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La Guerre des Éléments - 2

De
324 pages

Je m’appelle Katia, j’ai quinze ans et un pouvoir hors du commun que beaucoup convoitent. C’est pourquoi je n’ai pas le droit de sortir ou uniquement sous bonne garde. J’ai peu d’amis à part Sophie, une élue de la Foudre qui partage ma chambre à l’internat du SCISCO. Je ne m’intéresse pas aux garçons. J’attends qu’on trouve enfin mon âme sœur et j’espère que notre relation sera d’amour. Ce serait tellement plus simple. Seulement... ça n’aurait jamais dû être lui.


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Perrine Rousselot

 

 

 

 

Katia

 

La Guerre des Éléments - 2

 

Chapitre 1

 

Pourquoi je ne peux pas apprendre à me battre, moi aussi ? demandai-je.

Parce que tu viendras en soutien, Katia ! Et ton pouvoir est bien trop important pour qu’on prenne le risque de te mener au combat, me répondit Sonia, le maître d’armes du SCISCO, sans cesser de croiser le fer avec son adversaire.

Justement ! Il faudrait peut-être que j’apprenne à me défendre, non ? tentai-je.

J’étais adossée à la grande baie vitrée qui occupait tout un pan de la pièce servant de salle d’entraînement aux élus. Un autre pan de mur était tapissé de miroirs montant jusqu’au plafond et le sol était recouvert de parquet, ce qui la faisait ressembler beaucoup plus à une salle de danse qu’à une salle d‘armes. Je tripotais le pendentif à mon cou en regardant avec envie ma meilleure amie apprendre à se battre pour être prête lors de futures missions. Sophie était une grande perche filiforme dont les cheveux blond bébé en broussaille épaisse faisaient penser à une multitude de petits éclairs. Pourtant, son caractère énergique et turbulent me faisait plutôt penser, lui, à une mini-tornade et son habileté, ou plutôt sa malhabileté associée, s’en ressentait au combat.

Ne va pas si vite ! Réfléchis, Sophie ! la gourmandait Sonia, alors que la pauvre jeune fille, emportée par son élan, trébuchait et tombait à genoux en lâchant son arme. Des fois, je me demande ce qu’on va pouvoir faire de toi.

Sonia était réputée pour être extrêmement sévère avec ses élèves et surtout avec Sophie. J’avais l’impression qu’elle l’avait prise en grippe dès leur première rencontre. C’est pourquoi mon amie m’avait vite demandé de l’accompagner à ses séances parce qu’elle se sentait plus forte si j’étais là. La première fois qu’elle était revenue d’un entraînement avec Sonia, je l’avais retrouvée en pleurs sur son lit dans notre chambre alors que je revenais de la bibliothèque.

Sophie ? Qu’est-ce qui se passe ?

Je jetai les trois épais volumes empruntés sur mon lit, m’assis près d’elle et lui massai les épaules.

Je suis nulle ! Je ne sais rien faire, sanglota-t-elle.

Qui t’a dit ça ?

Sophie était forte et ne s’apitoyait jamais sur elle-même. C’est forcément quelqu’un d’autre qui lui avait mis cette idée dans la tête.

Mademoiselle Nabieva ! murmura-t-elle sans lever le visage de son oreiller inondé.

Sonia ? Mais tu sais bien qu’elle est odieuse avec tous les élèves. Et puis c’était ton premier cours, tu vas t’améliorer.

Je veux que tu viennes avec moi. Elle me fait peur.

Tu veux que j’en parle à mon frère ?

Elle cessa d’un coup de sangloter et leva la tête vers moi en faisant la moue, toute tristesse disparue.

— Non, ça va ! J’ai pas envie de passer pour une nullos de première devant ton frère.

Je souris. Je soupçonnais de nombreuses jeunes filles de ma classe de nourrir une secrète admiration pour mon frère même s’il était bien plus âgé qu’elles et, évidemment, déjà casé avec son âme sœur, Avril, la fille de notre général. Il fallait admettre qu’il était plutôt mignon, grand, assez baraqué avec des cheveux blonds qu’il avait coupés plus courts depuis une paire d’années et des yeux bleu clair. Sophie se leva soudain ragaillardie et, semblant s’intéresser à mes livres, me lança sans me regarder :

Mais j’aimerais bien, quand même, que tu viennes avec moi. De toute façon, t’as rien d’autre à faire le mercredi après-midi, si ?

