pays était trop loin et les denrées seraient périmées avant même d’avoir fait la moitié du chemin.

La jeune Delinda s’enveloppa dans son châle entièrement rapiécé et rejoignit sa mère et son frère à table.

« Bonjour mère.

– Bonjour Delinda. Veux-tu bien réciter la prière matinale ?

– Oui mère.

Elle joignit ses deux mains et baissa la tête :

– Créos, dieu de la guerre, en ce vingt décembre de l’an de grâce solarian quatre-cent-cinquante-sept, nous, humbles serviteurs, de ta magnificence et de tes représentants sur Delendor, te remercions de nous permettre de savourer ce repas.

Ils frappèrent dans leurs mains tous ensemble et commencèrent à manger leur pain vieux de cinq jours, avec le reste de lard de la veille. Jaime était apprenti à la boucherie et parfois le vieux Sam, le laissait emporter des morceaux qui n’avaient pas été vendus et qui risquaient donc de se perdre.

– Qu’allez-vous faire pour le feu de joie, mère ? Demanda Delinda, d’un ton léger pour briser la glace.

– Avec quelques autres femmes nous allons préparer des pâtisseries et toi ?

– Je vais terminer des parfums avec Talula. Je suis persuadée que le prince en aura grande utilité dans son palais de glace !

– Delinda, un peu de respect. On en a pendu pour moins que ça.

– Mère, voyons, qui pourrait m’entendre ? Et puis ce n’est pas un courant d’air qui va aller répéter mes paroles au prince Caleb.

Sa mère soupira et Jaime leva les yeux ciel. Il prit d’ailleurs la parole :

– Tu salueras Talula de ma part et tu lui diras que je suis d’accord pour faire ce qu’elle m’a demandé.

– Tu n’as qu’à le faire toi-même, le taquina-t-elle. Et puis que t’a-t-elle demandé ?

– Tu en penseras ce que tu voudras mais il se pourrait bien que le prince Caleb ait besoin de parfums… rétorqua-t-il pour détourner la conversation.

– Ah oui ? Il se travestit ?

– Delinda, ton vocabulaire.

– Excusez-moi mère. Où voulais-tu en venir Jaime ?

– La rumeur dit qu’il va se fiancer.

– Ah oui ? Grande nouvelle ! Tu me diras, ça fait maintenant quatre-cent-trente-quatre ans qu’il a vingt-trois ans et qu’il est célibataire. Il doit avoir besoin que l’on vienne réchauffer sa couche.

– Delinda ! S’offusqua sa mère.

La jeune fille l’ignora.

– Et dis-moi quelle femme serait assez folle pour accepter de l’épouser ?

– Marylise Djaïa Fave’ll, la fille du premier baron du roi.

– Tiens donc…

– Elle est tout de même la troisième femme du royaume, après sa propre mère et la reine bien sûr !

– Et il paraît que sa maîtrise du feu est très impressionnante, ajouta leur mère.

– C’est-à-dire ?

– Et bien, les marchands du sud, qui sont venus avant l’hiver, m’ont raconté qu’à seulement vingt ans, elle était déjà capable de terrasser une légion entière de solarians.

– Ça me fait froid dans le dos ! Tant de pouvoirs entre de si jeunes mains…

– C’est une grande dame de la cour. Il va de soi qu’elle n’évolue pas dans le même monde que nous et que dans le sien tout se mesure avec la force magique.

– Elle ne sera jamais aussi puissante que le prince, objecta Delinda. Il a Evidor, le dieu du feu, pour protecteur.

– Mais on s’en fiche ! S’exclama alors Jaime. On s’en moque bien de qui est le plus puissant ! Ils veulent se marier ? Et bien qu’ils se marient ! Ça ne donnera lieu qu’à de nouvelles fêtes que nous préparerons en nous saignant au quatre veines et dont nous ne tirerons rien, pas même des miettes, s’emporta Jaime avant de se lever et de partir pour rejoindre Sam à la boucherie.

– Jaime attends !

– Laisse-le Delinda, tu sais à quel point cette période de l’année est difficile pour lui.

– Je ne comprends pas pourquoi vous tolérez un tel comportement mère ! Ça l’est au moins autant pour moi et à ce que je sache je ne déverse ma mauvaise humeur sur personne.

– Delinda…

– Pourquoi êtes-vous si tolérante avec lui ?

– C’était son père.

– Et c’était le mien aussi !

– Oui, mais vous n’aviez pas la même relation. Tu sais Delinda la relation père-fils est quelque chose que même l’amour d’une mère et d’une sœur ne peut remplacer quand celle-ci vient à être détruite.

– Certes… Mais Jaime n’est plus comme avant et c’est comme-ci...

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