Non, non !

Et maintenant que j’avais découvert les entraînements, je n’avais qu’une idée en tête, apprendre à me battre moi aussi.

 

 

Je t’envie, dis-je à Sophie alors que nous quittions le cours.

Tu m’envies de me faire humilier de la sorte ?

Non ! De pouvoir te battre comme ça, tchic, tchac, je mimais le combat à l’épée dans l’air. J’aimerais trop apprendre à me battre moi aussi.

T’as entendu ce qu’a dit Mademoiselle Nabieva ! T’es trop importante pour qu’ils prennent le risque que tu te blesses ou pire, mademoiselle l’élue de la prophétie.

Oh, ça va ! On n’est même pas sûr que ce soit moi. Après tout, ils avaient bien cru que c’était Avril au départ.

Mais c’était avant qu’ils te découvrent, petit prodige.

Je rougis. Le fait que je sois née d’une mère élue de la lumière et d’un père Obscur faisait de moi la seule candidate potentielle connue à la réalisation d’une ancienne prophétie. Elle disait que l’enfant née des deux mondes mettrait fin à la guerre entre les Éléments. Les autres élèves et les membres du SCISCO me traitaient avec une déférence qui me mettait mal à l’aise et je comprenais aisément le pauvre Harry Potter, « le garçon qui a survécu ». Sauf que moi je n’avais pas de cicatrice, du moins pas encore. D’autres me toisaient et chuchotaient à ma vue. Après tout, mon autre frère coté Obscurs, Mickaël, avait représenté une assez grande menace pour le SCISCO et j’avais consenti, il paraît, à lui octroyer des pouvoirs, choses dont je ne me souvenais pas. Je n’en savais que ce que Snow et Avril, qui avaient vécu la scène, m’en avaient raconté.

Et puis, de toute façon, Mirna ne se transforme qu’en pendentif. Tu te vois le faire tournoyer et l’envoyer à la tête d’un méchant Obscur ? se moqua Sophie en mimant une fronde avant d’éclater de rire.

Et elle avait tellement raison. Les élémentaires ne pouvaient se battre eux-mêmes, mais ils se transformaient en arme afin d’être maniés par les humains élus. Le mien n’était qu’un simple bijou.

C’est pas gentil de se moquer, Sophie ! s’exclama une voix amusée près de nous. Sache que ce pendentif a ses petits secrets qui se sont avérés très utiles à certains moments critiques.

C’était Avril. Elle arborait un grand sourire ravi. Se tournant vers mon amie, elle ajouta :

Je suis venue te chercher, Sophie, car nous pensons avoir trouvé ton âme sœur.

Je vis le visage de la jeune fille s’illuminer de bonheur et elle s’écria :

Vraiment ? Oh c’est super ! Où est-il ?

La vraie question serait plutôt « où est-elle ? », dit une jeune fille qui, soudain, apparut devant nous sans que nous puissions voir d’où elle venait.

Sans un échange de plus et comme si elles s’étaient toujours connues, les deux filles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre. J’eus un pincement au cœur que je ne m’expliquais pas.

Comme je suis contente de te trouver enfin, lui dit Sophie en s’écartant d’elle pour mieux la regarder.

La jeune fille devait avoir notre âge. Ses courts cheveux auburn étaient retenus par un bandeau agrémenté de minuscules fleurs en feutrine semblant faites main. Elle portait une robe triangle d’un orange flashy très années cinquante, mais qui, assortie à des sabots à talons larges, lui allait comme un gant. Cependant, ce qui ressortait le plus était ses yeux d’un brun doré intense entourant un tout petit nez. Le tout lui donnait un minois de chat.

Je m’appelle Annabelle et je viens de Suisse. Je suis ravie de te rencontrer.

Elle parlait avec une voix grave et assurée qui détonnait avec son physique de chaton.

Et voici Éclair, ajouta-t-elle en montrant à ses pieds un paon possédant les couleurs bleu et vert chatoyant propres à son espèce.

Il lovait déjà son cou contre celui de Tonnerre, le paon blanc aux reflets électriques de Sophie. Les deux filles s’accroupirent pour présenter leurs paons respectifs et il me sembla alors que je ressentais de nouveau ce léger pincement au cœur. Avril dut sentir mon désarroi, car, posant une main dans mon dos, elle m’entraîna à l’écart.

Viens ! Laissons-les faire connaissance, veux-tu ?

Je me laissai emporter en gardant le silence dans les couloirs du SCISCO.

Ne t’inquiète pas, Katia chérie ! Ton tour arrivera bientôt.

Alors j’éclatai en sanglots incontrôlables. J’avais toujours été très émotive et je tentai souvent de retenir des larmes qui montaient à la moindre contrariété. Et Avril qui, ces dix dernières années, avait été comme une sœur pour moi avait l’habitude de mes faiblesses. Elle m’entraîna plus rapidement vers une porte ouvrant sur un petit salon vide de tout occupant. Il était aménagé avec des bergères et un vieux sofa en cuir tout usé, mais ultra confortable sur lequel nous nous assîmes. Comme à son habitude, Avril attendit en silence que je me calme quelque peu. Je me détestais de me mettre dans des états pareils pour des raisons qui, le plus souvent, me semblaient futiles. Cette hyperémotivité était-elle due au fait que je n’avais pas connu ma mère qui était morte en me mettant au monde, que j’avais vu mourir mon père et mon second frère ? Même si mes souvenirs à ce sujet, comme tous ceux de cette année-là, étaient totalement flous, un psychologue dirait sans doute que c’était lié. Mais je n’en étais pas sûre. Et maintenant, pourquoi pleurais-je ? Parce que j’étais jalouse que Sophie ait trouvé son âme sœur ? Que ça allait l’éloigner de moi et que je me retrouverai seule. Ou bien étais-je trop impatiente que l’on trouve enfin mon âme sœur à moi ? J’espérais tellement que notre lien ne serait rien d’autre que de l’amour pur comme celui qui unissait Avril et Snow. Ce serait si simple, car, je devais l’avouer, je n’avais aucun succès avec les garçons et, de toute façon, je trouvais ceux de notre classe bien trop benêts pour leur porter un quelconque intérêt. Pourtant, souvent, je me trouvais nulle de n’avoir encore jamais embrassé un garçon à mon âge. Et j’espérais alors que tout serait résolu au moment où je rencontrerai mon âme sœur.

Tu crois qu’on va trouver mon âme sœur à moi aussi ? demandai-je à Avril en retenant un hoquet.

Évidemment, Katia. Pourquoi ? Tu en doutes ?

Non, je suis juste trop impatiente, avouai-je en réussissant à sourire doucement.

Après un court silence, Avril ajouta :

Ne t’inquiète pas ! Je suis sûre que Sophie ne te laissera pas tomber pour autant. Ce n’est pas son genre.

J’espérais que ce serait le cas. Mais ne disait-on pas que le lien entre deux âmes sœurs était très puissant ? J’avais donc des doutes sur le fait que ma copine Sophie m’accorde son temps et son énergie comme elle le faisait avant de rencontrer Annabelle. Et c’est sans doute pourquoi j’étais si amère en cet instant. Je tentai de penser à autre chose et changeai de sujet :

Pourquoi c’est pas toi qui nous fais la classe, Avril ?

La jeune femme me sourit gentiment :

Parce que je voulais avoir le sentiment d’être quelqu’un de normal, d’avoir une vie en dehors de tout ça.

Je lui souris en réponse, puis baissai les yeux. Avril avait choisi d’être professeure des écoles, mais avait refusé d’enseigner au SCISCO. Du coup, nous nous coltinions un vieux barbon du nom de Laroque qui avait des poils sur les doigts et sentait mauvais de la bouche. Mais je comprenais Avril. Elle avait saisi sa chance d’échapper à tout ça, de pouvoir faire semblant de mener une vie normale. Je rêvais tellement, moi-même, d’une vie normale. D’une vie dans laquelle je n’aurais pas l’impression d’être enfermée, d’avoir le droit de ne rien faire.

 

 

— Wouah ! Cette fille ne tient pas en place, lança Sophie en entrant dans la chambre, les cheveux ébouriffés.

J’étais installée sur mon lit depuis deux bonnes heures et lisais « Les chasseurs d’âmes » de S.A. William, le premier livre d’une trilogie écrite par une amie humaine d’Avril. Il était amusant de voir l’imagination que pouvaient avoir les humains normaux sans savoir que ce qu’ils créaient pourrait facilement être vrai étant donné ce que, moi-même, je savais.

Elle a tenu à me montrer à quel point elle court vite. C’est son pouvoir, figure-toi ! La chance ! Et elle est trop cool, je suis sûre que tu vas l’adorer. Ce soir, elle veut qu’on aille s’entraîner ensemble.

Sophie n’était pas en reste avec son pouvoir d’électriser les gens ou les choses. Pouvoir qu’elle avait découvert par hasard alors qu’un garçon de notre classe, un très grand brun un peu dégingandé du nom de Samuel, avait tenté de l’embrasser tandis que nous étions installés devant un film dans la salle télé de l’internat. Assis près d’elle dans la pénombre, il avait, à l’instant où ses lèvres avaient touché celles de Sophie, volé à travers la salle de projection et s’était retrouvé les fesses par terre, les cheveux dressés sur la tête et les poils hérissés sur ses avant-bras. Heureusement, il était de l’Air et son affinité lui avait permis d’atterrir presque en douceur. Tout le monde dans la pièce s’était regardé surpris avant d’éclater de rire en constatant que le garçon était indemne. Mon regard s’était porté de nouveau sur Sophie. Elle ouvrait de grands yeux sur ses mains et son corps. Lesquels semblaient parcourus de petites étincelles qui disparurent petit à petit en quelques secondes.

Je gardai le silence, les yeux toujours baissés sur mon livre alors que mon cœur se serrait. Puis, je rétorquai :

Super ! Elle pourra t’accompagner à ton prochain entraînement dans ce cas.

Sophie dut s’apercevoir que quelque chose clochait, car elle se calma instantanément et, se glissant près de moi, ajouta :

Et je venais te demander de venir avec moi. J’ai dit à Annabelle que tu rêvais d’apprendre à te battre et elle veut bien t’enseigner quelques trucs.

En entendant ces mots, je repris toute confiance en mon amie et me jetai dans ces bras en riant :

Super ! Merci beaucoup, Sophie ! Je suis désolée d’avoir cru que tu me laisserais tomber comme une veille chaussette et que tu venais prendre tes affaires pour changer de chambre. Ou pire ! Que tu venais me virer de là pour lui laisser la place !

Mais non enfin…

Elle s’assombrit soudain et je pensai un instant que j’avais finalement eu raison de le croire.

En fait, on en a parlé avec Annabelle. Je lui ai dit que je préférais rester avec toi au moins jusqu’à ce qu’on trouve ton âme sœur. Elle a un peu boudé, mais elle a compris. Ça t’irait comme compromis ?

Je lui souris. Même maintenant qu’elle avait découvert son âme sœur, elle n’avait pourtant pas cessé de penser à moi et avait déjà réfléchi à toutes les solutions. Comment avais-je pu en douter ? Avril avait raison. Sophie n’était pas du genre à abandonner ses amis.

 

Chapitre 2

 

Le soir venu, j’accompagnai donc Sophie et Tonnerre jusqu’à la chambre d’Annabelle qui ne se situait qu’à deux portes de la nôtre. Elle nous fit entrer quelques instants, car elle n’était pas prête. En effet, elle portait toujours la robe trapèze que je lui avais vue lors de notre rencontre quelques heures plus tôt. Sophie et moi nous assîmes sur le lit resté inoccupé puisque chaque chambre du dortoir était composée de deux lits. Annabelle farfouillait dans sa commode à la recherche d’habits plus appropriés à un entraînement au combat. Je jetai un œil sur la décoration de la pièce. La jeune fille venait d’arriver à l’internat, mais il semblait qu’elle eut rapidement pris ses marques. Des posters de personnages que je reconnaissais comme étant sortis de différents jeux vidéo tapissaient les murs du côté de son lit avec une nette démarcation sur le milieu du mur, comme pour bien délimiter son territoire par rapport à un éventuel colocataire futur.

Enfin, après un détour par la salle de bain pour se changer, Annabelle fut prête et nous traversâmes toutes les trois sans dire un mot les couloirs du SCISCO en direction de la salle d’entraînement. Il était vingt-et-une heures passées et, selon le règlement, nous n’étions pas censées nous balader dans les couloirs à cette heure.

Après le diner partagé à la cantine avec les employés de nuit et les membres du SCISCO qui n’avaient pas envie de se faire à diner chez eux, nous devions retourner dans la partie du bâtiment réservée aux internes, c’est-à-dire, soit dans nos chambres, soit dans la pièce commune servant également de salle de télévision. Mais notre surveillant d’internat, Kévin, était assez sympa et, tant que nous ne faisions pas de bêtises, nous laissait aller et venir comme bon nous semblait.

À l’approche de la salle d’entraînement, je m’exclamai soudain :

Mais au fait, je vais me battre avec quoi, moi ?

Ah ben oui, c’est vrai ! On n’avait pas pensé à ça, tiens !

Sophie se gratta le menton un instant avant d’ajouter :

Je suppose qu’on ne peut pas te prêter la nôtre puisque c’est notre élémentaire.

Ben, il n’y a pas de bokken ou de shinai dans votre salle d’entraînement ? demanda Annabelle.

Sophie et moi regardâmes la jeune fille avec des yeux ronds.

Des quoi ?

Des armes en bois. Pour l’entraînement. Vous n’avez pas ça dans votre dojo ? ajouta-t-elle.

Sophie et moi nous regardâmes une fois de plus sans comprendre et Annabelle éclata de rire.

Non ! On apprend à se battre directement avec nos élémentaires. Mais maintenant que j’y pense, je sais où trouver une arme pour Katia, déclara Sophie un sourire malicieux aux lèvres. Suivez-moi !

 

 

Tu déconnes, Sophie ! On ne va pas entrer dans le bureau de Sonia comme ça, chuchotai-je.

Nous nous trouvions maintenant devant une double porte affublée d’une petite plaque en métal indiquant « Bureau du maître d’armes ».

C’est rien, Katia ! On emprunte une épée et on la remet ensuite, ni vues ni connues.

Oh ! Et comment tu comptes entrer ? Tu vas deviner le code peut-être ? lui assénai-je, en croisant les bras sur mon ventre.

La plupart des bureaux des membres du SCISCO étaient verrouillés à l’aide de digicode ou de badges quand ce n’était pas les deux pour certaines pièces ultra-sécurisées, ce qui jurait un peu avec l’âge et le style du bâtiment néo-gothique abritant le siège européen de l’organisation secrète.

Facile ! déclara Sophie en nous jetant un regard espiègle.

Elle posa une main à plat sur le boitier de commande et se concentra une fraction de seconde avant que de petites étincelles ne viennent crépiter et entourer sa main. Le voyant passa au vert et l’on put entendre un déclic près de la poignée de la porte qu’Annabelle s’empressa d’actionner un sourire aux lèvres.

Génial, Sophie ! Wouah, ajouta-t-elle après un instant alors qu’elle s’avançait dans la pièce, les yeux remplis d’étoiles.

La petite pièce dans laquelle les filles entrèrent devant moi était meublée avec goût. Grand bureau verni, petite console ouvragée dans un coin, grand fauteuil de cuir. Mais le plus impressionnant, bien sûr, était les murs entièrement recouverts d’armes de toutes sortes. Épées, arcs, lances, de tous les styles et toutes les époques.

Bon, ben, t’as plus qu’à choisir, Katia ! me lança Sophie.

J’étudiai attentivement le choix qui s’offrait à moi en mettant délibérément de côté le fait que nous étions entrées par effraction ou presque dans le bureau du maître d’armes. Il serait bien temps d’y penser si jamais on se faisait prendre. Mais à cette heure-ci, les couloirs étaient déserts et, mis à part Kévin qui, de toute façon, nous passait toutes les bêtises, tout du moins les petites, il y avait peu de chance que qui que ce soit nous remarque. Je parcourus donc les murs, la tête levée. De nombreuses épées étaient magnifiques, ciselées et brillantes et j’arrêtai finalement mon choix sur un sabre très long, doté d’un manche sans garde avec des inscriptions gravées sur la lame. Déplaçant le petit escabeau sur roulettes à son niveau, je montai et m’apprêtais à le décrocher quand Annabelle me glissa d’un air entendu :

T’es sûre que c’est celle-là que tu veux ? Elle est chouette, mais, à mon avis, elle sera trop lourde pour toi, Katia.

Je regardai la jeune fille d’un air douteux et décrochai le sabre du mur. Son poids me surprit en effet, mais je tentai de le cacher pour ne pas donner raison à Annabelle et descendis l’escabeau précautionneusement en tenant le sabre sur le plat de mes deux mains. Une fois sur la terre ferme, je le maniai sous le regard admiratif de Sophie et celui plus dubitatif d’Annabelle. Mais je dus me rendre à l’évidence, elle était beaucoup trop lourde pour moi. J’admis alors à regret que la jeune fille avait raison :

Bon, ben, en fait, ça ne me va pas.

Annabelle me regarda avec un sourire narquois et, déplaçant à son tour l’escabeau, décrocha de son support une épée droite à la lame très étroite et fine dont la garde était perpendiculaire et simple.

À mon avis, celle-là t’irait mieux, me conseilla-t-elle en me la tendant.

Je la pris, la maniai et ne pus qu’acquiescer d’un sourire timide en rougissant.

 

 

Nous étions de retour devant la porte de la grande pièce parquetée qui servait de salle d’entraînement, non sans avoir fait en sorte que celle du bureau de notre maître d’armes ne se referme pas complètement afin de ne pas avoir à la forcer de nouveau pour y remettre l’épée empruntée. Le clair de lune s’infiltrant par la grande baie vitrée donnait une ambiance argentée à la pièce et je fus traversée en ouvrant la porte par un léger frisson faisant se dresser les poils sur ma nuque. La sensation était loin d’être désagréable et me chatouilla même, déclenchant l’apparition d’un sourire fugace à mes lèvres. Je la mis sur le compte de l’excitation liée à notre escapade nocturne. J’enclenchai dans la foulée l’interrupteur et la lumière des néons illuminant la pièce mit fin à cette sensation curieuse. Pourtant, pendant toute la petite heure que dura notre entraînement, ou plutôt notre amusement entre filles, je ne cessai de jeter des regards vers la baie vitrée avec l’étrange impression que quelqu’un nous observait. Mais la luminosité de la pièce rendait la fenêtre totalement opaque et je ne pus rien voir au travers.

Hé, Katia ! T’es avec nous ou pas ? me gronda Annabelle alors que je détournais une fois de plus les yeux vers la baie vitrée. Qu’est-ce que tu guettes dehors ?

Euh, rien, balbutiai-je. Je…

Mais je ne trouvai rien à dire. Je n’avais rien vu et une simple impression n’était pas une preuve. Je préférai me taire. Éclair redevint paon, alors qu’Annabelle m’assénait :

Bon, ça sera tout pour ton cours particulier. Je ne sais pas ce qui te tracasse, Katia, mais on dirait que ça ne t’emballait pas tant que ça finalement d’apprendre à te battre.

Je me défendis :

Si, bien sûr ! Ça me dit vraiment. Je suis désolée. S’il te plaît, continuons ! J’en ai vraiment envie.

Écoute ! Je veux bien être sympa, mais on va finir par se faire choper. Et puis de toute façon, je suis crevée, j’ai envie d’aller me coucher.

Je baissai les yeux, déçue :

Oui, je comprends. D’accord, allons nous coucher ! Merci pour ce chouette moment, Annabelle.

Après tout, je ne pouvais en tenir rigueur à la jeune fille. C’est vrai que je n’avais pas été attentive et je lui avais fait perdre son temps. Sophie me prit par l’épaule et me guida gentiment vers la sortie. Mais mon pull était resté à terre près de la vitre et, détachant la main de mon amie de mon épaule, j’allai le chercher. Elle me sourit et continua vers la porte avec Annabelle. Je me penchai vers mon pull pour le ramasser quand une des filles éteignit la lumière en sortant. Je poussai un petit cri en me relevant. L’espace d’une seconde, j’avais cru voir un reflet qui n’était pas le mien dans la vitre. Mais non, à cet instant, c’était bien mon visage qui s’y reflétait. Je distinguais vaguement maintenant grâce au clair de lune les quelques arbustes et plantes qui peuplaient la cour intérieure et même les fenêtres de la façade opposée. Je collai mon nez à la baie, mes mains de chaque côté de mes joues pour éliminer tout reflet et scrutai la pénombre. Il n’y avait personne, j’avais rêvé. Je secouai la tête et rejoignis les filles qui étaient déjà bien avancées dans le couloir.

 

Alors que nous sortions du bureau de Sonia où nous avions déposé l’arme empruntée, des bruits de pas se firent entendre non loin. Nous nous empressâmes de refermer la porte et de nous éloigner. Une lampe torche balayait la pénombre. C’était sans doute Gérard, le gardien de nuit, faisant sa ronde. Je jetai un œil à ma montre. Il n’était pas très tard, seulement vingt-deux heures trente. Mais cette journée mouvementée m’avait épuisée. Nous nous éclipsâmes sans bruit dans la direction opposée au faisceau en étouffant nos rires d’excitation à l’idée d’être passées si près de nous faire prendre.

 

Chapitre 3

 

Mesdemoiselles, ça suffit ! Taisez-vous ou je vous sépare, postillonna le professeur.

C’était déjà la seconde fois que Mr Laroque reprenait Sophie et son âme sœur pour leurs bavardages, mais la menace de séparation sembla porter ses fruits. J’avais accepté, non sans mal, de laisser ma place à Annabelle en classe. Mais après tout, la jeune fille avait elle-même consenti à ce que je continue à partager ma chambre avec Sophie. Je pouvais bien faire ça pour elle. Les quelques tables qui meublaient la petite salle de cours ne m’avaient laissée guère de choix et j’avais du jeter mon dévolu sur Bastien, un garçon de mon âge, tout petit et tout maigrichon, les cheveux bruns en bataille et de grandes lunettes rondes lui mangeant la moitié du visage. Il faisait beaucoup plus jeune que quinze ans. Quand je disais que les garçons de la classe me semblaient benêts, ce n’était pas pour rien. Mais Bastien avait le mérite de ne même pas chercher à m’adresser la parole, visiblement intimidé par ma présence à ses côtés. Mr Laroque tentait de nous inculquer quelques notions d’anglais. Aujourd’hui, et pour la énième fois, il me semblait, la question était « What’s the weather like ? ». Mais il fallait admettre pour la décharge de notre professeur qu’enseigner à un petit groupe de jeunes élus allant de douze à dix-sept ans n’était sans doute pas chose aisée. Surtout quand beaucoup arrivaient en cours d’année. Sur la classe entière, seuls étaient internes Sophie, moi, et Annabelle maintenant du côté des filles. Et du côté des garçons, Samuel, l’amoureux de Sophie, Joshua, âgé de douze ans et arrivé il y a seulement six mois, et Kévin, qui n’était pas à proprement parler dans notre classe vu qu’il avait dix-neuf ans. Choisi par l’Air, et originaire d’Angleterre, il avait souhaité de son propre chef venir s’entraîner au siège européen du SCISCO et jouait le rôle de pion pour notre petit internat. Les autres élèves habitaient les alentours et rentraient chaque soir chez leurs parents. Je m’étais, de ce fait, beaucoup moins liée avec eux. C’était, par exemple, le cas de Bastien.

Je tentai de retenir un bâillement au risque de m’en décrocher la mâchoire et jetai un œil à ma montre. Onze heures. Encore une heure de cours et nous serions libres pour la pause de midi. Mon estomac commençait déjà à gronder. Mr Laroque abandonnait l’anglais pour passer aux Mathématiques lorsqu’on frappa à la porte et qu’on l’ouvrit sans attendre une quelconque invitation du professeur. Le jeune homme qui s’encadra dans le chambranle était grand et portait de courts cheveux blonds. Affichant un sourire narquois à ses lèvres, il s’adressa au professeur qui le regardait maintenant sévèrement :

Désolé de vous interrompre, Mr Laroque…